SOURCES DE LUMIÈRE
L'eau ayant été laissée en repos dans l'obscurité, la lueur s'affaiblit peu à peu, et sembla se retirer vers la surface, où elle finit par disparattre. Agité de nouveau, le liquide redevient brillant, môme dans le vide et dans les gaz privés d'oxygène. Quand on filtre cette eau, la matière lumineuse reste sur le filtre. Vers 38 à 40", toute lumière disparaît pour toujours.
La mer, surtout dans la zone intertropicale, répand souvent une lueur assez vive partout où l'eau est irrégulièrement agitée, comme au sommet des vagues, sous le choc des rames ou de la proue des navires, dans le sillage qu'ils laissent après eux. Cette lumière est attribuée à une matière organique mêlée intimement à l'eau, et qui paraît être répandue par certains animaux. En effet, la phosphorescence de la mer peut être aussi produite par une multitude d'animalcules, méduses, béroés..., qui sont phosphorescents pendant la vie. Quelques espèces ont la faculté de répandre une malière organique qui rend l'eau lumineuse. MM. Qoy et Gaymard ayant pris, près de l'île Rawack, deux de ces zoophytes, extrêmement petits, les mirent dans un vase rempli d'eau, et ce liquide devint bientôt lumineux dans toutes ses parties. C'est sans doute à ces petits animaux qu'est due la matière répandue dans la mer quand elle luit par l'agitation. On pourrait penser, d'après les expériences de M. Matteucci, que les poissons morts en décomposition contribuent à fournir cette matière. Mais ce physicien a constaté des différences importantes entre la substance lumineuse de ces poissons, et celle de la mer : tandis que la première cesse de luire quand on abaisse la température à + 3° ou + 4°, celle de la mer devient plus vive et plus persistante ; la première est détruite par l'alcool, l'éther, les acides, tandis que ces liquides augmentent beaucoup la phosphorescence de l'eau de mer.
11 y a aussi des animaux phosphorescents vivant dans l'air : des annélides, différents genres d'insectes, parmi lesquels des lampyres ou vers luisants, des fulgores, etc. Chez quelques-uns de ces animaux, la volonté paraît jouer un rôle dans le phénomène, et une chaleur modérée augmente le dégagement de lumière, qui peut persister pendant plusieurs jours après la mort, surtout s'il fait chaud. La présence de l'oxygène estnécessaire au dégagement de la lumière, qui est due à un fluide phosphorescent qui tantôt est renfermé dans certaines parties de l'animal, tantôt répandue dans toute sa substance. M. Matteucci a fait un grand nombre d'expériences sur le Lampyris italicaK 11 a exprimé des derniers segments de l'abdomen, une matière jaune phosphorescente. Il a vu ces segments séparés, aussi bien que l'insecte vivant, cesser de briller à — 8° ; et la lumière reparaître quand il élevait la température, pour disparaître à SO"". Cette lumière est continue vers 47" dans l'insecte vivant, chez lequel elle se produit ordinairement par intermittences. L'insecte vivant et les segments séparés cessent de luire dans l'acide carbonique et l'hydrogène. L'oxygène peut ramener la phosphorescence, et il l'augmente notablement, en formant de
1 imialet de ehmi» €t de physique, 3« série, t. XI, p. 74 .
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l'acide carbonique. Beccaria, Mayer... pensaient que Tinsolation préalable était nécessaire pour que les vers luisants répandissent delà lumière. Mais M. Matteucci a pu conserver de ces animaux pendant 9 jours, dans des bottes fermées renfermant de Therbe, sans qu'ils aient cessé de luire, à quelque heure que ce fût.
Certains végétaux ont aussi la propriété de répandre une lueur assez vive pendant la nuit, après les journées chaudes: par exemple, les fleurs de couleur jaune, comme celles de la capucine, de l'œillet et de la rose d'Inde, du soleil et du souci des jardins. Il y a des champignons, entr'autres l'agaric de l'olivier, dont les feuillets qui garnissent le dessous du chapeau sont phosphorescents. La présence de l'oxygène estencore ici nécessaire. L'insolation préalable semble * aussi devoir précéder le dégagement de la lumière ; car ces fleurs et ces champignons ne produisent pas ordinairement de lumière pendant le jour, quand on les porte dans l'obscurité.
Phosphoreseenee artllleielle. — Les corps rendus phosphorescents par des moyens artiGciels répandent des lueurs dont la couleur dépend de la nature de ces corps ; elles peuvent être blanches, jaunes, d'une teinte rouge, verte, bleue. M. Dessaigne et P. Heinrich, qui ont fait beaucoup d'expériences sur ce sujet, énumèrent quatre moyens pour exciter artiflciellement la phosphorescence : 1" Vélévation de la température; 2« les décharges électriques; 3^ les actions mécaniqties; 4o Yinsolation.
