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CHAPITRE PREMIER

866. Historique. — L'action simultanée des deux yeux est un des éléments les plus importants du jugement du relief des corps rapprochés. C'est Wheatstone qui a nettement démontré ce rôle de la double vision *. Avant lui, Euclide, Galien, Léonard de Vinci, Jean-Baptiste Porta, Gassendi, Smith avaient attribué la vision en relief à la simultanéité d'impression de deux images dissemblables du même objet obtenues par chaque œil.

Wheatstone démontra que quand on regarde un même corps peu éloigné successivement avec chaque œil, on aperçoit l'ensemble sous deux aspects différents : avec l'un des yeux, les positions relatives des lignes ne sont pas les mêmes qu'avec l'autre; on voit du côté de cet œil certaines parties du corps qu'on ne voit pas avec l'autre, les deux yeux n'étant pas situés de la même manière par rapport au corps. Quand on regarde avec les deux yeux l'objet en relief, les deux images faites sur les rétines ne sont pas identiques et l'on peut y distinguer trois parties : une partie commune, vue en même temps parles deux yeux et dont les sensations se confondent; les deux autres, vues par un œil seulement et qui s'ajoutent dans l'image à droite et à gauche de la partie commune. De la combinaison de ces diverses sensations résulte le sentiment des trois dimensions et du relief des corps. Les deux yeux embrassent donc la surface des objets de manière à en distinguer non seulement la partie antérieure, mais encore une portion des parties latérales ou antérieures, ce qui ne peut avoir lieu sur une photographie ; par suite, les objets représentés sur le premier plan ne produiront jamais une illusion complète, surtout si on les examine à la distance de la vision distincte; c'est là un défaut de la photographie.

1. Annales de chimie et de physique, 3« série, t. II, p. 330.

CHAMBREÇ STÉHÉOSCOPIQUES.

Pour faire voir en relief des dessins représentant des objets à trois dimensions, Wheatstone a montré qu'il fallait préparer deux dessins de l'objet, l'un le représentant tel qu'on Le voit avec L'œil droit, L'autre tel qu'on le voit avec l'o'il gauche, et l'on fait en sui te que celui de droite étant vu par l'œil droit seulement et celui de gauche par l'œil gauche, les deux dessins paraissent superposés comme le paraîtraient dans La sensation les deux images de l'objet réel qu'ils représentent. Wheatstone est arrivé à ce résultat à l'aide d'un stéréoscope de réflexion. Cet appareil se compose de deux tablettes verticales, parallèles, entre lesquelles sont disposés deux miroirs plans formant un angle de 90°. Un écran présentant des échancrures pour les yeux et pour le nez cache L'arête d'intersection des deux miroirs, les rayons lumineux partant des dessins vont faire Leur image virtuelle dans les miroirs; on fait en sorte que res image* se superposent en faisant glisser convenablement sur elles-mêmes les tablettes. L'abbé Moigno a fait observer que la réflexion produite par les miroirs renverse la position des images, et que pour obtenir L'effet <ln relief il est nécessaire de placer à droite l'image vue de l'œil gauche et à gauche l'image vue de l\eil droit.

Brewster imagina en l.Sôo le stéréoscope à réfraction composé de deux prismes, ou mieux de deux moitiés d'une lentille biconvexe : il plaçait la moitié gauche devant L'œil droit et La moitié droite devant L'œil gauche, il regardait les deux dessins à travers ce système de lentilles; mais cette observation provoquait une forte fatigue de L'œil. Claudet, Hennagis, de la Blanchère, etc., ont perfectionné Le stéréoscope, instrument qui est devenu populaire grâce à remploi de La photographie; en clfet, avec cet auxiliaire on peut obtenir très facilement deux images du même sujet et ces images peuvent être produites en prenant deux points «le vue différents correspondant plus ou moins à L'écartement des deux yeux; Lorsque L'on a obtenu de telles images, rien de plus simple que de le* disposer de telle manière qu'examinées dans les stéréoscopes elles se superposent sans effort quand on les regarde. La photographie stéréoscopique s'effectue donc à l'aide d'appareils spéciaux et Les images positives obtenues à l'aide des phototypes doivent être convenablement montées.

867. Chambres stéréoscopiques — Les chambres stéréoscopiques diffèrent dos chambres noires ordinaires en ce qu'elles possèdent à l'intérieur une cloison i mobile ou fixe) qui Les séparent verticalement en doux parties égales, i >eux objectifs absolument identiques, fixés sur la planchette antérieure, donnent sur La glace dépolie deux images Légèrement différentes ; cette différence provient précisément de l'écart des objectifs qui varie en général de 0m075 à O1"»»!) si la chambre noire est construite pour des plaques de (MS x omls. Pour celles qui mesurent 0m15 x 0m21 , on peut donner un êcartemenl maximum de 0m12; cet écartement est d'ailleurs variable avec La distance du sujet à la chambre noire ; pour un sujet rapproché, tel qu'un portrait, cet écart doit être faible. On admet que dans un triangle

ayant pour base la distance des centres de deux objectifs et pour sommet le sujet principal, l'angle au sommet doit être de 2°. En pratique, pour les objets éloignés de 6 à 7 mètres, cette règle n'est pas suivie et Ton se contente de l'écartement qui résulte de l'emploi d'un format déterminé de glace. Le plus souvent ce format est celui de 0m15 X 0m21 ; cependant, on trouve dans le commerce des plaques toutes préparées pour le format 0m09 X 0m18, qui est très suffisant pour les épreuves stéréoscopiques.

