‹ Traité élémentaire des maladies épidémiques ou populairesChapitre 62 sur 119 · Le traitement jugé le plus convenable · texte numérisé non relu

Le traitement jugé le plus convenable

r 1. Les moyens hygiéniques ou propres à empêcher la contagion ou

h en diminuer les effets.

La fièvre muqueuse épidémique s’est montrée succcessivement depuis Septembre i8i5 jusqu’à la fin de 1 8 1 8 , dans les communes rurales ci après désignées. Je ne répéterai point pour chaque lieu toutes les modifications de cette maladie , je me bornerai à présenter celles qui m’ont paru les plus dignes de remarques , et à exposer quelques particularités relatives aux localités. Je terminerai , d’ailleurs , ce chapitre par une récapitulation de tous les symptômes.

Neuvilletle.

Ce village, de i5o feux, cl où l’on compte 750 habitans, à une lieue et demie nord-est de Doullens et à huit lieues et demie d’Amiens, est situé sur un terrein élevé.

L’épidémie pour laquelle je fus appelé, le 19 octobre 181 5, était, dans son origine, une fièvre gaslro - adynamique ou bilieuse putride, quelquefois compliquée d’ataxie et souvent de vers. Elle fut apportée dans celte commune par une femme qui, en octobre 1814, avait été, à l’hôpital de Béthune, garder un de ses fils attaqué d'une fièvre putride maligne ou typhus. Peu de temps après son retour, celte mère fut atteinte de la même maladie, et la contagion gagna ceux qui habitaient cette maison. Parmi plusieurs individus qui la fréquentaient un seul, ayant des dispositions à contracter l’infection, l'introduisit chez lui, et insensi-

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blement, par communication, elle se déclara dans plusieurs maisons ; mais ce fut en août i8i5 qu’elle éclata sérieusement , et quelle atteignit un grand nombre de personnes. Alors elle devint meurtrière, et, en très- peu de temps, cinq filles, une femme, deux hommes et deux garçons furent ses victimes. Elle avait tous les caractères d’une fièvre bilieuse putride et maligne, compliquée do vers chez beaucoup, et de taches pourprées chez quelques uns.

Lors de ma première visite ( 19 octobre 1819 ), la maladie avait perdu de son intensité, les symptômes de putridité et de malignité y étaient à peine sensibles. Vingt quatre personnes m’ont offert ceux d’une fièvre mucoso-bilieuse rémittente et intermittente. J’attribuai cet heureux changement à la constitution humide et froide de l'atmosphère succédant à une constitution estivale , sous l’influence de laquelle l’adynamie et l’ataxie avaient sévi.

Cependant les symptômes de la fièvre putride maligne se sont reproduits jusqu'à l’entière cessation de la maladie, en mars 1816, à deux reprises différentes. J’en accusai la mal-propreté des appartemens et la chaleur infecte qui s’y développait par 1 entassement des malades , qui étaient au nombre de deux ou trois dans le même lieu et souvent dans le même lit.

Ce fut en vain que je conseillai dans mes visites de nettoyer les lieux, de les aérer à chaque instant, de répéter souvent les fumigations désiufec-

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taules , de ne point se fréquenter , de ne laisser air près des malades que les personnes indispensables pour les secourir, et de suivre strictement le régime et le traitement que j’avais prescrits.

Les préjugés , sur - tout ceux de tirer du sang dans le principe de la maladie, lorsqu’on entrevoyait une lueur de prétendue inflammation, de rejetter l’usage de l’émétique ( quoique l’embarras gastrique très - prononcé l’indiquât ) produisirent les plus funestes effets : on méprisa cet ancien aphorisme d’IIippocrate : quo nalura vergit , eb ducendum, sous prétexte que le tartre stibié, occasionnant des émotions, nuisait dans cette maladie : principe faux, car toutes les fois que la langue est couverte d’un enduit blanc ou jaune avec envie de vomir, et que les symptômes en apparence inflammatoires sont évidemment l'effet d’une oppression gastrique , il ne faut point hésiter à provoquer des évacuations par le liant. F, es secousses et le trouble que les vomitifs occasionnent, font souvent avorter des affections qui se présentent sous de fâcheux auspices.

Ces préjugés ont fait beaucoup de victimes, Depuis le 19 octobre 181 5 jusqu’en mars 1816, on en a compté i3 dont la plupart ont refusé de suivre les conseils de M. Démarquet , chirurgien de Bouquemaison , à qui j’avais confié le traitement, en lui indiquant ce qu’il fallait faire pour combattre les divers symptômes et accidens de la maladie.

