Le Catarrhe pulmonaire
A Saint-Gratien , village qui contient 577 habilaris, de l’arrondissement et a trois lieues nord est d’Amiens, situé très agréablement sur un terrain élevé, il a régné en janvier et février 1817, un catarrhe pulmonaire qui était quelquefois compliqué de point. pleurétique , souvent de vers, rarement de malignité et de putridité. 11 se déclarait par un froid à la nuque, des frissons vagues, une douleur gravalive à la tête, une forte courbature, une irritation de la gorge et une toux sèche.
Chez les jeunes gens délicats ou il y avait faiblesse de poitrine, la convalescence a été de longue durée.
La maladie s’est jugée par des sueurs , une expectoration abondante, des urines sédimenteuses , des selles glaireuses et bilieuses.
La saignée, ne pouvant qu’augmenter le catarrhe pulmonaire compliqué de faiblesse et d’affection gastrique, a été défendue.
Ayant trouvé chez un homme non indigent , âgé de 63 ans, au i8.e jour, des symptômes adynamiques, j’ai prescrit de suite lés moyens nécessaires pour empêcher la propagation qui aurait eu lieu
d'autant plus facilement que la constitution atmosphérique semblait la favoriser.
J’ai parfaitement réussi, ayant été secondé par M. Marcille, chirurgien de Querrieux, chargé d’administrer aux indigens les médicamens nécessaires en les modifiant selon les Ages et l’intensité des symptômes. De cent malades, jusqu’en février, il n’est mort qu’un enfant qui 11’a point voulu boire, et une femme chez qui la maladie s’est compliquée d’ataxie. Cette malheureuse, s’étant soustraite avec malice à la surveillance de sa garde, courut à une mare, y but beaucoup d’eau, et le lendemain , elle n’existait plus.
I.e catarrhe pulmonaire étant fréqyent dans nos contrées où il est souvent produit, non seulement par le froid , mais encore par l'air contenant des miasmes d’une nature inconnue , il est de mon devoir de représenter les principaux moyens thérapeutiques que je lui ai opposés avec avantage.
Dans la première période , lorsque l'irritation était grande, je recommandai les délayans, les adoucissans, les mucilagineux, ensuite l’érfiétique non seulement pour combattre l’embarras gastri que qui a lieu en pareille circonstance , mais aussi pour stimuler l’organe pulmonaire engoué d’une matière muqueuse , que secrète plus abondamment la membrane trachéale et bronchique, toutes les fois quelle est irritée, ou que la transpiration est supprimée par l’état atmosphérique : alors l’émétique évacue les voies gastriques cl pulmo
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naires et rétablit la transpiration insensible , en poussant, de 1 intérieur, le sang dans les capillaires qui s’ouvrent à la superficie de la peau.
Le jugement du catarrhe pulmonaire ayant lieu par les sueurs et l’expectoration, les purgatifs n’ont été mis en usage qu’après ces crises. Pour faciliter les crachats visqueux, j’emploie avec succès un mélange de partie égale de suc de limon , de miel et de sucre candi , pris de temps en temps par cuillerée. Les inucilagineux , tels que les infusions de fleurs de guimauve , de feuilles de tussilage, jointes à celles de coquelicot ou aux têtes de pavots , conviennent quand les crachats sont ténus et acrimonieux. Lorsque la toux est sèche et quelle est due à la répercussion de quelqu’humeur , les vésicatoires, la poix de Bourgogne entre les épaules, les cautères, le séton, aidés des loocks où entrent la gomme ammoniaque , le blanc de baleine, sont usités. Les antispasmodiques, la flanelle , l’équitation , les frictions sèches , les bains de vapeurs , combattent les toux nerveuses. Les vdsicatoires et les toniques dits béchiques , ont été d’un grand secours dans le cas où la maladie tendait à la chronicité.
§ III
Phlegmasies Cutanées.
Les phlegmasies cutanées qui ont régné épidéniiqucment chez nous, sont particulièrement la
rougeole et la pelilc- vérole. Je ne parlerai que de la première, parce que je l’ai traitée chez beaucoup d’individus dans les communes ci-après.
