ACTIONS DIVERSES DE LA LUMIÈRE
diverses radiations. Cependant, toutes les radiations de l'ultra-violet à l'ultra-rouge, ainsi que les radiations ultra-rouges et ultra-violettes, peuvent exercer une action chimique. Les radiations ayant une action chimique sur un corps doivent aussi être absorbées par ce corps; l'action chimique de la lumière et l'absorption optique se tiennent intimement. Chaque espèce de lumière peut agir par voie d'oxydation ou bien de réduction , suivant la nature du corps sensible à la lumière.
Quoique l'action oxydante des rayons rouges et l'action réductrice des rayons violets ne soit pas nettement séparée, on peut quand même dire
Fig. <;!•!>.
en général que la lumière rouge agi! d'ordinaire par oxydation sur les combinaisons métalliques et la lumière violette par réduction. On constate que dans tous les cas l'action chimique de la lumière colorée est soumise à la loi suivante : les rayons ayant l'action la pins énergique sont aussi ceux qui sont le pins vivement absorbés par les substances sensibles à la lumière. Non seulement l'absorption des rayons lumineux par les corps éclairés euxmêmes, mais aussi l'absorption de la lumière par les substances mélangées joue un rôle considérable dans l'action chimique de la lumière. La sensibilité à la lumière des premiers se trouve fortement augmentée pour les rayons lumineux que les derniers absorbent : ces corps sont des sensibilisateurs optiques.
Une substance mélangée au corps sensible à la lumière et qui peut se combiner chimiquement à la matière constitutive éliminée sous l'influence des vibrations lumineuses (oxygène, iode, brome) favorise la décomposition à la lumière; on donne à ces corps le nom de sensibilisateurs chimiques.
La manière dont agissent les radiations colorées sur les combinaisons employées en photographie varie avec la pureté de ces substances, leur état moléculaire et la nature du développement; enfin, l'activité du spectre solaire varie considérablement avec l'état de l'atmosphère, de telle sorte que pour un même état du soleil et un ciel d'apparence pure l'effet chimique se trouve rarement être le même; c'est pour ce motif qu'il est à peu près impossible de donner des chiffres absolus relativement à l'action chimique des couleurs du spectre l.
Lermantoff2 a cherché à démontrer que l'hypothèse de réchauffement moléculaire était suffisante pour expliquer la plupart des effets produits par la lumière sur les corps. Les diverses radiations du spectre diffèrent par leur longueur d'onde; elles ne diffèrent donc que quantitativement, et leur mode d'action sur les corps est probablement le même. Les rayons calorifiques obscurs produisent un échauffement sensible du corps entier. On peut admettre que chaque molécule superficielle qui reçoit la force vive d'un rayon s'échauffe beaucoup plus que le reste du corps et communique l'excès de chaleur aux molécules voisines par conductibilité. Les rayons lumineux et ultra-violets produisent un effet analogue; mais le mode de mouvement qu'ils communiquent aux molécules doit se distinguer par une vitesse plus considérable, qui peut atteindre par moments celle de la source lumineuse elle-même. L'incandescence des molécules superficielles, sous l'influence des rayons les plus réfrangiblcs émanant d'une source à haute température, doit persister pendant un temps fini après la cessation de l'action de la lumière. On peut expliquer ainsi la phosphorescence de courte durée observée par Becquerel dans presque tous les corps solides; la fluorescence s'explique aussi par cette hypothèse, en admettant que c'est une phosphorescence de courte durée, assez intense pour être vue pendant l'action de la lumière. En général, une élévation de température modérée favorise les réactions de combinaison; c'est ainsi que beaucoup de chlorures et d'oxalates métalliques en dissolution dans l'alcool ou dans l'éther sont plus ou moins réduits à la température de l'ébullition, et parmi eux, en première ligne, les sels organiques d'argent. Le sulfate ferreux s'oxyde aussi bien par la lumière rouge que par l'action de la chaleur; les matières colorantes blanchissent non seulement par Fair et la lumière, mais aussi par la chaleur. Une température de 150 à 200° provoque la combinaison du chlore et de l'hydrogène ; mais il faut reconnaître que dans bien des cas une température élevée ne peut nullement remplacer la lumière ; c'est ainsi que le chlorure , le bromure et l'iodure d'argent ne se décomposent même pas au rouge. Il n'est donc pas absolument exact de dire qu'il y a accord entre l'action de la lumière et celui de la chaleur.
L'action de la lumière en photographie est quelquefois distincte de l'ac-
1. Eder, Des actions chimiques de la lumière colorée et de la photographie en couleurs naturelles, p. 93.