‹ Traité élémentaire de physique théorique et expérimentale avec les applications à la météorologie et aux arts industriels (volume 4)Chapitre 96 sur 193 · DES CORPS A L^ÉTAT SOLIDE · texte numérisé non relu

DES CORPS A L^ÉTAT SOLIDE

g 1. — STRICTURE DES CORPS SOUDES.

4MI8. Vétat solide est caractérisé par l'arrangement des molécules, qui sont maintenues les unes par rapport aux autres dans des positions fixes ; de sorte qu'on ne peut changer ni la forme ni le volume des corps solides, sans exercer des efforts extérieurs très sensibles. On nomme struclure d'un solide, l'arrangement et la disposition relative des molécules ou des groupes de molécules dans son intérieur. Nous distinguerons trois sortes de structures : la structure régulière, la structure irrégulière, et la structure organique,

409. Strnctare régulière. — Cristaux. — Nous ne connaissons pas la forme des molécules des corps ; cependant l'existence de cette forme est mani festée, dans l'état solide, parla cristallisation. Quand un corps passe lentement de l'état fluide à l'état solide, ou quand il se sépare d'une dissolution, ses molécules s'empilent les unes sur les autres en obéissant aux forces molécu laires qui les sollicitent, et s'arrangent dans un ordre déterminé, de manière a constituer une masse polyédrique régulière nommée cnsial. On fait cristalliser les corps par la voie sèche ou par la voie humide.

!• Vole sèche. — On fait fondre la substance dans un vase placé sur le feu, puis on la laisse refroidir. Une partie du liquide se solidifie d'abord sur les parois du vase et à la surface ; on perce la croule formée, et l'on fait écouler la portion restée liquide ; enlevant alors la croiHe, on voit les parois recouvertes de cristaux à facettes brillantes. Cette méthode a été imaginée par Rouelle, en opérant sur le soufre. M. Brongnard l'a, le premier, appliquée à un métal, le bismuth ; elle réussit également avec la plupart des autres métaux, et même avec l'eau. Si l'on attendait que toute la masse fiH solidifiée, on ne verrait plus

les cristaux ; les espaces qui séparent les premiers formés, se remplissant de matière solidifiée. C*est ainsi que la glace, les métaux en lingots paraissent sans structure régulière ; la manière dont se fait la cristallisation montre qu'O n*en est pas ainsi. On peut, du reste, en brisant les corps, reconnaître souvent Texistence de cristaux engagés les uns dans les autres, en voyant apparaître dans la cassure une foule de facettes brillantes.

Lorsque le corps se sublime, c'est-à-dire se réduit en vapeur sans passer par Tétat liquide, comme Tarsenic métallique, Tiodure de mercure, le sel ammoniac..., on peut le faire cristalliser en opposant à la vapeur un couvercle froid en forme de voûte, sur lequel la vapeur refroidie se solidifie en formant des cristaux.

2* Vole humide. — On fait dissoudre dans un liquide, la substance que Ton veut faire cristalliser, jusqu'à ce qu'il y ait saturation, c'est-à-dire jusqu'à ce que le dissolvant contienne le plus possible de la substance dissoute. On abandonne ensuite la dissolution à elle-même ; le liquide s'évapore peu à peu, et les molécules du corps dissous se déposent les unes après les autres sur les parois du vase, en prenant un arrangement régulier.

Quelquefois, la dissolution saturée est préparée à une température élevée, et on la laisse refroidir. Comme il faut, en général, plus de substance pour saturer le liquide quand il est chaud que lorsqu'il est froid, la séparation d'une partie de cette substance se fait peu à peu pendant le refroidissement, et les cristaux apparaissent sur les parois du vase. C'est ainsi que l'on fabrique le sucre candi, qui n'est autre chose que du sucre ordinaire cristallisé.

