iO
RAIBS. INTBKSlTi DU COOBÀKT.
Si Ton représente par des ordonnées, les intensités électriques inscrites dans ce tableau, on obtient la courbe KmonP (fig, 1564), présentant deux maximum m et n ; mais il ne faut pas oublier que la partie Rmo correspond à des effets qui n*ont lieu qu'après que la surface a été impressionnée à Tavance. L'arc ef est probablement formé par la réunion de deux portions de courbe particulières, eG eif¥ correspondant. Tune aux rayons excitateurs s*ils agissaient seuls, Tautre aux rayons continuateurs. La courbe RLl représente les intensités lumineuses, d'après Fraunhofer.
Ces résultats, ainsi que ceux qui suivent, ont été confirmés sur une couche de chlorure, obtenue par décomposition électro-chimique de Tacide cblorhydrique, et recuite à 150'' on^W. Cette couche, dont nous indiquons plus loin les curieuses propriétés (2077), n*est impressionnée que par les parties
S30 CHROMATIQCE.
visibles du spectre; elle est sensible aux rayons de la flamme d'une bougie, et assez épaisse pour que Taction chimique produite en un point par les rayons d'une lampe Carcel, reste constante pendant plusieurs heures. Il en résulte qu*on pouvait observer les positions d*équi)ibre de Faiguille du réométre, au lieu des arcs d'impulsion.
JMttlI. Abs«rpUos des rayons ehlnlqnes par les lasies tnuisp»rentes. — Biot est le premier qui ait cherché si les lames transparentes et incolores arrêtent certains rayons chimiques, comme elles arrêtent certains rayons lumineux et calorifiques. Il a reconnu que les effets chimiques sont, en général, retardés par l'interposition de semblables lames >. M. Malagoti a fait des expériences analogues avec divers liquides. M. E. Becquerel a repris la question ; il a opéré sur un grand nombre de substances : eau, alcool, acides, sels solides ou dissous, huiles, essences, verres, etc. La couche sensible était, tantôt une lame d'argent iodurée, rendue plus sensible par le chlore et le brome; tantôt une feuille de papier sensible de M. Talbot, propre à la photographie (2073), et que l'on plongeait, après qu'elle avait subi l'action de la lumière, dans une solution aqueuse d'acide gallique, qui la colorait partout où la lumière avait agi. La surface sensible recevait, dans la chambre noire, deux spectres parallèles horizontaux, formés par deux faisceaux de rayons solaires passant par deux trous circulaires pratiqués dans un écran sur une même verticale, et traversant un prisme vertical en flint. Une lentille de 1 mètre de foyer, placée derrière le prisme, permettait de distinguer les principales raies. La lame transparente étant placée derrière le trou inférieur, on pouvait comparer les eS'ets chimiques produits par les deux spectres. Une lame de flint. était placée derrière le trou supérieur, pour conserver l'égalité des deux faisceaux, en faisant éprouver au plus élevé la perte que le plus bas éprouvait par la double réflexion sur les faces de la lame en expérience. Il fallait lO"* à 15"> pour observer les effets des rayons excitateurs, et une heure au moins pour les rayons continuateurs. Voici les principaux résultats obtenus avec des lames incolores :
1<> L'interposition des lames incolores , solides ou liquides , ne modifie pas les actions chimiques dans la partie du spectre comprise entre les raies A et H ; — 2<> de H à P (/Sjf. 4564), les actions restent aussi les mêmes, avec certaines substances, comme l'eau, l'alcool, l'acide sulfurique, etc., mais elles sont affaiblies, avec d'autres substances liquides on solides, à partir de l'extrémité P, jusqu'à un point plus ou moins rapproché de la raie H ; c'est-à-dire que les rayons chimiques les plus réfrangibles sont le plus absorbés , et que cette absorption a lieu dans la partie invisible HP du spectre, où les actions chimiques sur les sels d'argent sont assez faibles. Les effets s'arrêtent à la raie N avec l'acide azotique, l'essence de citron, etc., et à la raie H, avec la créosote, l'essence d'amandes amères, la solution aqueuse faible de sulfate de quinine ;
i Ccmplet-^endm de VAcadtmie de$ tciences de Parb, t. VI 11, p. 315.
RADIATIONS CHIMIQUES. TM
— 30 la position du maxinum n'est pas sensiblement changée par Tinterposition delà lame incolore; — 4<»avec les autres substances sensibles, c'est toujours dans la partie HP que la différence des deux spectres se manifeste. Ainsi, Tenduit de gaîac, qui ne bleuit que dans la partie HP, restera incolore quand les rayons traverseront une couche de créosote ou de sulfate de quinine; au contraire, les lames interposées n'auront aucun effet sur les substances qui, comme le gaîac bleui, ne sont impressionnées que de A en H ; — 5® il est à remarquer que les rayons lumineux, compris dans l'espace HP, sont aussi absorbés par les couches de créosote, d'essence d'amandes améres, de solution de quinine ; mais ces rayons sont si faibles que ces liquides n'en paraissent pas moins incolores.
