‹ Traité élémentaire de rhétorique et d'éloquenceChapitre 18 sur 27 · DU DÉBIT · texte numérisé non relu

DU DÉBIT

D. Quels sont les avantages d'un bon débit?

R. Les avantages d'un bon débit sont de se faire entendre aisément et distinctement ^ de s'exprimer a\^ec force et ai'ec grâce , pour plaire à ses auditeurs et les émouvoir.

D. Comment se fait-on entendre aisément et distinctement ?

jR. Par quatre conditions principales : une intonation forte ^ une articulation distincte; un débit mesuré ; un accent convenable.

D. La force dans l'organe de la voix n'estelle pas un don de la nature ?

R. La force de cet organe est un don de la nature, mais l'art peut considérablement y contribuer. Le talent consiste à ménager adroitement les intonations de sa voix , ce qu'on peut obtenir par un fréquent exercice.

D. ZS 'y a-t-il pas plusieurs intonations dans la voix ?

R. Tous les hommes ont trois intonations principales dans la voix : i^ Tintouation forte qu'on prend quand on parle à des personnes qui se trouvent à quelque distance; 2° la modérée qui est celle qu'on emploie le plus ordinairement dans la conversation ; 3^ la basse dont on fait usage quand on parle à demi voix ?

D. Quelle intonation fant-il employer dans un discours public?

R. L'intonation modérée; c'est une erreur de croire qu'il faille crier pour se faire entendre d'une grande assemblée.

D. Quels avantages y a-t-il à se servir de Tintonation modérée ?

R. On a l'avantage de ne pas fatiguer l'or-

gane de la voix. On reste maître de disposer de sa plus grande énergie , lorsque les circonstances le requièrent. D'ailleurs on peut très bien enfler le son de sa voix sans sortir du ton modéré , et c'est une règle invariable qu'il ne faut jamais faire usage d'un volume de voix qui pourrait fatiguer, et devenir, par suite des efforts qu'on fait , pénible aux auditeurs.

D. Quelle règle prescrivez-vous encore relativement à l'intonation ?

il. Il faut avoir les yeux fixés sur les personnes les plus éloignées de l'assemblée , et on doit supposer que c'est uniquement à elles qu'on s'adresse, parce qu'en général par un effet instinctif nous faisons usage d'un volume de voix propre à nous faire entendre de ceux à qui nous nous adressons.

D. Un orateur peut-il parler trop haut?

a. Oui; en parlant trop haut il fatigue ses auditeurs , et on est ainsi porté à croire que l'orateur, en criant, veut forcer la conviction par l'énergie et la véhémence des sons. La voix d'ailleurs, en faisant vibrer avec force tous les corps sonores, produit un son prolongé qui est renvoyé par tous les échos, et ces échos, en se croisant, forment ainsi des sons incohérens qu'on ne peut plus saisir.

D. Quels sont les avantages d'une articulation distincte ?

H. Une articulation distincte sert à faire

entendre distinctement la voix de l'orateur ; elle est préférable à l'intonation forte, parce qu'il faut pour remplir un espace quelconque moins de force dans la voix qu'on ne le croit communément , et parce qu'avec une bonne articulation une voix faible se fera plus aisément entendre qu'une voix forte qui articule d'une manière peu distincte.

D. Comment articule-t-on distinctement?

R. En donnant à chaque son l'étendue convenable; en faisant entendre clairement chaque syllabe , et même chaque lettre , et en évitant de supprimer certains sons ou de leur donner un ton sourd , uazal ou guttural.

D. Qu'entendez- vous par un débit mo— d erc?

R. J'entends par débit modéré un discours où les mots et les phrases se succèdent sans lenteur ou sans précipitation. La précipitation confond tous les sons articulés , forme un mélange confus pour l'oreille de l'auditeur , tandis qu'un débit traînant et sans feu énerve le discours et le rend insipide et fatigant.

D. Quels sont les avantages d'un débit modéré ?

R. Un débit modéré", joint à une articulation distincte , donne du poids et de la dignité au discours , et soulage la voix par les repos et les pauses qu il ménage. Il permet à l'orateur d'enfler les sons 'de sa voix, de varier ses intona- •<i '

lions, et enfin de disposer à son gré de tous

ses moyens.