Méthode de M. Ebeimea. — M. Ebelmen a imaginé une méthode qui tient à la fois de la voie sèche et de la voie humide. Il emploie, pour dissolvant, des substances qui se réduisent en vapeur à une température très élevée, conime Vacide borique, le borate de sonde, Vacide phosphorique, certains phosphates. Des oxydes dissous dans ces substances fondues par le feu, cristallisent et forment artificiellement des minéraux identiques à ceux que l'on trouve dans la nature. Des pierres précieuses, spinel, émeraude, péridot, cymophane, la plupart en cristaux microscopiques, à cause des petites quantités de matières employées, peuvent s'obtenir ainsi au moyen de l'acide borique. Le corinàim s'obtient avec le borax. On pourrait, comme le remarque M. Ebelmen, produire des gemmes pour la joaillerie , en opérant sur de grandes quantités de substances. Cette méthode jette du jour sur l'origine et la formation de certains minéraux très difficiles à fondre, et qui ont pu cristalliser à la faveur de dissolvants volatils à la température très élevée que possédait autrefois le globe.

410. CU8TALL0ORAPEIE. — L'étude des cristaux constitue la cristallographie, science toute moderne. Les anciens connaissaient bien quelques cristaux naturels, tels que le diamant, le cristal de roche; mais, jusqu'au milieu du xviii* siècle, on regarda ces formes régulières comme des jeux du hasard. Linnée parait avoir soupçonné, le premier, qu'elles sont soumises à des lois, et le minéralogiste français Rome Delisle, en 4772, posa les bases de la cristallographie.

Fig. 344.

lig. 345.

en découvrant que les cristaux de même forme appartenant à la même substance, présentent les mêmes angles sous la même température.

On distingue dans les cristaux les formes simples et les formes composées. Dans les premières, toutes les faces sont égales, comme dans le cube, Y octaèdre régulier, solide dont les huit faces sont des triangles équilatéraux (fig. 344); le dodécaèdre rhomhoïdal AB (fig. 347), solide à douze faces égales rhomboïdales. Dans les cristaux à formes composées, les faces ne sont pas égales ; ainsi,, dans la fig. 245, il y a des faces carrées c, c... , et d'autres hexagonales />, p...

En prolongeant les faces semblables d*un cristal composé, on

obtient toujours une forme simple.

Ainsi, les huit faces p prolongées,

donnent un octaèdre; et les six

faces c, un cube. Il résulte de là,

que Ton peut considérer un cristal

composé comme formé par la

combinaison d'autant de formes

simples qu'il y a de faces d'espèce différente. Le plus souvent, l'une des formes simples est plus apparente que les autres, parce que les faces qui lui correspondent et qu'il suffit de prolonger pour l'obtenir, sont très grandes ; on la nomme forme dominante du cristal. Les faces qui ne lui appartiennent pas s'appellent faces modifiantes.

Il résulte de robser\'alion, que toutes les formes polyédriques ne sont pas admises, dans la nature. On ne trouve que celles dans lesquelles les faces sont deux à deux parallèles et de môme forme ; de sorte qu'un cristal peut toujours être coupé en deux parties symétriques, par un plan pris à égale distance de deux faces parallèles. Cela suppose que le cristal est isolé et régulièrement terminé de toutes parts. Souvent les cristaux sont implantés, et soudés les uns aux autres par une extrémité; il faut alors chercher des individus complets, pour vérifier la loi.

4f i. Loi de symétrie. — Hémlédrle. — Les modifications de la forme dominante, prodiiites^ar les faces modifiantes, affectent en même temps et de la même manière les angles solides et les arêtes de même espèce, c'est-à-dire formés par des faces égales" et également inclinées. Au contraire, les arêtes et les angles d'espèce différente ne sont pas modifiés en même temps, ou le sont autrement. Cette règle se nomme la loi de symétrie

On voit assez souvent des cristaux déroger à cette loi , en ce que des modifications sur certaines arêtes ou sur certains angles solides ne se présentent pas sur des arêtes et sur des angles de même espèce. M. Weiss, qui a fait une étude approfondie de ces anomalies, les a désignées sous le nom A^hémiédrie. Nous verrons plus loin (413) comment on peut les expliquer.