Lœiiillj.
Ce village , du canton de Conty, de l’ arrondissement et à quatre lieues d’Amiens, boisé à Xest et à X ouest, est situé dans une vallée ouverte au nord et au sud, ou coule, à X ouest, dans cette direction , la rivière de Selle. On y compte noo maisons assez bien bâties et propres, excepté du côté de la rivière, et 700 linbilans dont beaucoup d’indigens.
Lreuilly est généralement mal-sain ; il y règne presque constamment des lièvres intermittentes. Les brouillards y sont fréquens.
Depuis le mois de juin 1817, la rougeole existait épidéiniquement en cette commune ; elle y avait été apportée d’Orémaux, pays voisin, par des mendians.
Le 8 juillet , j’ai trouvé un grand nombre d’enfans, de toutes classes, frappés de cette maladie; la plupart avaient un embarras gastrique , beaucoup rendaient des vers lombrics; chez quelques uns, sur-tout chez ceux à qui on avait donné le plus de vin chaud et de café noir, il y avait complication de catarrhe pulmonaire. J’ai vu un jeune homme de 17 «ms atteint du carus avec paralysie de tout le côté gauche, par suite de la métastase
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de r éruption de la rougeole, occasionnée par cette dangereuse pratique. J’ai eu le bonheur de sauver ce jeune homme en recommandant de suite l’application des vésicatoires aux jambes et aux cuisses, des lavemens purgatifs et des pédiluves irrilans. Ceci me donne occasion de faire remarquer combien les échauffans sont pernicieux dans cette phlegmasie cutanée; en observant néanmoins qu’ils ne peuvent être permis dans le cas d’une faiblesse extrême; parce quelle empêcherait l’éruption ou la rendroit difficile.
Mon traitement consistait en un vomitif répété lorsque l’embarras gastrique et pulmonaire était tenace ; ou en boissons d’orge ordinaire miellées , lorsqu’il n’y avait point de diarrhée. Le sirop d’ipécacuanha, par cuillerée à café, plusieurs fois le jour, était conseillé lorsque le catarrhe pulmonaire existait.
Sur plus de i5o enfans, un seul, d'une très faible constitution et rachitique, a succombé.
Bosquel. .
Ce village, du canton de Conly, arrondissement et à cinq lieues d’Amiens, est situé sur une hauteur; on y compte i5o maisons et 55o habitans la plupart indigens, saieleurs en coton et laine. Les brouillards y sont rares. Les puits y ont 65 brasses et donnent une eau crue, tenant en dissolution beaucoup de carbonate de chaux.
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Sur cent soixante - dix enfuns, de toutes les classes, attaqués, dès le commencement de juillet, de la rougeole, apportée de St. -Sauf- Lieu où elle régnait depuis six mois , un seul est mort de l’abus du vin composé et du café noir, qui ont produit le catarrhe pulmonaire suffocant.
Dans mes visites des 7 et 24 août , j’ai remarqué des complications avec fièvre bilieuse, vers et catarrhe pulmonaire, qui ont cédé aux vomitifs, aux purgatifs, aux vermifuges, aux béchiques et aux vésicatoires, suivant les circonstances.
Depuis les premiers jours de juillet , il y avait eu jusqu’à ma première visite, dix individus de 5 à 25 ans attaqués de la petite- vérole qui a occasionné la mort d’une jeune fille de 17 ans, et la perle de l’œil gauche à une autre de 25.
Le miasme contagieux de la petite-vérole avait été apporté par un manouvrier de Rogi , village voisin, où celte affreuse maladie ( dont on 11e devrait plus entendre parler que par extraordinaire , si le peuple de toutes les classes était moins imbu de préjugés) avait attaqué successivement soixante individus, parmi lesquels dix ont succombé.
Je me suis empressé d’en instruire M. le Préfet qui, de suite, a ordonné au chirurgien vaccinateur du canton de se transporter sur le lieu et d arrêter, par la pratique la plus sûre pour l’humanité , ce fléau destructeur.
