TROISIÈME CLASSE DE MALADIES
DES l^FLAi?I]?IATIO]lT S.
Les mots inflammation , phlegmasie , phlogose , sont (les exprèssidné métaphoriques (l) consacrées dans la science depuis üii temps immémorial pour désigner uii état morbide, le plus commun de tous, pouvant affecter presque tous les tissus vivants, et qui est caractérisé localement par la rougeur, la douleur, la chaleur et la tuméfaction d’une partie dans laquelle se produit aussi presque toujours quelque modification importante du travail nutritif , et souvent une sécrétion anormale. Celte maladie, pour peu qu’elle soit étendue ou qu’elle affecte un organe important, excite un appareil fébrile plus ou moins intense, et produit alors constamment une augmentation de la fibrine du sang.
Phénomènes locaux de l’inflammation. — 1° Hougeüir. — La roiigeur, qui forme un des caractères de l’inflammation , varie depuis le rdse tendre jusqu’au pourpre le plus foncé, et meme jusqu’au rouge bleuâtre et vineux. Elle est généralement d’autant plus intense que la phlegmasie est plus violente, et l’organe affecté plus vasculaire. Bornée d’abord à un petit espace, elle devient ensuite plus ou moins diffuse , ou bien elle est diposée par plaques , par zones, par arborisations , ou sous forme d’un pointillé plus ou moins fin. La couleur rouge petit être également intense partout et cesser brusquement; mais le plus souvent , plus prO- J noucée dans un point que dans les autres, elle va en diminuant peu à peu jusqu’à ce que les parties reprennent leur coloration naturelle. L’inflammation affecle-t-elle un tissu membraneux, comme la peau ou une muqueuse , la pression du doigt fait momentanément cesser la rougeur, qui reparaît presque aussitôt qu’on a cessé de presser. La rougeur, dans l’inflammation, s’explique par Tafflux plus considérable du sang, d’où résulte une augmentation du volume des petits vaisseaux sanguins et l’accroissement du nombre de ceux qui deviennent perméables au liquide; c’est ce que Hunier, qui a écrit un admirable Traité sur l’inflammation, a démontré. Ayant sacrifié un lapin, après avoir fortement
(1) Inflammation, de wflammare , soit à eausc de la rhaleur des parties (Van Swielen). soit par suite de la ressemblance qu’on a trouvé entre celte maladie et les effets de la brûlure (Borsieri); — Phlegmasie, yÀeyuaat'vj (Hippocrate), de yh'yw, je brûle ; — Pblogo$e, ywo-tç (Galien), de <p).o£, flamme.
enflammé une de ses oreilles, il injecta la tête de l’animal et s’assura , après dessiccation, que l’oreille qui n’avait pas etc enflammée était transparente, et qu’on pouvait voir parfaitement les vaisseaux qui se ramifiaient dans sa substance, tandis que l’autre était épaissie, opaque, et avait des artères beaucoup plus considérables.
2° Douleur. — La douleur qui accompagne l’inflammation varie depuis le plus léger accroissement de la sensibilité jusqu’aux souffrances les plus aigues; son caractère diffère seulement beaucoup suivant les organes affectés. Ainsi, elle est généralement pongitive et très aigue dans l’inflammation des séreuses, obtuse et gravativc dans celle des parenchymes, moins vive dans l’inflammation des muqueuses que dans celle du tissu cellulaire, où elle a un caractère lancinant, ainsi que dans celle de la peau, où elle est remarquable par un mélange de brûlure et de prurit. Rarement intermittente, presque toujours continue, elle offre des exacerbations et des rémissions qui n’ont en général rien de régulier. Il n’y a aucun rapport entre la sensibilité normale d’une partie et la sensibilité morbide qu’elle acquiert pendant qu’elle est enflammée. Il est même remarquable que des organes , qui à l’état sain ne sont point sensibles ou le sont à peine , deviennent le siège des douleurs les plus violentes lorsqu’elles sont enflammées ; c’est ce qu’on voit notamment pour les membranes séreuses. Les douleurs, dans l’inflammation , s’expliquent par la distension , la pression ou tout autre changement encore inconnu que les filets nerveux de la partie malade éprouvent. Indépendamment des douleurs propres à l’inflammation , les malades ressentent dans les parties affectées, des battements artériels plus violents que de coutume; mais il n’est pas vrai, comme on l’a dit quelquefois, que ces pulsations soient plus nombreuses que les contractions du cœur. La force insolite des battements tient au plus grand volume de la colonne sanguine, et probablement aussi à une augmentation dans l’action propre des artères. Enfin, dans les phlegmasies, la sensibilité spéciale des organes phlogosés est en général plus ou moins entièrement abolie; c’est ainsi que dans le coryza le malade cesse de percevoir les odeurs. Ailleurs, au contraire, la sensibilité spéciale est très exaltée; ainsi dans l’ophthalmie, et surtout dans l’iritis et la rétinite, l’impression de la lumière réveille les douleurs les plus vives.
3° Chaleur. — Le malade éprouve dans les parties affectées le sentiment d’une chaleur que le médecin apprécie par le toucher, et qu’on mesure exactement par le thermomètre. Toutefois, l’application de cet instrument n’a pas encore fourni des résultats bien uniformes. Je ne parlerai pas ici des expériences contradictoires de Huuter, qui n’avait eu, il est vrai, en son pouvoir que des instruments grossiers, je fixerai seulement I attention sur les résultats de MM. Andral et Gavarret, qui ont trouvé que la température des parties enflammées augmentait, mais qu elle ne différait
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point de celle qu’ont les parties profondes. Ainsi un thermomètre appliqué alternativement sur un doigt alîecté de panaris et dans l’aisselle, s’élevait à la même hauteur, tandis que, mis comparativement sur le doigt malade et sur un doigt sain , on observait une chaleur plus grande dans le premier que dans le second. Les expériences de MM. Becquerel et Breschet tendraient également à faire croire à une élévation assez considérable de la température dans les parties phlogosées. Quoi qu il en soit, H un fer a prouvé par une expérience que l’inflammation communiquait à la partie qu’elle affecte une grande puissance de calorification , et partant beaucoup de résistance au refroidissement. Cet illustre observateur ayant d’abord fait congeler l’oreille d’un lapin , y développa ensuite un travail inflammatoire; puis l’ayant soumise encore à un froid aussi intense et aussi prolongé que la première fois, il ne put parvenir à la congeler de nouveau. L’élévation de la température des parties enflammées , qui d’ailleurs n’est jamais aussi considérable que le ferait croire l’application de la main et les sensations éprouvées par le malade , s’explique plus naturellement par l’afflux du sang dans les parties affectées que par suite d’une action occulte de la force vitale. Nous ne dirons rien de l’état électrique des parties phlogosées, parce que les expériences qu’on a faites jusqu’à présent ne présentent encore aucun degré de certitude.
k° Tuméfaction. — La tuméfaction , peu marquée dans les tissus membraneux, comme la peau et la muqueuse, nulle même dans l’inflammation des séreuses, est considérable dans celle qui affecte le tissu cellulaire ou les organes parenchymateux ; elle dépend d’abord de la plus grande quantité de sang que les parties contiennent, et plus tard de l’infiltration des tissus subjacents , par de la sérosité ou la production dans les parties malades de pus ou de lymphe coagulable.
5° Modification du travail nutritif. —Les organes enflammés augmentent de volume comme nous l’avons vu, ils sont plus lourds, plus durs au toucher; néanmoins le tissu est devenu cassant, plus friable ou manifestement ramolli.
6° Sécrétions morbides. — Le premier effet de l’inflammation des organes sécréteurs est de diminuer ou de suspendre leur sécrétion naturelle; c’est ainsi que la peau, les muqueuses, les séreuses présentent un état de sécheresse fort remarquable au début des phlegmasies; les reins cessent de sécréter l’urine, etc. Mais bientôt le travail de sécrétion ou d’exhalation se ranime et peut devenir excessif, ce sont alors tantôt les humeurs naturelles qui ont subi certains changements; le plus souvent ce sont des produits nouveaux , nés du travail inflammatoire ; ainsi du sang ou quelques uns de ses éléments, comme la matière colorante ou la fibrine peuvent être exhalés. Mais dans la plupart des phlegmasies il y a production d’une lymphe plastique, frbrino-albumineuse qui se présente sous différents aspects suivant les tissus; ainsi , dans les séreuses,
elle forme des masses floconneuses qui nagent dans une sérosité trouble ; dans les muqueuses, elle se concrète sous forme de plaques membraneuses; enfin, épanchée dans l’épaisseur des parenchymes, elle en augmente l’épaisseur, la densité , et fait que , orsqu’on incise ces parties , la surface de la section ressemble à celle d’un citron. Quand l’inflammation poursuit sa marche, un autre liquide très important à connaître est produit: c’est 1 epus , dont nous parlerons bientôt.