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Si celle épidémie a éfé de longue durée, je dois l’attribuer autaul aux contrariétés que j’ai éprouvées pour Je traitement, qu’à la mal-propreté des indigens et au peu de soins qu’ils prenaient pour sc garantir de la contagion. La température froide et humide de l’atmosphère qui régnait depuis quatre mois, n’a pas peu contribué à rendre les convalescences longues ci pénibles.

B résilier s.

Ce petit village, composé de a5 feux et de 100 habitans , à une lieue nord de Doullens, est situé sur un terrein élevé , environné de grands bois du levant au couchant.

J’ai trouvé, dans ma première visite du 25 octobre 1 8 1 5 , sept individus attaqués d’une fièvre raucoso- adynamo - ataxique souvent vermineuse, avec taches pourprées, diarrhée colliquative , et chez quelques uns éruption scarlatineuse. Sur vingtsept individus attaqués depuis le mois de janvier de la même année jusqu'à mon arrivée , six fem* mes et trois hommes ont péri.

Celte maladie a été apportée des communes voisines où elle régnait épidémiquement depuis plus d’un an.

D’octobre i8i5 jusqu’en février 1 8 1 G , les vingtdeux individus qui ont été atteints ont presque tous montre les caractères de la fièvre roucoso ou adynamo - ataxique dans son plus haut degré.

La température froide et humide de l’atmosphère n’a point diminué l'intensité de l’épidémie, et quatre malades ont succombé- mais je dois dire, à l’avantage de M. Démarquet, que trois de ces individus ont refusé opiniâtrément de se soumettre au traitement que j’avais établi et surveillé dans plusieurs voyages.

Je défendis la saignée et les purgatifs dans le cours de la maladie.

La mortalité aurait été moins grande dans ce hameau si l’autorité locale avait prévenu plutôt l’autorité supérieure et fait exécuter ce que j’avais proposé. On n’aurait point à gémir sur les suites funestes de cette indifférence, que je me garderai de qualilier, pour ne point rendre trop amers les regrets quelle a dû faire naître , mais qui ne peuvent rassurer sur l'avenir ni influer sur l’apathie qu’on remarque presque par- tout : aussi me permettrai -je de dire qu'il serait à désirer qu’un Code rural renfermât des dispositions de police médicale , qui prémuniraient les habitans des campagnes contre les causes de maladies dévastatrices de l’espèce humaine. En ordonnant, par exemple, des constructions salubres; en exigeant, sous des peines correctionnelles, le curage des ruisseaux ou l’eau coule à peine , celui des mares encombrées de substances végétales ou animales en putréfaction, leur éloignement des habitations et leur exposition au nord autant que possible, quel service ne l’endrait-on pas à l'humanité ! Ces salu-

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taires mesures intéressant particulièrement les iudigens cjui , par ignorance, ne peuvent se garantir des maux dont ils sont le plus souvent victimes, ces mesures, dis je, sont dignes d'un souverain dont la bonté ( si naturelle aux Bourbons ) ne dédaigne aucun moyen et ne laisse échapper aucune occasion de soulager les malheureux.

Bcrneuil.

Ce village, à quatre lieues de Doullens et à six Jieues nord d’Amiens, est situé sur un terrain tresélevé et est entouré de grands bois au midi et au septentrion. On y compte 200 maisons cl 85o habitans.

En décembre 1814 , il y a éclaté une fièvre mucoso ou gastro-adynamique apportée par un jeune homme qui avait séjourné quelque temps à Halloi, commune voisine 011 elle régnait.

Dans le principe, la maladie a présenté les mêmes caractères que celles de Fienvillers , village voisin situé sur un sol élevé à 5 lieues d’Amiens, où Ion compte 5oo feux. Sur les 1200 individus qui composent la population de Fienvillers, jooo, dans l’espace de i5 mois, ont été atteints, et i5o , la plupart de 20 à 56 ans , ont succombé , plus de riches que de pauvres, plus d’hommes que de femmes, très-peu d’enfans et de vieillards.

A Fienvillers et a Berneuil, lorsque la maladie

56o maladies Épidémiques

s’est établie , ses principaux caractères étaient : prostration de force, pouls petit et fréquent, chaleur piquante de la peau, délire dès les premiers jours, langue et lèvres noires, sueurs excessives, infectes et collantes, taches pourprées chez la plupart, et la mort arrivait dans les dix premiers jours, rarement au 14.° et au 16. e; l’hémorrhagie nasale a été salutaire aux jeunes gens.