Des expériences faites avec l'actinomètre, ont conduit aux mêmes résultats. On relevait d'abord les intensités des courants produits par l'action des différentes parties du spectre direct, puis ces intensités quand le faisceau avait traversé la lame incolore. Les résultats restent sensiblement les mêmes quand, au lieu d'un prisme en flint, on emploie un prisme de sel gemme, d'alun ou d'eau. Mais, avec des prismes formés d'autres liquides, ou un prisme en verre ordinaire, il n'en est plus de même ; ces substances absorbent une partie des rayons chimiques les plus réfrangibles.
M. E. Becquerel a fait aussi beaucoup d'expériences avec des lames colorées; verres rouges, jaunes ou bleus, solutions de tournesol, de persulfocyanure de
fer La surface sensible était formée d'iodure d'argent.... Il a reconnu,
comme résultat général, que les rayons lumineux et les rayons chimiques sont absorbés dans les mêmes régions du spectre.
fiQB'7. Identité des rayons ehlml^aes et des rayons laialBeax. — M. E. Becquerel a conclu des nombreuses expériences qui précédent, qu'il n'y a pas lieu de distinguer des rayons chimiques spéciaux, et que ce sont les rayons lumineux même qui produisent les effets chimiques. En effet, les rayons qui produisent les actions chimiques se réfléchissent et se réfractent comme les rayons lumineux de même réfrangibilité ; les spectres lumineux et chimiques sont interrompus par les mêmes raies ; les corps qui absorbent les rayons lumineux absorbent aussi les rayons chimiques de même réfrangibilité. Déplus, MM. Fizeau et Foucault ont reconnu que les actions chimiques exercées au foyer d'une lentille par la lumière de l'arc voltaîque et la lumière Drummond sont dans le même rapport que leurs intensités lumineuses, et la grande différence de nature entre ces deux sources leur a permis de généraliser pour toutes les lumières blanches. Il n'y a donc pas, ainsi qu'on l'avait admis d'abord, de rayons chimiques mêlés aux rayons lumineux, et distincts de ces rayons. Mais, pour arriver à cette conclusion, il a fallu tenir compte des différences dans les intensités chimiques et lumineuses aux mêmes points, et remarquer que, si l'intensité lumineuse est trop faible pour que l'œil soit impressionné , l'action chimique peut néanmoins se manifester au bout d'un certain temps, temps qui n'a pas dlnfluence sur l'effet produit dans l'œil.
iSi CHROMATIQUE.
«4NI8. Be 4«elq«es efTete ehlml^ves de la Ivmtère. — M. Niepce de Saint- Victor ayant exposé aux rayons solaires, de Tamidon en suspension dans Teau additionnée d'une petite quantité d'un sel métallique» particulièrement d*azotate d*urane, a \u cet amidon se transformer en sucre de raisin et même, paratt-il, en sucre de canne. Ce phénomène curieux donne la clef d'une foule de transformations qui se font dans les matières organiques sous Tiafluence de la lumière ; telles que la formation du sucre pendant la maturation des fruits, Taltération des fibres végétales des toiles que Ton fait blanchir au soleil, etc.
Be raetlTitê i^rslsteato de la Ivailère. —M. Niepce de Saint-Victor ayant exposé au soleil une feuille de papier trempée dans l'acide tartrique ou dans l'azotate d'urane, l'a renfermée dans une boîte de fer-blanc hermétiquement fermée, puis, au bout de plusieurs mois, il en a retiré le papier qui avait la propriété de décomposer l'azotate d'argent, comme s'il eût conservé les propriétés de la lumière qui l'avait éclairé. Cette interprétation du phénomène n'a pas été admise par tout le monde. M. l'abbé Laborde explique le résultat par leffet d'une émanation que la lumière a dégagée du papier, et qui n'a pas pu se dissiper pendant qu'il était renfermé. En effet, ayant enlevé le papier insolé, d'un cylindre dans lequel il avait séjourné pendant 4 heures, et ayant placé un papier sensible au couvercle du cylindre, qui fut refermé aussitôt, ce papier noircit comme si la feuille insolée était restée en sa présence. D'un autre côté, Thénard ayant fait passer un courant d'oxygène ozone sur du papier ordinaire, lui a trouvé toutes les propriétés des papiers insolés. Le phénomène serait donc purement chimique , et la lumière ne ferait que provoquer les émanations qui doivent produire l'action. Quoi qu'il en soit de l'interprétation de ces phénomènes, ils méritent toute l'attention des physiciens.
