PNEUMATOSES PES VOIES URINAIRES ET GÉNITALES
1* Votés urinaires.
Je ne crois pas qu'il existe dans la science une seul observation authentique qai prouve que la membrane muqueuse des voies urinaires ait jamais exhalé des gai; les fluides élastiques qu'on y trouve quelquefois y ont été accidentellement introduits. L'air extérieur pénètre rarement dans les organes génito-urioaires de l'homme, en raison de la longueur, de l'obliquité et de l'étroitesse du canal de l'urètre. Cependant il arrive parfois qu'après l'opération du cathétérisme, et lorsque toute l'urine contenue dans la vessie a été évacuée, une certaine quantité d'air s'introduit par la sonde et est ensuite expqlséelors de la première émission d'urine. Hors ce cas, la sortie des gaz par le canal de l'urètre chez l'un et l'autre sexe indique presque toujours qu'un des organes urinaires, et surtout que la vessie communique avec, le rectum ou avec une anse d'intestin grêle.
2" Pneumatùses des parties génitales de la femme.
Ilestdes femmes qui, dans quelques mouvements du corps, comme dans l'action d'inclmer le tronc, rendent par la vulve une certaine quantité de gaz qui s'échappent avec plus ou moins de bruit {rot vaginal). C'est ce qu'on n'observe guère qoe chez les femmes dont le vagin est large et béant, chez celles qui portent un pessaire, ou bien pendant l'acte du coït, ce qui permet à l'air extérieur de s'introduire dans k* vagin et parfois même jusque dans l'utérus. Le même phénomène a lieu aussi lorsqu'il existe une fistule recto-vaginale. Dans aucun de ces cas, les fluides élastiques n'ont été exhalés par la muqueuse. Cependant il arrive quelquefois que la cavité du col étant obstruée, des gaz sont véritablement exhalés dans l'utérus luinnême en dehors de toute imprégnation ; cela constitue une affection connue sous les noas de tympanite utérine vraie ou de physométrie, affection dont deux accoucbenn célèbres, MM. StoltzetNaegelé, ont à tort peut-être contesté l'existence au dernier congrès de Strasbourg.
Rare dans Tétat de vacuité, la physométrie se développe presque toujours pendant la grossesse ou peu après l'accouchement: ainsi elle survient surtout dans les cas où des portions de fàetus ou de délivre, ou bien encore des caillots sanguins retenus dans la matrice, ont subi one fermentation putride. L'utérus forme alors une tumeur proportionnée à la quantité de fluides élastiques qu'il contient; il résonne à la percussion: des vents, en général fétides, et qui quelquefois peuveot s'allumer à la flamme d'une bougie, s'échappent spontanément, ou bien lenr sortir est provoquée lorsque, ayant porté le doigt 4ans le vagin, on débarrasse kcdde caillots fibrineux qui l'obstruent. En général, le ventre s*aflaisse |>eu après, et l'el^ rus, frappé dHuertie, revient peu à peu sur lui-même. Presque toujoon h p^
PNEDMATOSB DES MEMBRANES SÉREUSES ET SYNOyiÂLES. 707
métrie, qui dépend des causes que nous avons indiquées, s*accompagne de symptômes adynamiques et nerveux plus ou moins graves en raison de la résorpiiou des matières putrides contenues dans la cavité utérine.'
II existe aussi dans la science quelques cas, plus rares que les précédents, de physométrie essentielle^ c'est-à-dire des cas dans l^quels le gaz est exhalé par les parois utérines elles-mêmes, exemptes de toute lésion matérielle appréciable. Cette sécrétion morbide spontanée s*est presque toujours faite dans des utérus non fécondés. La quantité de gaz allant sans cesse en augmentant, la matrice acquiert un plus grand volume, en suivant souvent la même progression que dans une grossesse régulière. Arrivé à un certain développement, Tutérus proémine alors àlShypogastre ou même jusqu'à Fombilic. La percussion pratiquée sur lui donne un son tympanique, et si, à Taide du doigt porté sur le museau de tanche, on cherche à refouler Torgane en haut, on peut constater qu'il a une pesanteur spécifique peu considérable, ce qui n'est nullement en rapport avec son volume. Les femmes ressentent aussi de la pesanteur, parfois des douleurs dans le ventre et plus ou moins de malaise ; chez la plupart, lés règles se suppriment, et plusieurs éprouvent les phénomènes sympathiques qui accompagnent la plupart des grossesses: aussi il est souvent arrivé que ces femmes ont cru être enceintes. Dans ces cas, on voit de temps en temps des gaz s'échapper en certaine quantité par la vuhre, et cette émission être suivie d'nn affaissement proportionné de la tumeur. Mais le plus souvent les vents sortent brusquement, en une seule fois, et en faisant entendre un si£Qement, un bruit prolongé et parfois très considérable. C'est ainsi qu'on a vu des femmes qu'on croyait parvenues au cinquième ou septième mois de leur grossesse, éprouver tout à coup par la vulve une irruption considérable de gaz inodores, suivie presque aussitôt de la disparition de la tumeur utérine, et de tous les phénomènes sympathiques qui avaient fait croire à l'existence d'une grossesse: telle est la terminaison ordinaire de la maladie.