D. Qu'appelez- vous un accent conuenable?

R. J'appelle ainsi l'habitude de donner aux mots et aux syllabes le son qu'on leur donne parmi les gens instruits au barreau ainsi qu'aux théâtres, et le soin d'éviter l'accent vulgaire, provincial ou affecté,

D. Ne doit-on par s'étudier à acquérir un bon accent?

R. Oui , parce que, par un défaut choquant , la plupart des orateurs , quand ils parlent en public , appuyent sur les mots et les syllabes , les allongent, ou muhiplient les accens dans le même mot, pour donner au discours une apparence de force ou de gravité.

D. N'est-ce pas là un défaut capital ?

R. Sans doute, parce qu'il faut éviter une déclamation théâtrale , peu naturelle ou affectée , qui enlève au discours toute sa grâce et l'empêche de produire l'effet dont il est susceptible.

D. Que faut-il faire pour parler ai'ec grâce et ai^ec force?

R. Pour parler avec grâce et avec force , il faut avoir égard à trois choses distinctes : Vemphase , les pauses et les tons.

D. Qu'est-ce qu'on appelle emphase?

R. On nomme emphase des sons plus en-

fiés , mieux nourris ou différens de la voix , qui servent à distinguer les syllabes accentuées d'un mot sur lequel nous désirons fixer l'attention pour montrer le rôle iiiiportant qu'il joue dans la phrase.

Z). A quoi sert l'emphase ?

R. L'emphase sert à donner de la couleur et de l'énergie au discours, et à faire saisir le véritable sens que l'orateur attache à ses paroles , en aidant à démêler l'esprit dans lequel il prononce les phrases ambiguës dont toutes les langues abondent.

D. Comment parvient-on à faire un judicieux emploi de l'emphase?

R. Par une seule règle principale qui consiste en ce que l'orateur doit s'efforcer d'acquérir une idée juste de l'énergie, de l'esprit ou du but des sentimens qu'il veut exprimer , et de l'effet qu'ils doivent produire sur les autres.

Z>. Ne doit-on pas s'étudier à bien placer l'emphase ?

R. Il serait toujours avantageux , avant de prononcer im discours écrit, de le répéter, en marquant tous les mots sur lesquels doit porter l'emphase. Par cette pratique on s'apercevra promptement de l'effet que produit une accentuation natiu'elle et bien placée.

D. Dans quelle erreur tombent la plupart des orateurs relativement à l'emphase?

R. La jDlupai t des orateurs multiplient trop Jes mots emphatiques, ou fatiguent leur auditoire par la force et la fréquence de ces tons fortement accentués. Il n'y a qu'une réserve prudente dans l'emploi de ces mots qui puisse leur donner de l'éclat et du pouvoir.

D. Ne reconnaissez-vous pas deux sortes de pauses ?

R. On connaît deux sortes de pauses : les pauses emphatiques , et les pauses qui servent à couper les différentes propositions des phrases ou du discours.

B. Qu'appelle-t-on pause emphatique?

R. On appelle emphatique une pause que l'on fait après avoir énoncé quelque chose de grave et d'important , et sur lequel on désire fixer l'attention des auditeurs. Souvent la pause emphatique précède la proposition que l'on désire signaler plus particulièrement à son auditoire.

D. Quelles règles prescrit-on pour l'emploi de cette pause ?

H. Cette pause, qui produit le même effet qu'une forte accentuation, est soumise aux mêmes règles ; mais surtout à celle qui défend de la répéter trop fréquemment. Comme elle excite au plus haut degré l'attention, elle fatiguerait ou émousserait la sensibilité de l'auditeur si elle ne répondait pas à l'importance du sujet.

D. Quel est l'avantage qu'offrent les causes qui coupent le discours?

iî. Ces pauses, outre l'avantage de diviser le discours en propositions que l'esprit saisit plus facilement , rendent encore l'orateur maître de sa respiration, et lui évitent le désagrément de couper le sens d'une manière irrégulière , qui enlève au discours la grâce , l'agrément et les avantages de l'emphase.