S069. m LA nomiAraiB. — Le problème qu'on se propose dans la photographie ou héliographie, consiste à fixer sur un écran, les images qui se forment dans la cfeam^rc n^irc (1995). Dès 1802, Wedgwood proposait de copier des vitraux d'église ou des gravures, au moyen de peaux ou de papiers enduits de chlorure ou d'azotate d'argent; mais il trouvait les images de la chambre obscure trop faibles pour agir sur la couche sensible dans un temps modéré. H. Davy parvint à imprimer l'image de petits objets, sur une surface sensible placée très près de l'objectif du microscope solaire. Charles, dans les cours qu'il faisait au Louvre, dessinait des silhouettes sur du chlorure d'argent : mais ces essais n'avaient que peu d'importance, parce que la couche sensible ne tardait pas à prendre une teinte uniforme, sous l'infiuence de la lumière. Toute la question consistait donc à rendre inaltérable l'empreinte obtenue. A la suite de travaux poursuivis de 1843 à 1829, Joseph-Nicéphore Nicpce, militaire en retraite, eui la gloire de résoudre, le premier, ce difficile problème ; il obtint des copies de gravures, par l'action de la lumière sur une couche mince de bitume de Judée déposée sur une plaque argentée. Ces copies étaient rendues permanentes par l'immersion de la plaque dans un
mélange d'huile de lavande et de pétrole, qui dissolvait le bitume partout où il n*avait pas été altéré par la lumière, en le laissant presque intact dans les points qui en avaient subi Taclion ; de manière que les tons clairs étaient représentés par la couche blanchâtre de bitume, et les parties sombres, par la surface métallique, placée de manière à ne pas renvoyer à l'œil de lumière réfléchie spéculairemeut. L'inventeur renonça à peu près à reproduire ainsi les images de la chambre noire, parce que les ombres se déplaçant, pendant les 10 à 12 heures nécessaires pour impressionner la plaque, on ne pouvait obtenir que des résultats confus. Niepce apprit, en i826, que le peintre Louis-Mandé Daguerre, connu par l'invention du diorama, s'occupait de recherches semblables aux siennes; des relations s'établirent entre eux, et bientôt, ils s'associerentpour continuer leurs essais. Daguerre perfectionna d'abord la méthode de Niepce; il remplaça le bitume de Judée par le résidu de la distillation de l'huile de lavande, rendit l'épreuve inaltérable en l'exposant aux vapeurs spontanées de l'essence de lavande , et il ne fallut plus que de 3 à 7 heures de chambre noire, pour obtenir une épreuve. Ce ne fut que plus tard que Daguerre découvrit l'extrême sensibilité de l'iodure d'argent, et qu'il imagina son procédé de photographie au mercure, qui excita, lors de sa publication, en 1839, un enthousiasme dont on rencontre peu d'exemples dans l'histoire de la science.
SOVO. photographie s«r métal, on dagaerréotypte. — Les plaques sur lesquelles on fixe les images de la chambre noire sont des lames de cuivre recouvertes, par le procédé du placage ou par la galvano-plastie, d'une couche d'argent pur de ^ à ^^ de millimètre d'épaisseur.
1o On commence par polir la surface argentée, au moyen d'un tampon de coton et de tripoli fin mêlé de quelques gouttes d'alcool, et l'on achève en frottant avec une peau de daim saupoudrée de colcothar; puis on essuie avec un frottoir garni de velours ou de peau de chamois. Le succès dépend surtout de cette première opération.
i^ La plaque est fixée dans un cadre en bois et exposée horizontalement dans une boite, aux vapeurs qui se dégagent spontanément de l'iode. 11 se forme de l'iodure d'argent, et quand la surface argentine a pris une couleur jaune d'or, l'opération est terminée. Il faut, pour cela, de 5 à 15 minutes, suivant la température. On opère dans l'obscurité et Ton vérifie l'état de la surface à la faveur d'un peu de jour pénétrant par une porte entr' ouverte.
3** La plaque, soigneusement abritée par un écran qui ferme le cadre qui la contient, est ensuite portée dans la chambre noire, à l'endroit où se forme l'image focale qu'il s'agit de reproduire. La lumière agit en chaque point de la couche d'iodure d'argent, avec d'autant plus d'intensité qu'elle est plus vive. Au bout de quelques minutes, plus ou moins, suivant l'éclat de la lumière, on retire la plaque, sur laquelle on ne distingue encore rien^
1 L'image peat paraître spontanément sur la plaque , mais il faut pour cela une eipositien d*au moins une heure. De plus , cette image est négative^ c*est-à-dire que les parties claires sont k la place des ombres, et réciproquement.
