DE LA CONGESTION PULMONAIRE
les inspirations ordinaires , sans souffle bronchique ni aucune modification dans le retentissement de la voix. Dans la plupart des cas , il existe également du raie muqueux ou sous-crépitant en plus ou moins grande abondance. Ces phénomènes ont en général une durée longue; ils peuvent persister au même degré pendant plusieurs semaines.
Le plus souvent , l’engouement se termine par résolution ; mais constamment j’ai vu le poumon reprendre très lentement toute sa perméabilité, ce qui s’explique par l’état d’asthénie des sujets. Dans un grand nombre de cas cependant le sang qui engorge les poumons agit comme un corps étranger, et finit par l’enflammer. J’ai , en effet, prouvé dans un autre ouvrage que la congestion passive des poumons était une des causes les plus puissantes des pneumonies qui surviennent si fréquemment dans le cours de la plupart des maladies aiguës et chroniques (1). C’est en raison de cette complication que les congestions passives des poumons doivent toujours être considérées comme une circonstance des plus fâcheuses.
Etiologie. — Les congestions passives pulmonaires surviennent sous l’influence des causes les plus débilitantes. On les observe, en effet, spécialement chez les individus affaiblis par l’âge ou une maladie grave, et qui ont conservé pendant longtemps le même décubitus. Ce sont également celles qu’on rencontre surtout chez les sujets atteints de maladies du cœur, et spécialement d’un rétrécissement des orifices et des cavités.
Traitement. — Il sera prophylactique et curatif. Pour prévenir les congestions passives des poumons, et pour les combattre quand elles se sont déjà déclarées, il faudra , comme le conseille M. le professeur Piorry , que les malades qui gardent habituellement le lit changent fréquemment de position. On devra les coucher alternativement sur le dos et sur les côtés, et les asseoir à leur séant , autant que les circonstances permettront de le faire.
Quant aux moyens médicaux à employer , ils devront beaucoup varier, suivant l’état symptomatique et dynamique des sujets. Je dirai tout d’abord que l’emploi des révulsifs cutanés, quels que soient leur nature et les points du corps où on les applique, m’ont paru être sans aucune utilité. La saignée est rarement praticable , b cause de l’état de faiblesse des sujets. Cependant lorsque la congestion pulmonaire survient chez des individus atteints de maladie organique du cœur, lorsque la stase sanguine des poumons est produite par la difficulté que le sang éprouve b revenir vers le cœur, lorsque l’abondance du fluide circulatoire n’est plus en rapport avec le peu de capacité des cavités cardiaques droites, il sera alors utile d’ouvrir une veine du bras. Dans ces cas, on
(1) Traité pratique de la Pneumonie , p. 179 et suiv.
voit la saignée produire quelquefois un dégorgement très rapide des poumons ; car si on explore la poitrine quelque temps après que le sang a cessé de couler, on trouve que le son est moins obscur, et que le murmure vésiculaire est moins faible. Dans les cas dont je parle, il sera également avantageux d’opérer une révulsion sur le tube digestif à l’aide de quelque purgatif. Enfin lorsque la faiblesse des malades est grande, lorsque leurs forces sont prostrées , il faudra recourir à l’emploi des stimulants et des toniques , si leur usage d’ailleurs n’est point contreindiqué par la nature de la maladie que la congestion pulmonaire est venue compliquer.