‹ Traité élémentaire de physique théorique et expérimentale avec les applications à la météorologie et aux arts industriels (volume 5)Chapitre 57 sur 189 · DES FOUDRES ASCENDANTES · texte numérisé non relu

DES FOUDRES ASCENDANTES

de fea qui semblaient distants de quelques mètres, s* élancer du sol vers des nuages orageux. M. Knemtz a vu plusieurs fois deux éclairs partir de deux Duages et se réunir au milieu de Tespace qui les séparait.

De tous ces faits, constatés par des observateurs habiles et consciencieux , M est en droit de conclure que la décharge électrique peut avoir lieu progresnrement, et, notamment, se faire de bas en haut. On ne saurait donc trop recommander aux observateurs de porter leur attention sur ce point. Du reste, ne fois le fait admis, il n*est pas impossible d'en rendre compte, en le companntanx résultats des expériences de cabinet^.

Nous avons vu, en effet, que Télectricité pénétre jusqu'à une certaine pro- Meur dans les plus mauvais conducteurs, par des décharges successives entre les molécules polarisées, surtout quand il se trouve du côté opposé, un corps eooducteur non isolé (1349). Ces décharges moléculaires, dans un milieu gazeux eotnme Tair, expliquent les aigrettes produites par l'écoulement continu de Télcctricité (1287). Les éclairs progressifs peuvent être regardés comme le résultat de décharges successives moléculaires, se propageant très rapidement àfls l'air rendu sensiblement conducteur par l'humidité qu'il contient, et fermant des traînées lumineuses, qui s'avancent Tune vers l'autre, entre un nage et la terre, jusqu'à ce qu'il y ait rencontre, et explosion par les grandes funtités de fluides qui se combinent directement alors. La grande longueur de ces traînées s'explique par l'énorme tension des électricités. Si l'on n'a pas tnjours aperçu les deux sillons de feu allant l'un vers l'autre, cela peut provenir fceeque l'une des électricités produit des effets lumineux plus intenses que fatre.

On peut, du reste, constater dans diverses circonstances la marche progres- •« de l'étincelle. Si l'on fait tomber des étincelles sur l'extrémité d'un fcfcau magique, il se forme souvent des serpentaux qui n'atteignent pas le Wd opposé, et que l'on voit dislinclemont s'allonger rapidement en s'amincis- I lut. Si l'on présente la main au conducteur d'une machine, de manière à •kenir une large aigrette, il n'est pas rare de voir jaillir au milieu de cette âgrette une étincelle violette qui s'allonge rapidement en serpentant, s'amincit Q pointe fine et s'évanouit avant d'arriver à la main. En mAme temps on «tend un craquement sourd, tout différent du bruit clair que produit l'i-tincelle rtinaire. Enfin, si l'on fait tomber de fortes étincelles sur l'extrémité d'une ItDguc bande de verre couverte d'aventurine, dont l'autre extrémité est garnie fane lame méUillique communiquant avec le sol. on voit des serpenteaux fartant des deux extrémités, s'élancer les uns vers les autres sans se joindre, et s'allonger avec une grande vitesse. L'espace que ne franchissent pas ces petits Wairs est rempli d'une multitude de points brillants. Il est facile de saisir le npport qui existe entre ces divers phénomènes et les éclairs progressifs.

' Métnoireg de l'ac. des se. de Toulouse, b« série (4 858), t. H. p. 479.

n. Dm moyoDf de m garantir de la fmidra. — ParatrantrrM.

iS79. — Depuis Tantiquité la plus reculée, on a cherché les moyens de ; préserver des effets de la fondre. Les pratiques fondées sur des idées supersl tieuses ne doivent pas nous pccuper. D'après Pline, les anciens pensaient fi la foudre ne pénétrait pas à plus de 2 mètres dans la terre ; aussi, voyonsHM Auguste se réfugier sous des voûtes épaisses, en temps d'orage. Kœmjh rapporte que les empereurs du Japon se plaçaient sous des réservoirs pieiB d'eau. Franklin conseille de se coucher dans un hamac suspendu par de cordons de soie. Romas recouvrait le plafond et les murs d'une chambre, d'u treillage en fil de fer, dont toutes les parties inférieures étaient réunies paru gros fil de fer communiquant avec le sol.

