OBJECTIFS SEMI-AN ACHROMATIQUES
Pour des paysages en 18x24, on peut avoir besoin d'objectifs ayant une longueur focale de 40 à 00 centimètres, ce qui excède de beaucoup le tirage de la chambre noire. L'emploi du téléobjectif s'impose donc de ce chef et, en fait, l'expérience montre qu'avec cet appareil on a recours le plus fréquemment aux distances focales comprises entre 40 et 65 centimètres.
Le téléobjectif anachromatique doit être à court foyer pour avoir une clarté convenable: la mise au point faite sur le sujet principal sera satisfaisante; la netteté réduite des lointains accentuera la perspective aérienne. L'intervention de l'aberration chromatique s'ajoutant au flou de mise au point donnera une définition plus agréable. Pour obtenir une combinaison téléphotographique à foyer court, il faut prendre un coefficient d'amplification assez faible.
M. de Pulligny a fait construire par la fabrique de verres d'optique de Ligny-en-Barrois un téléobjectif anachromatique qu'il a appelé Odjustàble Landscapc. Les deux lentilles de l'objectif ont même distance focale, et cette distance focale est égale à 10 centimètres. La lentille frontale est plan convexe en crown; l'amplificatrice est plan concave en crown; elles ont mêmes courbures; quand les deux éléments sont en contact, le foyer résultant est à l'infini. Si on leur donne un écart très faible, puisqu'il s'exprime en millimètres, on obtient tous les foyers jusqu'à 10 centimètres. Dans un tel système, convenablement diaphragmé, l'aplanétisme, l'astigmatisme et la planéité du champ se trouvent assurés pour un angle de champ assez grand.
Un autre type de téléanachromatique est fabriqué par la même maison : il est formé d'un symétrique anachromatique de formule ordinaire de 20 centimètres de foyer et comme amplificatrice d'une lentille plan concave en crown de 15 centimètres de foyer et de 5 centimètres de diamètre. Ce diamètre est nécessaire si l'on veut abaisser à 30 centimètres le minimum de tirage. Le champ d'un tel système est très plan, L'image est très claire et très brillante, la correction est aisée ; malheureusement, le champ n'est pas exempt d'un certain coma peu sensible à l'examen sur le verre dépoli, mais visible dans les angles du négatif.
1802. Objectifs semi-anachromatiques. — M. de Pulligny a fait construire des objectifs dans lesquels on associe une lentille frontale d'un objectif à portraits de Petzval avec un ménisque simple,
non achromatique en crown. La lentille frontale est composée d'un flint plan concave, collé à un crown bi-convexe ; le foyer est de 52 centimètres. Le ménisque arrière en crown a une longueur focale de 95 centimètres et les deux rayons des faces sont
La longueur focale principale de la combinaison mesurée est de 39 centimètres ; l'ouverture du plus grand diaphragme est de //'5,3. L'aberration chromatique longitudinale mesurée est de 2,5 millimètres pour la mise au point sur l'infini. On peut corriger la mise au point comme pour un objectif simple en déplaçant la glace dépolie ou l'objectif de façon à obtenir des images suffisamment précises et d'aspect agréable.
§ 8. — Téléobjectifs.
1803. Divers systèmes de téléobjectifs. — Trois moyens peuvent être employés pour obtenir d'objets lointains une image assez grande1 :
1° Système optique unique de grande distance focale;
2° Système double d'élément antérieur convergent et d'élément postérieur convergent;
3° Système double d'élément antérieur convergent et d'élément postérieur divergent.
Le premier système est celui auquel les astronomes donnent la préférence; rarement ils utilisent le second, qui est à peu près abandonné parce que la courbure de la surface focale et la limitation du champ y sont particulièrement variables ; la luminosité y est plus réduite que dans le troisième type ; l'encombrement est plus grand, mais on peut obtenir de fortes amplifications.
Dans les systèmes à élément postérieur divergent, les deux éléments. doivent être isolément corrigés aussi bien que possible; l'élément antérieur doit être très ouvert. En désignant par G le grossissement, le diamètre d'ouverture utile est réduit dans le rapport 1/G. De plus, pour éviter des phénomènes de diffraction qui peuvent devenir gênants, il faut, si l'élément antérieur est d'ouverture f/n :
nG < 70.