4i«. Système de Hafly. — Clivage. — Une même substance peut cristalliser, sous des formes différentes ; ce qui semble difficile à concilier avec

CORPS SOUDES.

les propriétés des molécules, qui doivent être toujours identiques. Hais remarquons d*abord que la structure régulière d'une substance reste la même sous ces différentes formes. En effet, on a constaté que la plupart des cristaux peuvent se fendre suivant certains joints naturels ayant des directions déterminées, de manière qu'on en peut détacher des lames à faces parfaitemeot planes et brillantes. C'est ce qui s'appelle cliver un cristal , et les joints se nomment plans de clivage. On a reconnu que tous les clivages ne sont pas toujours également faciles dans oo même cristal.

Pour cliver un cristal, il suffît souvent de le frapper avec précaution. On voit alors apparaître des Assures, qui indiquent la direction des joints ; et en introduisant une pointe de couteau entre les lames, on les sépare facilement. Quand cette méthode directe ne réussit pas, on fait chauffer fortement le cristal, et on le plonge dans l'eau, quand ce liquide ne l'attaque pas; il se brise souvent alors (Ml fragments réguliers, ou présente des fissures, qui indiquent la direction des joints. C'est ainsi qu'un prisme de cristal de roche se divise en rhomboèdres, quand on le jette briMant dans l'eau froide.

Haûy a reconnu, par l'expérience, que, pour une môme substance, les plans de clivage se coupent toujours suivant les mêmes angles, et que, en faisant des

Fig. :J4(i.

Fij:. ;î4:

coupes de clivage qui se correspondent sur toutes les parties semblablement situées, on parvient à un solide de forme simple, c'est-à-dire à faces égales, cl îjui, sauf les cas de dimorphisme, dont nous parlerons plus bas, est le même pour une même substance, quelle que soit la forme d'où l'on est parti. C'est ainsi qu'un cristal de carbonate de chaux, substance qui peut se présenter sons une soixantaine de formes différentes, peut se cliver de manière à donner toujours un solide à six faces rhomboïdales, nommé rhomboèdre (fig. 346|, dont les angles sont de 75° et 105"*. Un cristal de galène conduit ainsi à un

STRIXTIRE. 2393

S. Cette espèce de noyau, constant dans une m^me substance, a été appelé te primitive, et les cristaux qui y conduisent par clivage, formes secondaires a substance. Le noyau étant clivé parallèlement à ses faces, donne des les de même forme, de plus en plus petits ; ce qui a fait admettre par y, que les molécules intégrantes de la substance ont aussi cette forme, ou noins qu'elles sont arrangées par groupes élémentaires ayant la forme loyau primitif.

n partant de là, Haiiy, pour expliquer les formes secondaires d'une même stance, regarde le cristal comme formé du noyau primitif, recouvert par couches de molécules décroissant uniformément, soit sur leiu^s bords, soit leurs angles, par la soustraction constante d'un certain nombre de files de écules ; de manière a donner lieu à une forme extérieure différente du au. Par exemple, en imaginant des couches de molécules cubiques, empilées chaque face d'un cube adce (fig. 346), de manière que chaque couche ait chacun de ses côtés, une file de molécules de moins que la précédente, on ent un dodécaèdre rhomboïdal, dont les faces sont men, mao, nco,.. , et l'on peut comparer au dodécaèdre AB, auquel on a donné une position un différente. En clivant le dodécaèdre, par des plans également inclinés les quatre faces de chacun des six angles tétraèdres m, n, o... , on retrouve jbe primitif.