Volta pensait que de grands feux allumés dans la campagne pourraM décharger les nuages ; nous savons, en effet, que les gaz chauds qui s'éebf pent d'une flamme déchargent les conducteurs de nos machines (1188). Mai il faudrait que les nuages fussent très bas pour que la colonne d'air chaud fi monter jusqu'à eux, et, d'ailleurs, l'expérience n'a pas généralement jnstifi l'emploi de cette méthode. On a proposé aussi de tirer le canon pour diviser hi nuages orageux ; mais il résulte d'une discussion faite par Arago, dans fl Notice sur le tonnerre, que ce moyen n'a aucune efficacité.

Dans beaucoup de pays, on a coutume de sonner les cloches. Cette pratûfi est d'abord venue d'idées religieuses. Plus tard, on a voulu la justifier scieuli' flquement; mais de nombreux accidents ne tardèrent pas à ouvrir les yeuxdei hommes éclairés, et, dès le commencement du dernier siècle, un trouve dei arrêts qui défendent de sonner les cloches en temps d'orage. Un revireoMÉ d'idées s'est même fait à cet égard, et on a prétendu que de sonner les cloehM attirait le tonnerre. Aujourd'hui, l'opinion générale est que celte pratique b'i pas d'influence sur le météore. Deslandes cite bien l'orage qui ravagei II Bretagne, en 4718, entre Landerneau et Saint-Pol-de-Léon, dans lequel fc tonnerre tomba sur 34 clochers où Ton sonnait, tandis que les autres nefaml pas atteints ; mais ce dernier point n'est pas bien prouvé ; souvent, la foodrf ne laisse pas de traces de son passage, surtout quand elle trouve un condoeteur continu, comme celui que forment la cloche et la corde qui y est attacUe. laquelle est ordinairement accrochée au mur par son extrémité inférieure; ta clochers oîi l'on ne sonnait pas peuvent donc avoir été foudroyés sans qa*i> s'en soit aperçu, tandis que, pour les autres, les sonneurs ayant reçu ledwc électrique, le phénomène ne pouvait passer inaperçu. Cependant Ymayi^ sonner les cloches doit être interdit par tous les moyens possibles , parce (p^ les sonneurs sont exposés à un danger imminent. Déjà, en 1785, on atiB ronslaté en Allemagne que , dans l'espace de 33 ans , la foudre avait frapP* 386 clochers , et avait tué 120 sonneurs.

fSM. nsFâiimmilt. — Lorsque Franklin eut découfert le pouvoir des

pointes, il songea à s'en servir pour décharger les nuages de leur électricité. Nous avons parlé des expériences qui furent faites à cette époque, une des plus brillantes de la physique, soit avec des barres terminées en pointe, soit avec des cerfs-volants. L'établissement des premiers paratonnerres eut lieu peu de temps après, à Philadelphie. Un paratonnerre consiste en une barre de fer lerticale terminée en pointe, ab{fig. 4022), nommée la tige, communiquant intiinemeni avec le sol, au moyen d*un tondueteur métallique non interrompu Ue. Cet appareil se place sur le point le plus élevé de Tédificé que Ton veut préserver.

••abto réie ém paratonnerre. — i* Le rôle le plus important d'un para- Iwocrre consiste à préserver l'édifice des effets de la foudre. Il est évident que l'éclair frappera de préférence l'extrémité du paratonnerre, parce que c'est le point le plus élevé, et que la décomposition par influence s'y fait plus complètement que dans le bois ou la pierre. Le fluide trouvant ensuite un eoodactear continu ira se perdre dans ksol, sans occasionner de dégâts.

Empmee préaervé. — L'eflicacité éa paratonnerre ne s'étend qu'à une certaine distance. Charles admettait , faprès un grand nombre d'observalions, et on admet encore aujourd'hui, fi'an paratonnerre préserve les points placés dans un rayon égal au double k sa hauteur au-dessus du plan brizontal considéré. Il faut donc ar- ■er les grands édifices de plusieurs paratonnerres , et les placer à une £stance les uns des autres égale à quatre fois leur hauteur. Comme on a vu la foudre frapper la face latérale de certains édifices, on dispose parfois, sur les bords du toit, des paratonnerres inclinés destinés à les protéger contre ces coups obliques.