On prend donc n assez petit et on élimine suffisamment les aberrations de l'élément antérieur pour qu'on n'ait pas besoin de recourir au diaphragme. Il convient d'annuler la distorsion de l'élément antérieur en utilisant un objectif double ayant un diaphragme entre les deux lentilles;
1. Wallon, Bulletin de la Société française de photographie, 1904, p. 455.
TÉLÉOBJECTIFS.
cependant, dans certains cas, à cause du gain de luminosité, il y a avantage à employer l'objectif simple; on n'utilise alors que le centre du champ et l'on se borne à de faibles amplifications.
L'emploi des téléobjectifs est très utile pour la photographie documentaire; cet instrument permet d'obtenir des reproductions de sujets dont on ne peut s'approcher suffisamment. Au point de vue artistique, ces instruments peuvent rendre de très grands services; le téléobjectif permet, en effet, d'adopter une échelle de reproduction assez grande sans recourir à une diminution excessive de distance, ce qui donnerait une perspective d'apparence exagérée.
Les téléobjectifs sont utiles pour la production des portraits, parce que la profondeur de champ devient, dans le cas d'objets rapprochés, plus grande que celle donnée par les objectifs ordinaires.
Pour le paysage, on peut faire varier de façon continue la puissance et choisir celle qui convient le mieux. Si le paysage comprend des figures, les relations de ces figures avec le fond sont mieux respectées par l'emploi du téléobjectif que par l'emploi des objectifs ordinaires. Dans des groupes ou dans des scènes à plusieurs figures, L'échelle des divers éléments du tableau est plus exactement reproduite; la dégradation de netteté en profondeur est bien meilleure, ce qui donne une image plus harmonieuse. A côté de ces avantages, il y a lieu de remarquer que l'image fournie par le téléobjectif est quelquefois un peu plate et monotone, parce que les premiers plans sont par trop éloignés de l'appareil et que la dégradation de la netteté est lente. Il y a lieu d'observer que l'atmosphère interposée tend à uniformiser toutes les valeurs; [on devra donc choisir des sujets à oppositions assez vigoureuses et utiliser des préparations orthochromatiques et des écrans convenablement colorés.
1804. Clarté des téléobjectifs. La puissance d'impression d'un objectif a une Importance considérable pour la photographie des objets à longue distance. Pour qu'un objet soit perceptible à l'œil nu sur une image photographique, il ne suffit pas que cet objet soit enregistré avec une netteté supérieure à sa plus petite dimension; il faut encore que la différence de teinte entre le détail à percevoir et le fond sur lequel il se détache atteigne une valeur d'autant plus grande que le détail est plus petit. Dans la reproduction photographique, l'opacité d'une teinte est liée à La quantité de lumière qui a servi à reproduire cette densité par une loi assez complexe.
Pour qu'une impression soit possible, la quantité de lumière doit être supérieure à 0,1 bougie-mètre-seconde.
On a intérêt à augmenter la quantité de lumière perçue par la plaque sensible, quantité qui dépend de trois facteurs : 1«> L'intensité lumineuse de l'objet ; 2<> le temps de pose ; 3° l'intensité de l'image transmise par l'objectif.
C'est ce troisième facteur qui est le plus important dans La pratique. Cette intensité de l'image dépend elle-même de trois causes bien distinctes : 1° elle est proportionnelle au carré de l'ouverture de l'objectif; elle dépend de l'épaisseur des lentilles dont l'absorption peut être représentée par 1,98 X e, e étant l'épaisseur des lentilles en millimètres. Pour les objectifs à long foyer, c peut varier de 10 à 50 millimètres et au delà; par suite, l'absorption de lumière par les lentilles peut varier de 20 à 00 pour cent; 3° pour
la perception de détails de très petites dimensions, elle dépend du rapport des ►surfaces de l'image théorique et de l'image réelle. C'est ainsi que si un objet devant, théoriquement, donner une image de l/20e de millimètre en fournit une de l/10e de millimètre (par défaut de mise au point ou toute autre cause), son intensité sera quatre fois moindre.
La puissance de vision peut se définir par la propriété que possède un objectif photographique de produire une image nette sur une certaine étendue. Cette propriété, qui est très importante dans la pratique usuelle, présente un intérêt moindre dans le cas de la photographie à longue distance, où l'on veut seulement embrasser une surface restreinte eu égard au foyer des objectifs employés, soit par exemple une plaque dont le plus grand côté est le tiers ou le cinquième de la distance focale.
