TRAITEMENT RAISONNE DE LA. FIEVRE MUQUEUSE ÉPIDÉMIQUE
D’après mes observations et mon expérience, Voulant présenter le traitement raisonné de la lièvre muqueuse épidémique , eu égard aux modifications que peuvent y apporter les localités , la température de l’air, les âges (i), la constitution individuelle , le tempérament et la manière de vivre , je pense qu’il est avantageux de le faire précéder de quelques notions sur la thérapeutique.
Le traitement de toute maladie ne consiste pas seulement dans l’emploi des médicamens doués de telle ou telle vertu ; il faut que le médecin , d’après la nature du mal , la structure de nos organes, leur sensibilité, leur affection particulière, calcule les effets des substances médicamenteuses dont les principes conslituans doivent être soigneusement étudiés.
La polypharmacie, ou mélange monstrueux de substances qui se décomposent mutuellement, doit
(x) Ex tolo non sic pueri ut viri curari dehenl. Celse.
faire horreur à loul praticien instruit (i). Peut-on, de bonne foi, prescrire des composés dont la plupart ne doivent, pour l’ordinaire, leur vogue qu'à une ridicule dénomination? On ne doit jamais oublier que la guérison dépend souvent, du soin que l’on prend d’aider la nature, de ne rien précipiter, plutôt que de l’usage d’un brairas d’agens pharmaceutiques dont les effets sont incalculables. Sans la nature l’art ne peut rien : Répugnante naturel , nihil medicina proficit. Celse.
Dès mon début dans la carrière médicale, j’ai reconnu, comme on me l’avait enseigné, que les médicamens ne guérissent point par leur nombre , mais bien par leur usage raisonné , suivant des propriétés ou vertus qui résultent de principes constiluans d’où dépend leur action primitive sur nos organes. Les effets de cette première action déterminent des phénomènes qui varient et sont relatifs à la sensibilité et à la manière d’être des tissus avec lesquels on les met en rapport.
L’usage d’un médicament se justifie par des faits et non par des hypothèses, des probabilités, des opinions, des théories plus ou moins hasardées. Tout est relatif, rien d’absolu dans les effets des médicamens. Les plus puissans selon les organes avec lesquels on les met en contact, quant a leur dose, offrent des propriétés différentes (2). Il
(1) Medicina majoris mali periculum ajfert. Pline.
(2) Tanta que in his rebus dislanlia diferitasque est . ut qaod aliis cibus est , aliis fiat acre venenum.
n’y a point réellement de spécifiques : la vertu prétendue infaillible des agens auxquels on donné cette dénomination vient de ce que la propriété de telle substance agit plus spécialement sur un or- ' gane que sur un autre. Ainsi, au lieu de dire qu’un médicament a là vertu de guérir telle maladie, il vaut mieux admettre qu’un tel organe, suivant l’état où il se trouve, a la propriété de réagir d’une manière particulière contre l’action de tel agent pharmaceutique. Les médicamens atténuent, détruisent même la cause de la maladie en agissant sur elle, ou impriment, d’après Brown, à nos organes malades, soit immédiatement, soit par sympathie, un mouvement de réaction qui leur fait surmonter la cause du mal : ils doivent donc être appropriés à la nature de la maladie, à la force de nos organes ; car une impression trop vive, au lieu de soulager, pourrait occasionner des accidens.
Dans l’action de tout médicament, suivant les Solidistes, la sensibilité, la contractilité ou miolilité, sont mises en jeu : les Humoristes prétendent, au contraire , que les agens thérapeutiques n’agissent que sur les liquides.
Pour combattre avec avantage les maladies, il faut éviter l’esprit de parti , se garantir de tout système; car, il est fâcheux que le sort des malades soit si souvent à la merci des différentes sectes médicales, puisque l'on voit journellement, d’un côté, les Galénistes prôner la saignée et les purgatifs, de l’autre, les Brownistes préconiser les stimulans , etc.
L’expérience (i), l’observation et le raisonnement, comme le professe hautement la célèbre école de Paris , sont les fils qui doivent guider nos pas dans les routes presqu inextricables du labyrinthe qu’ont fait de l’art médical des imaginations trop amies du merveilleux.