De tous les phénomènes locaux que nous venons de passer en revue, il n’en est aucun , si ce n’est la production de la lymphe plastique et du pus, qui, pris isolément, puisse caractériser une inflammation, car chacun d’eux peut exister indépendamment de tout état phlegmasique. Pour terminer maintenant tout ce qui se rapporte aux phénomènes locaux de l’inflammation , nous allons faire connaître les résultats fournis par l’examen microscopique.
Expériences microscopiques. — Elles ont été entreprises d’abord par Wil. Philips, puis par Thomson, par Charles Hastings, par Kallenbrunner, Koch, et récemment par M. Dubois d’Amiens, qui, riche des faits de ses devanciers et de ses propres observations , a conclu dans ses Préleçons de pathologie expérimentale que , dans une inflammation qui s’établit , il n’y a pas toujours , comme on l’avait prétendu , mais seulement quelquefois , accélération dans les courants capillaires; puis, et dans tous les cas, on voit ces mêmes courants éprouver un ralentissement de plus en plus manifeste; plus tard, enfin, on observe dans le mouvement circulatoire une rémittence plus ou moins marquée. Ainsi , au lieu d’une projection uniforme et continue , les globules sanguins avancent par saccades isochrones au mouvement du cœur, puis s’arrêtent un instant pour avancer de nouveau. Mais il arrive un moment où la colonne sanguine, ainsi que Kaltenbunner l’avait parfaitement établi déjà, éprouve des mouvements d’oscillation ou de va et de vient isochrones à la systole et à la diastole; néanmoins même à celte période le sang continue encore à avancer ; mais bientôt les oscillations deviennent de moins en moins perceptibles , puis tout mouvement cesse dans cette partie du système capillaire où les globules s’accumulent et se tassent. Ces résultats, à l’aide desquels on s’élève facilement à une théorie de l’inflammation, s’obtiennent en plaçant sous un microscope le mésentère ou la membrane interdigitale d’une grenouille qu’on irrite avec l’ammoniaque , le sel, l’eau bouillante, etc. ; ce qui, pour le dire en passant, démontre combien est peu fondée l’opinion de M. Robert- Latour qui a prétendu prouver que l’inflammation ne pouvait se développer sur les animaux à sang froid. L’inspection microscopique révèle encore, dans les parties malades, la formation de vaisseaux nouveaux. Kaltenbrunner a surtout étudié avec soin leur mode de développement. D’après cet observateur on verrait , quand la circulation est accélérée ,
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des globules de sang sortir tout d’un coup d’un canal capillaire , tomber dans le parenchyme environnant, s’y frayer un chemin et arrivera quel que autre canal capillaire. La formation de ce nouveau conduit se fait souvent en peu d’instants; ce phénomène, se répétant sur plusieurs points, finit bientôt par donner lieu à un riche réseau de capillaires nouveaux.
Symptômes généraux et sympathiques de i’ inflammation. — L’inflammation , pour peu qu’elle soit intense ou étendue, excite un mouvement fébrile qui offre des caractères très variés dans les divers genres de phlegmasies, ainsi qu’on s’en convaincra par la suite. L’appareil fébrile précède dans quelques cas l’altération locale; c’est ce qui arrive, par exemple, pour quelques érysipèles et quelques angines; mais presque toujours la fièvre naît consécutivement à la lésion locale, d’autres fois enfin il y a simultanéité; c’est ce qui a communément lieu pour les inflammations des séreuses et du poumon. Indépendamment des troubles fonctionnels qui accompagnent tout mouvement fébrile, on pourra également en observer quelques uns de spéciaux et qui dépendent de l’influence sympathique exercée spécialement sur telle ou partie par l’organe enflammé. Les forces de la vie sont tantôt excitées, tantôt anéanties; dans le premier cas, on observe l’appareil de symptômes de la fièvre inflammatoire; dans le second, les malades tombent dans l’état de faiblesse et de prostration qui accompagne l’état typhoïde. Celle distinction est importante, sans contredit, pour le traitement, mais il ne faudrait pas croire pourtant que la maladie ait par cela même changé de nature. C’est toujours, en effet, une inflammation ; mais par l’effet de quelque complication ou d’un état antérieur du sujet, elle se présente avec une physionomie spéciale, escortée de symptômes particuliers.
Etat du sang. — i\lM. Andral et Gavarret ont constaté , depuis peu, que toute inflammation aiguë a pour effet constant d’augmenter la proportion de fibrine du sang. Ce principe, en effet, qui, comme nou l’avons dit, ne s’élève pas à plus de 3 parties sur 1,000 dans le sang normal, peut monter à 5, 7, 9, et même jusqu’à 10; il oscille ordinairement entre 6 et 8, et dépasse rarement 9; enfin M. Andral a vu que le chiffre le plus inférieur de l’état phlegmasique était U. Cet accroissement de la fibrine, qu’on retrouve constamment dans les phleginasics qui frappent l’homme et les animaux des classes supérieures, a lieu indépendamment de toutes conditions d’âge, de sexe , de constitution , de tempérament, de force. Elle est généralement en rapport avec l’intensité des symptômes généraux et locaux; elle paraît avoir lieu, du moins dans la plupart des cas , consécutivement à l’altération locale ; car .MM. Andral et Gavarret ayant examiné le sang d’individus qui contractèrent une inflammation un jour seulement après avoir analysé leur sang, ont trouvé que ce liquide , qui n’était pas altéré à la première
saignée , offrait à ]a seconde , pratiquée peu d’heures après l’invasion de la phlegjnasie , une notable augmentation de la fibrine. L’élément globulaire du sang ne subit , par contre , aucun changement dans les phlegmasies; parfois pourtant il cjjpiinue, ce qui s’explique par le traitement débilitant auquel on soumet les malades; enfin l’albumine augmente quelquefois, mais non pas nécessairement. On voit donc que la seule altération constante du sang réside dans l’accroissement de la fibrine, (jette altération mérite d’être prise en considération: car on peut peufêtre expliquer par elle le§ troubles variés de l'organisme consécutifs à l’altération locale, et qu’pn attribue généralement à des irradiations sympathiques. Cet excès dq fibrine par rapport aux globules explique aussi les propriétés physiques que présente ^jans les inflammations le sang qu’on a extrait d’une vejnc : ainsi tandis que nous avons vu dans les pyrexies le caillot être volumineux , mou , incomplètement séparé du sérum î ici, nous le trouvons au contraire rétracté, plus consistant , dense, et recouvert d’une couenne assez épaisse, pourvu toutefois que le sang ait coulé convpnablement. La couenne a une grande valeur séméiologique. 11 résulte, en effet, des recherçhesdc M. Andral, que sur 1,800 saignqes qu’il a fait pratiquer dans le cours des affections les plus diverses, il n’a trouvé la couenne que dan§ deux états morbides, dans les phlegmasies, où elle est constante, dans l’anémie et la chlorose, où on la rencontre fréquemment. Nous avons dit précédemment (p. 185) à quelle circonstance on devait attribuer la formation de la couenne dans ces deux dernières affections (1). Il suit, de ce qui précède que si la couenne n’est pas d’une manière absolue un signe certain d’inflammation , elle n’en constitue pas moins un caractère excellent pour dénoter l’existence de cet état morbide, puisque, si le sujet n’est point anémique, on doit admettre, quand elle existe, qu’il y a quelque part un travail inflammatoire. Cependant l’absence (le la couenne sur le caillot ne devait pas porter à proire que le malade n’est atteint d’aucune phleginasie, altcntju que la couenne, dan§ les inflammations les plus vives, peut ne pas se forpier si la saignée a mal coulé , ou a coulé par un jpt trop fiq, ou bien lorsque je sang est tombé de trop haut, ou bien encore lorsque le vpse e$t trop étroit et trop profond : circonstances qui font que chaque mplécule de sang se concrélant isolément, la fibrine n’a pas le temps de se séparer des globules et de se conçréter au-dessus
(1) On a aussi noté, depuis longtemps, ia fréquence de la couenne sur le sang des femmes enec imes. Cependant, ainsi que Rasori )’.» \ u, ce phénomène nOl pas aussi commun qu’on le croit, l es recherches récentes de MM. Andral et Gavamt ont , en outre, prouvé tiue la formation de la couenne <ians l’élal de grossesse tenait à une augmentation de la fibiine, qui. conservant d’abord la moyenne physiologique, et quelquefois lui étant inferieure, s’accroît dans les trois derniers mois, et atteint à l époque de l’accouchement le chiffre de 4,3.
