CHAPITRE VIII
LES MoLLUSQUES
On donne le nom de Malacologie à la partie de l’histoire naturelle qui s'occupe des Mollusques ; la Conchyliologie désigne spécialement l'étude des coquilles,
Les Mollusques, dont les espèces vivantes et fossiles dépassent le nombre de 40,000, sont des animaux de consistance molle, dépourvus de squelette intérieur ou extérieur; leur Corps, jamais divisé en anneaux, est généralement protégé par une coquille solide, sécré-
Fig. 172. — Anatomie d'un Mollus. Ce Par le manteau (repii de la
que vnivalve (Gastéropode) retiré desa PEAU qui rouvre le corps en coquille, tout ou en partie).
Fig. 172. — % oreillette du cœur 5 — 9, ventricule, d’où le sang s’élance dans deux vaisseaux : à droite, l'artère abdominale ; à gauche, l'artère céphalique ; — e, branchies, sur lesquelles passe le sang veineux four s’artérialiser avant de retourder au cœur ; —5, tentacules : — a,'orifice buccal, suivi de l'œsophage ; — h, lan. gue ; — c, dernière portion de l'intestin ; — d, anus ; — h, les yeux ; — l, vésicule auditive. (J. GuIBERT.)
Le Mollusque se compose de trois parties: la coquille, le manteau et le pied. Celui-ci constitue la partie inférieure du corps, et porte ce nom
moins à cause de sa for-
me qu’à raison de son rô-
My le locomoteur. Il n'y a,
D# chez les Mollusques, ni
n Cerveau, ni moëlle épinic-
re. Les organes des sens
swne paraissent pas, en gé-
néral, beaucoup dévelop-
pés. Le fact et l'odorut
seraient surtout localisés
dans les tentacules et les
Fig. 173. — Anatomie d’un Mollusque bi- lèvres ; l'ouie, en des vévalve (Huître), dont une valve est enlevée. sicules remplies de liquides et placées dans la tête ; la vue comporte deux yeux portés par des tentacules,ou placés à fleur de tête ou (Lamellibranches) sur le manteau. L'appareil digestif, assez complet, possède des mâchoires très puissantes. L'alimentation est très variée, suivant les espèces. La respiration se fait généralement par des branchies, excepté chez les espèces terrestres et quelques-unes d'eau douce, qui sont pourvues d’une sorte de poumon. Pour ce qui est de la multiplication des Mollusques, quelques-uns sont ovovivipares (les œufs se développant dans le corps de l'animal avant la ponte), mais la plupart sont ovipares.
Les Mollusques sont très employés dans ?’alimentation de certains peuples, de même que dans l'industrie (nacre, perles, ete.); diverses peuplades se servent des coquilles en guise de monnaie.
Ici, comme dans les autres embranchements, la classification varie suivant les auteurs. Nous croyons devoir adopter le système qui répartit les Mollusques en trois classes: les
Fig. 173. — Mt, manteau ; — K, b:anchies ;— Md, bouche avec ses palpes labiaux ; — Mp, lèvres ; — My, estomac ; — Dr, intestin ; — L, foie ; — H, cœur ; — Sy, muscle gris ; — Sw, muscle blanc (à droite duquel est l’anus).
les Lamellibranches.
les mieux organisés des et entourée d'une cou-
0p Octopodes. — Dans ©? groupe, qui n'est aucunement représenté dans nos eaux, on distingue surtout le Poulpe (ou Pieuvre, Octopus), dangereux pour les nageurs et même, quand ils sont de très grande taille, pour les embarcations. Cet animal, , entièrement mou, a le Corps renfermé duns une sorte de sac ; sa tête ot ses yeux sont très développés. Le plus grand Fig. 174. —Poulpe. spécimen rencontré avait une longueur de « 30 à 45 pieds » (Provancher,, L’Argonaute, de la Méditerranée, Vogue sur les eaux en se tenant dans sa grande coquille et se servant de ses bras en guise de rames ; deux tentacules relevés et dilatés agissent comme des voiles. Décapodes, — Corps de forme oblongue, portant dans la région dorsale un os cartilagineux. Deux bras, plus longs que les huit autres, sont munis à leur extrémité de ventouses armées de griffes.
Septembre 1904.
De ce groupe, deux genres, l'Ommatostrèphe et le Soligo se rencontrent dans le golfe Saint-Laurent (le prenier à même dejà été vu jusqu'à Fraserville), et sont très recherchés comme appâts pour la pêche de la Morue. Longs de 6 à 12 pouces, ils se ressemblent, et sont tous deux nommés Squids par nos pêcheurs, : Calmar » et « Encornet » étant à tous deux aussi leurs noms français. Dans les mers étrangères, on trouve le Nautile, dont la coquille est presque toute remnplie d'air, et la Seiche (rapzcochée de notre Squid) dont la couleur peut changer, à lu manière du Caméléon.
Fig. 175. — Seiche (rap. 2° GASTÉROPODES, —- La face inférieuprochée de notre Encornet). Le du corps ressemblant à un disque où pied charnu et servant à la locomotion : tel est le caractère distinctif de cette classe de Mollusques. La tête est munie de
D etes
esters
Fig. 176. — Soligo (vu en dessus),
tentacules, sur l'extrémité de deux desquels sont parfois placés les yeux. Dans la plupart des espèces, l'animal est entouré d'une coquille univalve généralement contournée en spirale.
