MÉPHITISME DES FOSSES D* AISANCES
et parfois aussi Thydrogène phosphore (1). Cependant le rnéphitisme des fosses d*aisaDces est produit spécialement par lo sulfhydratc (l*ammonia(iue et par l'acide sulfli\drique. Ce sont ces deux gaz qui constituent le plomba mot qui sert à désigner à la fois et Tespèce d'exhalation qui a lieu dans la fosse, et les accidents qui en résultent.
Les symptômes produits par le rnéphitisme des fosses varient suivant la pro* portion des gaz délétères et suivant les dispositions organiques des individus qui y sont exposés. Dans quelques cas , les ouvriers qui descendent dans les fosses tombent tout à coup comme foudroyés ; le plus souvent pourtant ils meurent en présentant des symptômes d'asphyxie qui sont eux-mêmes précédés et accompa* gnés d'accidents nerveux particuliers. Ainsi, ces individus accusent d'abord des douleurs atroces à Tépigastrc , aux articulations et à la tête ; ils éprouvent un resserrement très pénible à la gorge ; ils ont des nausées et des défaillances ; d'autres ont du délire et des convulsions, surtout dans les muscles de la face : c'est le rire sare/orit^ti«; quelques-uns poussent involontairement des cris, quelquefois modulés (ce que les vidangeurs appellent chanter le plomb) ; enfin les symptômes ordinaires de l'asphyxie ne tardent pas à se manifester; quelquefois même ceux-ci sont primitifs, et la résolution générale arrive avant qu'il se manifeste aucun sym« piôme nerveux. Alors la face devient bleuâtre ou livide; une écume sanguinolente s'échappe de la bouche ; les battements du cœur sont irréguliers, tumultueux, et la respiration, courte, pénible, convulsive, finit bientôt par se suspendre.
Tous les ouvriers qui tombent asphyxiés dans les fosses d'aisances n'offrent pas cependant la série d'accidents que je viens d'énumérer; quelques-uns ne présentent que les troubles que l'on observe dans un air non renouvelé ou saturé d'acide carbonique : c'est une preuve alors que l'atmosphère de la fusse n'est guère formée que par l'azote, par un peu d'acide carbonique et de carbonate d'ammoniaque. La luorta seulement lieu ici par défaut d'air respirable, tandis que dans le premier cas il y a véritable empoisonnement ; aussi les cadavres de ceux-ci se putréfient avec une extrême rapidité; leur sang a subi une altération profonde : il est liquide, verdâtre, et tous les viscères sont ramollis.
L'asphyxie par le plomb n'affecte guère que les vidangeurs ou les ouvriers qui descendent dans les fosses pour les vider et les réparer : on a vu des hommes être également frappés pour avoir touché à des débris transportés hors de la fosse, bien que celle-ci eût été vidée sans accidents. Le plomb atteint les ouvriers spécialement dans les tem|)s humides et chauds : on observe surtout cet accident dans les fosses mal entretenues et qui reçoivent des débris végétaux, des eaux ménagères et des puisards. Il faut savoir que Tempoisonncment est surtout produit lorsqu'on découvre la fosse, lorsqu'on rompt la croûte et qu'on agite les matières solides. Enfin, en descendant dans la fosse, l'ouvrier devra surtout se méfier des coins anguleux et des crevasses. Ce n'est qu'après douze ou quinze jours que la fosse a été vidée et laissée ouverte qu'il sera permis d'y descendre pour y faire les réparations nécessaires. Ln fait cité par M. Guérard dans les Annales d'hygiène de 184^, prouve que les émanations des fosses d'aisances qu'on vide peuvent être fatales
(I) La prédominance du kos ammoniac produit quelquefois chei les ouvriers de la rougeur, du picotement aux yeux, de rencbirrènemcnt, arec douleurs duns fus orbites et céphalalgie. Ces accident5,dé^igiié»par les vidangeurs souple nom de mifff, n'offrent jamais de gravité; ils se dj«(ip^ot le pluH souvent au bout de quelque» heures, ou nu plus tard au bout de quelques jours, par la simple exposition à un air frais, à Tabri de la lumière, et en humectant les >eux d'na fniclie. La mUte affecte aussi les égouliers ; mais elle est plus légère et plus indolente ckci eox que cbei les vidangeurs.
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pour les enfants nouveau nés placés dans u:i appartement voisin du foyer d'infection.