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d’eux pour constituer la couenne, dont la nature fibrineuse est également démontrée par l’analyse chimique et par l’examen microscopique.
La production spontanée d’un excès de fibrine dans le sang est, ainsi que l’a prouvé 31. Andral, indépendante des divers étals dans lesquels peut se trouver l’économie chez les individus atteints de phlegmasie aiguë : ainsi nous avons vu qu’eüe pouvait survenir même dans l’affection typhoïde, c’est-à-dire dans une maladie qui, à l’inverse de l’inflammation, tend à diminuer la proportion de fibrine. Mais comme, dans ces cas, il y a action de deux forces contraires, il s’ensuit que la phlegmasie intercurrente ne produit jamais une élévation aussi considérable de l’élément fibrineux que si l’inflammation était survenue en dehors de l’état typhoïde. Dans ees cas , en effet, M. Andral n’a jamais trouvé son maximum plus élevé que 5 1/2, qui est un des chiffres inférieurs de l’état phlegmasique.
L’excès de fibrine dans le sang persiste pendant un temps variable; on le constate généralement pendant toute la durée de l’état fébrile , à moins pourtant que la maladie persistant pendant longtemps n’amène un grand degré de marasme. Dans un cas pareil , M. Andral a vu la fibrine, d’abord augmentée, revenir plus tard à son chiffre normal. Le sang ne paraît subir aucun changement notable dans les parties enflammées; c’est du moins ce que Huntera établi expérimentalement. Peutêtre est-il un peu plus rouge que celui qui circule dans une partie saine , ce qui provient sans doute de la plus grande proportion de sang artériel contenu dans les capillaires de la première.
Marche des inflammations , modes de terminaison. — Les symptômes locaux et généraux de l’inflammation ont , comme dans toutes les maladies , leur période d’accroissement, d’état et de relâche, périodes qu’on distingue à l’aide des symptômes généraux et locaux; car, dans la plupart des cas , il y a corrélation intime entre les uns et les autres. En règle général e, on doit plutôt juger de l’intensité et de la marche des phlegmasies d’après les symptômes de réaction que d’après l’état local : celui-ci, en effet, reste souvent stationnaire en apparence, quoique la fièvre diminue et disparaisse; c’est ce que nous verrons notamment dans la pleurésie et la pneumonie. Le contraire a bien plus rarement lieu , et même on peut établir que lorsque la fièvre redouble en même temps que les symptômes locaux s’amendent , presque toujours on en trouve la raison dans une maladie intercurrente. L’examen du sang pourrait encore, indépendamment de la fièvre, donner la mesure du degré de la phlegmasie, puisqu’on voit la quantité de fibrine augmenter quand la maladie est en progrès, rester stationnaire quand la lésion locale cesse de s’accroître , et revenir enfin progressivement à son chiffre normal depuis le déclin des accidents jusqu’à la convalescence.
.Commençant en général sur un point circonscrit, l’inflammation
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s’étend ensuite presque toujours de proche en proche; plus rarement on la voit débuter simultanément par plusieurs points distincts, éloignés, qui en s’agrandissant convergent les uns vers les autres, et finissent par se réunir. L’extension se fait tantôt en surface, tantôt en profondeur, souvent dans l’un et l’autre sens : c’est ce qu’on observe notamment pour les parenchymes, tandis que dans quelques tissus membraneux , comme les séreuses , la phlegmasie ne s’étend qu’en surface sans se propager dans les tissus subjacents. L’inflammation, suivant qu’elle occupe un espace restreint ou qu’elle envahit de larges surfaces , est dite circonscrite ou diffuse. Il est impossible de reconnaître suivant quel mécanisme cette extension s’opère , ni pourquoi et comment la maladie se circonscrit. Cependant différentes causes naturelles semblent quelquefois borner une inflammation qui paraissait devoir s’étendre encore : ainsi on voit souvent celle-ci circonscrite par des sillons et des enfoncements, que la nature a disposés à la surface de quelques organes , comme le poumon, le foie, etc.; ailleurs c’est une aponévrose, un tissu cellulaire condensé qui forme une barrière. On peut dire aussi en règle générale que quand la phlegmasie se développe dans des organes composés de parties dissimilaires, elle reste souvent limitée au tissu primitivement affecté sans se communiquer aux autres. C’est ce qu’on voit, par exemple, pour les intestins, dont les tuniques muqueuse et séreuse peuvent être et sont presque toujours isolément enflammées. Le contact est également une cause qui limite beaucoup d’inflammations. C’est ainsi que plusieurs fois nous sommes parvenu à limiter une phlébite en exerçant à une certaine distance une compression sur la veine , de manière à rapprocher les parois , à les mettre en rapport. Cependant dans quelques cas le contact de deux surfaces enflammées a l’inconvénient d’entretenir l’inflammation indéfiniment : ainsi certaines posthites (inflammation du prépuce), certaines vaginites, avec sécrétion purulente abondante, sont certainement entretenues par le contact de la muqueuse avec elle-même; car il suffit de l’empêcher en interposant un morceau de linge sec pour tarir rapidement la sécrétion , et faire disparaître la rougeur et les autres caractères de la phlegmasie.
Après avoir parcouru toutes les périodes plus ou moins rapidement, l’inflammation se termine par délitescence ou par résolution , ou bien elle produit divers effets morbides qu’on décrit improprement sous le nom de terminaisons. Ces phénomènes consécutifs sont : la suppuration, la gangrène, l’ulcération , l’induration ou le passage à l’état chronique.
La résolution est la seule terminaison heureuse de la maladie. Elle peut être définie, avec Thomson, une terminaison dans laquelle tous les symptômes locaux et généraux se dissipent graduellement, sans qu’aucune évacuation sensible ait lieu ; la partie enflammée reprend alors soit
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état normal sans aucun dérangement dans son organisation ou ses fonctions. La résolution subite de l’i ifiammalion , son avortement, quand elle n’a pas encore parcouru ses périodes, sa disparition rapide, sans laisser aucune trace flans les tissus , a reçu le nom de délitescence. Si dans ces cas on voit une majqdie analognp ou tout autre accident se développer sur un point plus ou pmins éloigné, ou dit qu’il y a eu mêlasta<e. La délitescence n’est qu’une terminaison par résolution , survenant seulement beaucoup plus rapidement que de coutume, mais exigeant neanmoins encore un certain temps pour s’effectuer. C’est avouer par là que nous ne saurions admettre la délitescence telle qu’on la définit généralement , c’esl-à dire comme pouvant être un mode de terminaison de l’inflammation vraie, confirmée. En effet, un tissu gonflé, induré, ramolli, ne peut, d’un instant à l’autre , reprendre son état physiologique; la délitescence ne peut s’opérer que toul-à fait au début, et lorsqu’il existe plutôt de l’hypérémie qu’une inflammation véritable.
La suppuration est une suite très fréquente de l’inflammation dans quelque partie du corps qu’elle se développe ; elle est càractérisée par la formation d’un liquide particulier nommé pus, qui tantôt est exhalé h la surface des membranes libres, comme les muqueuses, les séreuses, la cavité des vaisseaux, et qui plus souvent est produit dans l’épaisseur des tissus, où il forme une collection plus ou moins considérable qui a reçu le nom d'abcès. Les auteurs regardent généralement la formation du pus comme étant annoncée par un redoublement dans la douleur, qui devient pulsative à tel point, dit Hunier, que le malade peut compter son pouls, en dirigeant seulement son attention sur la partie enflammée. La suppuration une fois déclarée, la douleur se dissipe en partie, elle devient obtuse, et des frissons se déclarent, fies phénomènes se passent, en effet , daus les inflammations franches du tissu pellulaire , piais on cesse de les retrouver dans tous les cas d’inflammation membraneuse , etmêmedaqs presque toutes les plegmasie§ des parenchymes; car si on excepte l’hépatite et certaines formes de la néphrite , maladies daus lesquelles la suppuration produit les symptômes ordinaires du phlegmon, on ne retrouve plus les douleurs lancinantes pomme indice d’une suppuration commençante : c’est ce que nous verrons notamment daus l’inflammation des poumons et du cerveau.