Diagnostic. — La physométrie peut être confondue avec la grossesse, avec l'hydrométrie et avec la tympanite intestinale. On la distinguera facilement de h gn)ssesse par l'absence du ballottement, des bruits placentaires et fœtaux, ainsi que par la légèreté de la tumeur, qui donne un son complètement clair quand on la percute. Le contraire a lieu dans l'hydrométrie et toutes les fois aussi que le développement de l'utérus est produit par un corps solide ou liquide. Enfin, on distinguera la tympanite utérine de l'intestinale, en ce que dans celle-ci la distension et la sonorité tympanique occupent tout le ventre; elles sont surtout marquées sur le trajet du côlon ; on sent, en outre, le relief que forment les anses intestinales distendues ; de plus, le toucher fait reconnaître que l'utérus a son volume ordinaire ou qu'il est rempli par un autre produit que par un fluide élastique.
Pronostic. — La physométrie n'offre |)ar elle-même aucun danger.
Traitement. — Le traitement de la physométrie consiste à enlever l'obstacle qui s'oppose à l'excrétion des gaz. Lorsque la maladie survient après l'accouchement, c'est presque toujours un caillot : aussi le doigt porté dans le col suffit pour le ^ détacher et l'entraîner. Aussitôt après, il faudra, à l'aide d'une sonde de gomme élastique, faire pénétrer dans le corps de l'utérus des liquides émoilients, détersifs, chlorurés. On entretiendra la plus grande propreté ; on exercera une douce pression sur le ventre à l'aide d'un bandage de corps; enfin, on prescrira un traitement approprié aux symptômes généraux. Dans les cas de physométrie essentielle, on pourrait peut-être essayer de dilater mécaniquement le coL Le meilleur moyen serait d'introdoire dans sa cavité un petit morceau d'épongé fine et sèche.
798 DES SÊCiiTIOllS MOJIBIDEA,
?NË)DM ATOSE DES MEMBRANES SÉR^SES ET SYNOVIALES.
On a trouvé des gaz épanchés dans la cavité de toutes les membranes séreoHs et dans la plupart des synoviales. Ces fluides élastiques sont produits fréqoemmeBt après )a mort, ils sont alors le résultat de la décomposition putride ; ou bien iUat sont épanchés pendant la vie, et, dans ce dernier cas, ils ont été rarement sécréiés ou exhalés par la membrane séreuse ou synoviale ; mais ils proviennent plolôt m de la décomposition des fluides épanchés, ou de la commuuication de la caviic »ec l'extérieur, à l'aide d'une plaie, ou avec des organes qui, tels que les poumou et II tube digestif, contiennent naturellement de l'air ou un gaz quelconque. >o« n'tTons rien à dire sur les gaz qu'on rencontre parfois à l'autopsie dans les cavités articulaires, ainsi que dans les méninges cérébrales et rachidiennes, car tout poit« à penser que ces infiltrations ou ces épanchements sont toujours cadavériques. D'ailleiu^, à supposer qu'ils puissent se développer pendant la vie, il ntmt aucun signe particulier pour les faire reconnaître, à moins pouiiaot que le gu ut se soit épanché dans une articulation superficielle, cas dans lequel la percussioo. en faisant entendre un son pinson moins tympanique, révélerait ainsi la nature de l'altération.
PNEUMATOSE PÊRITONÉALE.