Traitement, — I/ouvrier frappé par le plomb sera promptement déshabillé, exposé à l'air et frictionné; on fera surs')n corps, et sur sa face spécialement, des aspersions d'eau froide et vinaigrée ; on doimera des lavements purgatifs. On a beaucoup vanté le chlore, soit comme excitant, soit plutôt encore comme pouvant neutraliser le gaz hydrogène sulfuré non encore absorbé; mais, comme le chlore e^i très irritant, il faut ne remployer qu'avec réserve. A Texemple de M. I^barraque, il sera préférable de se servir du chlorure de soude liquide, dont on imbibera un mouchoir qu'on placera sous le nez du malade: toutefois Texpérience n'a pas encore prononcé sur l'utilité de ce moyen. Dès que la respiration se rétablit et que la déglutition peut se faire, il sera utile d'administrer quelque substance pour exciter le vomissement. Les vidangeurs emploient quelques cuillerées d'huile, et donnent un -verre d'eau-de-vie dès que les nausées commencent ; mais il vaut mieux, à l'exemple de Hallé, administrer l'émétique. On donnera ensuite quelque boisson excitante, acidulée ou antispasmodique, suivant la nature des accidents. La saignée est rarement indiquée, et quand une congestion cérébrale en réclame l'emploi, il faut la faire avec prudence et la réserver au cas oà les révulsifs ont été déjà inutilement employés.
Méphitisme des égouts, des puits, des houillieres, etc, — Nous ne parlerons pas en particulier du méphitisme des égouts, car il est produit à peu près par les mêmes gaz que celui des fosses d'aisances : nous en dirons de même de l'atmosplière délétère qu'on trouve dans quelques puits ou souteri*ains des grandes villes, soit à cause d'actions géologiques spéciales, et bien plus souvent par suite de la filtration des matières contenues dans les fosses voisines. On sait encore que les ouvriers des mines peuvent éprouver quelques-uns des accidents des vidangeurs et des égoutjers, accidents qui varient suivant la nature des mines qu*on exploite. Ainsi, dans les houiUières, on observera l'empoisonnement parles gaz acide carbonique, oxyde de carbone , hydrogène carboné et acide sulfhydrique, tandis que dans les mines de la plupart des métaux, les accidents observés dépendent quelquefois du dégagement de l'hydrogène arséniqué. Enfm, dans toute espèce de mine, l'intoxication est souvent produite parce que les ouvriers pénètrent dans les galeries cpii renferment un air non renouvelé et qui est saturé d*azote et d'acide carbonique.
DE l'empoisonnement PAR LES VENINS.
On entend par venin un liquide sécrété par certains animaux dans l'étal de santé, et (jui, déposé dans un réservoir spécial, leur sert de moyen d'attaque et de défense. Les animaux venimeux sont ceux qui, armés de ce poison, le déposent dans nos tissus après les avoir déchirés ou mordus. Il en résulte divers accidents, les uns locaux, les autres généraux, dont le degré d'intensité varie, et qui quelquefois iKîuvent être assez fâcheux pour entraîner la mort.
Les animaux qui déterminent le plus communément les empoisonnements dont nous parlons sont ; la vipère, le serpent à sonnettes et quelques insectes.
DE l'i:mpoisonnement par le venin de la vipère.
La personne qui est mordue par une vipère é|)rouve à l'instant une douleur vive, cuisante, qui, comme un trait de feu, s'étend dw ço\ul vwordu dans tout Itt
EMPOISONNEMtNT PAR Li: VENLN DES SKRPENTS A SONNLTTl-S. 77
membre; celui-ci se gonfle raj)ideinent ; en même temps le |)ouls s'accélère et se concenlre ; le blessé éprouve des angoisses, des faiblesses, de la dyspnée, des sueurs froides et des déjections bilieuses; bientôt une teinte ictérique sunient. Enfin, après un ou plusieurs jours, la partie mordue s'engourdit, se couvre de tacbes eccbymotiques, un suintement séreux s'établit par la petite plaie, quelquefois il s'y forme an petit point gangreneux. Ces accidents sont plus ou moins, graves et plus ou moins rapides dans leur marche ; toutefois il est rare qu'ils aient une issue funeste. Fontana, qui a fait sur le venin de la vipère plus de six mille expériences, estime que la mort n*a peut-être pas lieu une fois sur cent. Toutes choses égales d'ailleurs, le poison de la vipère parait plus actif en été qu'au printemps; une constitution faible et la frayeur augmentent aussi bcaucouj) les dangers de la maladie. La morsure de la vipère rouge est la plus dangereuse. Les accidents que nous venons d'énumérer sont produit^ par l'introduction dans la plaie d'un venin particulier que l'animal porte dans deux réservoirs placés à la base de deux dents de la ma* cboire supérieure, dents courbes et mobiles, offrant un canal central par lequel le poison est instillé dans la plaie. Contrairement à ce que dit Fontana, le venin de la vipère peut conserver ses propriétés vingt ou vingt-cinq mpis après la mort