Le pus provenant d’une inflammation franche est d’un blanc jaunâtre, plus ou pipins opaque, homogène, composé d’un liquide incolore, qui sert de véhipule h des globules (flancs, sphériques, un peu frangés sur leurs bords, comme tomenteux à leur surface qui paraît crénelée , ponctuée op ridée. Ils ont un centième de millimètre de diamètre, ils diffèrent, par conséquent, des globules du sang qui sont aplatis , par leur volume comme par leur forme , et des globules du lait par leur défaut de transparence au centre. Indépendamment de ces glo-
bules, le pus contient encore de petites granulations que les uns considèrent comme des noyaux de globules, que d’autres estiment devoir ûlrc des fragments d’albumine solidifiée. Le pus a une pesanteur spécifique d’environ 1030 à 1033; il a par conséquent moins de densité que le sang, et un peu plus que le sérum. Insoluble dans l’eau et l’alcool, soluble dans l’ammoniaque, il est généralement sans odeur quand il n’a pas encore eu le contact de l’air ; il faut en excepter pourtant celui qui provient d’abcès situés dans le voisinage des voies digestives, depuis la bouche jusqu’à l’anus. Ces collections, en effet, quoique n’avant en apparence aucune communication directe ou indirecte, soit avec l’atmosphère, soit avec les gaz contenus dans les organes digestifs, contiennent néanmoins un pus fétide exhalant toutà-fait une odeur stercorale des plus repoussantes, Il est probable pourtant que, dans ces cas, il a dû s’opérer quelque phénomène d’endosmose à travers les membranes d’enveloppe du foyer. Le pus renferme souvent accidentellement diverses substances; ce sont surtout la matière colorante xlu sang, ou ce liquide en nature, des débris du tissu cellulaire ou des organes, au milieu desquels il s’est formé; ou bien encore divers produits de sécrétion naturelle ou morbide, etc. Le pus fétide contient en outre de l’hydrogène sulfuré (Bonnet, de Lyon), de l’ammoniaque et de l’hydrosulfate d’ammoniaque ; il est alors alcalin , de neutre qu’il est naturellement. Enfin il est des pus particuliers, ne différant pas des pus ordinaires, ni par le microscope ni par les réactifs chimiques, bien qu’ils contiennent un principe virulent: tel est le pus de la morve, de la syphilis, des pustules varioleuses et vaccinales, etc. On a beaucoup discuté sur l’origine du pus; mais la seule opinion raisonnable consiste à regarder ce liquide comme un produit de sécrétion formé par les surfaces enflammées; il ne résulte donc pas, ainsi qu’on l’a dit, ni de la fonte des solides, ni d’une transformation du sang, et surtout de ses globules ou de la graisse. Mais, ainsi que cela a lieu pour toutes les sécrétions du corps, c’est le sang qui fournit les matériaux du pus aux dépens du sérum , qui , transsudant à travers les parois du réseau capillaire , éprouve aussitôt la modification qui le transforme en pus. Tout porte à croire que les globules sont constitues aux dépens de la fibrine qui est tenue en dissolution dans le sérum.
Nous avons dit précédemment qu’on rencontre le pus tantôt infiltré, tantôt réuni en un ou plusieurs foyers. Les abcès que nous rencontrons dans quelques viscères sont remarquables surtout par h rapidité avec laquelle le pus s’enkyste ; en effet, l’abcès date-t-il à peine d’une semaine que souvent on trouve déjà les parois tapissées par une membrane pvogénique, très dense, formée aux dépens du tissu cellulaire et de la lymphe coagulable , qui s’est épanchée dans la première période de l’inflammation. Inutile de dire qu’on la retrouve toujours dans les
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collections qui ont suivi une marche chronique. Les abcès qui appartiennent à la pathologie interne, en raison de leur siège profond , se fraient peut-être moins souvent une issue directe en dehors que par l’intermédiaire d’un organe creux. Dans quelques cas fort rares, le pus infiltré ou même réuni en foyer peut être résorbé; non que j’admette alors que les globules purulents sont résorbés en nature, supposition inadmissible quand on a égard à leur volume considérable; mais il y a probablement , comme le croit M. Bérard, un travail de dissolution qui les liquéfie et en permet l’absorption. Le pus retenu dans de vastes foyers, ou bien la suppuration continuant à se faire dans des foyers ouverts peut amener la mort, en produisant tous les symptômes de la fièvre hectique.
Gangrène. — La gangrène est une terminaison assez rare des inflammations qui sont du domaine de la pathologie médicale. La gangrène s’explique quelquefois par la violence de la phlegmasie ou l’obstacle qu’une compression extérieure a misa son développement; mais presque toujours il faut invoquer l’action d’une cause spéciale ou spécilique. (Voir l’article Gangrène.)
Ulcération. — C’est une lésion consécutive des phlegmasies que Hunter, le premier, a étudiée avec soin. L’ulcération consiste en une solution de continuité produite presque toujours dans les tissus membraneux (peau et muqueuses), par une absorption interstitielle. On peut dire de l’ulcération ce que nous disions tantôt de la gangrène, qu’elle est rarement l’effet d’une inflammation franche. Presque toujours, en effet, celle-ci n’est produite que lorsque l’inflammation survient dans le cours de certaines diathèses, ou bien lorsqu’elle a dans sa nature quelque chose de spécifique.
Induration. — L’induration n’est autre qu’une résolution incomplète de l’engorgement inflammatoire. La douleur cesse , ou elle est alors moins continue et surtout moins vive ; les signes de réaction s’éteignent ; les malades peuvent reprendre les habitudes de la santé , à moins pourtant que la lésion n’attaque un organe important. De toutes les phlegmasies qui sont du ressort de la pathologie médicale, l’inflammation de l’utérus est celle peut-être qui est le plus souvent suivie d’induration.
Variétés de l'inflammation. — Les variétés de l’inflammation sont relatives 'a sa marche , à sa nature spécifique ou non et à son siège.
1" Relativement à sa marche, l’inflammation est distinguée en aiguë et en chronique. L’inflammation aiguë est remarquable par l’intensité des symptômes généraux et locaux et par la rapidité de sa marche : c’est à elle qu’il faut rapporter tout ce que nous avons dit jusqu’à présent; mais on a en outre distingué deux autres degrés dans l’inflammation cju’on désigne sous les noms d’inflammation sur-aiguë et suh-aigvë. La
première n’est aulre que le degré le plus élevé de l’inflammation , c’està-dire caractères anatomiques très tranchés , violence des accidents , marche des plus rapides. Nous en avons vu précédemment un exemple dans la péritonite consécutive à la perforation intestinale. L’inflammation, au contraire, est dite sub-aignë lorsque les symptômes offrent peu d’intensité et lorsque leur marche est moins rapide que dans les inflammations ordinaires. L’état sub-aigu forme pour ainsi dire la transition de l’inflammation aiguë à l’inflammation chronique.