43. Théorie de M. Deiafosse. — M. Delafossc, dans un savant Mémoire ié en 1843*, a modifié et complété cette théorie, en prouvant que la kule intégrante de Haïiy n'est pas la vraie molécule physique, mais qu'elle constituée elle-même par la réuiTion de plusieurs molécules de la substance, lant un polyèdre, dont leurs centres de gravité occupent les angles, effet, le clivage dans une certaine direction, prouve que les molécules sont ngées en couches parallèles à cette direction. On en dirait autant des autres étions de clivage qui peuvent exister. Supposons qu'il y en ait trois en tout, î résultera que les molécules, qui sont distribuées à la fois dans des plans illèles à ces trois directions, seront situées à leurs points d'intersection, t-à-dire aux sommets des parallélipipédes qu'ils forment en se rencontrant, ces molécules sont en équilibre sous l'influence des forces moléculaires, et lent en différents sens, des files dans lesquelles leurs centres de gravité également espacés. La molécule intégrante de Haiiy n'est donc que le plus t des parallélipipédes dont les molécules voisines occupent les sommets, fit à la forme de ces dernières molécules, elle ne ressort pas de leur arranent au sommet de la molécule intégrante qui donne lieu à la forme primitive, îndant cette forme et les autres propriétés de la molécule physique, doivent r une influence majeure sur le groupement qui constitue la molécule intéite, puisque c'est de ces propriétés que dépend la manière dont les couches ^parent plus ou moins facilement dans la direction des clivages. Le joint

Mémoires de l'Académie des sciences de Paris, savants étrangers, t. VIII, p. C47.

naturel n*est autre chose qu'un pian touché par toutes les molécules d'une même tranche, par des points homologues, déterminant le même degré de cohérence avec la couche juxta-posée.

Celte théorie de M. Delafosse explique Yhéfmédrie (4il), dont les cas asseï nombreux avaient jeté le discrédit sur le système de Haùy. Par exemple, M. Delafosse regarde les molécules intégrantes de hboraâle comme composées de quatre molécules physiques, formant un tétraèdre régulier, et empilées de manière h constituer un cube (fig. 348); les axes des molécules physiques

étant toujours parallèles, et leurs centres, aniformément distribués. On voit que les deux extrémités d'une même diagonale ah du cube, ne sont ^ pas dans les mêmes condi- '^^ — ■ — ^

tiens, puisque les tétraèdres ^ j '

élémentaires tournent un [ | sommet vers l'extrémité a, ,^ |

et une face, vers b. Les doux angles solides a et 6 Fig. 349.

du cube, qui sont de même espèce quand on ne fait attention qu'à la fonse Kig. :hs. extérieure, sont donc réellement d'espèce diffé-

rente, quand on considère la structure intime, et il n'est pas surprenant de voir des modifications exister à l'un de ces angîes sans exister à l'autre.

De là l'explication de ce fait, découvert par Iluyghens, que la résistance à l'action d'une pointe avec laquelle on cherche à rayer un cristal iéiraèdnqw. peut être différente parallèlement aux deux diagonales d'une même face. Il a même constaté une différence dans une même direction, quand la pointe la parcourt dans un sens ou dans l'autre.

Les stries qui se présentent souvent suivant une des diagonales d'une face d'un cristal cubicjue télracdnque, et qu'on regardait autrefois comme des imperfections de cristallisation, s'expliquent facilement, ainsi que leur disposition sur les différentes faces. La /?/jf. 349 montre cette disposition dans un cristal de blende , et l'on s'en rend facilement compte en se reportant à la fig. 348. L'examen auquel M. Delafosse s'est livré, de plusieurs autres minéraux présentant dos anomalies comme la boracite, n'a fait que confirmer sa manière de voir ; dans laquelle on trouve aussi l'explication de \ électricité polaire, ou propriété de se charger d'électricité de nature différente aux deux extrémités, que présentent quelques cristaux à forme symétrique, quand on les échauffe. Enfin, certains phénomènes optiques, sur lesquels nous reviendrons, reçoivent un jour tout nouveau de celte ingénieuse théorie.

