CHEMIN DU NOM
« Mais, lorsque l'application de cette règle a pour résultat de porter atteinte au principe fondamental de rétablissement des voies de fer, lorsqu'elle conduit à en multiplier l'emploi au delà des besoins, sans les proportionner à l'activité des relations existantes, ou à rendre ruineuses des entreprises qui auraient pu sans cela être profitables ; alors mieux vaut, selon nous, produire un mal en quelque sorte individuel et local, par des mesures toujours regrettables en elles-mêmes, mais nécessaires, qu'un mal public et général, par des mesures conçues dans un faux esprit de conciliation. »
Les pentes du chemin de fer du Nord ne dépassent jamais 5 millièmes. De Paris à Soisy, dans la vallée de Montmorency, elles sont généralement de moins de 5 millièmes; à Soisy, on commence à s'élever vers Franconville, en suivant une rampe qui a environ 6 kilomètres de longueur, et dont la pente a 5 ou 4 millièmes ; de Franconville, on descend à Ponloise par une pente à peu près semblable. De Pontoise à Clermont, les pentes sont ordinairement de 3 millièmes et au-dessous; de Clermont à Quincampoix, on gravit une rampe d environ 4 millièmes, de 21 kilomètres de longueur, et de Quincampoix on redescend vers Amiens par une pente qui varie de 2 à 4 millièmes. D'Amiens à Mirauinont, les pentes ne dépassent généralement pas 5 millièmes. Un peu plus loin, on trouve une rampe de 4 à 5 millièmes sur une longueur de 8 kilomètres, puis une pente de même inclinaison sur ;> kilomètres. Les pentes varient jusqu'à Douai entre 5, 4 et 5 millièmes ; mais, comme elles se succèdent sur de petites longueurs avec des inclinaisons en sens contraire, elles ne sont pas défavorables à la traction. Le profil de Douai à Templemar est à peu près semblable. De Templemar à Wattignies, on suit une rampe de 5 millièmes sur 2,500 mètres environ ; puis le profil jusqu'à Turcoing offre une série de pentes et contre-pentes variant de 1 à f> millièmes. Le profil de l'embranchement de Douai à Valenciennes présente une grande analogie avec celui de Douai à Turcoing.
Les courbes de Paris à Saint- Just ont toutes an delà de \ ,000 mètres de rayon. De Saint- Just à Amiens, on trouve deux courbes de 800 mètres. Au delà d'Amiens, les courbes ont également
1,000 mètres au moins de rayon, à l'exception de celle de 524 mètres de rayon au raccordement de l'embranchement de Va- * lenciennes, tout près de Douai ; d'une autre de 500 mètres près de la station de Lille, et d'une troisième de 620 mètres à la station de Turcoing.
Les pentes de 4 à 5 millièmes ne paraissent pas nuire à l'exploitation en ce qui concerne le transport des voyageurs; mais, lorsqu'elles s'étendent sur une certaine longueur et se trouvent sur des parties de trajet où la courbure du chemin accroît déjà la résistance, elles nécessitent quelquefois pour la traction des convois de marchandises l'emploi de machines de renfort.
On reproche au tracé du chemin du Nord le grand nombre de courbes, surtout dans certaines parties du trajet où il semble qu'on aurait pu les éviter, et la fâcheuse position de ces courbes dans des tranchées aux abords des stations.
A peine sorti de Paris, entre cette ville et la Chapelle-Saint-Denis, où sont placés les ateliers et la gare des marchandises, on trouve une partie de la ligne recourbée en S dans une tranchée où les trains ne peuvent s'apercevoir que d'une petite distance.
A Pontoise, les abords de la station, placée à l'extrémité d'une tranchée courbe et près d un pont dont les remblais masquent les convois, sont considérés comme très- dangereux. Un passage à niveau dans ces conditions eût été préférable à un pont.
A Saint-Denis, la station se trouve également près d'un pont, et entre deux tranchées dont la courbure est en sens contraire.
De Clermont à Ailly, le tracé est très-tortueux et presque toujours en tranchées ou en remblais.
A Douai, les fortifications masquent les abords de la station, et on avait laissé subsister, tout auprès, des ponts tournants que la Compagnie a regardés comme tellement dangereux, qu'elle leur a substitué des ponts lixes.
La station de Dreteuil est placée sur une rampe de 2 millièmes et demi, qui rend souvent difficiles la manœuvre et le départ des trains de marchandises.
On reproche aussi au tracé du chemin du Nord la multiplicité des passages à niveau : on en compte 1 par 1 ,200 mètres ; c'est en
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même temps une cause d'accidents et une lourde charge pour l'exploitation.