234 CHHOMATIQUE.
4^ La plaque est alors exposée, sous une inclinaison de 45*", à la vapeur du mercure, dans une botte dont le fond en tôle porte une cavité formant capsule et contenant du mercure. On chauffe la capsule en dessous, jusqu'à 60'' environ, ce que Ton reconnaît au moyen d*un petit thermomètre dont la tige sort de la boîte. L*image apparaît alors, et l'on peut en suivre le développement, en éclairant la plaque par une bougie, à travers un verre rouge adapté à la boîte. Au bout de 4 à 5 minutes, on retire la plaque, sur laquelle le mercure s*est déposé en gouttelettes visibles seulement au microscope. Ces gouttelettes sont d'autant plus rapprochées qua Tiodure d'argent a été plus fortement impressionné; de sorte que les parties de l'image qui étaient vivement éclairées sont d'une blancheur mate plus ou moins prononcée, et les endroits qui étaient peu éclairés, présentent la surface nue et miroitante de l'argent. — Pour expliquer ce résultat , remarquons que l'iodure d'argent est décomposé par la lumière, et qu'il se forme un sous-iodure, ou même de l'argent réduit en poudre impalpable, qui condense les vapeurs de mercure en quantité d'autant plus grande que les parcelles de métal sofit plus abondantes. Le mercure ne se dépose pas sur les parties où l'argent est recouvert d'une couche d'iodure non décomposé.
5» Il reste à enlever l'iodure qui n'a pas été altéré, afin que la lumière ne puisse plus agir sur l'épreuve. Pour cela, on plonge la plaque au fond d'un vase piat rempli d'une solution aqueuse d'hyposulfite de soude contenant environ -^ de sel en poids, et l'on fait osciller le vase de manière à faire passer plusieurs fois le liquide sur la plaque. L'iodure non décomposé est dissous, l'argent reprend sa couleur ordinaire dans les parties que le mercure n'a pas recouvertes, et on lave alors à l'eau pure.
6o Les clairs étant formés par des gouttelettes de mercure, le moindre frottement suffit pour effacer l'image. Pour lui donner plus de solidité, M. Dumas a imaginé, dès le principe, de verser sur la plaque une solution bouillante de dextrine, dont il reste une couche mince qui préserve l'épreuve. Parmi les diverses méthodes publiées depuis, nous citerons c^lle de M. Fizeau : on verse sur la plaque rendue bien horizontale au moyen de vis calantes, une couche d'une solution de chlorure d'or mêlée d'hyposulfite de soude, et l'on chauffe avec une lampe à alcool; l'air adhérent à la plaque se dégage et il se dépose une couche d'or, qui recouvre l'argent et les gouttelettes de mercure, en formant une sorte de vernis qui rehausse le ton de l'épreuve et lui permet de résister à un frottement modéré.
«•Vf. Substenees «eeélératrices. — Les admirables épreuves obtenues par Daguerre exigeaient 15 minutes environ d'exposition dans la chambre noire, ce qui rendait impossible l'application au portrait. En effet, il était difficile de compter sur l'immobilité du modèle pendant un temps aussi long ; on était forcé de lui faire tenir les yeux fermés, et comme on l'exposait au soleil pour donner plus d'éclat à l'image, la gêne déterminait des contractions du visage qui en altéraient l'aspect habituel. Aussi n'obtenait-on que des
PHOTOGHAPHIE. 235
épreuves très défectueuses. Depuis, on est parvenu à réduire la durée de l'exposition h quelques secondes, et môme à des fractions de seconde; d'abord par remploi d'objectifs perfectionnés (2072), mais surtout par Taugmentation de sensibilité de la couche impressionnable.
M. Claudet, en i841, a exalté singulièrement cette sensibilité, au moyen de la vapeur de brome. Après avoir formé la coucbe jaune d'or d'iodure, on expose la plaque à la vapeur de brome dégagée spontanément du bromure de chaux, jusqu'à ce qu'elle ait pris une teinte rose, ce qui demande environ 30 ; puis on l'expose de nouveau à l'action de l'iode, jusqu'à ce qu'elle ait pris une teinte violacée. Il s'est formé un bromo-iodure d'argent que la lumière modifie bien
plus rapidement que l'iodure.
il y a beaucoup de substances qui jouent, comme le brome, le rôle de substances accélératri' ces : le chlore, l'acide chloreux, le chlorure de brome, le bromoforme , le chlorure de soufre, etc.