Lors de ma visite du 23 octobre 1 81 5 , l’épidémie de Fienvillers était entièrement terminée ; mais à Berneuil, où elle existait encore, j’ai observé quelle avait perdu beaucoup de son intensité ; les symptômes qui se présentèrent chez neuf malades que j’ai visités étaient ceux de la fièvre muqueuse rémittente. Jusqu’à ce jour , sur 200 malades, 3o avaient péri, particulièrement de 18 à 56 ans , plus de femmes que d’hommes et trèspeu d’enfans.

Jusqu’en décembre, époque jusqu’à laquelle la maladie a subsisté , les caractères d'adynamie se sont reproduits chez plusieurs , par rapport à la misère et à la mal-propreté des maisons ; mais de quarante malades, il n’en est mort qu’un.

Les épidémies de Fienvillers et de Berneuil ont été de longue durée, parce que beaucoup d'individus n’ont point voulu se soumettre au traitement et au régime prescrits, et qu’en général les habitans des campagnes dédaignent les conseils de peux qui n’abondent pas dans leur sens, ou qui frondent leurs préjugés, les charlatans ayant toujours l’adresse de s’en faire estimer,

DF. l8l6 A 1817.

Flesselles.

Ce village, du canton de Villers-Bocage , à trois lieues nord d’Amiens , chef - lieu de son arrondissement , est situé sur un lerrein élevé , environné de grands bois a X ouest. 58o maisons renferment 1600 habilaus dont les trois quarts sont indigens.

M’étant rendu le 11 novembre iSi5 en cette commune , j’ai reconnu une fièvre muqueuse adynamique qu’on m’a dit exister depuis trois mois, et qui , sur deux cents individus , en avait fait périr quarante. Dans une seule maison , le père , la mère et trois enfans couchés dans le même lit étaient morts en juin de la même année. C’est par cette famille éteinte que la maladie a commencé : elle avait été apportée, par le père, de Villers- Bocage où elle régnait. De la chaumière de ce malheureux , elle se propagea dans la rue basse du château qui, lui-même, en fut infecté.

D après les questions que je fis , les maladies m offrirent les symptômes suivans.

i.cre Période , mal de tête , brisement des membres , prostration , chaleur de la peau ;

2.0 Période , au 6.® jour, délire -, au 7.®, quelquefois éruptions miliaires, vers, diarrhée salutaire ;

3.‘ Période, dents et langue fuligineuses 5 hémorfliagie nasale rarement mortelle j

562 maladies épidémiques

4-e Période , Convalescence du i5.e au 2i.e jour d’invasion • mais le plus souvent la maladie se terminait par la mort au io.e jour, chez ceux qui n’avaient point le ventre libre.

Quatorze individus m’ont présenté les symptômes que je viens de citer, et dont plusieurs étaient atteints au suprême degré. N’entendant parler que de morts et entourés demourans, je pris aussitôt des mesures pour arrêter la propagation du fléau qui tourmentait cette grande commune. Je traçai à M. Hue, officier de santé, le traitement le plus convenable : je lui recommandai d’empêcher les communications, de défendre le charriage des fumiers, et de prier, dans le cas d’obstacle, M. le Vicomte De Saisseval, Maire, de le seconder de toute son autorité et de son influence auprès des malheureux, dont il est regardé comme le père. Je lui enjoignis aussi de faire de fréquentes fumigations désinfectantes. J obtins de l’ autorité supérieure des secours en pain et en viande, pour trente convalescens indigens que l’ affreuse misère exposait a des rechutes toujours graves en pareille circonstance.

Dans ma seconde visite, en janvier 1816, les caractères de putridité avaient disparu; la fîevic muqueuse avait repris sa simplicité primitive. Sm trente individus attaqués depuis le n novembie i8i5, jusqu’en janvier 1816, nul na succombé, quoique quelques uns aient offert des accidens graves qui donnèrent de vives inquiétudes.

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J’ai employé, quelquefois avec succès, chez les gens aisés, dans les fièvres muqueuses ataxiques, le musc à la dose de a à 12 grains intérieurement , ou appliqué en épilhême avec la thériaque à l’épigastre , contre le hoquet; le castoréum , contre le tremblement ; et l’esprit volatil de corne de cerf, l’essence de castoréum, lorsque le pouls était irrégulier et convulsif.