La médecine, éclairée par les progrès de la physique, de la chimie, de 1 anatomie et de la physiologie, pourrait parvenir au plus haut faîte des connaissances humaines, si des jeunes médecins, imbus de théories enfantées par une imagination exaltée , ne publiaient journellement des ouvrages informes qui, passés au creuset de l’expérience et de l’observation , n’offrent aucun résultat.
Combien il serait à désirer pour l'humanité qu’il y eût moins de jalousie parmi les enfans d’Esculape, qu’il régnât entr’eux une franche et loyale intimité et un épanchement mutuel !
Dans le traitement des maladies épidémiques, il faut toujours avoir égard à la constitution de l’air dont les altérations , la sécheresse ou l’humidité , en un mot les divers changcmens influent sur les précautions à prendre dans l’emploi des agens médicaux.
* Les remèdes les plus simples sont presque toujours préférables, parce qu’ils n’ empêchent pas la
(i) Vevumcjue est, ad ipsarn cnrandi rationeni nihil plus eonfcrre, quitta ejrperientiatn. Celse.
DE LA. FIÈVRE MUQUEUSE. /[Si
nature de faire le plus souvent les frais de la guérison par des évacuations spontanées.
En général, le; traitement d’une maladie aiguë comprend le régime ou diète, et l’emploi des médicainens ou moyens thérapeutiques.
i.° Le régime ou la diète, victus ratio, est l’usage bien ordonné et mesuré des ressources que l’hygiène offre à la thérapeutique qui est l’art de traiter les maladies. Elle peut remplir toutes les indications et guérir seule sans médicamens , desquels elle diffère, puisqu’ils ne peuvent pas agir sans elle. Si ses effets ne sont pas toujours aussi prompts que ceux des remèdes, ils sont moins dangereux et de plus longue durée. Hippocrate, ennemi des formules , guérissait , à l’aide de quelques boissons délayantes ( telles que la tisane d’orge, l’hydromel, l’oxycrat , l’oxymel simple ) , des lavemens , des fomentations chaudes, des bains de vapeurs, guérissait, dis -je, presque toutes les maladies, même les plus aiguës. Il n’employait la saignée que dans une' rupture de vaisseaux délicats, et d’une forte inflammation. Il ne négligeait pas les moyens simples que la nature nous offre, pour recourir à des substances médicamenteuses qui, employées sans discernement et au hasard , produisent souvent des malheurs.
La diète est de rigueur dans toutes les maladies aiguës, toutefois en la subordonnant à la constitution individuelle.
Dans le commencement et la vigueur des ma-
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Jadics aiguës, on ne peut prescrire que des boissons délayantes qui contiennent très-peu de principes nutritifs ; mais dan$ les rémissions, et surtout dans les interniissions , vers la fin d’une maladie, il faut donner des alimens plus ou moins nourrissans tirés des farineux, des mucilagineux et gélatineux; ayant égard à la nature de l’affection, à ses périodes, aux forces du malade, à l’âge, aux habitudes, à la saison et au climat»
Les accidens fréquens , occasionnés tant par imprudence que par intempérance, exigent d’autant plus d’attention qu’ils sont presque toujours mortels. Il est donc à propos de veiller sur le régime des malades, dans le principe de la convalescence, pour que les secours qui leur sont accordés par la bienveillance du Gouvernement ne ne leur soient point préjudiciables.
2.° On entend par médicamens toutes les substances qui, prises intérieurement ou appliquées extérieurement, modifient l’état des propriétés vitales de nos organes , selon les Solidistes exclusifs, et celui des liquides, suivant les Humoristes. Ces moyens sont usités dans le cours d’une maladie où la méthode expectante ( c’est-a-dire celle qui abandonne la guérison aux efforts de la nature ) ne peut réussir que dans les cas simples et bénins qui rejettent les agens puissans de la thérapeutique plus nuisibles alors qu’avantageux. Mais quand il faut aider la nature opprimée, et lorsqu il est dangereux de la livrer à ses propres, forces , la mé-
tableau synoptique des principaux médicamens.