— La chambre noire dont on Pig, ^ 55e fait usage dans la photographie,
a reçu le nom de daguerréotype (fig. 1566). L'image se forme sur la paroi verticale opposée à l'objectif. Cette paroi peut être éloignée plus ou moins de l'objectif, au moyen d'un tirage à coulisse ou à soufflet D. L'appareil se place sur une petite table, articulée sur un support à trois pieds Â, de manière qu'on peut l'incliner plus ou moins.
Objeetif. — L'objectif des premiers daguerréotypes était formé d'une seule lentille, et il fallait en cacher les bords pour éviter l'aberration de sphéricité ; l'image étant alors peu éclatante, il fallait beaucoup de temps pour agir sur la plaque. M. Ch. Chevalier, en fermant l'objectif «vec deux lentilles, a pu lui donner nne grande ouverture, tout en conservant l'image très nette (1993), et il a pu réduire ainsi ta durée de l'exposition à deux ou trois minutes, avant l'invention des substances accélératrices. On yo\i en 0 {fig. 1566) la coupe d'an de ces objectifs doubles ;* il se compose de deux lentilles achromatiques L. /, pouvant se rapprocher plus ou moins l'une de l'autre, au moyen d'un pignon p et d'une crémaillère, afin de mettre au point, et de faire varier le grossissement. On commence par mettre au point sur une lame de verre dépolie du côté intérieur e, que l'on observe en s'enveloppant d'un drap noir. On couvre l'objectif avec le disque a, on remplace la lame de verre parla plaque sensible, on retire l'écran qui cache celte dernière, et l'on découvre l'objectif.
Les rayons <;himiques étant parmi les plus réfrangibles, il peut arriver que le foyer chimique se fasse plus près que le foyer lumineux. Il faut donc, par
quelques essais, étudier préalablement Tobjeetif de son appareil. On construit, du reste, des objectifs dont les foyers chimique et lumineux coïncident.
L'image de la chambre noire est renversée. Quand on retourne la plaque pour la voir droite, la gauche des objets représentés se trouve à droite et réciproquement, comme lorsqu'on se regarde dans un miroir. On évite cet inconvénient en adaptant, en d, à Tobjectif, un prisme rectangulaire vertical P, sur la face hypothénuse duquel se réfléchissent les rayons. Le disque destiné à couvrir l'objectif est alors en a'.
i>Ag«erréotype panoraailqne. — Quand on veut prendre des vues d'une certaine étendue horizontale, les images sont confuses, aux extrémités de l'écran, qui sont plus éloignées que son milieu, du centre optique de l'objectif, et où il y a plus d'aberration de sphéricité, à cause de la plus grande distance à l'axe des lentilles. M. Martens a levé la difficulté par l'invention du daguerréotype panoramique. Le fond de la caisse est cylindrique et reçoit la plaque, que l'on force, par des arrêts, à en prendre la courbure. L'objectif peut tourner autour de l'axe de la surface cylindrique, de manière que son axe optique vienne en rencontrer successivement les différents points. Une boîte, munie d'une fente verticale, et qui se meut avec l'objectif, limite latéralement les images. On fait passer ainsi successivement les différentes parties du paysage sur les différents points de la plaque, qui s'impressionnent les uns après les autres. Comme l'objectif tourne autour de l'axe de la surface cylindrique, les images des différents points de l'horizon apparaissent successivement, sans changer de place pendant le mouvement.