414. Axe d*an cristal. — On nomme axe d'un cristal, une ligne droite qui passe par son centre de figure, et autour de laquelle ses faces sont disposées

de la même manière. Telles sont les diagonales d'un cristal cubique, celles d'un rhomboèdre. 11 peut y avoir plusieurs systèmes d'axes dans un môme cristal. Ainsi, dans un cube, on peut considérer: i« les quatre diagonales; 2^ les trois droites qui joignent deux à deux les centres des six faces ; 3<> celles, au nombre de six, qui joignent les milieux des arêtes opposées. — Quand un axe se trouve seul de son espèce, comme celui qui joint les sommets des deux pyramides opposées par la base qui constituent un octaèdre, on le nomme axe principal. Cet axe, oo (fig. 344, 346, 350), se place toujours verticalement quand on veut étudier le cristal. — 11 résulte de l'observation, que les formes simples qui peuvent se combiner pour former un cristal composé, possèdent toujours un système d'axes identique; la combinaison de formes simples ayant des systèmes d'axes différents n'existant pas dans la nature.

4iS. Systèmes cristallins. — On nomme système crislaUin, l'ensemble des formes simples ayant les mômes axes, et des formes composées qui résultent de leurs combinaisons. Les cristallographes ont reconnu six systèmes cristallins : ' 2ik '

!• Le système régulier, dans lequel il y a trois ,^K^

axes égaux perpendiculaires entre eux. A ce sys- .^^^^^^L

iémc appartiennent \e cube ou hexaèdre régulier, ,^^E ■ ~^^^, le tétraèdre et V octaèdre réguliers (fig. 344). ^^^^~ * ^^^^ Ce dernier peut ôtre considéré comme formé par ^^-\ .C^^j^^^ deux pyramides droites ayant pour base commune ^^^^B^r

un carré, et dont les arôtos sont égales au côté de ^^^pr

2" Dans le second système, il y a trois axes ^m. 350

perpendiculaires entre eux , dont deux seulement

sont égaux. Exemple: les octaèdres à hase carrée, dont l'axe principal peut avoir une longueur quelconque.

3® Le troisième système présente quatre axes, dont un est perpendiculaire au plan des trois autres, qui sont égaux entre eux et forment des angles de 60°. Exemples: \e rhomboèdre (^^.346); le dodécaèdre hexagonal {fig. 350), qui peut être considéré comme formé de deux pyramides droites ayant pour base commune un hexagone régulier, dont les diagonales forment les trois axes égaux.

4*» Trois axes perpendiculaires entre eux , mais inégaux , caractérisent le quatrième système. Exemple : les octaèdres à base rhombe, formés de deux pyramides droites dont la base commune est un losange.

5* Les trois axes dissemblables peuvent n'ôtre pas perpendiculaires entre eux. Si cependant l'un d'eux est perpendiculaire au plan des deux autres, on a le cinquième système. Exemple : les octaèdres droits à base parallélogramme quelconque.

6® Enfin, dans le sixième système cristallin, les trois axes sont inégaux, et obliques les uns par rapport aux autres ; par exemple, les octaèdres obliques ayant pour base un parallélogramme quelconque.

41». Reoiarqiies. — Dans les l**", 4* ct 6* systèmes, on peut prendre pour axe principal un des trois axes indifféremment. Dans les trois autres, l'aie principal est parfaitement distinct des autres.

