EMPLOI D'UN POSITIF DE GRANDE DIMENSION
831. Procédé Carette. — Les défauts de l'image positive sont considérablement amplifiés quand on agrandit cette image; il semble donc préférable de faire un grand positif de la dimension exacte de
l'épreuve définitive. Ce procédé est pratiqué avec succès par M. Carette, de Lille. Il prépare d'abord, par le procédé au gélatino-bromure, un grand positif par transparence, bien détaillé et très doux; ce positif, lorsqu'il est sec, est retouché par les procédés usuels et sert à produire le grand négatif; ce dernier est obtenu par l'emploi du procédé au charbon.
Carette se sert du papier mixtionné spécialement préparé pour négatifs; c'est un papier qui contient une très forte quantité de matière colorante La sensibilisation de ce papier se fait à l'aide du bain ordinaire de bichromate de potasse : mais, pour avoir une image assez intense, il faut l'exposer derrière le positif, dans un châssis-presse, le double ou le triple du temps nécessaire pour obtenir une positive ordinaire: après L'insolation, on fait adhérer la mixtion au verre et on la dépouille d'après les procédés ordinaires.
Si h; négatif ainsi obtenu ne présente pas L'intensité suffisante, on peut le renforcer à l'aide des trois solutions suivantes : A i eau. 1 litre; sulfate te peroxyde de fm". \n grammes : B) eau. 1 Litre; carbonate de soude pur, 20 grammes: C) eau. 1 litre; acide gallique, 10 grammes. Le négatif, dépouillé do l'excès de gélatine, est immergé dans le premier bain pendant cinq minutes, puis lavé légèrement à l'eau ordinaire; on l'immerge ensuite pendant six à sept minutes dans le second bain et on lave. Il faut éviter de prolonger pendant trop longtemps l'immersion dans ce second bain, sans quoi la couche pourrait se soulever. On immerge enfin La plaque dans Le bain d'acide gallique et on la laisse dans ce bain pendant un temps variable, suivant l'intensité que l'on veut obtenir. Le ton du négatif est d'un beau violet foncé, assez semblable à celui des négatifs au collodion humide, développés à l'aide de l'acide pyrogallique mélangé d'acide citrique. Le négatif est retouché, et peut alors servir à L'impression d'un nombre quelconque de positives.
032. Procédés divers. -- Le grand négatif peut être produit à l'aide d'un procédé quelconque permettant d'obtenir une surface sensible. On 1 eut faire ce négatif soi! sur une glace préparée au gélatino-bromure, au colloiio-chlorure, au collodion sec, etc. Chacun de ces procédés permet de modifier La nature de l'image obtenue; grâce à la retouche du grand pjsitif, on peut tirer parti de bien des négatifs qui seraient inutilisables par le procédé d'agrandissement direct.
Cette retouche, soit du grand positif, soit du négatif, peut s'exécuter d'une façon spéciale pour les portraits. On colle sur les deux faces du verre une feuille de papier à copier les lettres; ce papier doit avoir été préalablement
imbibé d'eau; c'est lorsque l'eau a été complètement épongée que l'on applique la feuille sur le négatif dont les bords sont recouverts de gomme arabique. Lorsque le papier est bien sec, les deux surfaces doivent être parfaitement tendues et l'on peut exécuter la retouche à l'aide de plombagine et d'estompé en papier gris ou en peau. S'il s'agit de retoucher de grandes surfaces, on passe la plombagine à l'aide d'une peau de chamois; on se sert du crayon pour indiquer les contours délicats qui doivent être nettement tranchés. Le travail se fait très vite et il n'est pas besoin de prendre de grandes précautions, car la lumière est tamisée par les deux épaisseurs de papier qui couvrent le négatif; dans ce cas, la retouche s'harmonise facilement avec l'image. On peut coller au dos du négatif une seconde feuille de papier, soit sur toute sa surface, soit seulement sur une portion qui demande à être éclaircie, et on renforce de nouveau avec l'estompe imprégnée soit de sanguine, soit de plombagine.