SOV8. Photographie avr papier. — La perfection et la finesse de détails des épreuves daguerriennes n'empêcha pas de désirer, dés le principe, qu'on pût opérer sur des lames moins pesantes et moins embarrassantes i manier que les plaque^ de métal, et ne présentant pas le miroitement désagréable qu'on leur reproche. Or, le problème était résolu en Angleterre par M. Taibot avant la publication de la méthode de Daguerre ; mais, ayant voulu. perfectionner son procédé avant de le faire connaître, il fut devancé par les inventeurs français. Les premiers essais de H. Taibot, qui ignorait heureusement les tentatives infructueuses de Wedgwood et de Davy, sont antérieurs à 1834, et avant 1839 il était en possession de sa méthode. Non seulement il fixait sur le papier les images de la chambre noire, mais encore il pouvait, avec une première épreuve, en obtenir un grand nombre d'autres sans recourir de nouveau au modèle, de même que l'on tire une multitude d'exemplaires , d'une planche gravée. Mais quand il fit connaître ce procédé, quelque temps après la publication du daguerréotype, la complication des manipulations, rincertiiude de la réussite, qui était telle qu'on manquait souvent neuf épreuves sur dix, l'infériorité des spécimens qu'il présentait, découragèrent les expérimentateurs. Cependant M. Bayard obtenait de très bons résultats par un procédé qu'il n'a pas publié. Quelques années phis tard , en 1847 , un amateur de Lille, M. Blanquart-Evrard^ connaître les simplifications et les perfectionnements
importants par lesquels il donnait à la méthode de M. Talbot la sûreté et les qualités pratiques qui lui manquaient ^ Le principal perfectionnement consiste à plonger le papier dans les liquides dont on fait usage , de manière à obtenir une imbibition profonde, au lieu d'étendre simplement ces liquides au pinceau, comme le faisait M. Talbot. Voici comment on procède':
i« PréparaiioB du papier seaatbie. — On choisit un papier minc'e, homogène, bien uni et bien collé, et on le pose sur une dissolution d*azotate d'argent {A^ de sel, 96^ d'eau distillée), de manière à ne pas intercepter de bulles d'air et à j||e pas mouiller la surface supérieure du papier. Au bout de 2 à 3 minutes, oa enlève la feuille avec des pinces en platine ou à bouts de verre, et on Tétend, dans l'obscurité, sur une glace, le côté mouillé en dessous. Quand le papier est sec, on le rend sensible, en le plongeant entièrement dans une solution diodure et de bromure de potassium (6 d'iodure, 3 de bromure, iOO d'eau) ; il se forme de Tiodure et du bromure d'argent, et, au bout de 2 on 3 minutes, on retire la feuille et on la fait sécher dans l'obscurité en la suspendant verticalement. Une fois sec, le papier peut être conservé pendant un mois et plus, dans l'obscurité.
M. Humbert de Molard a imaginé un papier sensible qui n'exige que de 3* à 30* d'exposition dans la chambre noire. Le papier est d'abord étendu pendant '5"> sur une solution d'iod hydrate d'ammoniaque (4^^ de sel pour 100 d'eau), et on le laisse sécher; il ne se conserve que peu de temps. Au moment de s'en servir, on le plonge dans une solution ,de 7 à Se^ d'azotate d'argent, 3^ d'acétate de zinc et 3^ d'acide acétique dans 100^' d'eau.
2* F^mattoB de reprenne ■éi^att've. — Le papier, préparé par M. B. Evrard, peut être exposé sec dans la chambre noire ; mais il faut alors beaucoup de temps pour obtenir une bonne épreuve. Quand on veut opérer rapidement, par exemple, pour le portrait, il faut employer la feuille humide. On commence par étendre sur une glace rendue bien horizontale par des vis eabmtes, une couche d'une solution de 1^ d'azotate d'argent et i5^ d'acide acétique cristallisé dans 78i^ d'eau distillée, et l'on applique sur cette couche, le côté préparé de la feuille ; on expulse le liquide en passant le bord d'une lame de verre sur le papier, de manière à l'appliquer exactement sur la glace, on superpose une feuille de papier buvard mouillée, sur laquelle on place une seconde glace, et Ton expose dans la chambre noire la feuille ainsi disposée. Il faut l'y laisser à peu près le double du temps nécessaire à une plaque daguerrienne. La glace antérieure affaiblissant la lumière,' beaucoup de photographes l'enlèvent.
Quand on retire la feuille, de la chambre noire, l'image est invisible; pour la faire apparaître , on applique le côté impressionné , sur une couche d'une solution saturée d'acide galUqtie, ou mieux d'acide j>yrogallique, comme l'a imaginé M. Regnault. L'acide organique continue rapidement la réduction des sels d'argent, et d'autant plus que la lumière les a plus vivement impressionnés.
1 AmaUs de chimie et de physique, X. XI, p. 400, et t. XXI.^p. U7.
238 CHReMATIOUE.
Les parties claires de Timage de la chambre Doire sodI donc sombres sur répreuve, et les parties ombrées sont claires, et l'on a ce qne Ton nomme une épreuve négative. Cette épreuve est plongée pendant 20 à 2&" dans un bain d'hyposulfite de soude ou de bromure de potassium, qui rend Tépreuve inaltérable à la lumière en dissolvant les sels d'argent non décomposés. On lave à Téau et l'on fait sécher.
Un papier qu'il faut tremper au moment de s'en servir , est fort incommode dans les voyages. D'un autre côté, le papier sec est trop long à s'impressionner. On obtient un papier sec très sensible, de la maniè^p suivante : on plonge la feuille, pendant 2 ou S'^y dans une solution de 5 pour cent d'iodore de potassium dans un demi-litre de sérum de lait, filtré, battu avec un blanc d'œuf, puis filtré de nouveau. Le papier étant sec, on peut le conserver indéfiniment dans l'obscurité. Quand on veut s'en servir, on le passe à Tacétonitrate d'argent, comme il est dit plus haut ; seulement, au lieu de l'employer humide, on le laisse sécher. On peut donc en préparer un certain nombre de feuilles à l'avance, au moment de partir pour prendre des vues.