D. Comment ménage-t-on ses pauses avec adresse?

R. La fixation des pauses forme une des conditions rigoureuses , mais en même temps une des plus difficiles de la bonne déclamation oratoire. On prescrit ordinairement de prendre d'abord librement toute sa respiration , ensuite, dans des intervalles assez distincts de;, la phrase, de reprendre promptement tout le vent qu'on a déjà perdu , sans suivre l'usage ridicule de certains orateurs qui s'imaginent qu'une période , quelque longue qu'elle soit , doit être débitée tout d'une haleine.

D. Qu'est-ce qui doit régler la place qu'occuperont les pauses ?

il. Les pauses dans le discours doivent occuper la même place que dans la conversation suivie et ordinaire; mais elles ne peuvent pas toujours sui\Te la ponctuation qui est souvent capricieuse ou erronée, ou qui. par ses retours

jDériodiques , donnerait au discours une teinte de sécheresse et de monotonie.

D. Suffit- il de placer convenablement les pauses .?

R. Non; parce qu'indépendamment de la place convenable qu'on leur assigne, il faut encore les accompagner d'un ton particulier qui décèle à l'oreille de l'auditeur, et le genre de pause qu'on fait, et le rang qu'occupe la proposition qu'elles circonscrivent dans l'ensemble de la phrase.

D. Quelle doit être la longueur et le ton des pauses ?

D. Cette longueur est essentiellement variable. Tantôt c'est une suspension simple et légère de la voix, tantôt un ton cadencé de cet organe , tantôt enfin un ton et une cadence particulière qui indiquent que la phrase est terminée.

D. Qu'est-ce que vous appelez tons ?

R. Les tons , qu'il faut soigneusement distinguer de l'emphase et des pauses, sont des modulations de la voix, des sons notés ou des inflexions variées que l'on emploie dans la déclamation oratoire.

D. Les tons influent-ils sur la propriété, la grâce et la force du discours ?

R. Les tons ont beaucoup d'influence sur le discours. En effet, on observe que dans tous les sentimens qui nous agitent et que nous

ÉLOQUE-XCE. cf,

désirons faire connaître , et surtout dans les émotions fortes de l'ame , la nature donne à l'organe de la voix un ton tout particulier et spécial pour chaque passion. Ainsi la crainte, la colère , la douleur, ne s'expriment pas sur le même ton que l'amour, l'admiration ou l'espérance.

D. L'étude des tons est donc nécessaire?

M. L'étude des tons est très nécessaire , parce que le but de l'éloquence étant de faire passer dans l'ame des auditeurs les émotions que nous éprouvons, nous ne parviendrions jamais à ce but si nous ne savions donner à chacune de ces émotions ce ton convenable et naturel qui prouve que nous les ressentons nous-mêmes.

D. Quelles observations avez-vous à faire sur l'étude des tons ?

R. Le seul conseil qu'on puisse donner pour l'étude des tons oratoires, c'est de les former sur les tons d'une conversation suivie et animée. Il faut que chacun de vos auditeurs s'imagine que vous parlez à lui seul en particulier.

D. Pourquoi les tons de la conversation doivent-ils servir de modèles?

R. Parce que tout homme, engagé dans une conversation soutenue et intéressante , prend naturellement les inflexions ou les tons les plus propres à exprimer fortement et nettement sa pensée.

D. Le ton de la conversation doit-il être toujours employé?

R. Le ton de la conversation est le véritable modèle du débit oratoire; mais il est des occasions graves , des circonstances imposantes qui exigent un débit plus travaillé, des modulations plus musicales que celles de la conversation; toutefois ce débit et ces mocUilations qu'on appelle plus spécialement déclamation doivent encore, autant que possible, se rapprocher des tons naturels et familiers.

DU GESTE ou ACTION.

D. Qu'est-ce qu'on nomme geste ou action ?

R. On appelle geste ou action une suite de mouvemens des bras ou des muscles du visage que l'orateur emploie pour animer son discours et sanctionner les opinions que sa voix retrace à ses auditeurs.

