CINQUIÈME GENRE DE FIÈVRES
DE IiA FIÈVRE HECTIQUE.
Synonymie. — Febricula ; fièvre lente.
Sous le nom de fièvre hectique on entend une fièvre continue ou rémittente d’une durée longue et incertaine, et offrant comme symptômes des plus remarquables un amaigrissement progressif qui va souvent jusqu'au marasme.
Les auteurs ont divisé cette fièvre en trois périodes. Dans la première ( febris inchoaia) , il n’y a de remarquable qu’une diminution dans l’appétit, les forces et i’embonpoint; le malade est pâle; il y a des alternatives de froid et de chaleur. Dans la deuxième période ( febris adulta) , l’amaigrissement fait des progrès, la faiblesse augmente, la digestion est pénible, la fièvre est continue, elle offre des redoublements chaque soir. Ces symptômes s’aggravent de plus en plus, les yeux se cavent , les tempes s’enfoncent , les côtes font saillie , le ventre est déprimé, toutes les parties molles s’atrophient, la peau se sèche et se couvre de crasse, le dévoiement vient ensuite augmenter la faiblesse, les extrémités s’infiltrent , et le malade expire dans le dernier degré de marasme. Celte fièvre a une durée incertaine; il est rare qu’elle soit moindre de deux ou trois mois. La mort en est le résultat le plus constant.
D’après ce que j’ai dit précédemment, que la fièvre hectique était presque toujours symptomatique, il faudra, toutes les fois qu’elle existe, rechercher avec soin la cause qui l’a produite et qui l’entretient. Dans quelques cas pourtant il est difficile de localiser la maladie, en raison du petit nombre de symptômes locaux qu’on observe. Cependant , si on se
DES FIÈVRES
rappelle que les tubercules pulmonaires sont la cause la plus ordinaire de la fièvre hectique , si on sait que cette lésion organique produit à elle seule plus de fièvres hectiques que toutes les autres causes réunies, on sera naturellement conduit à en soupçonner l’existence toutes les fois que la fièvre ne trouvera point son explication dans quelque lésion locale manifeste , dans une émotion morale , dans des excès , ou des évacuations excessives.
Le pronostic de la fièvre hectique est toujours grave, mais il est subordonné à la nature des lésions dont la fièvre est un des symptômes.
Causes. — Depuis Hippocrate jusqu’à nos jours on a parlé de la fièvre hectique, les anciens la considéraient comme étant le plus souvent essentielle; mais les travaux modernes ont prouvé que presque toujours la fièvre hectique était symptomatique de quelque lésion viscérale : c’est ce que Cullen avait d’ailleurs lui-même établi. Les maladies qui entretiennent le plus ordinairement la fièvre hectique sont : les tubercules pulmonaires et mésentériques, les vastes suppurations , la carie des os, l’inflammation chronique des membranes muqueuse , intestinale , aérienne et génito-urinaire. D’autres fois, la fièvre survient à la suite de l’épuisement que produit la sécrétion exagérée d’un fluide naturel, tel que l’urine, la sueur, le lait, le sperme. On l’a vue également succéder à des hémorrhagies abondantes. Enfin , les émotions de l’âme , les chagrins, la nostalgie, les fatigues excessives , les douleurs violentes, comme dans certaines névralgies rebelles, la privation d’aliments ou une nourriture insuffisante, peuvent encore être cause de fièvre hectique.
D’après cette énumération des causes de la maladie , il est évident qu’il faut encore admettre des fièvres hectiques essentielles, c'est-à-dire qui ne peuvent s’expliquer par aucune lésion matérielle ou saisissable des solides ou des liquides. C’est là un fait rare et purement exceptionnel, mais qu’on ne saurait nier, puisque M. Chomel a vu deux fièvres hectiques occasionner la mort, sans que l’autopsie ait fait constater aucune lésion capable de rendre compte des symptômes observés pendant la vie.
Traitement. — Le traitement est variable. On ne peut rien opposer à la fièvre elle-même, mais tous les moyens dont l’art dispose seront dirigés contre les affections dont la fièvre hectique est presque toujours le symptôme. Pour les cas rares où la fièvre est essentielle , il suffit le plus souvent d’enlever la cause qui l’a produite, pour la voir cesser plus ou moins rapidement.
DE LA. PRÉTHORE.