L'emploi de deux objectifs montés sur la même planchette est indispensable pour la production des épreuves instantanées ; dans ce cas, les objectifs sont munis d'obturateurs fonctionnant simultanément. Presque tous les constructeurs ont imaginé des dispositifs permettant d'atteindre ce but. Dans les obturateurs dits à guillotina les ouvertures donnant passage à la lumière sont percées dans la même lamelle. Un système très pratique et permettant un écartement

variable des objectifs a été construit par Dessoudeix : il consiste à réunir les deux manettes des obturateurs métalliques (94) par une tige articulée ; les deux disques obturants sont solidaires l'un de l'autre ; ils partent en même temps et les deux épreuves sont faites au même moment, ce qui est une condition indispensable pour obtenir le relief résultant de la superposition des deux images.

Pour les épreuves ne contenant pas de sujets animés, on pourra se servir d'une chambre noire à multiplicateur; par exemple, une chambre noire du format 0m09x0m12 munie d'un châssis pour glaces 0m09x0m18 sur laquelle on fera successivement chacune des vues ; s'il est utile d'avoir un écartement considérable, on se servira d'une planchette (fig. 638) d'environ 0,T180 de long, munie de deux équerres permettant de régler les positions de la chambre sur la planchette. Avec cet appareil, on prend les deux vues en recevant l'image de droite sur la partie gauche de la glace sensible et réciproquement; en employant ce moyen, il ne sera pas nécessaire de couper les glaces pour transposer les vues. Nous avons indiqué (112) d'autres dispositifs imaginés dans le même but.

Fig. G38.

PLANCHETTE BTÉRÉ08G0PIQUE. 101

La planchette stéréoscopique permet d'obtenir des reliefs très accentués. Pour une vue de monument placé à environ J50 mètres, il faut donner aux positions de la chambre noire un écartement de0,n30 à0'"35; pour un paysage dont les plans Importants seraient à 200 ou 300 mètres, on donnera un écartement d'environ 0m60 à ty*Gô. En pratique, il vaut mieux donner un écartement plutôt trop petit que trop grand: il n'y a d'exception que pour les vues panoramiques. Pour exagérer la sensation du relief, il est bon que les chambres noires soient assez écartées sans cependant atteindre la distance

Fi-. iY.VX

théorique; c'est ainsi que .dans un panorama stéréoscopique pris du sommet d'une montagne il est bon que les positions des chambres noires soient distantes de kJ à :i mètres.

On peut se servir de la planchette stéréoscopique avec une chambre noire à deux objectifs s'il s'agit de reproduire des objets qui ne sont pas en mouvement. Lorsque le sujet est rapproché de la chambre noire, on fixe celle-ci au centre O de la planchette (////. 03!h et on prend les deux vues en môme temps avec Les deux objectifs. Si la distance est plus considérable, on pousse la chambre contre une des équerres, celle de droite par exemple, et on prend une première vue avec l'objectif correspondant à 1. puis replaçant La chambre contre l'équerre gauche, on opère pour La seconde avec l'objectif correspondant à 2'. Si les objets qui doivent être en premier plan sont très éloignés, on procède de même; seulement, au lieu de prendre les vues avec les objectifs qui se trouvent du côté du point O, on opère avec ceux qui correspondent sur la ligure à V et 2; en ne forçant pas l'écartement. Les plans éloignés restent tout à fait plats, comme

une toile de fond. L'inconvénient de ce procédé est d'avoir des épreuves qu'il faut transposer, tandis qu'on peut se dispenser de cette opération si l'on s'est servi d'une chambre noire à un seul objectif et que la grandeur de la plaque corresponde au format des épreuves stéréoscopiques l.

868. Objectifs. — Les objectifs à employer doivent être à foyer assez court, car l'épreuve stéréoscopique terminée possède le format de 0m075 X 0m07 ; par suite, si l'on désire une vue dont le plus grand côté sous-tende un angle de 60°, il faut employer des objectifs dont le

foyer soit inférieur à 0m075. Dallmeyer a établi dans ce but deux séries de rectilinéaires grand angle, l'un ayant 0m060, l'autre 0m075 de distance focale. Il existe des objectifs de foyer encore plus courts, mais leur usage est assez restreint si ce n'est dans le cas de monuments très rapprochés. Fleury-Hermagis a construit des objectifs ayant environ 0m045 de foyer et couvrant la dimension du stéréoscope.

Il n'est pas utile en pratique d'employer des objectifs ayant un champ angulaire aussi étendu ; il suffit le plus souvent de deux rectilinéaires d'environ 0mll de foyer et de deux lentilles simples

1. Barreswil et Davanne, Chimie photograjjliique, 4e érîit., p. 371.

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