XII PRÉFACE
particulier Thucydide et Xénophon, et les orateurs, d'Antiphon à Démosthène, Eschine et Hypéride, ne sont pas moins soucieux de la propriété. Leur prose est délicatement nuancée. Aussi, pour la bien entendre, convient-il d'étudier le vocabulaire attique avec plus d'exactitude et de méthode qu'on ne le fait d'ordinaire.
Or les instruments de travail nous font défaut. C'est toujours aux dictionnaires grecs-français que l'on s'adresse, et les meilleurs sont, sur ce point, d'une incertitude décourageante. Ouvrons, par exemple, celui de Bailly’ aux mots qui signifient la crainte. Nous lisons :
« Δεῖμα : crainte, frayeur...
« Δέος : crainte, frayeur, d'ordinaire en parlant d'une crainte raisonnée... »
« P660 : crainte, particulièrement crainte soudaine, frayeur, οἰ οὶ...»
Ainsi ces trois mots grecs (nous les avons, à dessein, choisis parmi les plus usuels) sont traduits par les mêmes mots français, crainte et frayeur. Is n'ont pourtant pas le même sens. De plus, les mots français crainte et frayeur, proposés comme équivalents, ne sont pas synonymes. Îls ne sauraient donc répondre à un seul et même mot grec. Notre dictionnaire, — 1l n'est pas téméraire de généraliser et de dire nos dictionnaires confondent les signes et, par suite, les idées, qu'ils devraient nous aider à distinguer. ;
Qu'on veuille bien maintenant se reporter aux $ 168, 170 et 172 de notre 7railé, on y apprendra, de Platon et d’Aristote, que δεῖμα signifie une crainte durable, comme celle que peut inspirer la mort; δέος, la crainte d’un danger à venir ; φόθος : la crainte d’un danger imminent,
1. Nous n'avons pas la pensée de prévenir nos lecteurs contre cét ouvrage, dont nous-même nous servèns chaque jour. C’est un répertoire complet et bien ordonné. Mais 1] est inexact, ni plus ni moins que les autres dictionnaires. Avec n'importe quel autre, l'expérience que nous proposons ne serait pas moins probante.