3® Epreuves positives. — L'épreuve négative ou rliché sert à obtenir des épreuves positives, c'est-à-dire dans lesquelles les ombres et les clairs occupent les mômes positions que dans le modèle. On commence par rendre le cliché transparent en le plongeant dans de la cire vierge en fusion, puis le pressant entre des feuilles de papier buvard, avec un cylindre de fer-blanc plein d'eau bouillante, ou simplement un fer à repasser, jusqu'à ce que le papier buvard n'enlève plus de cire. On applique ensuite l'épreuve négative sur une feuille de papier sensible préparée comme celle qui a servi à la former ; seulement, le papier n'a pas besoin d*étre choisi avec autant de soin ; on maintient les deui feuilles entre deux glaces, et l'on expose le tout au soleil ou à la lumière diffuse, l'épreuve négative en dessus. Les parties noires interceptant la lumière, la feuille inférieure se noircift sous les blancs, et reçoit un dessin où les ombres sont à la place des clairs de l'épreuve négative et réciproquement. Il faut beaucoup de temps pour obtenir ainsi une épreuve. Mais M. Blanquard-Evrard a réduit ce temps à moins d'une minute, par l'emploi de l'acide galiique, avee lequel on fait apparaître l'image, d'abord invisible, comme pour l'épreuve négative. On peut obtenir ainsi 300 à 400 épreuves positives par jour. On peat opérer pendant la nuit, au moyen de la lampe photoélectrique (2000).
Le lavage à l'hyposulfite de soude, qui termine toujours l'opération, permet de donner à l'épreuve une teinte générale, ou ton, que Ton peut varier à Tinfini : quelques cristaux d'azotate d'argent, d'acide acétique, quelques gouttes d'ammoniaque, ajoutés au bain, donnent à l'épreuve des tons jaune, rougeàtre, que r.on fait encore varier en employant le liquide phis ou moins étendu d'eau, préparé plus ou moins anciennement, etc.
teov4. PapSer ciré on s^iatiBé. — Le papier, à cause de sa texture fibreuse, ne se prête pas, comme les plaques métalliques, à la reproduction des plus fins détails ; les contours de l'image sont moins nets et comme un peu
estompés. On a fait beaucoup de ten^tives pour donner au papier une surface suffisamment lisse pour reproduire les ^lus petits détails. M. Le Gray et M. Fabre de Romans ont imaginé d'employer le papier imbibé de cire, par le moyen qu*on emploie pour cirer Tépreuve négative (i073). On le rend sensible par le procédé de M. B. Evrard ; seulement il faut le plonger totalement dans les bains, la cire rendant Timbibition difficile, et prendre garde de ne pas briser ce papier, qui est assez fragile. — Le premier bain dans lequel on plonge la feuille peut être remplacé par un liquide contenant \0^ d*iodure de potassium etis' de bromure de potassium, dissous dans lOOs' d'eau mêlée à 100^ d'albumine. Les épreuves sont alors d'une finesse de détails remarquable. Hais ce liquide ne peut se conserver que cinq ou six mois, et Texposition à la chambre noire doit être plus longue qu'avec la première dissolution.
Papier séiatiné. — La cire empêchant les liquides d'imbiber le papier, M. Baldus l'a remplacée par la gélatine. On dissout au bain-marie dO^r de gélatine blanche dans 500^^ d'eau; on ajoute b^ d'iodure de potassium, plus 25*' d'une dissolution d'acéto-nitrate d'argent (nitrate 6, acide acétique 12, eau 100). On pose la feuille de papier sur ce bain chaud, puis on la fait sécher. Quand elle est bien sèche, on la trempe dans de l'eau contenant xh d'iodure de potassium, ou, pour le portrait, y^^ d'iodhydrate et vuôû de brombydrate d'ammoniaque. Ce papier étant sec, quand on veut s'en servir, on le pose sur une couche d'acéto-nitrate, et on l'expose humide à la chambre noire On termine en passant à l'acide galUque, lavant à l'hyposulfite de soude, et cirant l'épreuve négative ainsi obtenue.
