CHAPITRE IV
étonné de le trouver recouvert extérieurement, dans quelques jDarties , de lamelles d'un blanc éclatant de carbonate de plomb, quoiqu'il ne fût en place que depuis deux ans. Ces Inmolles étaient plus abondantes sur les parties humides et non aérées que sur celles qui étaient exposées à des courants d'air.
Dans la partie basse , où l'air était le plus chargé de vapeurs aqueuses et où se trouvait le fond de la cuve, les efflorescences formaient des épaisseurs de plusieurs millimètres. L'air constamment humide était donc, ici, une des causes principales de la prompte altération des lames de plomb, qui finiront par être perforées, si l'on ne parvient à l'arrêter. Voyons quelles sont les causes qui concourent avec l'air humide à cette action.
La cuve repose sur des supports en bois , qui s'altèrent en raison de l'humidité qui règne dans l'enceinte et en particulier dans le caveau. Or, on sait depuis longtemps que le bois se détruit peu à peu sous l'influence simultanée de l'eau et de l'air, et qu'il se produit de l'acide carbonique. Si la cuve eût été placée sur des massifs en maçonnerie, on aurait déjà évité une des causes de la formation de cet acide. Il est donc probable que l'altération rapide du plomb provient i" du défaut de renouvellement d'air et de l'extrême humidité; 2*» de la décomposition du bois qui fournit une certaine quantité d'acide carbonique, laquelle n'étant pas enlevée par les courants d'air, réagit immédiatement sur le plomb avec d'autant plus d'énergie que le métal est en contact avec le ligneux déjà décomposé, ce qui détermine la circulation du fluide électrique. Règle générale : Quand des agents quelconques réagissent inégalement sur une lame de métal, il y a autant de piles qu'il y a de points inégalement attaqués; ainsi, si sur la surface il y a des points qui n'éprouvent aucune action , d'autres une action très-forte, d'autres des actions très-faibles, d'autres enfin qui sont en contact avec des métaux, du charbon ou d'autres corps organiques décomposés, ces points sont autant de centres d'actions voltaïques qui donnent une
flfl ALTERATION DU PLOMB.
nouvelle énergie aux qctions chimiques. C'est ce que l'on a souvent roccasion do remarquer clans le fer exposé à l'air, et en particulier sur les lames de plomb dont il est ici question. Aussi n'est-on pas étonné de voir que les efïlorescences sont très -abondantes à coté des endroits où le plomb semble être préservé par le bois. Voyons les moyens que Ton pourrait employer pour éviter la formation du carbonate. En Suède, on a reconnu que plusieurs couches de couleur rouge de peroxide de fer, appliquées sur le bois, suffisent pour le préserver, pendant plusieurs siècles, des actions combinées de l'eau et dç l'air. M. Berzelius cite des maisons bâties depuis trois cents ans, qu'on habite encore, et qui ont été préservées par ce moyen. D'un autre coté, en aérant convenablement les lieux, on enlève les vapeurs d'eau et l'acide carbonique qui sont les principales causes de l'altération du plomb; voilà, je crois, ce qu'il y a de mieux à faire pour l'instant.
Les causes de destruction dont nous venons de parler ne se manifestent pas, ou du moins se manifestent peu sur les feuilles de plomb cjui recouvrent nos bâtiments, parce que les causes ne sont plus les mêmes.
I io6. Nous avons dit que le contact des corps étrangers suffit pour altérer assez promptement le plomb, quand il est resté à Thumidité. En voici une preuve irréfragable ; une médaille de plomb recouverte d'une feuille d'or battue, très-mince, a été placée pendant quelques années dans une armoir'c humide, elle s'est recouverte d'une poussière blanche de carbonate de plomb, suffisamment épaisse pour masquer entièrement la couleur de l'or. Ce carbonate provient de la réaction de l'acide carbonique de l'air sur le plomb, qui a été transporté de l'intérieur de la niédaille à l'extérieur, à travers les petits interstices de la feuille d'or, par l'action du courant électrique résultant du contact des deux métaux et de l'altération du plomb par l'eau, l'oxigène et l'acidç carbonique de l'air. Il est probable que l'eau n'a sevvi ici que âff véhicule. Cet exemple prouve qu'une feuille d'or bat-