VÉGÉTALES ET ANIMALES
Cette sorte d’analyse est, sans contredît, la plus difficile de toutes celles que la chimie nous permet de tenter; ici les agens que l’on peut employer à la séparation de ces
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principes j modifient. souvent leurs compositions, les dénaturent quelquefois complètement pour former des substances nouvelles : si, après avoir extrait le suc d’une plante que l’on veut analyser, on l’abandonne à une température douce pendant quelques minutes, ses principes
réagissent les uns sur les autres , et forment des substances
nouvelles; que l’on procède ensuite à l’analyse, et les produits que l’on obtiendra ne représenteront en aucune manière ceux qui existaient dans le végétal. Le sucre cristallisable, par exemple, se modifie avec une extrême facilité dans des liquides étendus et contenant d’autres diatières végétales en solution ; le jus des betteraves est dans ce cas : exposé à l’air il ne tarcTepas, dans un endroit chaud, à se dénaturer, et il devient impossible d’en extraire la plus petite quantité de sucre cristallisable, quoiqu’il en contienne dans la racine de 5 à 8 pour ioo. Il faut se défier non-seulement de ces réactions spontanées, mais encore de tous les agens quê l’on emploie et de ceux qui nous environnent ; la combinaison d’une petite quantité d’oxigène de l’air peut changer tous les résultats ; l’eau favorise souvent des réactions importantes. Une très-petite quantité d’acide préexistant en excès ou que l’on ajoute dans une solution végétale, peut y opérer uri changement considérable. L’un de nous a démontré , par exemple , que la dabline (ou l’inuline ) est complètement convertie en matière sucrée par de faibles proportions d’acide pbosphorique , sulfurique, hydro-chlorique,acé-f tique, etc. Une dessiccation trop avancée peut rendre insoluble plusieurs substances et leur séparation difficile. M. Chevreul a fait voir que l’énergie très-grande des alcalis sur beaucoup de substances organiques, de ve«-
TRAITÉ DES REACTIFS.
ïiait très-faible sur Icfc mômes matières sans le concours de l’air atmosphérique.
Au milieu de tant de causes d’incertitude sur les résultats , il est impossible d’indiquer des règles précises qui s’appliquent à tous les cas : il faudrait donner des principes spéciaux, et pour cela, citer un grand nombre d’ex-» emples d’analyses végétales et animales, afin que l’on pût Choisir parmi celles-ci des compositions analogues à celles que l’on veut examiner; mais on sent que cela nous entraînerait fort loin et que les exemples nous manqueraient encore. Nous nous bornerons à indiquer des préceptes généraux sur les circonstances les plus favorables dans lesquelles on doit opérer.
On doit employer les agens les moins énergiques possibles, afin de produire en quelque sorte une séparation mécanique ; c’est par la différence de solubilité des divers principes immédiats dans Veau, Y alcool et Yélher , que l’on parvient en général à faire lé plus grand nombre d’analyses de ce genre; mais il faut prendre garde que dans cés dissolvans mômes les substances ne s’altèrent, et pour cela, il est presque toujours utile d’évaporer promptement les solutions; pour accélérer l’évaporation, on élève la température de l’air ambiant et même on le dessèche à l’aide d’une substance hygrométrique (la chaux, le chlorure de calcium , l’acide sulfurique concentré, etc.) Enfin , pour se garantir même de l’action de l’air atmosphérique , l’on doit souvent évaporer dans le vide à l’aide d’une substance hygrométrique. Quelque soit le mode d’opérer, il est toujours nécessaire d’agir promptement, tant que les substances sont en solution ou dans tout autre état qui permet leur altération. ,4
4,84 TEAITE DES REACTIFS.
Lorsque l’on est parvenu à éliminer plusieurs substances différentes dans une analyse végétale, il ne faut regarder chacune d’elles comme un principe immédiat à F état de pureté, qu’après avoir employé tous les moyen» possibles de les purifier. On y parvient par des cristallin dations ou des précipitations répétées et par des lavages méthodiques des cristaux ou des précipités obtenus. La manière de laver les substances insolubles dans le liquide ou solubles, est très-importante. Si la substance est insoluble, il faut la laver par des décantations multipliées; lorsqu’on l’a épuisée sur un filtre, il faut souvent la délayer de nouveau, de peur que le liquide ne Fait pas traversée dans tous les points. Si la matière qu’on lave est soluble, il faut la placer sur un entonnoir et ajouter trèspeu de liquide à la fois et très-souvent. Enfin, lorsque l’on pense que la substance est pure, il faut s’en assurer en la faisant dissoudre par des lotions successives en comparant la première solution obtenue de la huitième ou de
la dixième ou même de celle obtenue après un plus grand nombre de lavages et en fractionnant tous les produits : on conçoit que si la substance contient quelques principe» étrangers en petite proportion, ils seront entraînés pas les premiers lavages ou du moins se trouveront en proportion relative beaucoup plus faibles dans la dernière solution que dans toutes les autres, et réciproquement seront en proportion plus forte dans la solution du premier lavage que dans toutes les suivantes; examinant donc et comparant entre elles la première et la dernière solutions, on devra, au moyen de divers réactifs, y démontrer quelque ^différence pour peu que le principe im*> médiat ne soit pas pur, et si Fou ne peut découvrir au**
•eune différence entre ces solutions, il sera très-probable que le produit était à l’état de pureté.
Enfin, quelques soient les résultats que l’on ait obtenus avec toute la dextérité possible, et en prenant toutes les précautions nécessaires , il sera bien de répéter l’analyse une seconde fois au moins.
On trouvera des exemples de toutes ces analyses difficiles, dans celles qui déjà ont été faites par MM. Vauquelin, Thénard, Gay-Lussac, Chevreul, etc., etc., et qui sont insérées dans les Annales de chimie, les Mémoires de l’institut, les Annales duMuséum, le Journal de Pharmacie, etc. On fera bien de consulter surtout les analyses qui se rapprochent le plus de celles dont on s’occupe. ( Voyez les tables de ces différens ouvrages.)