‹ Traite encyclopedique de photographie (volume 2)Chapitre 214 sur 260 · EMPLOI DU BITUME DE JUDÉE · texte numérisé non relu

EMPLOI DU BITUME DE JUDÉE

763. Préparation de la plaque et insolation. — Une plaque de cuivre parfaitement polie est revêtue d'une dissolution de bitume de Judée dissous dans la benzine; on se sert d'une liqueur contenant : benzine, 100 c. c; bitume de Judée, 5 grammes. Pour obtenir une couche bien adhérente, il faut d'abord nettoyer le cuivre avec un mélange de potasse caustique dissoute dans l'eau et de craie lévigée : la surface à nettoyer est frottée avec ce mélange jusqu'à ce que le métal puisse être complètement mouillé par l'eau ; on le reconnaît à ce que le liquide coule en nappe régulière sur toute la surface du cuivre ; on sèche rapidement la planche, et tout aussitôt on verse à sa surface une certaine quantité de la dissolution de bitume pour mouiller entièrement la planche, puis on verse une seconde couche et on place la plaque sur la tournette pour régulariser l'épaisseur de la couche. Il est important de ne pas trop approcher la planche du foyer de chaleur, car la vapeur de benzine s'enflammerait. L'exposition de la couche se fait derrière un positif; il est indispensable que ce positif présente des blancs d'une transparence absolue. L'exposition au soleil peut durer de quinze à quarante minutes: la lumière, en traversant les blancs du positif, rend insolubles les parties immédiatement correspondantes de la couche bitumée. On dépouille l'image à l'aide d'un liquide contenant de l'essence de térébenthine mélangée d'un dixième d'essence de lavande : la benzine ne donne pas de bons résultats parce que son action est trop énergique et qu'elle peut entamer les traits les plus déliés de l'image. La plaque complètement dépouillée est soumise à un lavage abondant à l'eau ordinaire : on

LIUAINAGE. Oo5

laisse sécliur. La [)laiiciie est ensuite exposée en plein soleil aliii ([ne le bitume devienne plus dur et résiste mieux à la morsure.

764. Grainage et cuisson. — I.o grainage est le plus souvent iinilile dans un dessin ne comprenant ({ue du trait; mais s'il y a de grands noirs, si les tailles sont très larges, il est indispensable de grailler la plaiiclie: si Ton ne prenait pas cette précaution on [)ouri'ait obtenir au Tirage des épreuves grises parce (|ne l'encre ne se maintiendrait pas dans les tailles les ])lus larges, elle serait enlevée soit l);ir le tanipo n. s(jit \yax la main an momcid de l'encrage, et on obtiendrait un aspect bien c(mnu des aipiafortistes. aspect qu'ils désignent en disant (fue la planclie est rrcvcç ; on iro])tient que des gris au lieu d'avoir des noirs profonds. Imi déposant an fond des tailles un grain très lin, on est cei-(ain (inc. (jncbine iai-gcs (pfelles soient, elles l'etiendront Tencre et la reslitncroni lidélenn'nl an lirage.

Le grainage s'etfectne à l'aide de la boîieà grainer ou boîte à résine (753). Il est indispensable de frajyper foi'tement sur les parois de la boite avant d inti'oduii'e la planclie à grainei- alin d'éviter <|ue des pacjuets de poudre n<' bunbent sur la phupie: poni" (»btenir un dépôt ])ien régidiei' jns(|n an\ bords de la planche, il est bon de placer le enivre sur une glace pins giaiide que lui.

On i)lace dans la boite enviion /.")() grammes de résine copal linemenl pulvérisée et TôO grammes de colophane ordinaire: on détermine l)ar Tc^xpérience (|nel es! le temps (|iril l'aul laisser s'écouler entre l'arrêt du moiiveuHMd de la boîte et l iidroduction de la planche pour obtenir un grain d'une c<M*taine grosseui'i on déternnne aussi (juelle doit être la (birée du séjoni' d ' la ]»la(|ne dans la boite. 1mi général, il sulïit de deux ou trois minutes de séjour pour obtenir un grain bien lin et régulier; ce résultat étant obtenu, ou fait fondre légèrement la résine. Cette opération constitue ce (pi on api)elle la ruisson du grain: elle a pour but de faire sonder les divers grains au cuivre ou au bitume, (les grains protégeront, lors de la morsure, le cuivre sousjacent. 11 faut chantier très peu. car si les grains se soudaient les uns aux antivs on obti(Muli"ail à la snrfac(^ du cnivi'c un venus (|ni protègei-ait complètenuMd le métal contre l'action du mordant.

Pour cuire le grain, on place la planche sur un gril constitué par un cadre de bois sur on a tendu des lils de fer ou de cuivre: la

planche ainsi disposée, en évitant de soulever le grain, est promenée au-dessus de la tlamme d'une lampe à alcool à large mèche. Au lieu

de lampe, si la planche est de grandes dimensions, on verse dans une cuvette en tôle une certaine quantité d'alcool à brûler que l'on entlamme; aussitôt que la surface de la planche, qui était d'un blanc de neige, prend une couleur ambrée, on arrête l'opération ; on saisit la planche à l'aide de pinces métalliques et on la dépose sur une plaque de fonte de façon à la faire refroidir rapidement. On peut alors faire mordre la planche soit avec le perchlorure de fer^ soit avec l'acide nitrique. C'est généralement à ce composé que l'on a recours lorsque la planche est préparée au bitume. La planche refroidie est recouverte sur les marges avec une solution de bitume de Judée dans la benzine ; on vernit de la même façon le dos de la planche atin ({ue facide n'ait de prise que sur la partie utile.

765. Morsure et nettoyage. — Lorsque le vernis au bitume est complètement sec, on plonge la planche dans une cuvette de porcelaine contenant 100 c. c. d'eau et 5 grammes d'acide nitrique , on agite constamment la cuvette afin que la morsure se fasse d'une façon régulière, et quand la profondeur atteinte est suffisante, résultat qui ne peut être indiqué que par l'expérience, on retire la plaque et on lave à grande eau.

Le bitume et la résine qui recouvrent la plaque sont enlevés par l'action de la benzine seule. On fait agir ensuite l'essence de térébenthine, on essuie à sec avec un chiffon et on nettoie la planche à la potasse et au blanc; lorsque la surface est bien brillante, on peut procéder au tirage, opération qui s'effectue comme nous le verrons plus loin.

766. Modifications diverses. ~ Niepce de Saint-Victor ^ se servait de bitume de Judée, ne grainait pas la planche et commençait la morsure à l'eau iodée ; il la terminait à l'acide azotique. La solution de bitume qu'il employait se composait de 100 grammes de benzine, 5 grammes de bitume de Judée et 1 gramme de cire jaune; il dépouillait l'image à l'aide d'un mélange de 5 parties d'huile de naphte et 1 partie de benzine.

Lemaitre2 employait pour creuser les plaques d'acier un mordant composé de 1 c. c. (Vacide nitri(pie. 8 c. c. d'eau distillée et 2 c. c. d'alcool; ce mélange était laissé très peu de temps sur la plaque; il lavait, séchait la surface, puis la recouvrait de résine qu'il faisait cuire de manière à obtenir dans les noirs un grain très lin.

L'emploi du bitume de .Judée pour la gravure est dû à Niepce, de Cliâ-

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