On a cru pendant longtemps que dans la tympanite, les gaz occupaient spécialement ou même exclusivement la cavité du péritoine. Cependant, vers le commencement du siècle dernier (1713), Littre, dans les Mémoires de i' Académie royale des sciences ^ démontra par des ouvertures cadavériques combien ci'Ue opinion était erronée; il soutint même que le péritoine n'exhalait jamais de gai pendant la vie, et que, dans toutes les tuméfactions venteuses du ventre, la fluides élastiques étaient constamment et exclusivement contenus dans l'estomac et les intestins. Cette doctrine trouva des contradicteurs; Combalusier, surtout, chercha <i la réfuter dans le tome I*' de sa Pneumo-pathologie, Mais aucun de» faits que cet auteur a rapportés ne démontre que les gaz que lui et d'autres ont u-ouvés dans le péritoine avaient été réellement exhalés par cette membrane , et que dans aucun cas ils ne provenaient d'une lésion des intestins, et plus souvent encore d'un commencement de décomposition putride. Nous croyons que , dans Tétai actud de la science, on ne doit pas nier absolument la possibilité d'une pneumatoiiepéhtonéale; cependant cette affection est tellement rare, qu'il n'en existe peut-être pas encore d'exemples bien authentiques. Je parle d'une pneumatose essentielie: car personne ne conteste que , dans un épauchement purulent , la décomposition du liquide ne puisse produire des gaz ; mais ce cas lui-même est fort rare. Plus rarement encore on voit une tympanite péritonéale sunenir dans le cours d'une péritonite simple. Id. Michel Lévy en cite pourtant un exemple curieux dans la Gazetif m^ico/e de 18(i8.
On dit que, dans la pneumatose péritonéale, le ventre est arrondi, qu'il offre une résonnance tympanique uniforme , que le foie est refoulé en arrière , et qu^oo oe sent le relief d'aucune anse d'intestin ; la respiration serait en outre gênée ; les imiividus ne rendant point de gaz, ni spontanément, ni par l'introduction d'une sooJe dans le rectum, succomberaient enfin au milieu d'accidents asphyxiques.
DU PNEDMOPÊRICARDE.
L*épinchement de gaz dans le péricarde est une maladie fort rare , et sur laqodk nous ne possédons encore aucun renseignement précis. Il résulte cependauf é^
DU PNEUMOTHORAX. 799
petit nombre de faits observés jusqa*à ce jour que le pneumopéricarde a presque toujours coïncidé avec un épanchement de liquide.
On a indiqué deux signes comme pouvant faire diagnostiquer Taccumulation de gaz dans le péricarde. Ces signes sont une résonnance tympanique de la région précordiale , et un bruit de fluctuation et de gargouillement déterminé par les battements do cœur. On dirait (et cela était très évident chez un malade dont* M. Bricbeteau a publié l'observation dans les Archives de \SUl\) qu'une aile de moulin frappe successivement le liquide, ou bien qu'on souffle fortement avec un tube dans un vase contenant de l'eau. Il faut seulement prendre garde de ne pas confondre avec le phénomène de fluctuation un bruit à peu près semblable flbnt l'estomac est souvent le siège pendant l'ingestion des liquides, ou lorsqu'on imprime au tronc une secousse un peu forte.
Laënnec croyait que i'épanchement gazeux dans le péricarde était cause que chez certains sujets on pouvait entendre les battements du cœur à une certaine distance de la poitrine; mais aucun fait, que je sache, n'est venu à l'appui de Fassertion de Laénnec. Nous verrons d'ailleurs, par la suite, que les battements du cœur ne s'entendent à distance que dans certaines affections organiques ou dans quelques cas de palpitations nerveuses.
DU PNEUMOTHORAX.
On rencontre fréquemment des gaz épanchés dans les plèvres. Presque toujours ces fluides y pénètrent à la suite d'une rupture ou d'une perforation ulcéreuse des poumons; quelquefois ils proviennent directement de l'extérieur, lorsque, par exemple, il existe une plaie pénétrante des parois de la poitrine , ou bien ils sont founiis par un des viscères abdominaux, notamment par l'estomac, lorsqu'une communication morbide s'est établie entre la plèvre et lui. On a supposé encore que les liquides épanchés dans les plèvres , tels que le sang et le pus , pouvaient se décomposer de manière à laisser dégager des gaz. Enfm on a admis généralement que , dans quelques cas rares , la plèvre pouvait spontanément , ou bien dans le cours d'une phlegmasie aiguë ou chronique, exhaler des fluides aérifonnes. Il ne peut être question ici que de cette dernière forme de pneumothorax, renvoyant l'élude des autres espèces lorsque nous traiterons dans le volume suivant des perforations de la plèvre et des poumons.
Nul doute qu'il n'existe un pneumothorax essentiel, c'est-à-dire formé par une simple exhalation gazeuse à la surface des plèvres. Cette opinion compte en sa faveur de graves autorités. Qu'il me suffise de citer [.aënnec et les professeurs Graves et Stokes. Cette sécrétion morbide ne paraît pas s'ciïectiicr lorsque la plèvre est intacte, mais seulement dans les cas où elle est enflammée. Ainsi Laënnec déclare que, dans les pleurésies aiguës, à une époque voisine de la formation de I'épanchement, et sans que le liquide épanché éprouve aucune altération chimique une exhalation gazeuse peut se joindre à répanchement liquide. Plus récemment le professeur Graves a parlé d'un pneumothorax par exhalation qui \icndrait quelquefois compliquer la pleuro-pneumonie. Disons pourtant que des cas pareils sont fort rares.