Les cristaux appartenant au premier système sont symétriques autour d*ao point ; les molécules sont distribuées de la même manière dans tous les sens autour de ce point. Aussi les propriétés physiques sont-elles les mêmes daos toutes les directions : les clivages sont également faciles; Xélasixdté^ la diial^ t'ton sont les mêmes; la chaleur et Véleclricité se propagent uniformément, rt la lumière passe sans éprouver de modifications particulières. Ces différents points seront développés en temps et lieu. Il y a cependant des restrictions i apporter à ce qui précède, car la structure n'est pas toujours aussi régulière que l'indique la forme extérieure, comme l'a montré M. Delafosse (413), et ce n'est que quand la loi de symétrie est suivie par tous les cristaux d*une même substance, qu'on doit s'attendre à rencontrer dans toutes les propriétés physiques, cette uniformité dont nous venons de parler.

Les cristaux appartenant au second ct au troisième système, sont symétriques autour de Taxe principal. L'égalité des propriétés physiques se remarque dans toutes les directions perpendiculaires à cet axe, mais ne se retrouvent plus dans celles qui lui sont obliques. Par exemple, la chaleur ne se propage pas avec kl même vitesse, un rayon de lumière se partage en deux autres ea traversant dans certains sens, comme nous l'expliquerons dans l'optique, l'élasticité n'est pas la mémo, etc.

Les trois autres systèmes ne présentent plus de symétrie autour d'un axe, et les propriétés physiques sont difl'ércnlcs dans toutes directions.

417. Diuiorpiiisme. — Certaines substances peuvent se présenter successivement cristallisées sous deux formes incompatibles, c'est-à-dire appartenant à des systèmes cristallins dilîércnts. Ce phénomène, qui a rcni le nom de dimorphisme, semble, au premier abord, dilficilc à concilier avec les idées que nous nous faisons des molécules et de leurs propriétés constantes. Mais remarquons d'abord que ces formes incompatibles, quand elles se produisent sous nos yeux, le font à des températures différentes. Ainsi, le soufre cristallise, à i I i ° , par la voie sèche, en prismes obliques à base rhombe, appartenant au 5^^ système ; tandis que les cristaux naturels de soufre sont des octaèdres appartenant au 4« système. Or, on peut obtenir des cristaux octaédriques, en opérant par la voie humide à la température ordinaire, en dissolvant le soufre dans le sulfure de carbone ou l'essence de térébenthine. Il est à remarquer aussi, que les prismes obtenus à 111° deviennent peu à peu opaques, tombent en poussière au moindre contact, et chaque parcelle, vue au microscope, présente la forme d'un petit octaèdre.

Le carbonate de chaux cristallise aussi sous deux formes appartenant â deus systèmes différents. En rhomboèdre, il constitue le spath d'Islande^ et en prisme ihomboïdal, Xaraijonile. Ces deux formes naturelles doivent encore être considérées comme s'étant formées à des températures différentes; car,

si Ton mélange une dissolution de chlorure de calcium avec une dissolution de carbonate d'ammoniaque, il se forme, à la température de 66°, un précipité de* carbonate de chaux, qui, vu au microscope, laisse distinguer de petits cristaux rbomboédriques. Si, au contraire, les dissolutions sont froides, les cristaux microscopiques de carbonate de chaux appartiennent au système de l'aragonite. De plus, si l'on chauffe fortement un cristal d'aragonite, il se brise en fragments très petits qui ont la forme de rhomboèdres. Ces faits, auxquels on pourrait en ajouter beaucoup d'autres, peuvent s'expliquer en remarquant que la chaleur, qui est une des forces moléculaires, donne aux molécules physiques des tendances à se rapprocher par des points différents quand la température est différente, de manière à constituer des molécules intégrantes de formes diverses, d'après le systémedeM. Delafosse. L'arrangement tendàchanger quand la température s'éloigne beaucoup de celle qui a présidé au groupement ; et il peut changer, en effet, comme cela a lieu pour le soufre, tandis qu'il persiste dans le cas du carbonate de chaux.

