‹ Traité élémentaire et pratique de pathologie interne. v. 2 (volume 2)Chapitre 1 sur 148 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

La pathologie est cette branche de la médecine qui a pour objet la connaissance des maladies. C*est la science de l'homme souffrant; comme la physiologie est ta science de l'homme en santé. La pathologie, ainsi que M. Chomel le remarque, ne traite pas seulement de' la classification des maladies, de leurs causes, de leurs symptômes et de leurs signes, mais elle comprend encore dans son domaine leur siège, les phénomènes qui les précèdent et les suivent, leur marche, leur durée, leurs modes de terminaisons, leurs retours, leurs foimes diverses, leurs complications, les lésions qu'elles apportent dans la texture, des organes, leur traitement préservatif et curatif, ce qui, en effet, constitue tout autant de points essentiels de leur histoire.

La pathologie médicale a fiiit depuis un siècle d'immenses progrès : l'anatomie pathologique, que Bonet n'avait fait qu'ébaucher, a été définitivemait ojiistituée par Horgagni; Bichat a créé l'anatomie générale. Digne continua*teoî des grands physiologistes du xvui* siècle, il a, par lu conduite ingénieuse de ses expériences, pai* les méthodes sévères qu'il a introduites, par les résultats nouveaux auxquels il est parvenu, donné une face nouvelle à la physiologie et imprimé à la science comme à la pratique de la médecine la plus heureuse impulsion.

Outre ces grands résultats, l'art s'est enrichi de nouveaux procédés d'expioratioD. La percussion, découverte par Avenbrugger, l'auscultation, créée par le génie de Laénnec, ont été perfectionnées, étendues dans leurs appWoai» tioDfl ; la chimie, à rmàe de métbodee plus sûres, plus parfaites, a fait dècpMl' nit^peadÊDib rie comiae jt^^rès la nHXt, ime foule d'altérationa inoMBOM

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OU mal définies jusqu'alors, et a, de la sorte, non-seulement puissamment éclairé le diagnostic, mais dirigé en outre la thérapeutique dans des voies nouvelles. Cette application des méthodes exactes à la recherche des maladies a fait disparaître, condamner sans retour une foule d'idées abstraites, systématiques, qui ont longtemps obscurci le diagnostic, fait dévier la thérapeutique, et qui, donnant à la médecine l'air d'un roman plutôt que d'une science exacte, avaient ainsi contribué à la discréditer.

Non-seulement l'observation est devenue plus parfaite et l'expérimentatiou plus rigoureuse, mais pour s'élever de la connaissance des faits particuliers à celle des faits généraux, on ne s'est plus fie k la mémoire, aux impressions vagues, aux inspirations théoriques ; on a recueilli des faits nombreux, on les a comparés et comptés, et, par ce rapprochement, par cette analyse, par cette numération, on est arrivé à des déductions rigoureuses, à la connaissance de ({uelques lois précises, à des résultats positifs en séméiotique, en étiologie, comme en thérapeutique.

La science moderpe peut être fière de ces conquêtes, elle n'a rien à envier aux siècles précédents. Mais la pathologie, eu agrandissant son domaine* en perfectionnant ses méthodes, est devenue par cela même plus longue, plus difficile à étudier. Le diagnostic est surtout la partie de la pathologie qui offre les difficultés les plus grandes. Il constitue d'ailleurs le fondement de la médecine pratique, puisque sans lui le pronostic est impossible, la thérapeutique incertaine, et parfois même meurtrière. On ne parviendra à surmonter les obstacles que cette étude présente et à saisir à propos les indications que si, doué d'un jugement sain et de sens intacts, on se livre avec persévérance, avec ardeur, à l'observation des malades. La lecture des meilleurs ouvrages ne peut suppléer à l'étude clinique : sans elle l'éducation médicale est impossible; elle seule peut donner au médecin le vrai savoir, qui consiste bien moins à connaître ce que les autres ont dit qu'à juger d'après soi-même.

L'ordre suivant lequel les maladies doivent être étudiées n'est pas chose indiilërente. Dans les traités de médecine publiés jusqu'à présent, on a suivi trois méthodes principales de classification ; ce sont : l'ordre alphabétique^ Kprdre anaiomique, Vorâve philosophique. Ce dernier est le seul qu'on doive smvre; c'est celui, par conséquent, que nous avons adopté.

La méthode alphabéti(|ue est sans contredit la plus irrationnelle. Classer,

en effet, les maladies, d'après la ressemblance des noms ou le haiard de la

/eitrû wit'mle, c'est vouloir tomber dans la plus déplorable confusion en pla-

(mnâ iakéjea uom de$ autres les maladies lea pVua diiattiisiQAAki^ XL«c^%Ai

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mire elles aucune analogie de siège et de nature, tandis qu'on sépare celles i|ui ont des caractères communs.