L'inconvénient que présente le téléobjectif ordinaire provient de ce que la quantité de lumière transmise est inversement proportionnelle au carré du grossissement. C'est ainsi qu'un tel système constitué par un objectif de 200 millimètres de foyer, associé avec un système divergent grossissant cinq fois, donnera, avec un tirage de chambre noire très réduit, la même image qu'un objectif de un mètre de foyer, mais vingt-cinq fois moins éclairée : de telle sorte que si nous l'obtenons en une seconde, elle correspondra, comme intensité, à la même image obtenue en quatre centièmes de seconde avec un objectif ordinaire.
On voit que l'emploi du téléobjectif est séduisant par la diminution de volume du bagage photographique qu'il entraîne, mais il ne permet pas d'obtenir toujours des images suffisamment intenses pour être perceptibles. On a donc renoncé à l'utilisation des téléobjectifs ordinaires pour les applications à l'art militaire et à la photographie en ballon. Pour ces applications il faut utiliser des objectifs d'une distance focale voisine de un mètre, et il faut que l'objectif soit assez bien travaillé et de dimension assez grande pour séparer des détails dont la dimension est inférieure à 1/25000 de la distance focale principale à la distance de 8 kilomètres; cette condition correspond à la perception de deux objets séparés par un mètre d'intervalle. On obtient ce résultat en utilisant une ouverture supérieure à /y 10 et corrigeant autant que possible les défauts provenant de l'aberration sphérique.
1805. Téléphot. — L'inconvénient que présentent les objectifs à long foyer tient surtout au tirage exagéré que nécessite l'emploi de la chambre noire. M. Vautier-Dufour a combiné, pour la photographie à grande distance, l'emploi d'un objectif à long foyer et celui des miroirs. Il utilise deux miroirs sur lesquels le faisceau lumineux émanant de l'objectif se réfléchit successivement avant d'arriver à la plaque, ce qui permet de réduire au tiers la longueur de la chambre qui serait nécessaire pour l'emploi de l'objectif. Une des qualités de ce téléphot est de donner des images très claires dont la mise au point est rapide et facile. L'appareil peut être muni d'un oculaire terrestre et transformé en lunette terrestre. La longueur de l'appareil, 9 X 12, est de 21 centimètres, et son poids est approximativement de 2 kilogrammes. L'image obtenue avec le téléphot est beaucoup plus fine que celle qui est obtenue avec les téléobjectifs, ce qui permet ultérieurement des agrandissements considérables. C'est sur les indications de M. Schœr, de l'Observatoire de Genève, que cet appareil a été construit.
OBJECTIF BIS-TELAB.
1806. Téléobjectifs à deux combinaisons. — Les téléobjectifs à deux lentilles sont formés d'une combinaison convergente et d'un système convergent ou divergent; c'est ce dernier mode de construction qui est généralement employé, et, dans ce cas, le téléobjectif rappelle dans sa forme générale l'orthoscopique de Petzval. La combinaison négative se trouve alors placée entre la lentille positive et la plaque sensible : c'est là le téléobjectif que l'on peut qualifier de normal, la combinaison antérieure pouvant d'ailleurs être constituée par tout objectif simple ou double bien corrigé de l'aberration sphérique.
A côté de ce type de téléobjéctif normal se placent les dispositifs
qui consistent à mettre à la place de la lentille antérieure d'un objectif double un objectif téléphotographique composé d'une combinaison positive et d'une combinaison négative. Ce nouveau genre de téléobjectif à trois combinaisons est particulièrement commode pour l'emploi des chambres à main.
Le biS-Télar de Busch (////. 02) a l'aspect extérieur d'un objectif ordinaire, n'est ni plus lourd ni plus encombrant que les autres appareils; il se compose d'une combinaison antérieure convergente et d'une combinaison postérieure divergente, de foyers sensiblement égaux et à écartement invariable : un diaphragme iris se place entre les deux combinaisons. Il fonctionne à l'ouverture maxima f/9, ce qui permet l'instantané dans de bonnes conditions de lumière. Le foyer résultant de la combinaison des deux lentilles est sensiblement le double de la longueur du tirage de la chambre. En cas de nécessité, la combinaison antérieure, employée seule, fournit un grand angulaire dont la distance focale est environ le quart du système entier; le diaphragme employé doit être de f/25 environ1.