Dans le cours de cette maladie je défends les vomitifs et les éméto-cathartiques. Dans le cas de constipation, j’ordonne de rendre les boissons laxatives, parce que j’ai toujours remarqué que les purgatifs actifs, outre qu'ils épuisent, occasionnent le météorisme et une diarrhée souvent funeste.

Hénencourt.

Ce \ illage , du canton de Corbie , de l’arrondissement et a six lieues nord-est d’Amiens, d’un coup d’œil agréable, est situé dans une plaine élevée , et est environné de bois au nord - est et au couchant. On y compte ia5 maisons et 5oo âmes.

La maladie pour laquelle j’y suis allé le 1 2 novembie i8i5, y avait été apportée, six semaines aupai'avant, de Franvillers par une personne qui y avait été garder un de ses parens. Jusqu’à ce jour, sur i5 individus attaqués, aucun n’était mort. J’ai visité dix malades, et j’ai trouvé presque dans tous $es vers et des symptômes d’adynamie.

Le traitement a été confié à M. Rlmin, officier

de santé résidant en celte commune : je lui ‘ai fait passer les médicamens nécessaires ; mais Monsieur et Madame la Marquise De Lamelh, dont l’âme sensible et compatissante est toujours prête à secourir les malheureux, se sont empressés de fournir le pain , la viande et le vin nécessaires pour hâter les convalescences que la constitution atmosphérique rendait longues et pénibles.

A la mi-décembre, la maladie, qui était presque éteinte, s’est rallumée tout-à-coup par suite du passage des troupes étrangères dans cette commune, ce qui a forcé les habitans de s’entasser dans les lieux où il y avait souvent des malades qui se trouvaient au nombre de seize lors de ma visite du 29 du même mois.

Depuis les premiers jours d’octobre jusqu’à la fin de janvier qu’a duré la maladie, sur cinquante individus atteints , aucun n’est mort.

D’une part, le traitement bien suivi, et de l’autre les secours abondaus, nous ont fait triompher d’une contagion qui aurait pu ravager cette commune.

Béthencourt-Sciint Ouen.

te village , à six lieues nord-ouest et de l’arrondissement d’Amiens, est situé dans une vallée.

M’y étant transporté le 20 novembre i8i5, j ai reconnu une fièvre muqueuse adynamique, quelquefois ataxique. Cette maladie, qui existait depuis

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deux mois, a été apportée de Saint-Ouen par une fille qui y avait été garder un de ses frères.

Dans le principe, la maladie a montré tous les caractères d'une fièvre mucoso ou gastro-adynarnique, souvent ataxique, tels que prostration, langue fuligineuse, délire, éruption miliaire chez quelques uns, pourprée chez plusieurs, et presque tous ont éprouvé un mal de gorge produit par l’inflammation de la muqueuse qui tapisse toutes les parties de l’arrière-bouche. Us se plaignaient aussi d'un mal de tête violent et de douleurs par tout le corps; chez beaucoup, météorisme du ventre et œdématié des membres abdominaux; dans la plupart , constipation ; quelques uns eurent le flux dysentérique. La terminaison avait lieu le plus fréquemment par des sueurs ; l’hémorrhagie nasale a été avantageuse ; un grand nombre d’cntr’eux rendirent des vers lombrics.

De soixante-trois malades, jusqu’à ma première visite, vingt- six étaient parfaitement rétablis et huit avaient succombé , dont un homme et une fille dans 1 aisance, un jeune homme et cinq femmes très pauvres.

J ai trouvé dix-neuf malades, dont treize iridigens, qui mont offert, a un degré plus ou moins élevé , les caractères de la fièvre muqueuse. Douze convalescens ont de suite reçu des secours par la bienveillance de 3 administration.

Le 7 janvier, la maladie reprenant de l’intensité dans ses caractères de putridité, je fus en

voyé pour examiner l’élat (les choses et m’assurer si le traitement établi était fidèlement exécuté. J’ai visité quinze malades, parmi lesquels plusieurs étaient grièvement atteints ; mais j’ai eu le bonheur de ne point en perdre, et sur soixante, depuis le 20 novembre i8i5 jusqu’à la fin de février 1816, aucun n’a péri.

Ce village , de l’arrondissement et à quatre lieues d’Amiens, est situé dans une vallée où coule, au midi , une petite rivière dite Halu. Sa population est de 700 liabilans ; le nombre des maisons est de i5o.