Les travaux d'art du chemin du Nord 1 n'offrent aucune particularité digne d'intérêt. Les travaux de terrassement ont été assez considérables. Sur certains points, ils ont présenté de grandes difficultés d'exécution, par exemple, la tranchée des Ogiers, entre Lille et la frontière belge, tranchée qui a été creusée par des procédés décrits dans le Portefeuille de l'Ingénieur.
Deux stations sur le chemin du Nord méritent d'être étudiées : la * station de départ à Paris et la station d'Amiens, commune aux chemins du Nord et d'Amiens à Boulogne. La charpente de là station de Paris est remarquable par sa légèreté.
On trouve, sur le chemin du Nord, plusieurs stations à point de rebroussement : celles de Lille, de Yalcnciennes et de Douai. On a établi des courbes de raccordement pour éviter aux convois l'entrée dans la station.
Le chemin du Nord est l'œuvre de deux habiles ingénieurs des ponts et chaussées, MM. Onfroy de Bréville et Busche.
Chemin de Pari»* n Rouen. — Le chemin de Rouen est l'un des chemins projetés, il j a vingt-cinq ans, dans le système des pentes les plus faibles. Les études du projet, qui a été mis à exécution, ont été faites par deux ingénieurs distingués du corps des ponts et chaussées, MM. Bellanger et Polonceau, que l'on a vus avec peine privés de la gloire de mettre à exécution cette grande œuvre, qu'ils avaient si habilement préparée.
Ce chemin, qui longe sur une grande partie de son parcours les . rives de la Seine, ne présente nulle part des pentes dépassant ft,u,00562 par mètre, et le rayon des courbes n'y est pas de moins de V2S5 mètres.
Pour obtenir ce double résultat et pour diminuer le parcours, on a dû percer quelques-uns des mamelons que la rivière contourne. Aussi trouve-t-on sur le chemin de Rouen plusieurs tunnels d'une
1 Depuis la publication de notre deuxième édition de nouvelles lignes ont augmenté le réseau du Nord. — On trouve sur celle de Paris à Creil un ouvrage d'art remarquable, le grand tiaduc en pierre de Comelle. Nous le dét rirons ou chapitre dos ouvrage* «l'art.
certaine longueur, parmi lesquels nous citerons celui de Rolleboise, long «le 2,700 mèlros, et exécuté en deux années.
Le tracé du chemin de Rouen, adopte à une époque où déjà l'on attachait moins d'importance à suivre la ligne la plus directe, passe cependant à 6 kilomètres environ de la ville de Louviers, et à 10 kilomètres d'Elbeuf, lorsqu'on aurait pu, sans de très-grandes dépenses, s'en rapprocher davantage.
Ce tracé n'est pas le seul qui ait été étudié : en 1834, un premier projet fut soumis aux enquêtes. Le chemin, d'après ce projet, s'éloignait considérablement de la rivière. De Paris, il se dirigeait sur Saint-Denis, Pontoise, Gisors, Charleval, puis, arrivé à Blainville-sur-Ry, au lieu de se porter vers Rouen, il se prolongeait directement et presque en ligne droite jusqu'au Havre d'un côté, et jusqu'à Dieppe de l'autre. Rouen n'était alors desservi qu'au moyen d'un embranchement jeté dans la vallée de Robec, et se trouvait ainsi délaissé à 20 kilomètres, sur la gauche, au fond d'une impasse et en dehors de la gr ande ligne de Paris à la mer.
Ce projet tut accueilli par un cri presque général de réprobation. Non-seulement la ville de Rouen lit entendre ses plaintes comme ancienne métropole de la province, comme centre du mouvement entre le Havre et Paris ; mais le Havre lui-même et les populations du pays de Caux, qui entretiennent avec Rouen des rapports continuels, protestèrent contre celte espèce de divorce auquel on les condamnait, ou tout au moins contre un circuit qui devait rendre presque nul le bienfait de la vitesse.
De nouveaux projets, toujours sur la rive droite et par les plateaux, furent étudiés. De nombreuses et importantes modifications furent apportées au projet primitif. I n tracé fut proposé qui desservait la ville de Rouen, non plus au moyen d'un embranchement, mais par le chemin principal, qui touchait un des boulevards de la ville, et se prolongeait ensuite sur la vallée «le Déville jusqu'à la mer; d'un autre côté, le Havre et le pays de Caux étaient mis eu communication directe avec Rouen ; enfin, pour aller au-devant de toutes les objections, pour procurer à cette dernière ville un désavantages qui l avaient séduite dans le projet de la vallée, un embranchement détaché de Charleval et descendant par la vallée de
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l'AndclIe venait aboutir au faubourg Saint-Sever, et offrait cri même temps le précieux avantage d'établir des communications rapides avec les villes d'Elbeuf et de Louviers, ainsi qu'avec toutes les populations environnantes. Ce tracé fut sur le point d'être exécuté par l'ancienne Compagnie, dite des Plateaux, Compagnie qui entra en liquidation avant même d'avoir commencé les travaux.
