CHAPITRE I
confuse, c’est ce qu’on nomme l’aberration sphérique; ou bien elle est concave ou convexe, c’est l’aberration de forme.
« L’aberration sphérique tient à ce que les rayons marginaux sont plus fortement réfractés que les rayons centraux et forment leur foyer en un point plus rapproché de la lentille. L'aberration de forme, qui souvent a été confondue avec la précédente, en est absolument distincte. Elle consiste en ce que les rayons qui partent des parties de l’objet situées au bord du champ visuel vont se réunir plus loin ou moins loin que les autres; de cette façon, l’image d’un objet plan paraîtra concave ou convexe, et sur un écran à surface plane on ne pourra réunir qu’une partie de cette image; certaines parties seront nettes, d’autres indistinctes; en abaissant ou en élevant la lentille, les points qui étaient nets paraîtront confus, et réciproquement; de telle sorte qu’avec une loupe ne présentant pas d’aberration sphérique, mais une simple aberration de forme, il sera possible d’avoir une vue distincte des différentes parties rien qu’en faisant varier le foyer.
« Ainsi dans l'aberration sphérique chaque point de l’objet est vu d’une façon diffuse; dans l’aberration de forme, lorsqu’il n’y a pas complication d’aberration sphérique, chaque point donne une image nette, mais l'ensemble des différents points ne produit pas une image sur une surface plane.
« Une troisième aberration est l’aberration chromatique, due à l’inégalité de réfrangibilité des différentes irradiations colorées de la lumière. Les rayons violets sont bien plus réfrangibles que les rayons rouges : de là vient que l’image donnée par une loupe formée par un seul verre présente toujours sur les bords des zones colorées ('). »
D’après tout cela, il est facile de comprendre que l’usage des loupes biconvexes fatigue beaucoup la vue : l'inégale netteté de l’image que l’œil cherche toujours à corriger par des efforts inconscients d’adaptation, les franges lumineuses viennent entraver l’observateur dans ses recherches. Il était donc important de corriger ces défauts.
I1) Ranvier, Traité technique d’il islologie, p. 2.
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« L’aberration chromatique se corrige par la combinaison de deux lentilles, 1'une de crown-glass, l’autre de flint-glass, dont le pouvoir dispersif est différent, et qui, par leur association, peuvent donner une lentille convergente ne présentant pas d’aberration chromatique ou ne la possédant qu’à un faible degré.
« Quant à l'aberration de sphéricité, elle se corrige en associant plusieurs lentilles à faible courbure, dont l’ensemble agit comme une lentille dont la courbure serait beaucoup plus forte ( 1 ) . » Cette association de lentilles a reçu le nom de doublet.
Doublet. — Cet instrument a été inventé en 1820 par Wollaston, qui le composa de deux verres plan convexes, à face plane tournée vers l'objet, et dont la monture permettait de rapprocher ou d’éloigner les deux lentilles pour obtenir la meilleure image.
'« Ch. Chevalier, en 1830, modifia le doublet et lui donna la forme actuelle ( fig . G). Il se compose des deux lentilles plan convexes
Fig. 6.
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de Wollaston, A et B, à face plane tournée par en bas, la première B, près de l’objet, très large relativement à la seconde A beaucoup plus petite. Un diaphragme D les sépare, et on les \ Use 1 une sur 1 autre pour former le doublet, mais leur distance est invariable. La monture porte à sa partie supérieure une pièce f onique et noircie, contre laquelle s’applique l’œil et qui le préœne de toute lumière étrangère. Le foyer est assez long pour permettre les dissections (2). »
C) Ranvier, op. cit., p. 4.
(2) Pelletan, le Microscope, p. IC.
Loupes achromatiques. — Loupe de Chevalier. — Chevalier construisit également une loupe double achromatique (fig. 7) à
Fig. 7.
ouverture plus grande que celle des doublets. « Cette loupe est formée de deux verres achromatiques plan convexes, de diamètres inégaux, le plus grand des deux verres faisant face à l’objet. Les deux verres sont maintenus dans une monture de cuivre ou de corne, et placés de manière que leur convexité se regarde; la dite monture est susceptible de se diviser, afin d’isoler les lentilles lorsqu’on veut les nettoyer. Cette disposition est, sans contredit, la plus parfaite de toutes, car elle permet d’obtenir un achromatisme parfait et de faire disparaître l’aberration de sphéricité (*). »
Loupe d'Hofman. — Le docteur Hofman a également mis en usage une loupe achromatique excellente; celle-ci est formée de * deux lentilles achromatiques de diamètres égaux, les surfaces courbes étant toutes deux face à face. Cette combinaison, parfaitement construite, donne un grossissement considérable, tout en ne limitant plus le champ autant que dans les autres systèmes de loupes.