L’inflammation chronique est celle dont la marche est lente, et dont les symptômes généraux et locaux sont très modérés. Tantôt primitive , tantôt consécutive à la forme aiguë , l’inflammation chronique est un état morbide dont on a beaucoup parlé et auquel on a rapporté pendant longtemps la plupart des lésions de nutrition , les transformations des tissus et presque toutes les productions morbides ; cependant rien n’es! moins bien défini que ces mots: inflammation chronique. C’est ce qui explique pourquoi les uns en voient presque partout , tandis que d’autres, tout aussi peu sages, n’en trouvent nulle part et en contestent jusqu’à l’existence. Il est impossible, dans l’état actuel delà science, de faire cesser une pareille incertitude. Nous dirons seulement que, pendant la vie , l’inflammation chronique , quand elle est simple , ne produit pas une augmentation de la fibrine; la fièvre est souvent nulle ou peu intense , sujette à des variations nombreuses , et quand elle existe d’une manière permanente, elle offre les phénomènes et la marche que nous avons tracés précédemment en parlant de la fièvre heciique. L’inflammation chronique trouble constamment les fonctions de l’organe qu’elle affecte ; mais ces troubles n’ont , en général , rien de pathognomonique , cardes lésions bien différentes peuvent les faire naître. 11 en est de même de la douleur, qui peut manquer ou être intolérable sans néanmoins pouvoir fournir par elle-même aucune indication bien précise pour le diagnostic. Enfin la marche des accidents n’offre non plus rien de caractéristique et ne peut donner que des présomptions. Les tissus chroniquement enflammés ont perdu pour la plupart leur couleur normale; ils sont ordinairement noirâtres, bleuâtres, gris ardoisé; maisde même que la rougeur de l’état aigu, les diverses colorations ne sauraient jamais caractériser une phlegmasie existante; elles ne peuvent signifier rien aulre si ce n’est que la partie a été, à une époque plus ou moins éloignée, le siège d’une forte hypérémie et probablement d’une inflammation aiguë ; car la couleur bleue ou noire est une transformation de la couleur rouge, et résulte, comme l’a prouvé limiter, du changement que le sang subit toutes les fois que ce liquide cesse de se mouvoir. Les tissus chroniquement enflammés ont tous subi quelque changement important dans leur nutrition, la plupart sont augmentés de volume; ils sont indurés, plus résistants mais cassanis. parfois ulcérés, mais on retrouve toujours
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tous les éléments constitutifs de l’organe , et il est possible encore de les reconnaître et d’en déterminer la structure. Sous ce rapport, les désordres produits par l'inflammation chronique sont essentiellement différents de ceux qu’entraînent certaines transformations organiques qui détruisent l’organe et mettent à sa place un produit accidentel. Enfui, l'inflammation chronique peut produire la suppuration; le pus est toujours alors réuni en foyer.
L’inflammation a été aussi divisée en simple et en spécifique. Une inflammation est simple , dit Thomson , lorsqu’il n’v a rien de particulier dans la constitution de la personne qui en est affectée , ou dans la nature et le mode d’action des causes excitantes qui l’ont produite. Dans le cas contraire, l’inflammation est dite spécifique : ainsi les pustules varioleuses, les chancres syphilitiques, peuvent être considérés comme des phlcgmasics spécifiques, en raison de la cause qui les fait naître , de leur marche et de la propriété contagieuse du pus qu’elles produisent. Les phleginasies diphthériliques, comme l’angine couenneuse , doivent encore être rangées parmi les phlegmasies spécifiques, non seulement en raison de la production pseudo-membraneuse, qui est un phénomène déjà insolite par lui-même, mais à cause aussi de la marche de l’affection, des symptômes généraux qui l’accompagnent, de sa propriété contagieuse, de sa reproduction facile et de l’efficacité de certaines médications. C’est aussi en raison dp la cause spéciale qui les fait naître, de leur marche et du traitement qu’elles réclament, qu’on doit regarder comme spécifiques les inflammations qui accompagnent les fièvres intermittentes anomales, qui suivent la même marche qu’elles et sont attaquables par la même médication. Ainsi les inflammations spécifiques , au nombre desquelles on doit aussi comprendre la dysenterie, et peut-être quelques autres encore, sont remarquables en ce qu’elles ne peuvent jamais être produites par les causes générales des inflammations ordinaires; quelques unes ont une marche fixe, une terminaison invariable, et ne sont jamais modifiées par le traitement qui réussit généralement contre la plupart des phlegmasies. Mais doit-on aussi, comme le croit Thomson, classer dans les phlegmasies spécifiques celles qui, nées pendant certains étals constitutionnels ou par leur influence, reçoivent de ceux-ci quelques caractères spéciaux, et exigent des modifications dans le traitement? Nous ne le croyons pas; car dans les cas dont nous parlons rien ne prouve que l’inflammation soit d’une autre nature que les phlegmasies simples, ilien, en effet, n’est changé dans son essence; seulement sa physionomie présente certaines particularités en raison d’une altération générale, d’un état constitutionnel ou d’une diathèse; il y a seulement ici complication , mais non pas précisément changement de nature.
Les inflammations différent encore beaucoup entre elles relativement
à leurs symptômes et à leur marche , suivant les tissus et les organes qu’elles affectent : c’est ce dont on a pu juger précédemment; mais on s’en convaincra mieux par la suite. Des considérations à ce sujet devant nous entraîner trop loin, nous nous bornerons ici à faire connaître les différences anatomiques qui distinguent les inflammations dans quelques uns des principaux tissus où nous les rencontrerons plus tard.
Dans les membranes muqueuses, l’inflammation produit toujours une coloration insolite d’un rouge plus ou moins vif quand la phlegmasie est aigue, noire violacée ou grisâtre quand elle est chronique. Celle-ci est permanente ; la mort lie la diminue point; tandis (et ceci est incontestable) que la couleur rouge peut diminuer plus ou moins dans les derniers instants de la vie , de manière à laisser peu de traces sur le cadavre. Mais pour peu que l’inflammation ait eu une certaine durée , elle entraîne après elle diverses altérations dans la nutrition du tissu membraneux, qui devient friable, ramolli, parfois aminci, plus souvent épaissi , grenu , mamelonné à sa surface, qui peut être tapissée par une exsudation crémeuse , couenneuse ou purulente. Êhffn il peut exister des ulcérations qui tantôt siègent sur le tissu membraneux lui-même , et tantôt n’affectent que l’appareil folliculaire. Il est aujourd’hui incontestable que les membranes muqueuses enflammées peuvent sécréter du pus sans être ulcérées; mais toutes ne produisent pas ce fluide avec la même facilité : ainsi il en est (pii , sauf les cas où elles sont ulcérées , ne laissent peut-être jamais exhaler du pus: telle est, par exemple, là muqueuse des organes digestifs. Au contraire, le conduit auditif, la caisse du tympan , les sinus de la face, les voies pulmonaires, la conjonctive, le vagin, et surtout la muqueuse urétralc, sécrètent du pus avec une grande facilité.
L’inflammation des muqueuses, quelque intense qu’elle soit, ne détermine probablement jamais des adhérences contre nature; celles-ci ne sont produites que dans le cas où il s’est formé quelque solution de continuité. Hunter paraît contester l’exactitude de cette proposition; car il a avancé que, quand la phlegmasie est violente, elle amène une exsudation de lymphe coagulable qui produit l’adhésion des parois entre elles. Il dit l’avoir observée plusieurs fois dans l’intestin , notamment à la face inlerlie d’une anse intestinale qui avait été étranglée dans une hernie. Mais est- il bien prouvé que dans ce cas la muqueuse n’eût pas subi une solution de continuité?
Les membranes muqueuses, détruites par l’inflammation , peuvent se reproduire aux dépens du tissu cellulaire subjacent. La membrane nouvelle, plus pâle ou bien bleuâtre, n’a jamais la couleur de l’ancienne; elle est dépourvue de velouté et de follicules, elle est lisse et ressemble h une membrane séreuse. Mais, au bout d’un temps plus ou moins long, elle acquiert toutes les propriétés des muqueuses, et il
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devient impossible de distinguer alors la membrane de formation nouvelle, des parties environnantes. Ainsi , la cicatrisation des ulcérations des muqueuses, ne se fait jamais par rapprochement des bords, de manière à rétrécir l’étendue de la cavité. Ce mode de cicatrisation n’a lieu que lorsque la perte oe substance frappe en même temps les tissus subjacents : telle est, par exemple, pour l’intestin et l’estomac, la destruction des tuniques muqueuse, celluleuse et musculaire.
