CHAPITRE 111. i
cet effet en exposant à l'air une masse bocardée de galène, comme l'a observé M. Fournet; on ne tarde pas à sentir une odeur de gaz sulfureux, qui est surtout trèsmarquée lorsque, après une pluie, le soleil y projette ses rayons. Pendant ce grillage naturel le plomb s'oxide, ainsi que le soufre; il se forme, d'une part, du carbonate et, de l'autre, du sulfate en quantités assez grandes pour produire des pertes notables au bout d'un certain temps. Dans la terre, des effets semblables s'effectuent, et comme l'action est très-lente, on obtient des cristaux de sulfocarbonate.
La formation du plomb noir provient d'une cause semblable à celle que nous venons de signaler.
Suivant M. Fournet, qui a donné la tliéorie de la formation de ce composé, on doit admettre qu'une partie de la galène n'a pas été complètement attaquée, puisque l'on peut séparer par les acides faibles les lamelles brillantes des cristaux déjà cariés. D'un autre coté, comme il y a peu de galènes qui ne soient argentifères, on est porté à admettre que ce dernier métal, qui est très-peu oxidable, a dû résister aux actions atmospbériques et doit se trouver disséminé, ou à l'état métallique ou de sulfure, dans le carbonate de nouvelle formation qui prend alors une couleur noire. Ce qui tend à conHrmer celte manière de voir, c'est que le carbonate blanc est rarement argentifère, tandis que le carbonate noir l'est toujours.
La décomposition graduelle du fer spatbique dans son gisement est due également aux influences atmospbériques. A Vizille, département de l'Isère, où il existe de grands amas de cette substance, on a établi des galeries, les unes au-dessus des autres, et l'on a reconnu alors que la décomposition est d'autant plus grande que le minerai est plus rapproché du sol, c'est-à-dire qu'il éprouve davantage l'action de l'air, de l'eau et des agents atmosphériques. Les mineurs ont reconnu en outre qu'à une certaine profondeur dans la terre, le minerai n'est pas altéré. Cette marche graduelle de son altération est surtout remarquable à la mine du Vent, qui est
l86 APERÇU GÉNÉRAL DES ALTÉRATIONS.
exploitée presque à fleur de terre. La partie supérieure est devenue tout à fait terreuse, et ne paraît renfermer que (le l'hydroxide de fer. Dans le Dauphlné, particulièrement à Allevard , on voit apparaître quelcpiefois au-dessus des terrains qui renferment du fer spathi(jue des flammes qui portent le nom d'essorements. Ce phénomène a été observé par un si grand nombre de personnes, que nous croyons devoir en faire mention ici, en le décrivant tel qu'on nous l'a rapporté, sans en garantir autrement raulhenlicité : la hauteur de ces tlammes est quelquefois considéi'able; là oîi elles se montrent, on aperçoit des fissures, et si le phénomène se produit dans l'hiver,, la neige est fondue à l'entour. En pénétrant dans le sol, on reconnaît (jue le minerai est fortement altéré : aussi les haliitants d'Allevard regardent-ils la présence de ces flammes comme un indice d'un gîte riche en fer spathique.
Le minerai décomposé renferme toujours des carbonates de manganèse et de magnésie en diverses proportions, quand il est intact au contact de l'air. Quand ce minerai intact est au contact de l'air, il prend assez pron)ptement une teinte jaunâtre ou brune par l'effet d'une décomposition , et se change en un mélange de peroxide et d'hydrate de peroxide. Il paraît, comme l'a avancé le premier M. Berthier, que le fer et le manganèse, en se suroxidant et se changeant pour la plus grande partie en hydrate, abandonnent leur acide carbonique, qui se porte sur le carbonate de magnésie et le transforme en bi-carbonate soluble que les eaux entraînent facilement.
Le résultat de la décomposition du fer spathique nous annonce donc une oxidationet une formation d'hydrate, et par conséquent la présence de l'eau ; dès lors ne pourrait-cn pas admeltr(» qu'une portion de cette eau a été décomposée pour oxider le fer, et que l'hydrogène est devenu libre? Mais comme ce gaz n'a pu se dégager qu'après avoir acquis une tension suffisante pour vaincre la résistance que lui présentaient les roches adjacentes, il a du s'accumuler dans les cavités, d'où il a fait érup-.