D. Le geste est-il nécessaire à l'orateur ?

R. C'est un des éiémens indispensables de la déclamation oratoire. Dans la conversation ordinaire, nous accompagnons la plupart de nos paroles par les mouvemens des traits de notre visage et par des gesticidations; un orateur qui veut communiquer les impressions qu'il éprouve à ses auditeurs , doit donc accompagner ses paroles d'une action qui imite ces mouvemens spontanés.

ÉLOQUE>CE. 97

D. Quelle est la règle qui doit guider dans l'étude du geste?

R. C'est la même que celle des tons oratoires ; il faut étudier les traits mobiles et les gestes des hommes animés par la colère , l'indignation, la compassion ou toute autre émotion , les prendre pour modèles et en répéter le mécanisme.

D. Doit-on imiter servilement ces gestes ?

il. INon , parce que chaque individu, outre certains gestes communs à tous, a encore des gestes qui le distinguent particulièrement. Un orateur doit choisir les gestes les plus expressifs et les plus vrais , et n'adopter que ceux qui peuvent lui être naturels , et qu'il regarde comme plus agréables et plus distingués.

D. Pourquoi lorateur adoptera-t-il les gestes les plus naturels ?

R. Parce que l'action de l'orateur ne doit en aucune manière se ressentir de l'art et de l'étude, et que ses gestes doivent paraître accompagner naturellement le cours spontané de ses idées et de ses émotions.

D. Vous admettez que Tétude et l'art sont nécessaires ?

R. Quoique la nature soit un grand maître dans l'emploi de l'action et du geste, cependant il est des personnes si gauches et si maladroites que l'étude et l'art sont indispensables pour

doDDer à leurs moiivemens un peu de grâce ou

de vérité.

Z). En quoi consistera donc cette étude?

R. Dans l'imitation, comme nous l'avons dit , des mouvemens gracieux , naturels ou énergiques inspirés par les passions. La répétition de ces gestes devant un miroir ou mieux devant une personne d'un goût sur, est la meilleure manière de former son geste et son action.

D. N'avez'vous pas quelques règles de détail à prescrire sur le geste ?

R. En voici quelques unes ; quand on parle en public, on doit s'étudier à conserver autant de dignité que possible dans toute son attitude. On choisit ordinairement une posture droite, ferme , mais sans raideur, et de manière à conserver la liberté pleine et entière de tous ses mouvemens. Si on s'incline, ce doit toujours être en avant, parce que c'est le signe de l'ardeur et de la véhémence.

D. Comment dirige-t-on le mouvement des yeux?

R. Les yeux font le principal effet dans le visage; aucun trait ne parle tant, et n'exprime tant de choses; cependant toutes les fois que les yeux ne réfléchissent pas quelque passion de i'ame, ils doivent être calmes, mais expressifs; on ne doit pas les fixer sur un objet parliculier ;

mais les promener lentement sur son auditoire.

D. Le visage n'est-il pas dans ses mouvemens astreint aux mêmes règles?

R. Le visage, quand il ne cherche pas à retracer de fortes émotions, doit toujours avoir un aspect mâle, calme et sérieux.

D. Que prescrivez-vous pour le mouvement des mains?

R. Les mouvemens des mains qui constituent principalement le geste oratoire, doivent constamment être larges, aisés, nobles et natm'els. Des mouvemens étroits , gauches , communs ou contraints ôtent beaucoup de poids au geste et par suite au discours.

Z>. Doit-on employer les deux mains dans le geste?

R. Les anciens condamnaient les mouvemens de la main gauche ; en général la main droite doit faire presque tous les frais du geste, et il ne faut employer qu'eu des cas peu fréquens la main gauche qui doit ordinairement pendre avec grâce sur le côté. Certaines émotions vives demandent le mouvement simultané des deux mains,

D. Quels sont les mouvemens les plus gracieux?

R. Les mouvemens les plus gi'acieux sont ceux qui partent de l'épaule plutôt que du coude, et les mouvemens obliques plutôt que

loo ÉLOQUENCE,

ceux qui sont en ligne droite, horizontale ou perpendiculaire. Il faut aussi éviter avec soin les gestes trop vifs ou brusques, et l'on doit dans presque tous les cas les conduire avec une lenteur gracieuse.