L’inflammation des membranes séreuses est essentiellement caractérisée par la sécheresse et plus tard par la sécrétion d’un liquide purulent, ou d’une sérosité trouble, contenant en plus ou moins grande abondance une matière albumino fibrineuse. 11 n’y a ni épaississement ni rougeur. L’épaississement qu’on a cru exister quelquefois n’est qu’apparent et dépend de la concrétion de la matière épanchée ; il suffit, en effet, de la détacher pour trouver au-dessous d’elle la séreuse parfaitement lisse et polie. Si on l’examine en place, la membrane paraît véritablement rouge et injectée , mais cette coloration 11e lui appartient pas ; elle dépend en effet du tissu cellulaire subjacent , car si on détache la séreuse avec soin, sans entraîner le tissu cellulaire qui la double, on ne parvient à découvrir aucun réseau vascuiaire. Cependant je n’oserais affirmer qu’il en soit toujours ainsi, car maintes fois il m’a paru que l’injection sanguine avait pénétré le tissu même de la membrane ; cela se remarque surtout dans les phlegmasies anciennes. D’ailleurs, il résulte d’une pièce pathologique vue par M. Roux, en Italie, et des recherches récentes de M. Bourgery, que les membranes séreuses sont susceptibles d’injection, c’est-àdire qu’on peut voir, d’une manière distincte, des vaisseaux sanguins dans leur épàisseur (Dubois, d’Amiens). L’inflammation qui rend quelques séreuses friables et cassantes (arachnoïde, péritoine), n’altère point la consistance de quelques autres (plèvre et peut-être péricarde). La phlegmasie des séreuses est essentiellement adhésive. Les adhérences se font au moyen de la matière fibrino-albumineuse, qui se concrète, se pénètre rapidement, parfois au bout de peu de jours, de vaisseaux sanguins, et subit à la longue diverses transformations. Elle finit enfin par constituer des brides celluleuses et fibreuses qui réunissent entre elles les points opposés de la séreuse. D’autres fois, elles 11e forment que des plaques opaques ayant beaucoup d’analogie avec l’albumine de l’œuf, plaques qui souvent ne sont qu’appliquées à la membrane, car on peut les soulever et les détacher entièrement sans détruire le poli de la séreuse. Les inflammations dont je parle sont encore remarquables par l’acuité de leurs symptômes , par leur marche rapide et par leur peu de tendance à se terminer soit par ulcération , soit par gangrène.
Nous ne croyons pas devoir pousser plus loin l’étude de l’inflammation dans chaque tissu ; car plus tard nous consacrerons des articles spéciaux aux phlegmasies des tissus nerveux, artériel, veineux , muscu-
laire, etc. Les inflammations parenchymateuses se présentent avec des caractères si variés, en raison de la diversité d’organisation des parties, qu’elles ne peuvent se prêter à aucune généralité. Enfin l’inflammation de plusieurs autres tissus, comme celui des os, ne doit point nous occuper, et rentre dans le domaine de la chirurgie.
Diagnostic. — Les phlegmasies extérieures sont toujours d’un diagnostic facile ; il n’en est pas de même de celles qui sont profondément cachées; car quelquefois elles ne trahissent leur existence que par des troubles sympathiques, comme la fièvre, sans exciter des symptômes locaux. Dans ces cas obscurs , on peut tirer grand avantage des recherches de MM. Andral et Gavarret sur le sang : ainsi lorsqu’on trouve que la proportion de fibrine est plus considérable , lorsque le sujet n’étant point chlorotique on voit le caillot se recouvrir d’une couenne épaisse, il faut en conclure qu’il existe une phlegmasie quelque part, et l’on doit alors chercher à en préciser le siège par l’exploration attentive de tous les organes, de toutes les fonctions.
Sur le cadavre, il faut bien se garder de conclure à l’existence d’une inflammation d’après la considération d’un seul caractère : nous avons dit et nous répétons encore ici, que la rougeur, quelque vive qu’elle soit, est un signe trompeur et toujours insuffisant. Au contraire, une exsudation plastique , fibrino-albumineuse , est un signe certain , pathognomonique. Je n’ose en dire de même de la suppuration ; car le pus n’indique pas nécessairement la préexistence d’un, travail inflammatoire dans le lieu où on le trouve. Quelquefois , en effet , il semble n’y avoir été que déposé : c’est ce que nous avons vu pour maints abcès consécutifs de la variole; c’est aussi ce que nous verrons plus tard en traitant de la phlébite.
Ce serait le lieu de dire ici en quoi l'inflammation diffère de l’irritation , mot qui pendant quinze ans a fait la fortune d’un système. L’irritation était définie par Broussais : la. contraction jwrtée au-delà de certaines limites ; par M. Roche, l’un de ses élèves les plus distingués: une augmentation de l'action organique moléculaire d'un tissu. L’irritation était un état maladif résultant de la propriété qu’ont les tissus vivants d’être impressionnés par les stimulants : ainsi quand on introduit 5 centigrammes d’émétique dans l’estomac , qu’on excite la sécrétion folliculaire de la muqueuse et la contraction de la tunique musculaire , on produit le phénomène de l’irritation. L’irritation était un état pathologique primordial qu’on voyait partout et par lequel tout s’expliquait , suivant le point où on le faisait agir. L’irritation n’était pas encore l’inflammation , mais elle en constituait le premier degré ; car lorsque, agissant sur les capillaires sanguins, elle déterminait les phénomènes locaux caractérisant l’inflammation , on disait que l’irritation était inflammatoire. L’inflammation était, en d’autres termes, l’irritais
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lion avec appel plus considérable de sang que des autres fluides ; tandis que la subinflammation était l’irritation avec appel plus considérable de fluides blancs que des autres fluides. Je ne poursuivrai pas davantage la démonstration de ces idées, aujourd’hui vieillies d’un siècle, et qui ne peuvent plus que figurer dans l’histoire des erreurs de la science. J’ai seulement voulu définir à ceux qui entrent dans la carrière le mot qui avait servi à un homme d’un talent prodigieux à révolutionner toute la médecine; mot qu’ils entendront encore quelquefois prononcer par quelques rares adeptes; mais aujourd’hui où tant de sévérité est exigée dans les recherches et le langage scientifiques , on ne doit plus se servir du mot irritation qui n’indique à l’esprit rien de défini, par cela seul qu’on l’a appliqué à tous les phénomènes pathologiques.
Pronostic. — Le pronostic se calcule surtout d’après l’importance de l’organe affecté, l’étendue de la phlegmasie, sa nature, sa tendance naturelle vers telle ou telle terminaison. Enfin on tiendra également compte de l’état des forces, de la violence des symptômes généraux et sympathiques, de l’âge et de la constitution des sujets, et de l’époque à laquelle le traitement est commencé.
Causes de l’inflammation. — Les causes des inflammations sont très nombreuses; les unes agissent directement, telles sont toutes les violences extérieures , l’application des substances irritantes et caustiques; les autres agissent indirectement et d’une manière à peu près inexplicable, telles sont, par exemple, les inflammations de la gorge qui succèdent à un refroidissement des pieds, etc. Parmi ces causes indirectes de l’inflammation , on doit ranger encore toutes les substances qui , prises intérieurement , vont agir loin du point où elles ont été appliquées ; tel est le mercure , qui , pris à petites doses , peut enflammer la muqueuse buccale. D’autres fois , il est difficile de dire si ces substances agissent consécutivement à leur absorption , ou si l’inflammation qu’elles provoquent ne résulte pas d’une action sympathique exercée par l’organe avec lequel elles ont été mises en contact; telles sont, par exemple , toutes ces affections inflammatoires de la peau , qui naissent après i’ingestion de certains fruits, de certains coquiHages ou de certains poissons. A côté de ces causes indirectes viennent encore se ranger tous les poisons morbides, comme la plupart des virus*; il est vrai qu’il en est , comme le pus variolique, qui peuvent agir sur le point de contact, mais dont néanmoins les effets les plus considérables se remarquent consécutivement à leur absorption. La plupart des inflammations ordinaires non spécifiques naissent sans le concours d’aucune cause déter-? minante appréciable ; on les dit alors spontanées. Quelques unes reconnaissent, au contraire, l’intervention d’une cause excitante. Les écarts de régime, les fatigues excessives, les émotions morales vives, et surtout l’action brusque du froid sur le corps échauffé , sont les circonstan-
ces que nous invoquerons le plus souvent pour expliquer le développement des phlegmasies. Le froid est, en effet, la cause occasionnelle la plus commune , et une des plus puissantes ; mais beaucoup de personnes en ont encore exagéré l’importance en lui rapportant le développement de toutes les phlegmasies de l’appareil respiratoire. J’ai dit ailleurs (1) que la source de cette erreur était dans un interrogatoire insuffisant ou mal dirigé. Si, en effet, on demande aux malades atteints actuellement de certaine phlegmasie s’ils se sont refroidis , le plus souvent ils vous répondront par l’affirmative; mais en précisant davantage les questions, on ne tarde pas à se convaincre que beaucoup confondent le refroidissement avec le frisson d’invasion qui marque si souvent le début de beaucoup de phlegmasies : d’autres confondent avec le refroidissement la sensibilité plus grande au froid extérieur dans l’invasion ou pendant les prodromes des maladies aiguës. Enfin , on trouve encore une cause d’erreur dans l’opinion de certains malades qui , ayant mal à la gorge , étant enrhumés ou atteints de pneumonie, veulent à toute force expliquer leur maladie par un refroidissement dont ils n’ont eu cependant aucune conscience, parce qu’ils ne conçoivent pas que leur maladie puisse reconnaître d’autre cause que l’action du froid. Mais le médecin instruit ne partagera pas ces préventions ; il tâchera d’arriver à la connaissance de la vérité en interrogeant les antécédents du malade, et s’il constate l’action du froid, il ne devra pas oublier que cette cause n’a pu agir qu’en vertu d’une prédisposition antérieure du sujet; ce qui le prouve c’est que la personne avait été exposée maintes fois à l’action de la même cause sans en éprouver aucun effet fâcheux.