Au reste, d'après les recherches de M. Pasteur, les deux formes, que présentent les cristaux, dans le dimorphisme, sont très vosines l'une de l'autre. € L'une des deux formes est une forme limite, une forme, en quelque sorte, placée à la séparation de deux systèmes, dont l'un est le système propre à C€tte forme, et l'autre le système dans lequel rentre la seconde forme de la substance ^ La chaleur ne modifie donc que faiblement l'arrangement des molécules physiques qui constituent la molécule intégrante.

448. Simetare Irréffiiilère. — Les cristaux sont rares dans la nature; il semble donc, au premier abord, que les molécules sont le plus souvent agglomérées sans ordre déterminé ; mais un examen plus attentif montre qu'il en est tout 'autrement. La méthode qu'on emploie pour faire cristalliser les coq)s, montre qu'une masse sans structure régulière apparente, peut être formée de cristaux enchevêtrés les uns dans les autres ; puisqu'on peut les voir, en enlevant une partie de la matière avant que tout ne soit solidifié. En brisant un corps, on reconnaît souvent la structure cristalline, par les facettes brillantes que présente la cassure; comme cela a lieu avec rétain,le bismuth, l'antimoine, le marbre, la pierre à plâtre et une multitude de minéraux. Les granulations brillantes de l'acier, du fer, de la fonte, fraîchement brisés, ont la même origine. Quelquefois ces cristaux rudimentaires sont tellement petits, qu'il faut employer le microscope pour les distinguer. Le cri de l'étain, du cadmium, du zinc, indique que les facettes des cristaux pressés les uns contre les autres, se séparent avec bruit. Le cri ne se produit plus quand on a battu ces métaux à eoups de marteau ; on brise ainsi les rudiments de cristaux, et Ton rend la masse plus homogène et plus dense, en diminuant les vides qui peuvent rester entre eux.

On reconnaît encore la structure cristalline de certains corps solides, en

* Annales de chimie et de physique, 3« série,* t. XXIII, p. 267.

398 CORPS SOUDES.

faisant agir sur eux des dissolvants faibles, qui attaquent plus facilement les rudiments très petits de cristaux de la surface, qu^ ceux moins imparfaits qui sont au-dessous. Ainsi, en attaquant le fer, le bismuth, le nickel, par des acides faibles, on voit la surface couverte de petits cristaux. Daniell a trouré ainsi des cristaux dans une cornaline bien transparente.

Avec Tétain, le résultat est des plus marqués. C'est sur cette propriété qu'est fondée la fabrication du moiré métallique, imaginé par Achard : on passe de Tacidc chlorhydrique faible sur une feuille de fer-blanc, qui n'est autre chose que de la tôle recouverte d'une mince couche d'étain, et l'on voit apparaître des taches cristallines irrégulièrement distribuées.

419. Il est des corps qui ne présentent pas d'indices de cristallisatioo;ils sont composés do grains irréguliers plus ou moins fins, agglomérés et soodés, soit par une autre substance, soit par la même substance en poudre impalpable; tels sont la craie, le grès. Ici, les grains ont été détachés de corps existant antérieurement à celui qu'ils forment, puis divisés, usés par les eaux, et ensDitc déposés et agglomérés. La structure de chaque grain doit être cristalline, conune le microscope permet do le voir dans la plupart des cas; et comme il est conGnné par ce fait, que les précipités qui se forment dans le mélange de certaines dissolutions, laissent distinguer au microscope une multitude de petits cristaux dont l'existence prouve que les molécules du solide s'arrangent réguliéremenl, au moment où il prend naissance.

480. Stmetare orflranlqiie. — La structure organique est celle que noos présentent les parties solides des corps organisés, comme le bois, la corne, l'écaillc, l'ivoire. L'arrangement des molécules s'est effectué sous l'influence des forces réunies qui concourent à l'accomplissement des phénomènes vitaux. Cette structure est souvent fibreuse, c'est-à-dire que les molécules sont arrangées par files accolées les unes aux autres, de manière que la substance présente des propriétés différentes dans le sens des ûbres, et perpendiculairement à leur direction.

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