i o une foule de corps solides deviennent phosphorescents quand on les projette sur une surface chaude. Par exemple, beaucoup de pierres précieuses, le diamant, la craie, les variétés colorées de chaux fluatée, les coquilles d'huttre,
les sulfates de potasse et de quinine Le papier, la fanne, surtout celle de
maïs, et en général les substances organiques bien desséchées, sont dans le même cas. La plupart de ces substances produisent des lueurs au-dessous de KW ; les huiles volatiles en dégagent à KW. Quand la chaleur change la structure des substances minérales pendant la phosphorescence, elle ne peut plus se reproduire. — M. Becquerel a d*abord attribué la phosphorescence à l'électricité ; et il expliquait pourquoi certains corps, comme les chlorures de sodium et de mercure, le sulfate de potasse, l'acide arsénieux vitreux, qui sont phosphorescents à 100'', cessent de l'être à la chaleur rouge, en remarquant qu'alors ils sont bons conducteurs, et que les électricités disparaissant trop promptement, elles ne peuvent acquérir la tension nécessaire pour que leur recomposition soit accompagnée de lumière. Aujourd'hui, on s'accorde généralement, en partant du système des ondulations, à admettre que la chaleur excile dans les molécules convenablement disposées de certaines substances, des mouvements vibratoires qui se propagent dans l'éther, à des températures bien au-dessous de celle du rouge, pour laquelle tous les corps deviennent ordinairement lumineux.
2" Pour manifester la phosphorescence par décharge électrique, on place le corps entre les branches de l'excitateur universel, et l'on fait passer la décharge.
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Aussitôt le corps répand une lueur assez vive, de couleur changeante, et persistant quelques secondes. Les corps bons conducteurs ne deviennent pas phosphorescents par la décharge, tandis qu*une foule de minéraux non conducteurs le deviennent. MM. Dessaignes, Ueinrich, et surtout M. Pearseal» ont fait beaucoup d'expériences à ce sujet. Le premier a reconnu, en i809, que les substances qui ont perdu la faculté d'être phosphorescentes par insolation ou par la chaleur, peuvent la reprendre après avoir subi quelques décharges. Quand un corps répand la lumière phosphorescente, la décharge augmente beaucoup Tintensité de cette lumière, qui souvent alors est accompagnée d'une série de magnifiques couleurs.
3» Les actions mécaniques ne produisent ordinairement la phosphorescence que pendant qu'elles ont lieu. La présence de Télectricité est ici le plus souvent évidente ; mais il est permis d'admettre cependant que l'ébranlement communiqué aux molécules peut concourir au phénomène. Le frottement entre les substances non conductrices est souvent accompagné de lueurs assez vives, dont nous avons déjà parlé (III, 1423). La lumière jaillit de deux cailloux frappés l'un contre l'autre» et d'une foule de substances, la craie, l'oxyde de plomb... Le feldspath adulaire, frappé à coups de marteau de manière à se fendiller, présente dans chaque fissure une lueur qui peut persister pendant plusieurs minutes; pilé dans un mortier, il paraît tout en feu. Le nitrate d'orane cristallisé et sec est illuminé en entier quand on le rompt. Si on en renferme dans un flacon et qu'on agite, il se produit de magnifiques jeux de lumière (D«' Phipson). Le sucre écrasé entre les doigts, le clivage, la séparation des feuillets d'une carte, dégagent delà lumière. En général, les actions mécaniques rendent phosphorescentes les substances qui le sont par les autres mojens. Les très bons conducteurs, comme les métaux, ne sont donc pas dans ce cas. Dans la cristallisation de certains corps, acide arsônieux, sulfate de potasse, de soude, on voit de petits éclairs. L'acide borique fondu se fendille en se solidifiant, et de chaque fissure jaillit une vive lumière (Dumas).
4^ L'insolation ne parait pas produire la phosphorescence aussi généralement que la chaleur. Elle ne peut l'exciter chez la plupart des bons conducteurs, ou elle ne la produit que pour un temps très court. Les mauvais conducteurs demandent souvent une longue exposition aux rayons solaires, mais alors ils luisent pendant longtemps. La plupart des composés à base calcaire : le carbonate et le sulfate de chaux, la chaux fluatée, les pétrifications, les coquilles, les perles ; certaines substances organiques, la farine, le sucre, la gomme, la cire blanche, luisent après insolation. Le diamant, dont la phosphorescence a été découverte par R. Boyle, peut quelquefois luire pendant une heure, après une exposition de quelques secondes au soleil. Le phosphore de Canton n'est autre chose que du sulfure de calcium, que Ton obtient en chauffant avec du soufre, delà poudre de coquilles d'huttre calcinées; il répand, après insolation, une lumière jaune assez vive pour qu'on puisse lire. La lumière d'une bougie, celle de la lune, suffisent même pour y exciter la phosphorescence. Le phos-
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phare de Bologne {sulfure de baryum obtenu en calcinant un mélange de sulfate de baryte et de gomme), sur lequel la phosphorescence par insolation a été découverte par hasard, vers 4602, par un artisan, Vincenzo Gasciorolo, qui s'occupait d'alchimie, répand aussi une lumière vive, qui dure pendant plus d'une journée. Le phosphore de Baudoin (azotate de chaux fondu] répand une lumière blanche, etc. Nous reviendrons (2083], quand nous parlerons des effets physiques des rayons lumineux, sur leur propriété d'exciter la phosphorescence, et nous verrons comment M. E. Becquerel a pu constater l'existence de ce phénomène, dans une foule de cas où il ne dure que très peu de temps.
% 1t, — l>e la propai^atloB de la lanière.