LIVRE VL
OPTiaUE.
48W. De la lainière. — Si le tact nous fait connaître les corps qui sont près de nous , c'est par l'or^an^ de la vue que nous est révélée l'existence de ceux auxquels nous ne pouvons atteindre, et cela au moyen d'une communication établie entre notre organe et ces corps. L'agent qui sert à cette communication est la lumière; on peut donc la définir : l'agent qui nous fait connaître l'existence des corps par l'organe de la vue ; autrement dit la cause de la mton.
C'est à la lumière que nous devons le plus grand nombre de nos connaissances sur le monde extérieur ; sans elle, nous ne posséderions aucune notion snr les objets inaccessibles de notre globe, et sur les corps en nombre infini qui peuplent l'espace. Nous n'aurions qu'une idée très restreinte de l'univers ; c'est à peine si nous pourrions acquérir des notions incomplètes de l'étendue, par les enseignements bornés que nous fournissent le tact et la locomotion. Nos connaissances seraient réduites aux petites choses de notre globe, et l'intelligence, privée du stimulant du grand spectacle de la nature, ne recevrait qu'un faible développement. L'exemple des aveugles n'est pas une objection, car ils reçoivent communication des connaissances acquises par ceux qui votent.
Optiqae. — La partie de la physique qui a pour objet l'étude des propriétés de la lumière, se nomme Yoptique, Cette science, très étendue, et une des plus intéressantes , tant par les merveilleux phénomènes qu'elle nous dévoile, que par les applications qu'on en fait chaque jour, n'a commencé à sortir de l'enfance que dans les temps modernes. Les anciens ne connaissaient de la lumière, que quelques lois relatives à sa propagation et à sa réflexion, mais ils avaient poussé assez loin l'étude des conséquences géométriques de ces lois. On doit à Ptolémée un ouvrage sur l'optique, aujourd'hui perdu. Alhazen, savant arabe qui écrivait vers le X« siècle, cite souvent un traité d'optique d'an certain Euclide qui parait être un autre que le fameux géomètre ; Théon parle de livres d'Archimède sur la réfraction, qui ne nous sont pas parvenus. Mais ce n'est qu'à partir de la fin du XVI« siècle que l'étude de la lumière s'est trouvée assez avancée pour qu'on ait pu l'appliquer à la cons-
tructioD des instruments d'optique , particulièrement de ceux qui viennent en aide à notre vue.
Nous diviserons l'optique en deux grandes sections. Dans la première, qui forme Vaptique géométriqtte, nous considérerons les phénomènes relatifs à la marche des rayons, en partant de quelques lois expérimentales, et sans nous préoccuper de la nature de l'agent lumineux. Cette section comprend les connaissances des anciens ; elle a été considérée longtemps comme une branche des mathématiques ; et, en effet, une fois les premières lois établies, on peut en déduire une foule de conséquences, par les règles de la géométrie ; ce qui explique comment Sanderson pouvait donner des leçons publiques d'optiqne, quoiqu'aveugle de naissance. Dans la seconde section, formant Y optique physique, nous étudierons une foule de phénomènes , dont la plupart n'ont été découverts que depuis le commencement du siècle actuel, et sont relatifs aux actions que les rayons exercent les uns sur les autres, ou dépendent de la constitution môme de ces rayons, qui présentent des qualités différentes aux divers points de leur contour, et sont dits polarités. Là, pour nous reconnaître au milieu d'un très grand nombre de faits, nous invoquerons le secours d'une théorie, celle des ondulations, au moyen de laquelle tous ces faits se lieront naturellement entre eux , et deviendront d'autant plus faciles à saisir, que la théorie aurait pu , le plus souvent, les prédire. En même temps, nous compléterons ce que nous avons dit (11,745) des analogies de la lumière avec la (Âaleur rayonnante, en montrant que celle-ci produit les mêmes phénomènes que la lumière.