L’inflammation reconnaît une foule de causes prédisposantes; c’est ainsi que nous verrons l’âge, le sexe, les climats prédisposer à différentes phlegmasies. Pendant longtemps on a considéré une constitution forte et robuste , et l’état de pléthore , comme prédisposant beaucoup aux phlegmasies ; mais une observation plus exacte a démontré que celte croyance était erronée, et il est reconnu aujourd’hui que la faiblesse prédispose bien plus aux inflammations que l’état opposé, probablement parce que, dans le premier cas, les individus sont plus attaquables cl résistent moins aux causes. Mais si l’état de force et de pléthore ne prédispose pas à l’inflammation, cette circonstance a pour effet d’augmenter l’intensité des symptômes de réaction. Enfin , il existe des prédispo sitions qui tiennent à* l’organe lui-même, à sa position, à la nature de ses fonctions, et il est en outre démontré pour plusieurs phlegmasies qu’un organe y est d’autant plus exposé qu’il en a déjà été atteint un plus grand nombre de fois.
Traitement. — Les premières indications à remplir dans le iraitc-
(I) Voir mon Traité de la Pneumonie, p. 148 et suiv.
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nient de toute inflammation consistent à éloigner, toutes les fois qu’on le peut , les causes excitantes qui ont fait naître la maladie , à soumettre l’organe affecté au repos le plus absolu ; puis on cherchera à attaquer la phlegniasie elle-même. Les antiphlogistiques sont les agents les plus efficaces, et ceux qui, diversement modifiés, sont applicables à presque tous les cas. Les saignées générales et locales sont la base de la médication antiphlogistique. Les premières conviennent toutes les fois que la phlegmasie est assez étendue et assez grave pour exciter un mouvement fébrile un peu intense. Cependant l’intensité de la fièvre ne doit pas seule guider le médecin, maison doit aussi avoir égard à l’importance# de l’organe affecté. C’est ainsi que deux malades étant donnés, ayant l’un et l’autre une fièvre modérée , et qui sont atteints l’un de pneumonie, l’autre d’érysipèle à la face, il y aura ordinairement nécessité, urgence de saigner le premier , tandis que le plus souvent on pourra s’en dispenser pour le second. Il faut , dès à présent , bien se persuader que la saignée n’est pas un remède applicable ou nécessaire à toutes les inflammations; il en est, en effet, qui guérissent aussi bien et même mieux sans son intervention ; aussi doit-on s’en dispenser; car il faut s’habituer à considérer la saignée comme un moyen puissant mais dangereux, dont on abuse facilement , et auquel pourtant il est impossible de remédier , lorsqu’on l’applique d’une manière inopportune. 11 faut donc n’y recourir que lorsque l’indication est bien précise. Il en est d’ailleurs de la saignée comme de tous les remèdes que j’appellerais rationnels, qui ne sont doués, par rapport à la maladie contre laquelle on les dirige, d’aucune vertu spécifique, et qui paraissant indiqués par la nature de l’affection aussi bien que par l’appareil symptomatique , échouent néanmoins, et sont même manifestement nuisibles dans certains cas, tandis que d’autres médications sont couronnées de succès. Cette inconstance du remède tient au genre différent des constitutions médicales dont on a eu tort de nier l’influence et jusqu’à l’existence. Cependant les constitutions médicales dominent la thérapeutique; c’est une vérité que les théoriciens ouïes ignorants out pu méconnaître, mais qui a toujours été proclamée par les grands praticiens. Ainsi donc il faut s’attendre à voir dans certains cas, et pendant plusieurs mois de suite , la saignée échouer ou être nuisible contre certaines phlegmasies, dans lesquelles on est habitué à les voir réussir. L’emploi de la saignée peut trouver en outre des contre-indications tenant à l’individu; ainsi une faiblesse excessive , un âge trop tendre ou une constitution détériorée, un état chlorotique, peuvent être parfois un obstacle à toute émission sanguine; mais le plus souvent ces circonstances indiquent seulement d’y recourir avec plus de prudence et de ménagement. On conçoit bien qu’il est impossible de tracer à ce sujet aucune règle fixe , car tout ici est subordonné au tact du médecin. Il est
néanmoins des circonstances où les plus expérimentés hésitent; il arrive , en effet, souvent qu’en présence d’un malade atteint d’une pldegmasie grave , et dont les forces sont prostrées , on ne sait si cette adynamie est réelle, ou si elle n’est que simulée , apparente. On hésite alors entre tirer du sang et tonifier. Pour se diriger dans un cas aussi épineux , on devra avoir égard aux circonstances suivantes. Si on a à faire à un individu débilité avant l’invasion de la phlegmasie , par une maladie antérieure, par des veilles, des chagrins, etc. , il est à peu près certain que l’adynamie qu’on observe est réelle , car la simple oppression des forces a lieu généralement dans des conditions opposées, c’està-dire chez des sujets bien constitués et 'dans la force de l’âge. Ajoutons que lorsque les forces ne sont qu’opprimées , les malades présentent des symptômes adynamiques dès le début , et les offrent même à un haut degré, tandis que l’adynamie véritable est en général progressive, et n’arrive qu’à une époque plus avancée. On aura encore égard aux effets -que produisent sur les forces les hémorrhagies naturelles; enfin , dans le doute, on fait pratiquer une petite saignée exploratrice, et, suivant les effets qu’on en obtient, c’est-à-dire suivant que les forces se relèvent ou se prostrent davantage , on insiste sur ce moyen ou on y renonce ton t-à-fait pour recourir à la médication tonique.
