‹ Traité élémentaire des maladies épidémiques ou populairesChapitre 12 sur 119 · ARTICLE IV · texte numérisé non relu

ARTICLE IV

Effets du sou , quant a sa nature et a son EXPOSITION.

Ces effets se montrent sur les principales productions végétales et animales ; sur les caractères, mœurs et usages des habitans; et sur l’industrie et le commerce.

PREMIÈRE SEÇTION.

Effets du sol sur les principales productions végétales et animales.

Les principales productions de notre pays ne différant pas de celles des départemens avoisinant Paris, il ne sera donc ici question que de quelques particularités sur les végétaux et les animaux.

§ Ier Des Végétaux.

Notre sol, comme il a été dit plus haut, se compose de terres calcaires, de terres argileuses, de cailloux, de grés et de sable dont les proportions, variées dans leur mélange et leur exposition, donnent une fertilité plus ou moins grande et toujours relative aux espèces de végétaux qui peuvent le recouvrir, et à l’épaisseur de V humus ou terreau ou terre végétale , dont la couleur grise , noire ou rougeâtre, dépend de diverses quantités d'argile, de sable, de craie et de carbonate de fer qui s’y trouvent mêlés.

Le sol, composé de craie ou carbonate calcaire comme dans beaucoup de terroirs des arrondisse* mens d’Amiens, de Doullens et de Montdidier, n’est productif que dans les années pluvieuses , ( à moins que la pierre ne soit très-compacte ), parce que dans les temps secs, les eaux du ciel, qui le traversent momentanément et avec abondance , entraînent les principes nutritifs contenus dans la terre végétale qui le recouvre légèrement.

Les terrains où l’argile domine, étant froids et compactes, nuisent à la végétation et à la santé dans les temps humides, vu que la filtration des eaux pluviales est empêchée. Ceux qui renferment un oxide de fer pulvérulent, jaune, quelquefois rouge, ou de la tourbe mélangée avec plus ou moins de pyrites sulfureuses qui se décomposent par le contact de l’air, portent aussi atteinte à la végétation.

De grands amas de sable ne conviennent pas k nos plantes, parce que les grains quartzeux, secs, durs au toucher ; impénétrables k l’eau, et ayant peu d’adhérence entre-eux, préjudicient k la culture.

Le muriatc de soude qui couvre les plages maritimes, ne les fertilise pas. Le seul avanlage qu’on en lire, est de vendre la viande des animaux nourris des plantes qui en contiennent, plus savoureuse, parce que ce sel, dit commun, stimulant les organes digestifs, rend leur nutrition plus parfaite.

Les graines céréales se récoltent abondamment dans les terres où l’argile , la craie et le sable sont convenablement mariés , comme dans le Santerre, le Ponlhicu, le Vimeux, les environs d’Albert, etc. Ces pays offrent de belles plaines coupées par des monticules et des bois touffus, présentant ça et là des situations pittoresques et des paysages très-variés.

La maturation des plantes céréales est plus tardive dans notre département, que dans ceux qui le bornent au midi. La température de sa partie septentrionale, refroidie par une grande abondance d’eaux et plusieurs masses de bois, y retarde la récolte de quinze jours.

Chez nous les terrains crayeux produisent naturellement la gaude. J’ai encouragé autant qu’il a été en mon pouvoir la culture de cette plante par un mémoire lu k l’Académie d’Amiens , il y a en-

viron douze ans, ou j’ai fait counoître le sol qui convient à celle piaule, et la manière de la culliver en grand.

La guesde , ou guède , ou wouède ou pastel , qui s’offre aussi à nous dans les terres légères, pourrait être avantageusement cultivée pour nos manufactures. Dans ce cas, il faudroit la semer au printemps, dans une terre riche et très - bien préparée. La pâle que l’on obtient, en broyant les feuilles de celte piaule sous une meule de moulin , comprimée dans des vases, durcie et séchée, se vend sous le nom de pastel, qui fournit une teinture bleue, résineuse, fort solide, et avec laquelle on fait toutes les variétés de celle couleur.