de l'animal, lorsque, desséché, on le conserve à l'abri du contact de l'air ( Mangelli). Traitement, — Aristote, et surtout Celse et Pline, ont beaucoup recommandé de sucer la plaie faite par les dents de la vipère ; celui qui le fait ne court aucun péril, lors même qu'il avalerait sa salive. Le plus souvent cependant on se borne à mettre une ligature au-dessus de la plaie ; puis, si l'on en a les moyens, on place celle-ci dans le vide d'une ventouse, et l'on s'applique enfin à détruire le poison dans le point où il a été inoculé. Il suQit ordinairement pour cela d'instiller dans la plaie quelques gouttes d'ammoniaque, et de la recouvrir d'un plumasseau ou d'une compresse épaisse imprégnée d'un liquide résolutif. Fonlana préfère la potasse caustique, qu'il regarde comme un véritable spécifique, mais eljen 'offre pas réellement d'avantage sur les autres escarroliques. D'ailleurs, quelle que soit la substance qu'on choisisse, il y a toujours indication à cautériser profondément et à détruire tout le foyer dans lequel le venin a été déposé, toutes les fois que la morsure est sui\ie d'accidents graves. Pour agir plus efficacement dans ces cas, il convient d'inciser ci ucialementia plaie, afin de pouvoir en cautériser sûrement le fond; en même temps, on administrera à l'intérieur les cordiaux et les stimulants, qui sont généralement considérés comme jouissant d'une grande efiicacité. On a surtout préconisé l'ammoniaque ou l'eau de Luce, on donne de celle-ci de 6 à 16 gouttes au blessé dans un peu d'eau sucrée, toutes les deux heures ; puis on soutiendra les forces par des toniques, et surtout par de bon vin.
DF l'empoisonnement PAR LE VENIN DES SERPENTS A SONNETTES.
Les ser()enis à sonnettes, qu'on rencontre en si grand nombre dans le Paraguay, sont de tons les animaux venimeux ceux dont la morsure détermine les accidents les plus graves. Il n'est pas très rare, en eiïet, de voir la vie s'éteindre en quelques minutes dans un état d'aiïaissement extrême, interrompu de temps en temps par de^ mouiemcnts convulsifs. Dans la plupart des cas, les malades éprouvent, aus- ^tùt après avoir été mordus, un malaise extrême, une grande anxiété, de la prostration ; le pouls s*accélère et devient irrégulier; il y a de la céphalalgie, (\e& N<^tli^es, des mou\etnci}\scon vu /s/ fs; /a soJf est hrùlanle: il survient des \o\msH«mea\s% de b àiarrhéo, des sueurs froides alx)ndantes; les lèvres de la plaie SC %ou(V€^\ eX
s*infiltrent de sang; bientôt tout le membre se tuméfie et devient livide. Dans une dernière période, on observe des pétéciiies, des ecchymoses, des hémorrhagies passives par la plupart des muqueuses; la prostration est extrême, la sensibilité est obtuse; eufm la mort arrive dans un intervalle qui varie depuis douze ou quinze heures jusqu^a douze ou quinze jours.
Dans les cas rares où la maladie se termine heureusement, les symptômes généraux sont moins graves ; les hémorrhagies passives manquent ; les lèvres de la plaie, au lieu d*étre livides, sont le siège d'une inflammation assez franche ; enfin, vers le septième jour, tout danger a ordinairement cessé ; mais la convalescence est toujours longue et pénible; les malades restent longtemps faibles, beaucoup perdent leurs cheveux.
(ihez ceux qui succombent, on ne trouve ordinairement que de la congestion sanguhie dans les principaux viscères. On a dit pourtant que quand la mort ne survenait qu*après le ))remier septénaire on trouvait des ramollissements partiels dans la moelle et le cerveau ; mais ce fait n*est pas encore démontré.
Traitement. — Tous les médecins sont d'avis que, lorsque la morsure occupe un doigt ou un orteil, il faut se hâter de Tamputer : si elle siège au centre des parties molles, on dit de cerner celles-ci par une incision, de les extirper, et de cautériser ensuite la plaie ; mais nous croyons que la cautérisation seule, pourvu qu'elle soit complète et étendue, doit suffire. I.es symptômes graves seront combattus par l'emploi à Thitériéur de l'ammoniaque ; on donnera aussi le camphre et Téther contre les accidents nerveux ; le quincpiina, les cordiaux et les excitants diiïnsibles contre la prostration et les autres symptômes de putridité. D'après quelques faits rapportés dans le tome II des Transactions médico-chirurgicales de Londres, il paraît qu'on aurait employé avec succès l'acide arsénieux et l'arsénite de potasse en potion ; mais il n'y a encore rien de bien démontré à ce sujet. Quoi qu'en aient dit certains voyageurs, il est certain qu'on ne connaît encore aucun spécifique pour neutraliser le venin des serpents à sonnettes. Cet animal est si dangereux, qu'il est utile que l'autorité proscrive sévèrement son importation en France, et cela avec d'autant plus de raison qu'il esta peu près prouvé qu'il pourrait s'y acclimater.