Si l'on veut changer complètement le fond d'un portrait, on opère de la manière suivante : on place une feuille de papier jaune sur le négatif, du côté de la couche sensible, et , plaçant le tout sur le pupitre à retouche, on trace au crayon les contours de l'image que l'on veut conserver; on découpe ensuite ces contours en se servant de la pointe d'un canif que l'on affûte très souvent; on obtient ainsi deux silhouettes. Celle qui est extérieure est collée par les bords sur le côté opposé à la couche constituant l'image; elle sert de cache et préservera le fond de l'insolation ; on fait les raccords nécessaires entre cette silhouette et limage en se servant de l'estompe et du crayon. On peut alors imprimer l'image; le fond sera préservé de l'insolation pendant que le restant de l'épreuve pourra être imprimé à la valeur nécessaire; elle est alors retirée du châssis et placée à plat, face en dessus sur une glace forte. On applique sur l'épreuve le négatif représentant le fond que l'on veut obtenir, la couche portant l'image étant en contact avec la surface de l'épreuve. La sihouette intérieure, primitivement obtenue, est découpée de manière à enlever deux à trois millimètres sur ses bords (plus ou moins, suivant l'épaisseur du verre qui porte le négatif) ; cette silhouette est appliquée sur l'image; on fait une seconde silhouette, de dimension exacte, que l'on applique sur une grande glace; on adoucit avec de la couleur passée sur le verre les contours trop durs de cette silhouette; on passe cette couleur avec un petit tampon de linge de manière à ne pas avoir de contours trop durs. On peut ménager des etfets de lumière pendant l'impression en promenant un morceau de carton arrondi sur certaines parties que l'on veut préserver pendant que les autres s'impriment et prennent une plus grande intensité. L'impression par ce procédé exige un certain sentiment artistique de la part de l'opérateur pour obtenir une mise à effet satisfaisante.
Despaquis 1 a proposé d'opérer de la manière suivante : l'image projetée par l'appareil d'agrandissement est reçue sur un verre très finement dépoli; sur cette image ainsi projetée, on fait, à l'aide du pinceau, de l'estompe ou de tout autre moyen, les retouches que l'on juge nécessaires; l'opérateur peut recommencer et effacer sans crainte d'altérer soit le négatif, soit le positif. Lorsque la retouche est complète et que l'image vue par transparence paraît bien modelée, on applique contre le verre dépoli la surface sensible
1. Bulletin de la Société française de photographie, 1873 p. 136.
sur laquelle on veut obtenir l'image; au lieu de verre dépoli, il est mieux d'employer une glace transparente doublée «1 'une feuille de papier mince. L'épreuve imprimée à l'aide de l'appareil solaire sera .donc retouchée, et cette retouche devient invisible, car le passage de la lumière à travers le verre et, au besoin, à une faible distance entre la surface opaline et la couche sensible, font disparaître tonte trace de coup de pinceau ou d'cstompe. Despaquis a constaté que si l'on reçoit la projection de l'image sur une glace étamée inclinée à i5°, placée le pins près possible de la surface sensible, on peut opérer très facilement la retouche sur l'image réfléchie sur cette glace, et son effet est très bien reproduit sur l'épreuve définitive obtenue sur la couche sensible placée sur l'écran. Il a fait construire un appareil permettant d'utiliser ce procédé. L'instrument* consiste en un châssis qui peut s'adapter aussi bien à une chambre noire destinée à la reproduction qu'à un appareil d'a-ran.li-->aiient ordinaire: ce châssis peut servir lorsque le négatif est éclairé par la lumière solaire ou artificielle aussi bien que s'il est éclairé par la lumière diffuse. Lorsque le négatif est éclairé par la lumière solaire, le châssis destiné à recevoir l'image amplifiée se place parallèlement ;'i l'axe de l'objectif: l'image est rélléchie par une glace étamée inclinée à 45° par rapport à l'axe de l'appareil, et vient se former sur le verre dépoli placé sur le côté de l'ensemble de l'appareil. On peut retouc! er l'image sur lu glace étamée; dans ce but, on applique de la couleur de gonade- sur la glace étamée; on peut aussi faire certaines retouches sur la glace dépolie. La surface sensible sur laquelle doit se former l'épreuve est ensuite amenée au contact du verre dépoli à travers Lequel s ■ fait l'impression. Si l'on l'ait usage de lumière diffuse pour éclairer le négatif, l'image ne se dessine p;m avec nue netteté suffisante sur La glace étamée pour pouvoir l'utiliser pour les retouches. Le châssis se place alors Perpendiculairement à l'axe d i l'objectif, on supprime la glace étamée et la retouche se fait en entier sur le verre dépoli enduit d'une substance adhésive quelconque. Ce verre dépoli doil ôtre du grain le plus fin possible* on peut se servir d'une feuille de gélatine légèrement opaline.
Liébert9 a fait construire un appareil assez semblable au précédent. Il se sert d'un positif obtenu par l'emploi du collodio-chlorure : il le transforme en négatif agrandi. Il a trouvé avantageux de substituer à La glace dépolie Interposée un positif obtenu sur glace opale polie d'un côté et doucie de l'autre. Si l'on prend du verre ordinaire, tontes les aspérités qui se trouvent sur la surface non polie se reproduisent sur l'image définitive.
VerneuiP obtenait du négatif un petit positif par transparence qu'il agrandissait par L'emploi du collodion humide : le positif était placé à quatre ou cinq centimètres d'un verre dépoli et l'image était projetée à l'aide d'un objectif à portrait- qu'il employait retourné. Cette méthode permet d'opérer en l'absence du soleil; elle a été' recommandée par Dallmeyer, qui se servait d'un triple! pour projeter l'image.
1. Bulletin de la Société française de photographie, 1873, p. 291.