Quand l'édifice contient de grandes masses métalliques, comme des gouttières, des parties de toiture en plomb ou zinc, la quantité de fluide décomposée dans ces masses étant bien plus considérable que celle qui est décomposée dans le paratonnerre, il peut arriver que la foudre les frappe quoique placées dans le rayon préservé. Pour éviter les conséquences de cet accident, on fait communiquer ces masses avec le sol par le conducteur du paratonnerre. Quand il ne s'agit que de préserver l'édifice, ces masses métalliques, quand elles sont placées au haut du toit et qu'elles sont en communication avec le sol, consti-

Fig. 402S.

tuent un \rai paratonnerre. Par exemple, une toiture en zinc commo

avec le sot, forme un appareil protecteur des plus efficaces. C*est ainsi (

édifices ont été quelquefois préservés par les plaques de plomb gamisi

angles du toit et communiquant avec le sol

tuyaux de descente soudés aux gouttières et s'en

dans des puits.

2o Action préventive. — Le paratom aussi pour mission de neutraliser peu à peu Y cité des nuages , et de diminuer leur tensi< manière à prévenir l'explosion de la foudre. E l'électricité du nuage décompose par influence I neutre du paratonnerre, refoule dans le sol le de même nom, et atlire le fluide de nom coi Ce dernier s* échappant par la pointe, se port» nuage, vers lequel il est attiré, et neutralise 1 qui s'y trouve. La sortie de l'électricité par la produit souvent une aigrette \isible dans l'obi et le flux d'électricité qui descend dans le sol quelquefois une lueur plus ou moins pronom enveloppe le conducteur pendant les forts Aussi est-il dangereux de s'approcher de ce c teur en temps d'orage; car , si le fluide é{ quelque difliculté à pénétrer dans le sol, une pourrait se détourner sur l'imprudent trop rap{ et le frapper de mort.

438f . De la ronstruetlon des paratom

— En 4823 , une commission de l'Académ sciences de Paris publia les règles à suivre c construction des paratonnerres. Depuis quelqi nées, le fer étant entré en grande quantité iî édifices, comme toiture, charpente, poutres,coloi une nouvelle commission a été chargée, en d'ajouter quelques prescriptions nouvelles i qu'avait publiées la commission de 1823 *.

I. Tige. — La tige du paratonnerre est um de fer h laquelle on donne plus d'épaisseur h s Quand la hauteur est de 8 à 10 mètres, on dot base, supposée carrée , de 54 à 63 millimètres de côté. La tige est or ment composée de deux parties ; l'une , ACH (/î^. 1023), fixée & la ch

Fig. \on.

» Ann. dech. etdeph., î* série, l. XXVI, p. 258, et 3« série, XLIÏI, 445; rendus de VKcad. des se. de Paris, t. XXXIX, p. H 42.

1 toit, est munie d'une embase mn , destinée à écarter Teau de la pluie; intre, DE, s' emboîte exactement dans la première, par un tenon pyramidal a, tenu par une goupille.

Le fer étant sujet à se rouiller, la pointe est formée par une tige conique vo a cuÎYre jaune, de 33 centimètres de hauteur, fixée à la tige de fer au moyen 'une vis v maintenue par des goupilles. La pointe est dorée à son extrémité, a mieux, comme Ta imaginé Beyer, terminée par une petite aiguille en plaîle r, de 5 centimètres de longueur; cette aiguille est unie en o à la tige de csnrre , par une soudure d'argent , et onsolid^ au moyen d*un petit manchon a cuivre, comme on le voit en R.

Les pointes effilées sont sujettes à se Indre par les coups de foudre , ce qui Me au paratonnerre la faculté de décharger les nuages. La commission de IK4 a recommandé des pointes à angle 1^30% A {fig. 1024). Le cône en |htiBe, A, est vissé à Textrémité de li%ïde fer. MM. Deleuil ont diminué Mablement le prix de ces pointes , a remplaçant le cône massif par une

aynile de platine B, soudée, à la soudure forte, à un cône en fer qui la remplit eneteinent. La commission a aussi indiqué des pointes encore moins coûteuses Mcaifre massif, vissées à Textrémilé de la tige de fer, comme on le voit en C*^ keoivre est plus fusible que le platine; mais comme il conduit mieux, il est ■ûs exposé à être fondu par la décharge électrique. On en peut dire autant krargent, qui peut aussi remplacer le platine.

