SIXIEME CLASSE DE MALADIES
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On nomme empoisonnement l'état morbide qui résuite de l'introduction dans l'économie , par une voie quelconque , d'un agent qui détruit la santé ou qui anéantit complètement la vie sans agir mécaniquement Les substances capables de produire ces eiïets sont connues sous le nom de poisons.
Les poisons peuvent se présentera l'état solide, liquide ou gazeux ; leur nombre est très considérable, et tous les médeciqs ont reconnu qu'il était impossible de les classer très méthodiquement Cependant on admet généralement aujourd'hui la classification de Yicat, modifiée par Orfila; elle consiste à ranger les poisons en quatre classes, eu égard à leur mode d'action sur l'économie. Ce sont : 1" les poisons irritants y 2' les narcotiques, 3° les narcotico-âcres, k"* les poisons septiques. Cette classification, quelque défectueuse qu'elle soit, doit néanmoins être préférée à toutes celtes qui ont été proposées , car elle a l'avantage de rapprocher les substances qui ont sur nos organes des eiïets analogues, et elle épargne ainsi beaucoup de redites inutiles. Cependant il importe de dire avec Richard Mead, que le même poison peut varier dans ses eiïets; que, quoique tirée du même genre, une substance Ténéneuse pourra avoir des eiïets diiïéreuts et produire même des symptômes étrangers au genre, suivant la dose à laquelle on la donne et suivant la manière dont elle pénétre dans l'économie : c'est ce que nous verrons notamment pour les préparations de plomb, que nous avons rangées parmi les poisons irritants, et qui cependant peuvent produire des eiïets tout autres , consécutivement à lem* absorption.
Beaucoup de poisons sont ingérés dans l'estomac et dans le tube digestif; d'autres agissent après avoir été appliqués sur d'autres surfaces muqueuses , ou bien sur h peau , surtout lorsque celle-ci est dénudée , ou bien à la surface d'une plaie et dans le tissu cellulaire.
-Quel que soit son mode d'introduction dans l'économie, le poison peut agir trolcment d'une manière locale en irritant ou en désorganisant les tissus : tels soûl }ts ari^les concentrés, la potasse, etc.; d'autres, n'exerçant aucune action sur les
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surfaces avec lesquelles on les met en contact, vont agir sur des oi^aues plus ou moins éloignés par suite de leur absorption : tel est en particulier Topium. 11 est enûn des poisons qui ont une action complexe : ils enflamment d*abord les tissus qu'ils touchent ; puis une portion, étant absorbée, va déterminer des lésions semblables sur d'autres organes : telles sont, par exemple, les cautbarides, qui, avalées, enflamment quelques points des voies urinaires; d'autres portent leur action sur le système nerveux , qu'ils excitent ou stupéfient sans produire aucune altération grave dans le tissu : c'est ainsi qu'agissent particulièrement la noix vomique et le tabac Enûn, il est des poisons qui, étant absorbés, portent primitivement leur action sor le MUg lai-même , dont i\é iiltèrent la composition : tels lont notamment la plupart des matières tirulentcs et plusieurs venins. On Tt)it donc qu'an grand nombre de poisons sont absorbés ; cette absorption, qui, il y a peu d'années, était inconnue pour plusieurs substances i et qui n'était admise pour les autres que d'après des données purement physiologiques , a été démontrée expérimentalement par Orfila , qui a retrouvé la plupart des poisons minéraux dans le tissu de plusieurs organes , dans le sang et dans l'urine. Ces belles recherches ont ouvert une voie nouvelle aux expertises médico-légales.
La plupart des poisons agissent immédiatement , ou du moins peu après leur application : tels sont surtout ceux que nous avons classés dans les trois premiers genres, et quelques-uns de ceux du quatrième, tels que les venins. D'autres poisons, soit qu'ils aient une action locale, soit qu'absorbés ils agissent loin des points oO ils ont été déposés, ne déterminent des effets appréciables que plusieurs jours, plusieurs semaines ou plusieurs mois après le moment de leur application : c'est ce qu'on nomme la période d'incubation ; nn l'observe dans l'empoisonnement par les virus.
Les maladies produites par les poisons, de quelque nature qu'ils soient, ont généralement une marche aiguë et souvent suraigué ; dans quelques cas, pourtant, la maladie suit une marche chronique. C'est à tort que quelques personnes ont nié Texislence de l'empoisonnement lent ou chronique ; nous en verrons, en effet, des exemples dans certains modes d'action exercés i>ar le plomb et le mercure. Cependant nous croyons, avec Orfila , qu*on ne connaît pas de poisons lents, à l'aide desquels on pourrait occasionner la mort à une époque déterminée. L'opinion opposée, enfantée par l'ignorance, et soutenue parles préjugés populaires, est contraire aux lois de la nature. On a trop souvent pris pour des empoisonnements lents des lésions viscérales graves, des altérations organiques développées spontanément ou à l'occasion d'un empoisonnement aigu.
