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Traité élémentaire du microscope

Parmi toutes les découvertes de l’esprit moderne, la plus merveilleuse est à coup sûr celle du microscope, qui est venu révéler

le monde, jusqu’alors inconnu, des infiniment petits. Dès son ori- %

gine, ce mode d’observation fit de rapides progrès, et les instruments primitifs, qui avaient déjà permis aux naturalistes d’accumuler découvertes sur découvertes, ne tardèrent pas à recevoir des physiciens de nombreux et importants perfectionnements. Aujourd’hui leur puissance d’investigation est telle que rien ne semble devoir leur résister; nous sommes donc fondé à dire que, de toutes les méthodes de recherches employées par la Science moderne, la plus féconde en résultats est la Micrographie.

Le microscope est aujourd’hui l’instrument d’observation le plus essentiel au naturaliste; le zoologiste ne saurait s’en passer pour étudier les animaux ou les organes qui échapperaient à la vue par leur petitesse; sans lui, l’anatomiste se trouverait arrêté à chaque

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pas dans ses recherches sur les éléments et la structure des différents tissus de l’économie.

En Physiologie, le microscope permet d'étudier un nombre considérable de phénomènes qui se produisent dans des organes de très petite dimension, et resteraient, sans lui, complètement inaperçus : par exemple, le cours du sang dans les capillaires, les mouvements des cils vibratiles, les contractions des fibres musculaires, etc.

C’est encore au microscope que nous sommes redevables de la connaissance des différentes phases du développement de l’être naissant, et l’Embryologie n'existe que depuis les travaux des micrographes.

En Pathologie, toute l’histoire des affections parasitaires a dû être refaite, et les découvertes qui se succèdent journellement permettent d’espérer encore des résultats de première importance. Avant l’emploi du microscope, le médecin n’avait que de vagues notions sur une foule d’altérations morbides : la leucocythémie, la dégénérescence amyloïde, les anévrismes miliaires, etc.; enfin, dans certaines maladies désignées sous le nom vague de névroses , et regardées comme indépendantes de toute altération matérielle, le microscope a fait découvrir des lésions pathologiques qu’aucune autre méthode de recherche n’avait pu révéler.

En Médecine légale, le microscope joue un rôle de premier ordre dans tous les cas qui nécessitent l’examen des urines, du sperme, du sang, du pus, etc.

De son côté, la Botanique ne peut faire un pas sans l'aide du ‘microscope, et toutes les données acquises sur l’anatomie et la

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physiologie de la plante sont dues aux recherches micrographiques.

La Géologie demande maintenant au microscope de nombreux renseignements : c’est à son emploi qu’elle doit la connaissance d'une foule d’organismes et la spécification exacte des végétaux fossiles. Enfin l’étude microscopique des roches vient tout récemment de dissiper l'incertitude qui régnait encore sur toutes les questions de lithologie ; et la détermination de roches éruptives au microscope est maintenant aussi indispensable aux géologues que la spécification des fossiles des couches sédimentaires.

Ajoutons enfin que, grâce au microscope, l’industrie possède des procédés certains d’investigation qui lui permettent de reconnaître les manipulations dont les matières alimentaires sont trop souvent l'objet, ou les altérations de tissus dont les fraudeurs se rendent

coupables.

C’est encore à lui que les sériciculteurs doivent d’être préservés d’une ruine complète, en trouvant dans les renseignements précis que peut donner l'examen des papillons le moyen assuré de combattre la maladie des vers à soie.

Telles sont, présentées en quelques mots, les découvertes principales dont nous sommes redevables au microscope : cette énumération suffira, croyons-nous, à faire comprendre à nos lecteurs la place importante que ce merveilleux instrument doit occuper dans le laboratoire de tous les savants.

Ceux-ci, d’ailleurs, ne sont pas seuls à se servir du microscope : l’homme du monde, qui ne s’occupe pas de ces recherches purement spéculatives, le curieux de la nature, pour lequel les études de

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science pure offrent peu d’intérêt, peuvent trouver, du moins, dans les observations microscopiques un délassement agréable et instructif.

Malheureusement, il faut en convenir, le système d’éducation, en vigueur chez nous depuis si longtemps, n’accorde qu’une place bien restreinte aux études scientifiques, tandis que l’Angleterre et les pays de langue allemande ont su leur faire une large part; espérons que la France tiendra à honneur de ne pas rester plus longtemps en arrière ; espérons qu'elle ne voudra pas, seule en Europe, continuer à surcharger l’esprit des écoliers de grec et de latin, à l’exclusion des connaissances scientifiques. Il est juste de reconnaître, d’ailleurs, que les nouveaux programmes semblent devoir porter remède à cet état de choses, en même temps que le goût des études scientifiques paraît se développer chez les jeunes gens.

Mais si ceux qui habitent Paris ou quelque autre grand centre universitaire trouvent facilement autour d’eux des cours et des laboratoires, ceux qui demeurent isolés, en province, loin de tout appui, rencontrent à chaque pas des obstacles presque insurmontables; pour ne parler que du sujet qui nous occupe, l’emploi du microscope présente aux commençants de telles difficultés qu’un grand nombre d’entre eux, privés de conseils et d’appui, renoncent à poursuivre une étude qui leur aurait procuré les plus vives jouissances intellectuelles.

Le livre que nous présentons au public a précisément pour but de venir en aide à cette nombreuse catégorie des isolés, en même temps qu’il pourra servir de guide aux commençants, que ceux-ci

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appartiennent à une faculté des sciences, de médecine ou de pharmacie.

Tout en rendant pleine justice au mérite de plusieurs traités spéciaux dans lesquels les questions de micrographie ont été étudiées d’une façon complète par des hommes d’un mérite reconnu, nous croyons pouvoir revendiquer pour notre Ouvrage une qualité que nos prédécesseurs n'ont pas tous possédée au même point, la simplicité. En effet, nous nous sommes efforcé, par-dessus tout, d’être simple, pratique , et de laisser de côté toutes les questions indécises, toutes les théories mal connues qui n’offrent d’ailleurs qu'un intérêt bien minime et ne pourraient être qu’une cause de complication.

Au reste, l’emploi du microscope présente moins de difficultés

qu’on ne le croit communément, et demande seulement une sorte

d’éducation de l’œil et de la main qui s’acquiert rapidement par la *

pratique.

De même, les préparations microscopiques sont surtout une œuvre de patience, et, faites avec soin, elles donnent assez vite des résultats satisfaisants.

Enfin, les dépenses nécessitées par ce genre d’études ne s’élèvent qu’à une somme relativement minime , à la condition de laisser de côté les complications des instruments anglais; en consultant les renseignements que nous donnons dans ce Traité, il

sera facile de se procurer, chez les constructeurs français, des /

instruments d’un prix modique et d’une construction excellente.

Disons en terminant que ce Traité élémentaire clu Microscope, pratique avant tout, et dans lequel nous avons volontairement

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laissé de côté les questions qui sont du ressort de l’érudition pure, se divise en deux Parties : la première contient la description des divers genres de microscopes et leur maniement ; la seconde est consacrée aux différentes méthodes de préparation et de conservation des objets microscopiques.

TABLE DES MATIERES

Pages.

Préface v

Introduction 1

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