Les terrains où l'argile domine, comme dans beaucoup d’endroits de l’arrondissement de Doullens et du canton d’Albert, conviennent au lin, qui exige une terre grasse et nettoyée de toutes mauvaises herbes; au pavot gris, dit oliette ou œillette; au chanvre; au colsat; à la navette ou rabette.

Les terres argileuses, sablonneuses, crayeuses, et caillouteuses, comme a Haute-Visée le beau prés Doullens , Bréviller , Rincheval , Beauquesne, produisent de bons bleds de différentes espèces.

Dans les terres argileuses , crayeuses, contenant beaucoup de grés, telles qu’à Piergot, Hérissarl, Villers-Bocage , on fait aussi de bonnes récoltes.

Les terrains bas, arrosés par des rivières, offrent, comme dans les vallées de la basse - Somme, de

riches prairies ; aussi, les bestiaux du Marquenterre, du Vimeux, du Ponthieu, sont-ils très-recherchés.

Les vignobles sont peu nombreux : on en voit quelques petits dans les environs de Moutdidier, où un terrein léger, un peu graveleux et bien exposé au soleil , a fait essayer la plantation de la vigne ; mais la qualité très-médiocre du vin ne permettra jamais de la faire en grand. C’est pour cela que de nos jours ceux de Cagny et de Boutillerie-lès-Amiens ont été détruits et remplacés par une culture plus analogue au pays.

Parmi les arbres forestiers ou de haute - futaie , les plus estimés , et que la faulx révolutionnaire a peu ménagés, sont : le chêne , ( appelé par Pline l’arbre des Gaules, l’arbre par excellence ), qui se plaît davantage à l’aspect du nord et dans les sols fertiles ; le hêtre et le charme , qui se développent mieux au midi , le premier dans les terrains secs , le second dans ceux humides ; l’orme et le frêne qui aiment un terrain léger et humide. Les boisblancs tels que le tilleul , les peupliers et les saules poussent dans tous les terrains , et préfèrent ceux qui sont bas et aquatiques.

Au commencement ou à la mi -mars, la sève circule sensiblement dans nos plantes. La floraison de X hellébore noir, des perce - neiges , des noize tiers , du garou, de la plupart des lichens, des algues, des mousses, annonce l’arrivée du printemps. En avril, les saules, les peupliers, les

arbres fruitiers fleurissent. Quand le printemps est chaud, la cerise nous est offerte au commencement de Juin. La fenaison, ou récolte des foins, a lieu à la fin de juin ou au commencement de juillet. En août, les plantes céréales se moissonnent , et en septembre seconde coupe de foin et autres fourrages.

Les pommiers , qui sont de tous les arbres fruitiers les plus précieux, puisque le jus de leurs fruits constitue la principale boisson d’un grand nombre de nos communes, se cultivent le plus ordinairement dans les cantons avoisinant le département de la Seine - Inférieure. Us se plaisent aussi dans un sol argileux et caillouteux qui , loin de nuire, comme on l’observe depuis longtemps , aux récoltes des graines céréales , les rend plus abondantes , surtout dans les années où l’on craint la stérilité par une sécheresse prolongée.

Le poirier qui fournit l’espèce de poire dite Ùl angle terre , est comme naturel au sol d’( Iresmaux et de ses environs.

Dans l’arrondissement de Montdidier les cerisiers y sont plus abondans que partout ailleurs.

Mais en général tous les arbres fruitiers à pépins ou à noyaux se plaisent sur notre sol. Les jardiniers y cultivent avec intelligence les pêchers , les abricotiers dont les fruits sont très-savoureux quand les chaleurs du printemps et de l’été sont fi equenles et continues. Le figuier et 1 oranger s acclimatent avec peine.

Nous retirons en abondance des légumes de première qualité, dans les terrains dits hortiLlonages de la Voierie, située au nord-est d’Amiens. L’activité d’hommes laborieux a desséché et sanifié ce lieu autrefois fangeux, en établissant des canaux où, par une pente insensible et artistement donnée, circule une eau douce et sans cesse renouvelée. Ces canaux, dans les temps chauds et sereins, sont couverts de bateaux où notre brib laute jeunesse vient se divertir en y respirant un air frais.

§ II. Des Animaux.