La maladie pour laquelle j’ai été envoyé , le 8 décembre, était une fièvre inucoso ou gastro-adynamique y existant depuis deux mois, et qui avait été apportée par un militaire sortant de I hôpital de Valenciennes. De quarante individus quelle avait frappés, cinq ont été moissonnés; tous ont présenté l’adynamie au plus haut degré.

J’ai visité dix-huit individus, dont dix malades et huit convalescens ; les premiers m’ont offert des caractères d’adydamie.

J’ai confié le traitement à M. Létéve , officier de santé d’une commune voisine, qui, par son intelligence et son activité, est parvenu, à laide des moyens thérapeutiques et hygiéniques que j ai

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prescrits, à éteindre la maladie vers la fin de janvier 1816, et aucun individu n’a succombé.

C’est particulièrement dans le principe des fièvres avec adynamie où le tube intestinal est dans un étal d'inertie, que le tartre slibié est employé utilement; mais lorsque la prostration des forces a lieu depuis plusieurs jours , que l’estomac par affection nerveuse est trop irritable, il convient alors de l’employer à très-petites doses, cl on fait bien de l’unir au tartrile acidulé de potasse, vulgairement crème de tartre, ou le sulfate de potasse dit sel de glauber, ou le sulfate de magnésie, autrement appelé sel d’epsom. Alors tout le tube intestinal se trouve légèrement excité, et cet éméto- cathartique le débarrasse des matières qui l’encombrent et l’oppressent.

T Mers - Camp s art.

Cette commune, du canton d’IIornoy, de l’arrondissement et à sept lieues su d- ouest d’Amiens , est située sur une hauteur.

La nature de la maladie était une fièvre mucoso-adynamique, souvent avec éruption miliaire ou pourprée , quelquefois compliquée d’ataxie ; la plupart des malades rendaient des vers.

Elle a commencé en octobre i8i5, et, de 60 individus attaqués jusqu a ma première visite ( 26 janvier ibxG), 20, de 20 a 5o ans, avaient suc-

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combe. Celle effrayante mortalité fut justement attribuée à l’impéritie d’un homme des environs qui, d’ailleurs, exerçait sans titre légal.

M. Greuël, officier de santé résidant a Hornoy, jouis; atil de l’estime générale des habitans de son canlon, fut appelé. Je lui confiai, avec les instructions nécessaires, le traitement des hui": malades indigens que j’avais visités avec lui. De plus, je vis six malades, de la classe aisée, qui tous m’ont présenté le même genre d’affection.

Sur trente individus qui ont été atteints, la plupart très -grièvement, depuis ma visite jusqu’à la mi-avril suivant, un homme, âgé de 37 ans, a succombé au 8.e jour; la sur-veille de sa mort il eut un flux mésentérique excessif. Tl en est résulté une bouffissure universelle, la plus grande fai-1 blesse; et le délire,, qui n’était que fugace, est devenu continuel.

Nous avons aussi eu le malheur de perdre une femme qui, n’ayant aucune crainte de la maladie, avait bien voulu porter des secours aux malades, soit en les nettoyant ou en les changeant de linge, soit en leur administrant des lavemens, et même en pansant les vésicatoires. Celte femme charitable qui, malgré les justes représentations qu’on lui fit de se ménager, de prendre du repos, n avait écoulé que son zèle, contracta enfin la maladie qui fut, chez elle, en raison de ses fatigues, et compliquée de péripneumonie. Celle malheureuse mourut au i5.e jour.

En

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En général les convalescences furent très-longues ; on obtint de grands avantages de l’ administration des vins toniques.

Candas.

Ce village, a six lieues nord d’Amiens, de l’arrondissement de Doullens, est situé sur un terrain plane, argileux et très-boueux. On y compte 340 maisons et 1400 liabitans.

Dans ma première visite ( i5 février 1816 ), j’ai reconnu, chez vingt malades, une lièvre muqueuse putride, quelquefois maligne et souvent vermineuse. J’ai appris qu elle avait été apportée par un militaire sorti de l’hôpital, en juillet 181 5; qu elle avait atteint, jusqu’à ce jour, cent cinquante individus, et qu'il en était mort trente de i5 à 40 ans, plus de femmes que d’hommes.