B. Condnctear. — On fixe le conducteur au pied de la tige, soit en le tvruit, au moyen d*un boulon, entre les oreilles du collier c (fig. 1023), soit (lie boulonnant en /* à la queue de Tétrier F. Il est soutenu sur le toit par des hrcbetles fixées à la charpente; et le long des murs, par des crampons. On krecoorbe pour lui faire suivre les contours du bâtiment. Mais il faut éviter Ik courbures trop brusques, car on a vu le fluide, arrivé à un angle trop prononcé, s'échapper du conducteur, comme par une sorte de vitesse acquise. Ab lieu d'un seul conducteur, on en met souvent deux pour plus de sûreté, twmeon le voit fig. 1022. Lorsqu'il y a plusieurs paratonnerres sur le môme Mifice, il faut au moins un conducteur pour deux tiges, et l'on fait communiquer I^kIcs conducteurs entre eux.

On donne au conducteur un diamètre de 17 millimètres s*il est cylindrique, «tune épaisseur de lô"»"» s'il est carré. On n'a pas d'exemple que des barres 'ocelle grosseur aient été fondues par les plus violents coups de foudre. Si le wndactcur était en cuivre, métal qui conduit mieux que le fer, on pourrait se (ontenter de dimensions encore moindres. Le conducteur étant ordinairement

formé de plusieurs barres ajustées les unes à la suite des autres, il faut £k en sorte qu'il y ait contact intime aux points de jonction. La moindre s^ tion par de la poussière, ou de la rouille produisant une résistance, il ponrr y avoir fusion aux joints, et, par suite, interruption dans le conducteur, commission de 4854 conseille de souder à Tétain, et sur des surfaces ayant moins 10 centimètres carrés, les joints qui devront être ajustés sur place, de les consolider par des vis, des boulons ou des manchons.

Dans les paratonnerres des magasins à poudre, les plus petites solutions ( continuité sont à redouter, parce qu'il s*y produit des étincelles qui peuiei enflammer le poussier de charbon qui voltige dans Fair. Aussi a-t-on cootuai comme Ta proposé Toaldo, dès 1776, de placer les paratonnerres sur des wM plantés à une certaine distance de rédifice. Quand cela n*est pas possible, i place sur le bâtiment, des paratonnerres sans tiges, sur lesquels les nnap n'agissent que faiblement, de manière que leur conducteur n*est parcouru, e temps d'orage, que par un faible courant d'électricité.

Beyer a imaginé d'employer pour conducteurs, des câbles en fll de fer, in lesquels on ne peut craindre les solutions de continuité. On les compose ori nairement de 4 torons formés eux-mêmes de 15 fils de fer tordus; les tona sont goudronnés séparément, puis le câble entier, pour les préserver de I rouille. Le câble doit avoir 16 à 18 millimètres de diamètre; on le soudai pied de la tige, et à la barre de fer qui entre en terre, en prenant une foule i précautions pour que le fluide puisse passer également par tous les fils; m cela, que!ques-unç pourraient être fondus, et le câble rompu. La commissk de 1854 prescrit d'étamer les (ils de fer à leur extrémité, et de les souder l'étain sur une longueur de 10 centimètres, de manière à former comme i cylindre massif.

Les chaînes à anneaux doivent être rejelées, la communication d'un anoei à l'autre se faisant par une surface de contact trop étroite, où il peut y an fusion. C'est ce qui est arrivé, le 19 avril 1827, i la chaîne du paqoeh le New-York; elle fut dispersée en fragments brûlants, sur presque toute i longueur , et le pont fut couvert de globules de fer incandescents gros coBi des balles de fusil, qui y mettaient le feu, malgré une couche de grêle et la jk qui tombait à torrents.

III. Communication avec le sol. — La partie du paratonnerre f demande le plus d'attention de la part du constructeur est celle qui s'enfiMM dans la terre. Si Ton a un puits à sa disposition, on y fait descendre le en ducteur, de manière qu'il plonge dans l'eau, de ^ mètre au moins, quand I niveau est au plus bas (e fig. 10'22), et on le termine par plusieurs braocka qui facilitent la diffusion du fluide. La barre de fer se rend du pied de l'édite au puits, à travers un canal revêtu de briques ne se joignant pas exacteffleil et rempli de charbon calciné, qui préserve la barre de l'oxydation, et lii* passer facilement l'électricité dans le sol. On a vu des barres ainsi disposée» se conserver pendant plus de 30 ans.