Dans les gras et excellens pâturages de la plupart de nos vallées arrosées d’eaux vives, on élève un grand nombre de bestiaux dont on relire de grands profils.

Le buffle, qui habitait autrefois ces contrées, a disparu entièrement ; on ne trouve plus que ça et là des fragmens du squélette de cette espèce de bœuf.

Le cerf, le daim, le chevreuil , le sanglier , ont presque abandonné nos bois et nos forêts , depuis qu’il a été permis à tout le monde de leur faire une guerre ouverte.

Le gibier, malgré la chasse que lui donne, depuis septembre jusqu’en mars , un grand nombre d'hommes aussi actifs qu’adroits, est toujours très-commun, surtout dans les lieux bien boisés où il trouve des forts qui le défendent rarement des vives attaques qu’il essuie.

DEUXIÈME SECTION

Effets du sol sur les caractères , usages , mœurs et industrie des habitons.

Dans les pays secs et élevés, les picards conservent le caractère que leur attribuent les auteurs les plus anciens. Us sont vifs, ardens, emportés, francs, industrieux, bienfaisans, belliqueux, et cultivent peu les sciences et les arts d’agrément. Ceux qui abusent de l’eau-de-vie sont, par l’exaltation du système nerveux que cette liqueur pernicieuse provoque, médians, vindicatifs. Celte partie spiritueuse du vin, durcit plus que celui-ci les alimens, et rend les digestions difficiles, en épaississant la salive, les sucs gastriques, la bile et la lymphe. En resserrant les petits vaisseaux, elle dispose aux obstructions, les fait naître et les augmente. Ainsi que toutes boissons spiritueuses , sous quelque nom que ce soit, elle abrège la vie par trop d'excitation des tissus organiques , elle vicie secondairement les humeurs qui, devenues âcres, produisent des maladies cutanées ; en desséchantet roidissant les libres, elle altère le physique et le moral. Trop attrayante pour les hommes de peine, elle leur donne une vigueur, un embonpoint, une force qui les font remarquer pendant quelques années; mais à cinquante ans, ce sont des hommes vieux , énervés , abrutis ; ils périssent de phtlusie, d’atrophie ou d’hydropisie ;

ceux qui ont le blanc des yeux jaune, ne guérissent jamais.

Les usages et coutumes des picards different peu de ceux des habitans des départemens voisins.

Les mœurs et habitudes des vallées sont généralement douces. Dans les plaines et les pays élevés elles se rapprochent de celles des villes ‘ les habillemens sont plus recherchés , et des plaisirs bruyans occupent tous les loisirs ; les excès en liquides fermentés y excitent souvent des querelles très -vives et quelquefois meurtrières.

La nourriture des campagnards et des ouvriers des villes paraît grossière ; mais les alimens que la providencè a mis à leur portée sont toujours plus sains que les mets recherchés de nos sibariles (i).

(i) Les alimens ou les substances nutritives qui rc'parent sans cesse les pertes que nous faisons , ne nous sont pas moins utiles que l’air ambiant qui vivifie et stimule à chaque instant nos organes.

Alimentum et alimenli species urturn et multa ; auget auieni et reibur infert ; carnem gignit. Hipp. De alimenlo.

Dans notre climat, le pain, composé le plus souvent de farine de bled froment, fait la base de la nourriture de l’homme. La farine de seigle, d’orge , de pamelle n’est d’usage que dans le cas de disette ou pour les pauvres.

Le bled l’emporte sur toutes les graines céréales par sa plus grande quantité de gluten , ou matière végéto animale, unie à l’amidon, à l’albumine— végétale et à une matière sucrée. La pâte se lève d’autant plus facilement que' le gluten est plus abondant. 11 ne faut donc pas s’étonner que le pain

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Les nombreuses manufactures qui se voient particulièrement dans les villes et leurs environs arro-

de seigle , d’orge , d’avoine , de paniclle , soit lourd et trèsindigeste. Triticum fortius est hordeo, et ma gis nul rit, miniis aillent per alvuni secedil. ( Mipp. De dietn ).