Dans les maladies éruptives j’ai soin d’empêcher qu on ne couvre trop les malades et qu’on ne leur
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tienne des cordiaux qui changent les affections
bénignes en malignes.
V tiennes.
Ce village, du Canton de Conty, situé à cinq lieues d’Amiens, dans la vallée de la Selle, offre 80 maisons et 0^.0 habilans. 11 a été frappé, depuis février 1818 jusqu'à la mi-avril de la même année, d’une rougeole épidémique apportée d’un village voisin. Sur cent soixante individus, de l’âge le plus tendre jusqu’à 28 ans, sept sont morts de cette maladie compliquée du catarrhe pulmonaire par suite de l’emploi des cordiaux.
Vaux - lès - A miens .
Il a régné dans ce village, du canton de Villers- Bocage, à deux lieues nord d’Amiens, situé sur un sol argileux, dans une vallée sèche ouverte de Y est à Y ouest, peuplé de 800 individus, une rougeole épidémique depuis le mois de décembre 1817 jusqu’en février 1818.
Jusqu’au i5 janvier ( jour de ma i.re visite ), de soixante individus atteints, quatre, de l'âge de 10 mois à deux ans , étaient morts.
Depuis cette époque jusqu’au 7 février, sur soixante-dix individus ( quarante-six de 1 âge de 10 ans et au dessous, dont trente -un garçons cl
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quinze filles, et vingt-quatre de l’âge de 10 à 25 ans , savoir dix garçons et quatorze filles ) aucun n’a succombé.
Vigncicourt.
Ce grand village, du canton de Picquigny , oii l’on compte 5a5i habitans, est situé sur un sol argileux, à quatre lieues nord -ouest d’Amiens, dans une plaine élevée. F .a rougeole s’y est introduite en novembre 1817 et y a régné jusqu’à la fin de février 1818.
Sur cinq cens enfans , depuis l’âge de 5 mois à i2 ans, seize ont péri par suite de complication du catarrhe pulmonaire. Le traitement que j'ai établi ( ayant supprimé les boissons échauffantes ) a arrêté la mortalité qui, lors de mou arrivée, commençait à faire des l’avages.
Sous la constitution rougeolique qui a existé dans beaucoup de communes de notre département, depuis le mois de juin 1817 jusqu’en avril 1818, époque on elle a cessé subitement, j’ai remarqué , dans les convalescences , des ophtalmies , des enchifrenemens ou coryza , des catarrhes pulmonaires , des otites ou catarrhes oriculaires , des oreillons ; il y a donc une corélation entre les ma ladies cutanées et toutes les muqueuses.
11 me semble utile de retracer ici, rapidement,
les caractères, les symptômes d’une maladie que j ai observée chez un grand nombre d’individus , tant epidémiquement que sporadiquement , et le traitement qui m’a réussi.
Caractères ; La rougeole commence a peu près comme la petite-vérole, dont il est très - difficile , dans le principe, de la distinguer. Cependant, les taches lenticulaires ou les pustules de la rougeole, rassemblées en plaques, sont le plus souvent beaucoup plus nombreuses que dans la petite-vérole la plus confluente.
Symptômês . i.re Période ; Frisson et chaleur alternatifs ; fièvre; tête pesante ; nausée; paupières gonflées; yeux larmoyans, rouges, étincelans et douloureux ; mal de gorge ; respiration difficile ; toux sèche; langueur; anxiétés; éternuement; douleur des lombes; vomissement; diarrhée; quelquefois hémorrhagie nasale qui procure du calme.
2.c Période ; Le 4-e jour, éruption de taches lenticulaires ou de pustules peu élevées que le tact découvre facilement cl qui ne suppurent pas. Les symptômes de la i.re période ne s’appaisent point pendant les deux ou trois jours que dure 1 éruption; ils se prolongent, après la desquamation , ou' cxfolialion de l’épiderme , sous forme d écailles furfuracées. Quelquefois la péripneumonie survient , notamment lorsqu’on a employé les échauffans. On doit regarder comme dangereuses l’éruption prématurée ou tardive , sa durée au déjà du 4-e jour, et la noirceur des taches.