Le chirurgien de la commune n’ayant pas alors de titre légal, je fis appeler M. Warnier, chirurgien de Beauquesne, qui a suivi le traitement établi jusqu’à la terminaison de l’épidémie en mai

Depuis le 1 y février jusqu’à la mi-mai , la maladie ayant perdu insensiblement de sa putridité et de sa malignité, probablement à cause de la température plus douce de l’atmosphère, de cent dix individus qui en ont souffert aucun 11’a succombé, l es convalescences ont été difficiles ; mais l’em-

070 maladies épidémiques

plui des vins toniques nous a fait triompher de l’ennemi, malgré les obstacles qui se sont présentés, et dont le nombre était en raison de l’insouciance, de l'indocilité et des préjugés des campagnards.

Jievelles.

Ce village, à quatre lieues sud-ouest d’Amiens, est situé sur un terrein élevé et argileux , de manière que l’eau, qui croupit naturellement, rend les rues, quoique larges et bien percées, trèsboueuses. On y compte 280 feux et 1000 habitans.

Le 19 février 181G, j’ai visité, dans cette commune, cinq individus attaqués d’une fièvre muqueuse qui, chez trois d’entr’eux, était compliquée d’adynamie à un très -haut degré. Un jeune homme, âgé de 25 ans, était au i5.e jour d’une fièvre bilieuse putride qu'il avait contractée auprès de sa femme qui venait de succomber au 2i.e jour, et qui l’avait rapportée de Cléry , village voisin où elle régnait épidémiquement.

Une fille, âgée de 22 ans, d'une forte constitution, était au 25.e jour d’une fièvre mucoso gastro adynamique compliquée de vers. Les accidens étant, au rapport du chirurgien, beaucoup diminués de vigueur, elle m’a paru ne devoir courir aucun danger, ce qui a été prouvé quelques jours après.

La maladie étant, d’après ce que je viens de

DK I 8 I 5 A 1819. 5/1

dire, éminemment contagieuse, j'ai dû de suite mettre en usage les moyens propres à en arrêter la propagation, et j'ai été heureusement secondé par M. Ledoux, maire, son adjoint, et AI. Flandre officier de santé d’Ailly -sur- Somme , que j’avais fait appeler, le chirurgien du lieu n’ayant point de diplôme.

11 n’y eut, jusqu’au 2$ mars, que quatorze individus atteints de celte fièvre; tous se rétablirent parfaitement, à l'exception d’une veuve, âgée de 44 ans, flu' succomba au iqA' jour; mais je dois dire que, chez cette femme, qui sortait de prison, les symptômes d ataxie furent très - intenses, par suite de vives affections d’âme.

Beauval.

Ce village, a une lieue sud et de l'arrondissement de Doullens, est situé dans une vallée trèsboueuse, ouverte de Y est à Y ouest, où coule, à Y est, la rivière de Fîeffe.

D après 1 invitation pressante de AI. le Préfet, je me suis transporte dans cette commune le 20 mai 1816, où, assiste de AI. le Alaire, j’ai visité quatorze malades, dont neuf indigens, attaqués d’une fièvre muqueuse putride , maligne chez quelques uns, compliquée chez la plûparl d’éruption miliaire, de vers et de dévoiement colliquatif.

Celte maladie épidémique affectant particuliè-

rement la rue du Candas, et me présentant les mêmes symptômes que celle que j’avais traitée quelques mois auparavant dans la commune du Candas , je ne balançai pas à en reconnaître la source dans la fréquentation des habitans de ces deux communes voisines. Depuis le mois de février qu'elle existait à Beauval , quarante personnes eu avaient été atteintes, et huit, de 25 à 60 ans, ont succombé. Du 20 mai jusqu’à la fin de juillet, où la maladie s’est terminée, sur soixante individus atteints (dont 14 non indigens ) quatre ont péri.

Il était à craindre que Beauval, où l’on compte 5oo feux et 1800 âmes, situé dans une vallée fermée, n’éprouvât une perte plus considérable par rapport à sa grande population, à la misère des habitans, aux maisons mal-propres et peu aérées, et au voisinage des fumiers et des mares qui sont rarement curées.

Je dois dire à la louange de M. Warnier, chirurgien de Beauquène , chargé de suivre le traitement établi , que c’est à scs soins qu’est dû le peu de propagation et l’extinction d’un fléau qui, dans la grande commune de Beauval, aurait pu exister très -long temps et moissonner beaucoup d individus d'autant plus que les gens de campagne sont ( vu leur apathie ) indociles à suivre les conseils qu’on leur donne pour leur santé dans les temps où commence à se développer une maladie contagieuse. On ne peut leur faire comprendre que l'air des lieux qu’ils habitent doit cire renou-

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