Le pneumothorax essentiel ou par simple exhalation ne se révMe guère nen 1
la vie que par h dilatation de la poitrine, par une exagération de la sono 't/.
par la faiblesse ou l'absence du bruit respiratoire dans les points corresno \ ' ^
mais nous doutons qu'il puisse se produire dans l'acte de la respiraiion ^ '
dani les secousses de la toux ou les vibrations de la voix , le nh^^nninA» J ^^^'
» Hiii-iiumene connu en
800 l>KS SÉCRÉTIONS MORRrOES.
anscullatîon sous le nom de tintement métallique. Skoda admet le comnkvl suppose que la résonnancc de la voix dans les bronches , s'il n*eiisle qu'oBiK épaisseur d^ poumon, peut se transmelUe à Tair épanché daas la plein. li, dans CCS cas, csl-ccle véritable tintement raélaHique qui se prodaira ? >''0t-oepi plutAt, ainsi que MM. Barth et Çoger le remarquent » une espèced'édiodeliM ou de la voix qui retentit dans la cavité pleurale? Nous croyons «osisr qwkt0t ment métallique ne doit se produire que fort difficilement , -mcneiofsgiie réj» chement gazeux coexiste avec un épanchement liquide. Je saishM que, dusca cas, ou a supposé qu*une goutte de sérosité, en tombant de la panitBpéneirivde la iMtriue sur répanchemcnt liquide, ou qu'une bulle d*air, eu tïaicnit re/oi-d et en venant éclater à sa surface , pouvait délenniner le tintement vaèÈtft;mm c'est là un fait qui ne nous semble pas encore démontré; le fùl-îl d'imcef conditions pour la production du phénomène doivent se rencontrer fort £st-il |)ossible que le tintement métallique puisse se produire aussi soDsl'i d'une forte secousse due à Tébranlement de l'air et à Tagitation du liqoiifepirlB éclats de la voix ou les ébranlements de la toux? MM. Barth et Roger adociM cette possibilité; mais personne, que je sache, n*est encore arrivé à ladéaoMition du fait. S'il est douteux pour nous que le tintement métallique paisse xpitduire dans les conditions dont je parle, il n'en est plus de même du bmitdejf» tuation tlioracique^ ()ui n'a pas besoin, pour être entendu, qu'il existe mie ioii pulmonaire, niais qui n'exige d'autres conditions pour être produit que Texisiav dans la j)oilrine d'une vaste cavité contenant à la fois des gaz et un liquide.
Ainsi, |)our nous résumer, l'exhalation gazeuse des plèvres se traduira iFoi^' rieur pendant la vie^ par la dilatation des parois tlioraciques, par une esagènÉi de la sonorité, { ar l'absence du bruit respiratoire dans les points correspondarii; enfm, dans les cas où.ré|)anchement d'air existe simultanément avec aD(|Mi* chement liquide , un bruit de fluctuation thoracique pourra être produit pn'Ml les secousses imprimées au thorax. La respiration amphorique, phénomène proiM constant dans le pneumothorax symptomatique d'une fistule pulmonaire. Mit rencontre jamais dans la simple exhalation gazeuse des plrvres. Quant aUtiri^ ment métallique, ou comprend sa (>ossibihté ; mais il est douteux pour nousqol puisse avoir lieu.
Le pneumothorax simple nous paraît être une affection bénigne. Dans les ai connus jusqu'à présent, il n'a pas produit l'étoufTement, l'oppression ^ la saffocatioii l'anxiété, qu'on remarque presque toujours dans le pneumothorax symplooaliqie d'une ûstule pulmonaire. Cette différence tient à ce que, dans ce dernier, aM grande quantité de gaz fait tout à coup irruption dans la plèvre , tandis que,dM le premier, la séreuse n'exhale qu'un petit volume de fluide acrifornie, kqirf d'ailleui's est promptemeut résorbé. Avouons |)ourtant que les faits intftKBl encore pour déterminer d'une manière un peu exacte les symptômes , la iMrdK et les suites du pneumothorax essentiel. Le même doute existe relativement lA traitement. Cependant nous croyons que la maladie exi<;e rarement |)eut -être une thérapeutique énergique et s|)éciaie. Comme l'exhalation gazeuse se fait onliuîrcment au début d'une pleurésie ou d'une pleuro-pneumonie , il faut se bornei à combattre l'afTection principale par des moyens appropriés. Ce serait peacêtre ici le cas d'insister davantage sur les révulsifs cutanés, tels que ventouses et vésicatoires. (Voir dans le tome II I^article Perforation des poumons et dei plèvres.)