ÛDand ii n'y a pas de puits à proximité, on fore, avec une large sonde, un tnm Teriical, assez profond pour atteindre une couche aquifére. Dans Taxe du troD, on fixe l'extrémité de la barre terminée par plusieurs branches, et Ton moplit le trou avec du coke en très petits morceaux, ou du charbon calciné, par exemple de la braise de boulanger (/*, fig. 1022). I/emploi du charbon a été indiqué par Patterson, en 1790. Le charbon ordinaire ne peut convenir, ear il est mauvais conducteur (1262). On ne saurait trop insister sur ce point; des accidents, qui pouvaient avoir une immense gravité, ont eu lieu, parce fi'oo avait employé du charbon ordinaire : par exemple, le tonnerre tomba, en 1829, sur le paratonnerre du magasin à poudre de Bayonne, et causa divers iégàts aux plombs de la toiture : le conducteur était entouré de charbon irdioaire.

La commission de 1854 conseille aussi d*adapter, au point où le conducteur pénétre dans le sol, une branche secondaire s* étendant dans la couche superficielle, laquelle devient conductrice pendant les pluies d*orage, et peut se tnHiver séparée des couches humides profondes, par des couches devenues lanvaises conductrices à la suite d'une longue sécheresse.

Quand on ne peut trouver de couche humide, comme, par exemple, lorsqu'on est sur le roc, il faut creuser une longue rigole avec de nombreuses ramifications, dans lesquelles on place le conducteur entouré de charbon calciné, afin k compenser, par l'étendue de la surface de contact, ce qui manque à la cndoctibilité du sol.

Un paratonnerre qui communique intimement avec le sol ne peut être danprenx ; mais cette condiiion est essentielle. Si elle n'est pas remplie convena- Uement, l'édifice est plus exposé qu'en Tabsence de l'appareil, à cause de sa (rande élévation et de sa nature métallique; et même, si la foudre ne le frappe |K, il s'y accumule une grande quantité d'électricité repoussée par celle du Mage, électricité qui peut se porter sur les corps voisins, avec une violente «iplosion, comme cela est arrivé à Richmann (1360).

On a vu la foudre causer de grands dégâts à des édifices armés d'un paratonnerre dont le conducteur se terminait dans une citerne étanche ; le ciment et la maçonnerie empêchant la sortie de l'électricité.

I38S. Paratonnerres sur les navires. — Les navires SOnt trés exposés iDx coups de foudre, puisqu'ils présentent une grande élévation au dessus de h mer. La prudence commande donc de les munir de paratonnerres. La tige, (pi se réduit à la partie en cuivre de la fig. 1023, se place à l'extrémité du ■ât. Un cable en fil de fer part du pied de cette tige, passe dans un anneau filé au porte-hauban, et se réunit à une barre de fer qui communique avec le doublage en cuivre du navire. Les gros navires sont armés de deux paratonnerres, un sur le grand mât, l'autre sur le mât de misaine.

M. Harris, qui s'est occupé tout particulièrement des paratonnerres des navires, forme le conducteur, d'une série de feuilles de cuivre appliquées sur ^ mât, et qu'il fait communiquer avec le doublage, par l'intermédiaire de

larges plaques métalliques circulant sur les flancs du navire, de manière à offir à Télectricité un passage plus facile que par toute autre voie. Ces plaqjnes i prêtent à toutes les positions de la mâture, et prolégent le navire, même qnu ses mâts sont endommagés ou brisés ; car elles sont tellement distribua» < unies entre elles que, quel que soit le point frappé par la foudre, rélectricité i peut enlrer dans un circuit dont ces conducteurs ne feraient pas partie. G système, adopté par la marine d' Angleterre, a reçu, en i85i, àrExpositioné Londres, une récompense de premier ordre.