Ce tracé des plateaux desservait la vallée de Montmorency, et, ♦ tout en se prolongeant aisément d une part sur Dieppe, et d'autre part sur le Havre, il se prétait facilement à des embranchements sur Bruxelles, Calais et Boulogne. Il était donc, au point de vue politique, préférable au tracé sur la rive gauche. 11 mariait pour ainsi dire la France avec l'Angleterre et la Belgique; mais, d'un autre côté, il négligeait les riches et nombreuses populations de la partie de la vallée de la Seine comprise entre Louviers et Paris; il ne facilitait pas les rapports avec l'ouest de la France, et n'était pas praégé par le fleuve contre les agressions de l'ennemi. Enfin, et celte dernière considération a exercé, fort à tort, selon nous, une grande influence sur le choix de l'administration, il ne venait pas se souder eomme le chemin actuel au chemin de Saint-Germain, et nécessitait par conséquent la construction d'une gare spéciale dans Paris.
Les chemins de Paris à Rouen, et de Rouen au Havre, ont été construits par M. Locke, ingénieur de plusieurs grandes lignes en Angleterre. Les travaux de maçonnerie de ces deux chemins ont un caractère de hardiesse particulier aux œuvres des ingénieurs anglais. Cette hardiesse dans les constructions n'a rien de dangereux, et, si l'un des plus grands viaducs du chemin du Havre s'est écroulé, cela tenait, non à ses dimensions, qui étaient suffisantes, mais au peu de soin apporté dans la confection des mortiers.
Les Anglais ont aussi introduit en France d'excellentes méthodes pour l'exécution des terrassements au wagon.
Chemin de Lyon a Avignon. — Le chemin de Lyon à Avignon forme le complément de la grande ligne de communication de Paris à Marseille, de l'Océan et de la mer du Nord à la Méditerranée. Cette ligne a toujours été considérée comme l une des plus impur* tantes à ouvrir sur le territoire du royaume; elle se recommande d'ailleurs sous d'autres points de vue non moins dignes d'intérêt,
et doit affranchir le commerce <ies entraves qu'apporte et qu'apportera toujours à la remonte la navigation du Rhône; elle tend, en outre, à maintenir au travers de notre territoire le commerce de transit de la Méditerranée sur la Suisse et sur le Rhin.
Les cotons de TKgypte et du Levant arrivent par Trieste à Zurich et en Allemagne à bien meilleur marché que par Marseille, et, sans , les douanes, qui prohibent l'entrée de cette marchandise en France par la voie de terre, tous les manufacturiers île l'Alsace préféreraient la tirer de Trieste par la voie de Zurich que de Marseille.
La vallée du Rhône étant plus favorable que toute autre voie pour nrriver en Alsace et en Allemagne, le contraire arrivera lorsque les chemins de fer de Marseille à Lyon et de Dijon à Mulhouse seront livrés à la circulation sur toute l'étendue du parcours.
Marseille est non-seulement le chef-lieu du Midi, mais il est encore le centre du commerce de la Méditerranée. Ses relations avec le Levant, l'Egypte, l'Amérique et les Indes, sont immenses; elle en a lié de plus récentes avec Odessa et Trieste, et sa position est naturellement le nœud entre la métropole et la belle colonie d'Alger, appelée à prendre dans un avenir prochain un grand développement .
Par une conséquence naturelle de ces faits, Marseille est l'une des artères qui répandent au sein du royaume le plus de vie. Se* douanes, plus productives que celles du Havre, en font foi.
11 est donc vrai de dire que sa prospérité est, dans toute la force du terme, une richesse nationale; la France tout entière est intéressée à ce que les sources n'en tarissent pas.
Les premières études du chemin de fer de Lyon à Avignon ont été entreprises à l'aide du fonds de 500,000 fr., volé par la loi du 27 juin 18r>3, et dès l'année 1837 un projet complet, revêtu de l'approbation du conseil général des ponts et chaussées, avait pu être mis sous les yeux de la Chambre; ce projet, sauf quelques modifications que nous allons indiquer, a été adopté tel qu'il avait été arrêté à l'époque dont nous parlons.
Le tracé se raccorde à Lyon avec celui du chemin venant de Paris dans la gare de voyageurs de la presqu île de Pcrrache, traverse le Rhône sur un pont à arches de fonte, tranche le faubourg de la