Il est impossible de tracer ici d'une manière générale les symptômes de rempoisonnement et les lésions qu'on trouve après la mort. Cette indication sera mieux placée lorsque nous traiterons des principales espèces de poisons. Qu'il nous suflSse de dire ici qu'une foule d'affections abdominales et du système cérébro-spinal peuvent simuler un em|X)isonnement; les principales sont : les indigestions, l'iléus, le choléra, la péritonite, les coUques hépatique et néphrétique; certaines es|)ècei de névroses et les hémorrhagies des centres nerveux, etc. Toutefois, par l'étude des commémoratife et par la comparaison des symptômes; par leur ordre de succession et par leur marche , on |)an ient presque toujours à fixer le véritable caractère de la maladie; et lorsque celle-ci a une issue funeste, l'ouverture du cadavre dksipe généralement les doutes qu'on pouvait encore avoir. Cependant il est quelques cas , rares il est vrai , dans lesquels la nature des symptômes et les recherches nécroscopiques sont insuffisantes ; pour arriver an diagnostic, on est
lion forcé de recourir à Tanalyse chimique des matières excrétées, ou des crganes
Traitement. — Orfila , dont les travaux ont éclairé tant de points obscurs de la science toxicologique , distingue deux époques dans le traitement de I*cmpoisonoement : ou bien on est appelé peu après Tingcstion du ))()ison , ou bien c'est longtemps après. Dans le premier cas, il faut empêcher le poison d'agir en le chassant au dehors, en le détruisant ou en le neutralisant. S'il s'agit d'un poison introduit dans les organes digsstiff , on rtt()alserB en gorgeant le malade d'une grande quantité d'eau tiède, pure ou môlée à de l'huile ; on excitera les vomissements par la titillation de la luette et de Tisthroe du gosier, ou bien enfin on administre un vomitif, tel que l'émétique, le sulfate de zinc, et mieux encore l'ipécacnanha, qui irrite moins que ne le font les antimoniaux. Si la contracture des muscles ou l'énergique volonté des malades rendaient l'introduction des boissons impossible, il ne faudrait pas alors hésiter à se servir d'une sonde œsophagienne qu'on ferait pénétrer |)ar les narines. Si le trismus des mâchoires s'opposait à l'expulsion des matières, on n'introduirait aucun vomitif dans l'estomac, mais on débarrassenit l'organe du poison qu'il contient à l'aide de la pomi>e dite gastrique^ par laquelle on fait d'abord pénétrer beaucoup d'eau dans lo >is(('re, puis on aspire celle-ci lorsqu'elle s'est saturée du pison. Si la substance toxique n'existe que dans le rectum , on l'expulse par des lavements simples ou purgatifs; si le poison a écé appliqué sur une surface extérieure, ou i'entiainera par des lotions; il en iera de même s'il a été déposé dans une plaie ; dans ce cas, le poison agit surtout par absorption. On préviendra, eu outre, ou du moins on tâchera de retarder cette abMrptioQ en plaçant une ligature entre la plaie et le cœur, en favorisant par des pressions l'écoulement du sang , et, mieux encore, en mettant la solution de cou« tiooicé sous le \idc d'une ventouse. La seconde indication consiste à neutraliser le poison à t'aide d'une substance qui jouit de la propriété do le décomposer, oa de se combiner avec lui, de manière à former uu produit nouveau qui u'exerce ancane action délétère sur l'économie : c'est ce qui caracté;rise Yantidote ou le rtmire-poison. Dans certains em|X)isonnements opérés par des matières putrides , par des venins ou par des virus, lorsque ces poisons ont été déposés dans une plaie, 00 doit, n'ayant aucune substance pour les neutraliser, les détruire par la cautérisation ; celle-ci , pour être efficace, devra atteindre toute la surface de la solution de continuité dans toutes ses sinuosités et à une certaine profondeur. Ces règles de traitement seront suivies, quelle que soit la période à laquelle le médecin sera appelé ; on les appliquerait lors mémo que le poison commencerait à manifester ws effets généraux. Mais la conduite sera différente dans les cas où le poison, ayant élé ioférr dans l'estomac , l'homme de l'art n'arrive qu'à une époque où toute la portioa qui u'a pas agi a été expulsée par les vomissements ou par les selles : il n'y a alors d'autres indications à remplir qu'à combattre les accidents résultant de la portion du poison qui a agi localement et par absorption. Enhu , lorscjue l'empoisoaDcmcnt est produit par l'ingestion d'un mélange formé de plusieurs substances délélères, il faut obéir d'abord à la première indication , qui consiste à expulser le plus de poison possible par le vomissement, puis on administrera les antidotes. Si deux poisons énergiques ont élé ingérés à la fois, on devra opposer à chacun d'eux on antidote, pourvu que les médicaments ne se décomiwsenl \yas nmtueile- OKfit; car, dans ce cas, il faudrait se borner à attaciuer seulement le poison le pins actj£ Convenons pourtant qu'il est très difficile de tracer la conduite ((u'ou do\l
iw eo pareille occurrence , par la àiScuhé qull y a de comiaitrc exaçtemeiu \es
h BES EMPOISONNEMENTS.
mélanges qui onl été pris |)ar le malade, et parce que le médecin ne peut pas toujours se rendre compte des réactions chimiques qui ont pu s'opérer entre les divers poisons.