Après les graines céréales viennent les pois, les haricots , les lentilles, contenant en moins les mêmes principes nutii. tifs. La grande quuntité de gaz qu’ils renferment les rend venteux et fatigue les estomacs foibles et froids. Legumina ont nia flatuosa sunt et enuia, et coda, et fri cia, et macerata, et viridia. ( Hipp. De vicias ratione in morbi* a cutis ). •

Les plantes potagères, telles que les choux , les épinards, la laitue, la chicorée, l’endive, l’oseille, la pomme-de-terre , la carotte, le navet, le radis, l’asperge, l’artichaut, le céleri , les salsifis, le cresson , contenant des principes nutri tifs, nous servent aussi eu partie de nourriture. L’ail, l’oignon , le cerfeuil , le persil , la sariette , le fenouil , le poireau , l'estragon , etc. contenant des principes irritans , sont employés comme assaisonnemens.

Les fruits , à l'exception des noix , des noisettes, des chûleignes, sont peu nutritifs. Ceux aigrelets, tels que cerises, groseilles, fraises, framboises, conviennent aux bilieux , mélancoliques, qui ont la fibre sèche : leur excès nuit aux phlegmatiques et aux personnes sujettes aux acidités; il produit souvent la dyspepsie ou mauvaise digestion, la diarrhée, la dysenterie, et rappelle quelquefois les fièvres d’accès. 11 en est de meme des fruits aqueux, comme les prunes, abricots , pêches, melons, figues , oranges , pommes, poires et raisins. Si ces fruits 11e conviennent pas aux estomacs faibles, ils sont avantageux à tous ceux qui ont la fibre roide.

Les végétaux, où le corps muqueux est prédominé par des principes aromatiques, âcres et irritans , tels que le poivre, le piment, le girofle, ne sont point nourrissons, mais on

scs par des rivières , et un grand commerce de graines céréales, prouvent combien les picards

s’eu sert pour rehausser le goût des alimeus et faciliter leur digestion.

La chair des animaux, tels que mammifères , oiseaux , reptiles, poissons, se compose principalement de gélatine, d’albumine, de fibrine, d’osma/.ome (matière extractive du bouillon ) où l’azote se trouve eu diverses proportions, de l’acide lacliqûe , de phosphate de soude, d’ammûniuque et de potasse, de carbonate de chaux, de sulfate de potasse, d’oxide de fer, de soufre et d oxide ou péroxide de manganèse.

La chair du bœuf, du monton , des volailles, convient aux liabitans des pays bas et humides, les végétaux n’étant utiles qu’aux individus qui ont trop d’énergie.

Les substances animales privées de la vie , soumises à liufluence de l’eau , de l’air et du calorique, se pétrifient et donnent, par la décomposition de l’eau, du gaz acide carbonique , de l’acide acétique, de l’ammoniaque et de l’hydrogène. Ces gaz infects, entraineut en se dégageant, une matière azotée à demi-pourrie qui constitue sans doute les miasmes dont on ignore la composition intime.

Les poissons, les tortues offrent une gélatine abondante, mais plus aqueuse et moins substantielle que celle de la chair des quadrupèdes.

Les humoristes croient avoir raison, lorsqu’ils avancent que les liquides d’un homme qui ne vit que.de végétaux diffèrent de ceux des individus qui ne se nourrissent que de viandes fortes et de boissons très-spiri tueuses; mais les solidis— tes les réfutent en disant que les principes de ces substances agissent primitivement sur les fibres de l’organe gastrique , et que les modifications des liquides ne sont que secondaires à l’action des tissus.

sont industrieux et laborieux.

Si les viandes succulentes, bouillies ou rôties immodérément , sont dangereuses; combien le sont davantage les consommes , les jus, les cotdis qui sont des quintescencss de substances animales qui, toujours aromatisées pour augmenter leur faculté stimulante, épuisent les forces vitales de l’estomac, et donnent lieu à uu chyle grossier et mal digéré.

Parmi les nourritures indigestes se rangent aussi les corps d’une texture tenace et dure, comme la chair des vieux mammifères, de plusieurs poissons de mer, «les testacées , ( moules , huitres ), des crustacés ( écrevisses, liomars , crabes ).

Toutes ces substances , ain-i que les salaisons , produisent des vents et la sabure des premières voies.

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