Fig. 176. — D, les 8 bras sessiles ; — T, les 2 tentacules pédonculés, terminés par la massue M ; — E, entonnoir par où s’échappe l’eau. qui a passé sur les branchies.
70 8e ème sont r la poulux Calleu x
les tile, elde an-
jeu-
où ère » de
niles
aliments. Un grand nombre sont roc
Les Gastéropodes Comprennent environ les trois quarts des Mollusques, et se rencontrent dans tous les climats, comptant des espèces terrestres, d'eau douce et marines. La province de Québer possède un bon nombre de rep
résentants de cette classe, Gas terres.
tres. — Ces Mollusques ont une sorte de respiration pulmonaire, A ce groupe appartiennent :
la Limace, à corps mou, Sans coquille, mais portant dans le manteau une simple lame ou des grains Fig. 177. — Hélice (opérant sa ponte). de calcaire ; l'Hélice, dont nous avons ici une quinzaine d'espèces . (l'Escargot, si estimé en Europe comme aliment, est de ce genre) ; la Succinée, atteignant un pouce de longueur, à coquille verâtre ou Jjaunâtre, très fragile,
Gastéropodes d'eau douce. — Comme les Mollusques du groupe précédent, un certain nombre
de Gastéropodes d’eau douce respirent’ au moyen d'un organe pulmonaire, et doivent par conséquent venir souvent à la surface des eaux pour
faire provision d'air. On peut citer, É Æ Somme exemple de ce groupe, la nom- 8e se breuse f mille des Limné
ides, COMPre- Groenland.
nant les Physes, les Limnées, les Planorbes, etc., et dont nous avons beaucoup d'espèces dans la Province.
Gastéropodes Marins, —
Ces Mollusques sont les classe, Leur respiration Plusieurs genres perdent tteignent leur Parfait dé” UDs sont estimés comme herchés pour l'ornementa-
Fig. 179. — 8e fait par des branchies.
Limnée des leurs coquilles ] rsqu'ils a veloppement, Quelques-
tion, à cause de leurs formes élégantes ou singulières, ou bien à raison de leurs vives couleurs. Les anciens tiraient leur belle teinture pourpre de divers coquillages (Pourpre, Rocher, ete.) de la Méditerranée.
Les très grosses coquilles que l'on voit souvent sur les corniches des appartements sont: le Casque, de la famille des Buccinides (dont nous avons bou nombre d’espèces dans la Province), et surtout le Strombe (famille des
Strombides, dont l’Aporrhais, du goife Saint-Laurent, paraît être le seul représentant dans nos eaux.)
3° LAMELLIBRANCHES, — Ces Mollusques, nommés aussi Acéphales parce qu’ils n'ont pas de tête distincte, respirent par des branchies en forme de lamelles. Ils sont revêtus d’une coquille à deux valves symétriques unies par une charnière et qui, grâce à des muscles puissants, s'ouvrent ou se ferment à volonté.
Des Lamellibranches, les uns vivent dans les eaux douces, les autres dans
Fig. 181. — Aporrhaiss la mer; et notre faune possède de nombreux représentants des deux groupes.
C'est la Pintadine, mollusque des mers tropicales, qui produit les perles fines ou d'Orient, Les perles, globules d'un bel éclat, dont on se sert en bijouterie, sont dus à l'introduction accidentelle ou artificielle de Distomes (Vers parasites), grains de sable, etc., entre la coquille et le manteau de l'animal qui sécrète autour de ces corps étrangers la matière nacrée.
Un Mollusque bien connu et abondant dans nos rivières, la Perlière arqnée, produit aussi des perles d’une certaine valeur.
Fig. 180. — Rochsr / Murex).
D'autres Lamellibranches intéressants sont les suivants: jes Tridacnes des mers chiudes, dont les valves ont parfois une longueur de près de 3 pieds, et sont employées com me bénitiers dans les églises; les Ta.
rets, qui se creusent des Fig. 192. —. Perlière, les bois snbmergés et détruis
teaux (Solen) ; les Moul.s, «
bles au printemps, ct qui se fixent
sur le gravier ou les rochers au
moyen de franges de filaments qu'el-
ls sécrètent en dehors de l'ouvertu-
re de la coquille ct que l'on nomme
«byssus » (les anciens fhisaient des
vêtements très riches avec le byssus
Soyeux Je certaines espèces de Mou-
les) : l'Huître, qui passe sa vice fixée
aux rochers par sa valve gauche
(elle produit plus de 50,000 œufs par
née, lesquels éclosent dans l'Hui-
tr? même, qui jette à la mer les peti- Fig. 183. — Moule (1).
tes larves toutes formées ; mais tant d'animaux marins s’en nourrissent qu'il cn survit à peine une douzaine, paraît-il. Par l'ostréiculture, on conserve ct on fait grandir les jeunes dans des parcs d'Huitres ; ce développement dure de trois à cinq ans. Les bancs de nos côtes maritimes de l’est sont : ‘ièbres par les qualités succulentes des Huîtres qui les habitent.)
(1) V. g, valve gauche ; —e, crochet 5 — Ch, charnière,
Octobre 1904.
Les Vens 27 Les EcHiNoperMes