Loupe de Prazmowski. — Dans ces derniers temps, M. Prazmowski a repris de son côté la construction des loupes achromatiques de dissection, et il est arrivé à produire un instrument de beaucoup supérieur à tous ceux qui l’ont précédé. Cette nouvelle loupe se compose de trois lentilles collées, et formant par leur réunion un cylindre terminé à ses deux extrémités par des faces
(’) Chevalier, op.cit., p. 48.
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courbes; en cela l’instrument de M. Prazmowski rappelle la loupe de Coddington; mais ici l’achromatisme est aussi parfait que possible, et le champ, très étendu, d’une netteté parfaite dans toutes ses parties.
Loupe de Drucke. — A côté de la loupe simple et du doublet, il convient de placer la loupe de Bruche ; bien que cet instrument diffère absolument par sa construction de ceux dont nous venons de parler, il remplit le même usage, et remplace dans certains cas la loupe et le doublet.
« Cette loupe {fig. 8), qui rend de fréquents services par son
Fig. 8.
loyer très long, est fondée sur le principe de la construction de la lunette de Galilée, c’est-à-dire formée d’un objectif achromatique convexe et d'un oculaire concave ; l’objectif est composé de façon que l’amplification est bien supérieure à ce qu’on obtient habituellement dans les lunettes de spectacle. Le foyer est d’environ 0m,06, et le grossissement varie entre trois et huit fois. Ce dernier est obtenu par l’allongement du tube de la lunette, ce qui produit un plus grand écartement entre l’objectif et l’oculaire, et augmente le grossissement sans modifier d’une manière nuisible le foyer total (J). »
Les différentes montures dans lesquelles sont enchâssées les
(’) Robin, T raitê du Microscope, p. 117.
diverses loupes dont nous venons de parler ont le grave inconvénient de nécessiter, presque toujours, l’emploi des deux mains : l’une tenant l’objet à examiner, l’autre la loupe; de là l’impossibilité d’effectuer le moindre travail, la moindre dissection.
Porte-loupe. — Les graveurs, les horlogers font souvent usage d’une monture cylindrique en corne (figA) qu’ils savent enchâsser au-devant de l’œil et maintenir en place par une simple contraction musculaire ; mais cet expédient, très fatigant et qui demande une grande pratique, devient totalement inacceptable lorsqu’il s’agit de dissections minutieuses, et alors un porte-loupe devient indispensable.
Deux conditions doivent être remplies par un bon porte-loupe : une grande stabilité et la possibilité de faire prendre à la loupe toutes les positions désirables.
La stabilité s’obtient facilement en donnant à la base un poids considérable ou une large surface.
Porte-loupe de Nachet. — Le pied articulé à crémaillère de Nachet (fig. 9) est un excellent instrument ; les loupes qui s’y
ajustent sont portées par une tige cylindrique entrant à frottement dans une douille, ce qui permet de leur donner toutes
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les inclinaisons voulues, et permet de les changer rapidement.
Porte-loupe de Kunckel d'Herculais. — Le pied de loupe de Kunckel d’Herculais {fig. 10), que fabrique M. Vérick, est égale-
* ment fort commode, et il a sur celui de Nacliet l'avantage d’être disposé de façon à recevoir indifféremment toutes les loupes sans exiger de monture spéciale. Ce porte-loupe est muni de deux mouvements : l’un vertical à crémaillère, sert pour la mise au point; l’autre horizontal, à tirage et à rotation, permet de mettre en place la loupe; une mâchoire L ,0 munie d’une vis rapide peut recevoir les différentes loupes, doublets ou loupe de Brucke.
Porte-loupe de Strauss. — Le porte-loupe de Strauss, perfectionné par M. Chevalier ( fig. 11) permet également de donner à la loupe toutes les positions désirables. Un socle en bois A reçoit vers une de ses extrémités une colonne B, munie à sa partie supérieure d’une articulation D qui sert de point fixe au porte-loupe articulé, E, II, I. Une seconde tige articulée en N porte à son extrémité supérieure un pignon F qui vient s’engrener sur une crémaillère taillée dans la tige même du porte-loupe E. En faisant