i383. De rutiuié d«s paratonnerres. — Dés Tinvention des paratotnerres, en 1752, on en a contesté rulilité; on les a même accusés d*éln dangereux el d*atlirer la foudre. Cette opposilion, bien concevable du resti; quand on considère qu'on s'altaque au plus redoutable des météores, et quuri on compare la simplicité des moyens à la grandeur des effets que Ton veit conjurer, a cédé devant Tévidence des faits, et les paratonnerres ont fini pv être adoptés dans tous les pays civilisés. C*est à Philadelphie qu*on \»t d*abord appliqués ; et cette ville, où les accidents par la foudre étaient autrefoiî si fréquents, n*en a plus qu*un très petit nombre à enregistrer. D'AmériqM, les ^ar(/es-/onnerre5 comme on disait alors, passèrent en Italie et en AUemagae; Guiton de Morvau établit à Dijon, les premiers qu*on ait vus en France.

Après avoir reconnu que les paratonnerres préservent les édifices de II foudre, on voulut contester l'utilité des pointes. Les Anglais, le roi Georges I leur tête, en haine de Franklin, recommandaient de terminer les tiges lai paratonnerres par des boules. Prétendre enlever aux nuages une quantiti sensible d'électricité, c'était, disaient-ils, vouloir vider un lac au moyen d'fl simple robinet. Remarquons qu'il ne s'agit pas de détruire toute l'électridli des nuages, mais d'en enlever seulement une quantité suffisante pour qu*aM décharge sur la terre ne soit plus possible. Or, les quantités enlevées sort considérables, comme le prouvent les expériences de Romas (1360), et Tcipérience suivante, citée par Arago : Reccaria, en 1753, dressa sur une église fc Turin, une barre isolée portant une pointe mobile, qu'on pouvait tourner vers le ciel ou vers la terre, en tirant un cordon de soie. Cette pointe communiquail avec le sol, par un conducteur présentant une large solution de continuité. Pir un temps d'orage, quand la pointe était tournée vers le ciel, des étincelles, tellement rapprochées qu'elles semblaient n'en former qu'une, remplissaiflK l'interruption ; et quand on laissait retomber la pointe vers la terre, il n'y avaH plus d'étincelles, ou du moins elles étaient très rares.

Du reste, on a pu constater plus d'une fois que des orages poussés park vent au-dessus d'édifices armés de paratonnerres à pointes, s'apaisaient presqW aussitôt, ou du moins diminuaient notablement d'intensité.

Il résulte, de plus, d'une multitude d'observations, que, non seulement tes paratonnerres à pointes préservent l'édifice quand la foudre le frappe, m*** encore qu'ils empêchent le plus souvent l'explosion d'avoir lieu sur cet édifice- Voici quelques faits empruntés à la Notice d'Arago. Dans la Carinthic, ««**

eée sur une éminence était si souvent foudroyée, qu'on avait fini par la ndant Tété. Après qu*on Teût armée d'une pointe, elle ne reçut, en s, qu'un seul coup de foudre, qui ne produisit aucun dégât. Le palais I i Turin, Téglise Saint-Marc de Venise, la tour de Sienne, étaient odommagés par la foudre, avant qu'on y eût établi des paratonnerres. 6rt royal, à la Jamaïque, deux vaisseaux sont foudroyés au milieu d'un imbre d'autres ; ils étaient seuls dépourvus de paratonnerres. On dter plusieurs observations du môme genre. Le 21 mai 1831, le la Calédonia était entouré, pour ainsi dire, de coups de foudre qui t la mer et le rivage, dans la baie de Plymouth,.et il ne fut pas atteint, M>n paratonnerre. On peut conclure de là que les paratonnerres à it rarement frappés de la foudre; ce qui, du reste, est d'accord avec lUS savons des propriétés des pointes.

ratonnerres à longues tiges terminées par des boules, ou dont la hlé détruite, ne sont pas dans le même cas : ils peuvent provoquer la cause de leur grande élévation et de leur nature métallique; mais sans mr l'édifice, qu'ils préservent toujours efficacement, quand la commuvec le sol est bien établie.

on considère les dégAts considérables qu'occasionne la foudre, les qu'elle allume, et les accidents redoutables auxquels sont exposés ints des maisons foudroyées, on ne comprend pas comment tous les levés dans les villes, les maisons isolées, et particulièrement les ) campagne, ne soient pas toujours armés de paratonnerres, surtout compare la dépense à faire à celles qu'entraînent les réparations des oduits si fréquemment dans ces derniers édifices. Il suffirait, en effet, ouvent, d'unir au sol par un conducteur, la croix qui surmonte le - Les maisons des paysans peuvent être préservées très économiqueir une corde en paille partant du point le plus élevé du toit, et dont é inférieure s'enfonce dans la terre*.

