DES TROMBES
anitpas encore de trombe proprement dite. Après s*ôtre éloigné et avoir prcoara 4 kilomètres, ce tourbillon revint tout à coup dans la vallée, jprès de Halauna; et Monville, en traversant un bois, dont les arbres furent brisés prés de leur base. C*est alors qu'il se forma un énorme cône à contours nettement dessinés, et noir comme la fumée du charbon de terre. Le sommet était d*un jaune rouge ; des éclairs s'échappaient du cône, et Ton entendait un fort roulement. En quelques secondes, la trombe se porta successivement, avec une rapidité effrayante et en zig-zag, sur trois filatures considérables qu'elle éôasa avec tous leurs ouvriers. Les toits furent soulevés, et il ne resta pas pierre sur pierre ! Les métiers étaient brisés, tordus ; les fortes pièces étaient brisées, principalement dans les endroits où il y avait de grosses masses de métal. Les arbres, dans les environs, étaient renversés en tous sens, clivés et desséchés sur une longueur de 2 à 7 mètres. En déblayant, pour tâcher de sauver les malheureux ensevelis sous les ruines, on remarqua que les briques étaient brûlantes. On trouva des planches charbonnées, du coton brûlé et roussi; beaucoup de pièces de fer ou d'acier se trouvèrent aimantées. * Des cadavres présentaient des traces de brûlures ; d'autres ne présentaient pas de lésions apparentes, comme s'ils avaient été frappés de la foudre. Des OQTTiers qui furent lancés dans les prairies environnantes, s'accordèrent à dire qu'ils avaient vu de vives lueurs, et senti une forte odeur de soufre. Des personnes placées sur des hauteurs, ont vu les usines enveloppées par la trombe, couvertes de flammes et de fumée, et crurent à un incendie. La largeur de la bande ravagée était de 220 mètres sur le plateau de Malaunay, à 2 kilomètres du point où les dégâts avaient commencé ; de 307" au milieu ; et de 60" prés de Clères, où la trombe disparut. La longueur de la bande, à vol d'oiseau, était de 15 kilomètres.
Un fait très remarquable, c'est que des débris de toute sorte, ardoises, Titres, planches, chevrons, tombèrent près de Dieppe, à une distance de 25 à 38 kilomètres du lieu de la catastrophe! Ces divers objets furent aperçus dans les airs par plusieurs personnes, qui les prirent pour des feuilles d'arbres, tant ils étaient élevés. Parmi ces débris, on cite une planche de 1"',4 de longueur, de0",12 de largeur et de 0'",0i d'épaisseur. Toutes les trombes, heureusement, ne sont pas aussi désastreuses que celles que nous venons de citer.
1398. De Im théorie de» trombes. — Il y a peu de temps qu'on est panenu à expliquer les principaux effets des trombes. Franklin, Muschenbroeck, Monge..., les considéraient comme des tourbillons d'air, engendrés par la rencontre de deux vents opposés. Mais on a vu des trombes naître et disparaître au milieu du calme le plus parfait. M. Espy regarde les trombes de mer comme de très petits tornados (11,1 152) ; outre que cette explication ne peut guère s'appliquer aux trombes terrestres, elle ne tient pas plus compte que la précédente des effets calorifiques et électriques qu'on a observés. Brisson parait ôtre le premier qui ait attribué les trombes à l'électricité; il les regarde comme dues à une communication électrique entre les nuages orageux et le
globe. Peltier, dans son Traité des trombes, a repris cette explication, d après avoir comparé les récits de il6 trombes, dont 56 de mer et 60 de terre, il a établi la théorie suivante, qui rend bien compte de Tensemble des phénomènes, et s'applique également aux trombes de terre et de mer.
Considérons un nuage très dense et fortement électrisé ; ce nuage agira par influence sur le sol, en sera attiré et tendra à s'abaisser. Quand il sera assez bas, il pourra donner des coups de foudre ; mais s'il est très dense, certaines parties pourront obéir plus complètement à l'attraction électrique du sol, et formeront un^ protubérance sur la base à peu près plane du nuage. Cette protubérance s'allongera rapidement en cône, parce que l'électricité s'y accumolen de plus en plus, à cause de sa forme même, et parce que sa distance i la terre diminuera.
Si le cône se forme au-dessus de la mer, l'eau sera soulevée, et divisée en gouttelettes par la répulsion de ses molécules, et s'élancera vers le sommet do cône descendant. S'il se forme au-dessus de la terre, les corps légers seront attirés, se précipiteront vers le sommet du cône, seront repoussés après ei . avoir partagé l'éleclricité, et formeront un nuage de poussière. En mâne temps, le nuage se déchargeant rapidement, par le conducteur imparfait que lui offre la trombe, le tonnerre cessera de se faire entendre.
Une fois la trombe en communication avec le sol, les objets terrestres sont vivement attirés, enlevés à une grande hauteur, et transportés au loin, comme à Monvillc ; les arbres sont arrachés et emportés, souvent contre la direction du vent. On a vu des planchers, des pavés soulevés; des étangs entièrement desséchés. Plusieurs fois, des hommes ont été saisis et transportés au loin. Le 26 août 1S26, aux environs de Carcassonne, une trombe enleva dans les airs 14 moutons, qui se trouvèrent en un moment fort loin de leur point de départ. Quand la trombe a une grande puissance, les toits sont soulevés et retombent brisés, comme à Chatcnay et à Monville; des objets légers sont comme aspirés, par des cheminées. Les arbres non arrachés, servant de condncteurs imparfaits à l'électricité, sont échauffés et desséchés; la sève, réduite subitement en vapeur, fait éclater le bois en longues bandes, et l'arbre se brise au milieu de la partie clivée. Cependant, les branches ne sont pas ainsi desséchées, l'électricité n'éprouvant pas de résistance à les traverser, à cause de leur grand nombre. A Monville, aucun des arbres résineux n'a été clivé; probablement à cause de leur mauvaise conductibilité.
Les globes de feu, les étincelles, les éclairs, signalés par divers obsenateurs; la carbonisation du bois, la fusion de métaux, observées en certains cas * ; des vitres percées sans être étoilées ; l'état des cadavres ne présentant
1 Parmi Icâ effets d'une trombe qui exerça ses ravages dans la commune d^Escalquen», pR* de Toulouse, le 19 sept. \ 844, M. Tabbé Chambon cite la fusion particUc des soudure» iTiiM boule et d'un croissant en zinc qui surmontaient un pigeonnier {Comptes-rendvu de TAcoL ^ te, de Paris, l. XIX).