D. Qu'avez -vous encore à dire sur le geste ?

R. Qu'il V a des choses qu'il faut dire tranquillement. Il n'est pas naturel de remuer toujours les bras en parlant ; il faut remuer les bras parce qu'on est animé; mais il ne faudrait pas remuer les bras pour paraître animé. Les mouvemens du corps doivent être une peinture des pensées de l'âme.

D. Quels sont les avantages d'un geste et d'un accent bien sentis?

R. Plus l'action et la voix paraissent simples et familières dans les endroits où on ne fait qu'instruire, raconter ou s'insinuer, plus elles préparent de surprise et d'émotion dans les endroits où elles s'élèveront à un enthousiasme soudain. D'ailleurs la marche du discours doit régler toujours celle du débit et de l'action.

D. Qu'est-ce qu'un orateur doit encore s'appliquer à atteindre?

R. Il doit chercher à acquérir une assurance pleine de dignité et de gravité. La timidité, la crainte ou la défiance parai} sent tous les moyens de l'orateur.

ÉLOQUENCE. loi

D. Avez-vous encore quelques préceptes à prescrire à l'orateur ?

R. L'orateur doit avec soin éviter l'affectation et tout ce qui pourrait sentir l'imitation ou la contrainte. Il vaudrait mieux conserver dans sa déclamation quelques légers défauts, et palier avec aisance et naturel, que de calquer sans cesse un modèle imaginaire. Une étude sui\-ie et raisonnée peut seule perfectionner la déclamation oratoire.

DES FACULTÉS PHYSIQUES DE l'oRATEUR , ET DE LA DÉCLAMATIO>- DA>'S LES DHXRS GE^'RES d'ÉLOQUE>"CE.

D. Quelles doivent être les facultés physiques de Torateur politique?

R. L'orateur politique sera d'autant plus assui'é du succès qu'à une éloquence mâle, forte ou persuasive, il joindra une physionomie mobile , expressive et caractérisée , une taille imposante , un maintien noble et un air grave et plein de dignité.

D. Le geste ou l'action doivent-ils être étudiés par l'orateur politique?

R. C'est dans ce genre d'éloquence que Démosthènes regardait l'action comme la première qualité de l'orateur.

D. Quelles doivent être les autres qualités de c«t orateur?

/?. Une voix mâle, forte et flexible , une action simple, vive et franche, et de la sobriété dans les gestes, excepté dans les grandes passions, sont encore des qualités essentielles dans l'éloquence de tribune.

D. Quelles qualités exigez-vous dans l'orateur judiciaire?

R. Une constitution robuste, de l'assurance, un maintien distingué, de la grâce dans les mouvemens , un organe flatteur et sonore et beaucoup d'expression dans la figure; ce genre d'éloquence n'étant pas destiné à soulever de fortes passions , n'admet que peu de gestes et de mouvemens.

D. Faites-nous connaître de quelles facultés doit être doué l'orateur sacré?

jR. L'orateur sacré doit être doué à peu près des mêmes qualités physiques que l'orateur politique ; mais avec un degré moins grand d'énergie, surtout dans la voix, dans le geste et dans la mobilité des traits du visage.

D. L'éloquence militaire exige-t-elle aussi des qualités physiques?

R. L'orateur des camps doit réunir à une voix forte et sonore , un petit nombre de gestes rapid* et énergiques. Son visage doit marquer, la plupart du temps, l'inspiration ou la conviction la plus intime ; mais il n'a pas besoin de la même mobilité que celui de l'orateur populaire.

ELOQUENCE. io3

D. Les autres genres d'éloquence exigentils les mêmes conditions?

R. Le débit et l'action deviennent d'une importance moins grande dans les autres genres d'éloquence, parce que dans l'éloquence académique, qui fait connaître des vérités de spéculation, ce n'est qu'à la raison qu'on cherche à s'adresser, et que dans les éloges, les panégyriques, les harangues et les complimens, il s'agit moins de convaincre et de persuader, que de plaire ou d'exciter par une douce insinuation des émotions mélancoliques ou agréables.

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