T, les coups de foudre sont très fréquents, et les accidents bien plus r, puisqu'ils peuvent entraîner la perte du navire avec tout ce qu'il M. Harris, qui travaille depuis bien longtemps à propager les parasur les vaisseaux, cite, dans un travail présenté au conseil de ï, plus de 200 cas de foudre ayant endommagé des vaisseaux de la iglaise. Il a constaté, entr'autres, qu'à une certaine époque, en temps , 40 vaisseaux de ligne, 20 frégates et 10 corvettes, ont été mis ervice par 70 coups de foudre, parmi lesquels iO ont mis le feu aux : voiles ou à d'autres parties du navire. Il remarque encore que, sur lux marchands foudroyés, 18 ont été complètement perdus, evons dire, en terminant, que les paratonnerres n'ont pas d'action nerre en boule (1376), phénomène heureusement assez rare.

», Betue du progrès des sciencei t. XIV, p. 29.

ni. Formation et répartition dos oragos. — firèlo. — Trombof.

i384. Formation d«8 nuag:e8 orai^eux. — Le mode de formation des

nuages orageux est assez obscur; il en est de même de leur constitution électrique. On peut cependant se rendre compte des phénomènes dans leur ensem- i ble. Disons d*abord que les nuages orageux peuvent se former de deox ^ manières : 1<^ par la rencontre de deux vents opposés; c*est ce quia lieo surtout pour les rares orages de la saison froide ; 2o par Tascension d*one i colonne d'air chaud et humide. Quel que soit le mode de formation des nuages 1 orageux, on admet généralement qu'ils empruntent leur électricité à l'atmosphère, qui en renferme h'abituellenient une certaine quantité, comme nous le verrons (1400), quantité d'autant plus grande que la couche considérée est plus élevée. Décrivons d'abord la formation d'un orage par une colonne d'air ascendante.

Ces sortes d'orages prennent naissance vers la fin des journées chaudes : l'air est d'abord calme, étouffant; on éprouve un malaise général, qui fait dire que le temps est lourd, et que l'on attribue à ce que l'humidité de l'air ralentit la transpiration. Aussi le thermomètre n'est-il pas aussi haut qu'on pourrait le croire d'après l'impression éprouvée. Cependant la température est très élevée, surtout près de la surface du sol, et le décroissement est très rapide quand on s'élève. En même temps, le baromètre baisse graduellement. BientM l'atmosphère perd sa transparence, le ciel devient d'un bleu très pâle, puis on aperçoit, à une grande hauteur, une tache sombre qui grandit rapidement et devient un cumulus très dense, d'un gris sombre, à contours arrondis et bien marqués *. M. Espy explique la formation de ce nuage par l'ascension d'une colonne d'air humide, autour de laquelle l'air est violemment agité, comme nous l'avons expliqué précédemment (11,1152). Ce nuage contient toute l'électricité du volume de vapeur qui s'est condensé pour le former.

De ce nuage partent de longues ramifications qui s'étendent, envahissent le ciel et contribuent, en se réunissant les unes aux autres, à l'extension do nuage principal. Vu d'une montagne qui le domine, ce dernier présente à sa partie supérieure d'énormes proéminences, des espèces de colonnes verticales qui s'élèvent à une grande hauteur.

On remarque aussi, assez souvent, de petits nuages blancs isolés, qui se meuvent irrégulièrement en s'approchant du nuage principal, qui les attire évidemment, et finissent par s'y réunir. Ces petits nuages, remarqués par Virgile, ont été désignés par Beccaria sous le nom d'osct/isi, c'est-à-dire nuages subordonnés ou additionnels. Cet observateur en a vu souvent appa-

* M. d'Abatlic a vu, en Elhiopic, des nuages à ("clairs, assez |)cu denses [wur laisser voir les étoiles {^Comples-rendiu de l'Académie de* sciences de l'aris, t. XXXIV, p. 896).

Page 1