S09S. Ph^toffraplile uuw verre albantiné. — Ce procédé, imaginé, en 1847, par M. Niepce de Saint-Victor, neveu du premier inventeur de la photographie, donne des épreuves d'une finesse qui le cède à peine à celle de la photographie sur métal. On étend sur une plaque de ven*e d'une propreté irréprochable, un liquide formé d'albumine obtenue en battant des blancs d'oeufs, filtrant, ajoutant 1 pour cent d'iodure de potassium et 25 pour cent d'eau. On fait tourner la plaque sur elle-même, en la tenant par une poignée en guttapercha, collée au centre sur la face opposée; le liquide s'étend alors régulièrement. On fait sécher la plaque dans une position horizontale, en la renfermant, bien à l'abri de la poussière, dans une boite contenant du chlorure de calcium, pour dessécher l'air. La plaque, une fois sèche (ce qui demande environ 24 heures), est trempée dans un bain d'azotate d'argent (8 d'azotate, 8 d'acide acétique cristallisé, 100 d'eau). La couche sensible, d'azotate d'argent, est alors prête à recevoir l'action de la lumière. On peut la faire sécher, et la conserver dans l'obscurité pendant plusieurs jours. Après 15 à 30"* d'exposition dans la chambre noire, on retire la plaque, et l'on fait apparaître l'image au moyen de l'acide pyrogallique ; puis on la fixe avf c l'hyposulfite de soude. Cette image négative sert ensuite à obtenir des images positives sur une surface sensible quelconque. Il ne faut que 10* au soleil, pour obtenir une bonne épreuve positive sur verre albuminé.
S076. Photographie ■» coiiodion. — En 4851, M. Archer a découvert, en Angleterre, un procédé tellement rapide, que Ton peut, en découvrant l'objectif de la chambre noire et le recouvrant aussi rapidement que possible, reproduire Texpression la plus fugitive de la physionomie, prendre le dessin des corps en mouvement, comme les vagues de la mer, un cheval au galop, une locomotive lancée à grande vitesse, etc. Le collodion obtenu par H. Hayoard, de Boston, en dissolvant \epyroxyle ou fulmi-coian dans Téther sulfurique, est le véhicule de la couche «ensible. Voici comment on opère : on dissout i^ de pyroxyle dans 90^ d*éther et 60<' d'alcool à 33"", et Ton y mêle de Tiodure de potassium! Mais, pour avoir un effet instantané dans la chambre noire, il faut ajouter au collodion, sur iOO^r, i^ge d'une solution alcoolique d'iodure d'argent et 6i^r d'une solution alcoolique d'iodure de fer. Le liquide s'étend sur une plaque de verre de la même manière que l'albumine, seulement il est inutile de faire tourner la plaque. Il reste un voile de pyroxyle. Avant qu'il ne soit sec, on le plonge rapidement dans une solution de4«' d'azotate d'argent dansGOc' d'eau ; la couche prend une apparence laiteuse par la formation de l'iodure d'argent. Cette dernière opération, qui rend la surface sensible, doit se faire dans l'obsco* rite. On expose ensuite à la chambre noire, et l'on passe à l'acide pyrogallique, puis à l'hyposulfite de soude. Quand on veut tirer des épreuves positives avec l'épreuve négative au collodion, il faut avoir soin de recouvrir celle-ci d'un vernis qui la préserve du frottement de la surface sensible sur laquelle on doit l'appliquer.
La couche au collodion donne des images aussi Gnes que l'albumine sur verre, et même les demi-teintes y sont plus fidèlement ménagées. EUe est particulièrement propre à la reproduction des paysages ; le feuillage yert ne renvoyant, comme le rouge , que des rayons chimiques très faibles. Malheureusement ce procédé exige de l'habileté et un assez lourd bagage. Néanmoins, les nombreux avantages qu'il présente l'ont fait rapidement adopter.
Nous venons de passer en revue les principales méthodes photographiques, celles qui servent de types, et autour desquelles viennent s'en grouper plusieurs autres, qui n'en diffèrent le plus souvent que par quelques modifications dans la manière d'opérer et dans la préparation des bains. Nous n'avons pas Au entrer ici dans les détails des manipulations, de la manière de préparer et de conserver les dissolutions ; nous n'avons pas parlé des caractères d'une bonne couche sensible, des inconvénients d'une trop courte ou d'une trop longue exposition à la chambre noire, etc. Il faut consulter à ce sujet les traités spéciaux de photographie ; notre tâche se réduisant à faire connaître les principes scientifiques de la photographie. — Dans ces dernières années, on a beaucoup perfectionné les méthodes et les appareils ; on opère sur papier de porcelaine, toile cirée, porcelaine, émail ; on obtient directement des épreuves positives soit sur verre, soit sur papier ; on fait des portraits de quelques millimètres de grandeur, qui, vus à la loupe ne perdent rien de la finesse des détails. On obtient des portraits de grandeur naturelle au moyen de la chambre solaire, sorte de