Les saignées sont d’autant plus avantageuses qu’on les pratique à une époque plus rapprochée du début, mais il ne faut pas croire avec quelques anciens auteurs qu’il existe un temps au-delà duquel on ne doive plus répandre de sang ; c’est une grave erreur que les hommes les plus expérimentés des derniers siècles ont partagée, mais aujourd’hui il est bien reconnu que l’emploi des émissions sanguines doit être subordonné à la nature des symptômes généraux et locaux sans avoir égard à l’âge plus ou moins avancé de la maladie qui ne doit jamais entrer en ligne de compte. Non seulement il faut saigner le plus tôt possible , mais encore quand la violence de la maladie l’exige et quand les forces le permettent; on doit tirer une grande quantité de sang à la fois, c’est-à-dire U à 600 grammes, et s’il faut recourir plusieurs fois à la saignée, on doit le faire à des intervalles assez rapprochés, par la raison que la phlegmasie est d’autant plus attaquable qu’elle est moins ancienne. Mais dans aucun cas on ne peut déterminer d’avance, même approximativement , le nombre de saignées qu’il faut faire et la quantité de sang qu’on doit retirer à chacune d’elles ; car l’abondance et le nombre des saignées doivent être subordonnées à l’âge des malades, à leur constitution , à l’état antérieur de santé ou de maladie, à la violence des symptômes généraux et locaux , et enfin , comme nous l’avons déjà dit , aux constitutions médicales régnantes. L’aspect plus ou moins couenneux du sang ne peut, comme on l’a cru pendant longtemps, comme le croient encore quelques médecins, fournir une indication pour
réitérer la saignée, puisque nous avons vu que la couenne pouvait exister dans l’anémie, que par conséquent elle devient d’autant plus parfaite que l’un saigne davantage, bien que l’inflammation ait cessé de s’accroître. Par les saignées convenablement faites, on peut espérer de soulager presque toujours les malades , d’en guérir beaucoup qui , sans elles, auraient succombé, et d’abréger la maladie de ceux qui auraient pu guérir sans son secours. Mais le jeune médecin ne doit pas oublier que quelque abondantes et quelque nombreuses que soient les saignées, elles n’ont pas le pouvoir d’enlever brusquement la maladie . de l’arrêter tout-à-coup dans sa marche quand elle débute On verra, en effet, plus tard qu’on ne jugule ni la pneumonie, ni la pleurésie, ni les érysipèles de la face, ni les angines, ni toutes les phlegmasies franches et déjà bien établies. On se convaincra que ces maladies ont, pour ainsi dire, un cours nécessaire, et que, nonobstant une méthode active de traitement, il n’est pas en notre pouvoir de les empêcher de s’accroître pendant quelque temps. Cette proposition , qui est admise par MM. Chomel et Louis, et que j’ai moi-même développée dans mon Traité de la pneumonie , a reçu une confirmation nouvelle des recherches de M. Andral, qui a vu que , quelque abondantes et quelque rapprochées que soient les saignées, la fibrine n’en va pas moins toujours en augmentant, si ces saignées sont faites dans les premiers temps d’une inflammation tant soit peu intense, c’est-à-dire dans la période ordinaire d’augment de la maladie. Les saignées générales conviennent , avons-nous dit , toutes les fois que la phlegmasie est assez grave pour exciter une réaction notable; elles suffisent le plus souvent seules, d’autres fois il convient de leur associer les saignées locales faites par des sangsues ou des ventouses scarifiées. Celles-ci sont surtout efficaces, dans les inflammations qui s’accompagnent d’une vive douleur ou d’une congestion très considérable. Il faut, dans tous les cas, mettre les sangsues le plus près possible du mal ou sur des parties qui ont avec les organes malades des rapports vasculaires ou sympathiques ; on doit aussi mettre un nombre suffisant de sangsues ou de ventouses pour opérer une déplétion locale suffisante, car si on agissait autrement, loin de diminuer la fluxion on l’augmenterait. Les émissions sanguines locales suffisent quelquefois pour amener à bonne fin certaines phlegmasies peu intenses superficielles ou affectant des tissus membraneux.
Les inflammations peuvent encore être attaquées par plusieurs ordres de médicaments dont le mode d’action , quoique inconnu , n’en est pas moins remarquable. C’est ainsi que nous verrons les préparations mercurielles administrées à l’intérieur, et à l’extérieur .en frictions, amener la résolution de phlegmasies très graves. On a supposé, dans ces cas, que le mercure agissait en fluidifiant le sang ; mais cette opinion, qui n’a jamais été démontrée expérimentalement, est , au contraire , en opposi-
tion avec les faits de M. Andral, qui a vu, dans les stomatites mercurielles, la quantité de fibrine s’accroître comme dans les phlegmasies ordinaires. Nous ignorons donc jusqu’à présent le mode d’action du mercure. Il est encore un autre ordre d’agents thérapeutiques, connus sous les noms de contre-stimulants ou Ol hyposténisants , et à l’aide desquels on combat beaucoup de phlegmasies. Celte méthode, d’origine italienne, a été créée par Rasori, et agrandie depuis lui par Tommasini, et surtout par le professeur Giacomini, de Padoue. Elle consiste à administrer certains médicaments énergiques à des doses considérables , sans que ces substances déterminent les effets toxiques qu’elles produiraient chez un homme sain, sans même observer les effets naturels physiologiques qu’elles produisent quand on les donne à moindre dose. C’est ainsi que les malades peuvent prendre 1 gramme et plus d’émétique, sans éprouver ni vomissements , ni selles. Pour expliquer cette action remarquable, Rasori et son école ont supposé que la vie était le résultat de deux forces actives, mais opposées, qui se contre-balancent dans l’état de santé ; tandis que la prédominance de l’une d’elles entraîne nécessairement un état de maladie. Ces deux forces sont nommées stimulus , et contre-stimulus a stimulation et la contre-stimulation étant l’effet de ces deux forces mises en jeu. Lorsque l’une d’elles est en excès, elle produit un état morbide que l’école italienne nomme diathèse, et donne à l’économie Y aptitude de supporter des doses considérables de médicaments très actifs , destinés à rétablir l’équilibre. Les contre-stimulants , tels que l’émétique, la digitale, l’acide cyanhydrique, le sulfate de quinine et une foule d’autres substances sont donc des agents ou des puissances qui produisent sur l’organisme des modifications opposées à celles qui résultent de l’action du stimulus; quand elles sont bien supportées par l’organisme , sans exciter aucune évacuation, on dit qu’il y a tolérance. Je ne veux ici juger ni la théorie , ni la méthode, mais j’ai tenu à les faire connaître en quelques mots, et à définir les expressions dont elles ont consacré l’usage, pour l’intelligence de ce que nous dirons plus tard , quand nous les appliquerons au traitement de quelques phlegmasies. Pour terminer, nous dirons que certaines inflammations des téguments ou des muqueuses sont souvent heureusement modifiées par des agents irritants et caustiques, et qui, d’après la théorie, sembleraient devoir produire un effet tout contraire. C’est ainsi que des ophthalmies, des urétrites, des cystites, des vaginites, des pharyngites cl des redites chroniques cèdent rapidement à une ou plusieurs cautérisations par l’azotate d’argent: il semble alors que ce médicament agisse en changeant le mode de vitalité des parties; ou si l’on veut, à une phlegmasie rebelle ou spécifique il substitue une phlegmasie nouvelle, simple et plus facilement curable.
Le traitement des inflammations se compose encore d’une foule de
DES INFLAMMATIONS
moyens adjiivanis ; les principaux sont : l’abstinence, qui doit nécessairement et toujours accompagner les antiphlogistiques, l’usage des boissons douces, l’emploi des cataplasmes et fomentations émollientes, des bains locaux et généraux, les applications froides et astringentes, la compression dans quelques cas particuliers, et enfin les révulsifs. Ces derniers s’appliquent tantôt sur le tube digestif, ce sont les émétiques et les purgatifs; tantôt sur la peau , ce sont les synapismes , les pédiluves, les manuluves irritants, les vésicatoires, les emplâtres et pommades déterminant la rubéfaction ou la formation de vésicules et de pustules. Les moyens révulsifs sont très efficaces , on les applique tantôt le plus loin possible de l’organe malade , tantôt dans le voisinage. Les premiers conviennent, en général , à toutes les périodes de la maladie , même au début ; les seconds, au contraire, souvent nuisibles quand la maladie commence , ne sont guère indiqués qu’à une période avancée , quand l’affection traîne en longueur ou tend à passer à l’état chronique.
Il est un symptôme prédominant dans quelques phlegmasies qu’on ne doit jamais négliger, c’est la douleur; car, quand elle est trop vive, elle a pour effet ordinaire d’augmenter la congestion locale. On devra donc , dans les cas où elle n’est pas modifiée par le traitement antiphlogistique , l’attaquer par les narcotiques administrés à l’intérieur ou appliqués localement. On peut le faire sans crainte, car depuis longtemps nous avons reconnu combien étaient mal fondées les appréhensions de beaucoup de médecins, contre l’emploi des narcotiques dans le cours des phlegmasies. Les inflammations s’accompagnent en outre fréquemment de divers accidents qui parfois prédominent tellement qu’ils peuvent devenir la source de l’indication principale. Ainsi, les troubles nerveux exigent souvent qu’on ait recours aux médicaments connus sous le nom d 'antispasmodiques. Enfin , fréquemment la débilité , la prostration des malades est telle qu’on doit, sans s’inquiéter de l’affection locale, se préoccuper exclusivement de l’état général, c’est-àdire qu’on essaie alors de relever les forces par les toniques et les corroborants , on obéit à ce que les anciens nommaient l’indication vitale , sauf , plus tard , à reprendre le traitement de la phlegmasie s’il en est besoin et si les forces le permettent.
Après ces considérations préliminaires nous passons à l’étude des inflammations en particulier.