La méthode anatomique lui est de beaucoup préférable. Celle-ci consiste ï diviser les maladies suivant les organes ou les appareils qu'elles affectent : file a pour avantage de réunir dans un même cadre toutes les maladies dont une partie peut être atteinte. Mais elle a, comme la méthode alphabétique^ le grave inconvénient de disperser les maladies congénères qui, comme les inflammations, les hémorrliagies, les névroses, etc., se prêtent à des considérations générales dont Texposition prépare convenablement l'esprit du lecteur et évite par la suite beaucoup de répétitions inutiles. Cet ordre, tout illogiqae qu'il est, pourrait, aussi bien que la méthode alphabétique, être taiéré pour un manuel destiné aux praticiens; mais il est essentiellement vicieux dans les livres élémentaires, car les maladies diverses dont un organe est atteint déterminant une foule de symptômes communs, il en résultera souvent une grande confusion dans l'esprit du commençant. Très souvent auisi le rapprochement, le voisinage de certaines maladies fera croire qu'il existe entre elles des rapports de cause à effet. Enfin un dernier inconvénient, non moins grave que les précédents, c'est que bon nombre de maladies n'ayant pas de siège déterminé, l'ordre anatomique n'est plus applicable à une partie considérable de la pathologie; et si Ton s'obstine alors à suivre la classification anatomique, ce n'est qu'à la condition défaire des rapprochementa souvent monstrueux et de résoudre sans la moindre preuve, par simple inspiration théorique, des questions encore indécises et souvent même insolubles.

Reste enfin l'ordre philosophique ou, pour parler plus exactement, la

méthode nosologique, consistant à diviser les maladies en un petit nombre

de classes, celles-ci en ordres ou en genres renfermant un certain nombre

f espèces. Cette méthode, que Félix Plater semble avoir proposée le premier,

élût celle que Sydenham préférait, et c'est presque pour obéir à un vœu

exprimé par ce grand homme dans la préface de son immortel ouvrage que

Sauvages composa, en 1731, sa Nosologie méthodique. Ce même ordre fut

MdafHé quelque temps après par Linné et par presque tous les nosographes

dont le nom mérite de faire autorité, c'est-à-dire par Vogel, Sagar, Cullen,

Kiiel, etc. En effet, la méthode nosologique a l'immense avantage de réunir

dans im môme groupe, de confondre dans des considérations communes des

maladies semblables, congénères, et de les séparer des maladies qui n'ont

avec elles aucune espèce de rapport. On ne saurait nier, par conséquent,

qu'une pareille méthode abrège beaucoup Tctude. M. le professeur Chômai,

qui depuis longtemps défend la même opinion, reconnaît que la class\fiGa\Àcm

^oeoïffffque, ea présentant d^m un cadre déterminé toutes les

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nues, condait à reconnaître avec plus de précision les analogies et les dissemblances qui existent entre elles, et à mieux apprécier la valeur des assertions générales et des points de doctrine, en permettant d'en ftiire rapidement Tapplication à tous les groupes de maladies, rangés suivant un ordre que le médecin doit toujou;rs avoir présent à l'esprit.

On a reproché à la méthode nosologique de faire souvent des rapproche^ ments forcés, de réunir dans itii môme groupe des affections parfois fort dis* semblables. Ce vice est réel ; mais il tient bien moins à la méthode elle-même qu'à l'imperfection de la science. D'ailleurs nous avons vu que pareil défaut se rencontrait au moins aussi souvent dans la méthode anatomique, sans que celle-d rachetât cet inconvénient par quelque avantage. Cependant il est possible d'éviter jusqu'à un certain point le défaut que nous signalons, en n'adoptant de classification que pour les maladies qui s'y prêtent et en &isant une classe à part pour le très petit nombre d'afl'ections qui, spéciales i certains organes ou à certains tissus, ne pourraient être rangées dans les autres classes sans forcer l'analogie. C'était là la marche que M. le processeur Chomel avait autrefois adoptée dans ses cours, et c'est aussi celle que nous avons suivie dans ce livre d'après son conseil.

Sur quels caractères se fonder pour déterminer les genres et les espèces morbides? Prendra-t-on exclusivement pour règle les désordres anatomiques, ou bien les causes, ou bien enfin les troubles fonctionnels? L'anatomie pathologique serait sans contredit la base la plus solide, la moins variable; mais elle nous fait défaut dans un grand nombre de cas^ et il est beaucoup de maladies (toute la classe des névroses, par exemple) qui, nonobstant les troubles nombreux qui les caractérisent pendant la vie, ne se révèlent sur le cadavre par aucune lésion matérielle saisissable. L'anatomie pathologique ne peut donc pas servir à classer toutes les maladies, mais à en classer seulement un certain nombre.

L'étude des causes est un guide encore moins sûr pour établir convenablement les genres morbides ; c'est eu se fondant sur l'étiologie que les divisions les plus arbitraires, disons même les plus ridicules, ont été apportées dans Tétude des maladies. Les causes sont si obscures, « difficiles à saisir, si va- ^îpbles, qu'elles ne pourront jamais étre^ je pense, le fondement unique d'une méthode nosologique. Mais il en est pourtant dont l'action est si évidente, si palpable, si positivement déterminée, qu'il est possible de les iaire servir à la détermination d'un certain nombre de genres. Tds sont les venins, les virus et tous les poisons; car, quels que soient les désordres qui surviennent, la nature de la cause forme ici un caractère prédominant, invariable, pouvanty par conséquent, servir à classer l'aflection.

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Sauvages, d'acccord avec Sydenham, avait pris pour base de sa classificatioo les symptômes des maladies. Mais ce point de départ est essentiellement fiotir, attendu que les symptômes sont extrêmement variables, qu'ils se oomfainent entre eux de mille façons, et que beaucoup sont communs à une foule de maladies qui n'ont entre elles aucune espèce d'analogie. Cependant il faut convenir qu'il y a un certain nombre d'affections inconnues quant à leur eaose et à leur nature, n'ayant aucun siège anatomique préds, et pour lesquelles le désordre fonctionnel, l'état symptomatique est le seul caractère palpable et constant, le seul par conséquent qui puisse servir à les dénommer et à les classer.

Nous concluons de ce qui précède que te détermination des genres ne peut reposer sur un seul caractère, et, d'accord avec M. le professeur Requin, nous diroDs comme lui, que la nosographie ne doit être, quant à présent du Hioîns, ni exclusivement organique, ni exclusivement étiologique, ni excluâvem^it symptomatique, mais revêtir ce triple aspect. La méthode mixte est donc cdle qu'il faut suivre, à moins de vouloir tronquer la science ou de rëgarer dans les hypothèses les plus aventureuses.

C'est d*après les principes que nous venons d'exposer que nous avons divisé les maladies en dix classes ; ce sont : l' les fièvres ; 2*" les maladies constituées par vn vice de proportion du sang ; 3* les inflammations; k"" les hémorrhagies ; 5* les sécrétions morbides; 6* les empoisonnements: V les lésions dénutrition; 9* les transformations organiques et les produits morbides accidentels: O"" les névroses: 10^ les maladies propres à certains organes ou à certains tissus.

Cette classification est loin d'être irréprochable, mais ses défouts tiennent lotant à mon impuissance qu'à l'état d'imperfection de la science. Bayle a reconnu, après bien d'autres, que chaque cadre a ses défauts, présente ses ivunes et offre quelques rapprochements forcés; qu'il faut l'apprécier à sa jjQsle valeur, le considérer conmie un répertoire plus.ou moins exact, et pré* fera celui dans lequel le plus grand nombre de maladies analogues seront rapprochées. Les cadres nosologiques, ajoute le médecin éminent dont je parle, sont des moyens artificiels pour suj^léer à la faiblesse de notre intel«ligenoe : c'est un échafoudage nécessaire, on ne peut s'en passer : ils chanferont plusieurs fois encore; mais si l'on parvient un jour à établir une distribolirâi invariable, l'édifice de la science, dégagé des simulacres qui le rq>résentent aujourd'hui, ofirira un ensemble régulier, majestueux, inébranlable.

En attendant qu'Un génie heureux trouve une classification qui captive tas les soffirag», nous devons nous év^uer à bien fixer les espèces fûtyt^

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bides, ce qui, comme l'observe Bayle, est plus important en nosologie que le cadre lui-même. Aussi ai-je apporté un soin spécial à ce travail. Je me suis également efforcé à racheter les défauts de mon livre par l'exactitude des descriptions, par l'amour de la vérité et la complète indépendance avec laquelle j'ai jugé les hommes et les doctrines. J'ai évité autant que j'ai pu les discussions oiseuses, les questions insolubles, les hypothèses stériles, pour ne m'occuper que des données positives et des faits pratiques. Dans la partie thérapeutique, à l'exemple de Sydenham, d'Astruc et des grands praticiens, je me suis étudié à préciser les indications aussi exactement que je l'ai pu, puis j'ai énuméré les moyens propres à les mieux remplir. Mais j'ai évité, ainsi que l'ont d'ailleurs conseillé et pratiqué la plupart des grands maîtres, de grossir mon livre de ces formules banales que quelques auteurs accumulent dans leurs ouvrages pour leur donner un vernis pratique, et qui ne sont en définitive qu'un grossier appât offert à l'ignorance et à la paresse.

J'ai exclusivement traité dans ce livre de la pathologie spéciale, sans donner aucune de ces généralités qui appartiennent à la pathologie générale et à la séméiotique. Qu'aurais-je dit, en effet, qui ne fût exprimé bien mieux que je n'aurais pu le faire dans l'ouvrage si éminemment classique de M. le professeur Cbomel, qui est sans contredit l'introduction la plus remarquable que nous ayons à l'étude de la médecine pratique ?

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