‹ Traité expérimental de l'électricité et de magnétisme et de leurs rapports avec les phénomènes naturels (volume 2)Chapitre 74 sur 176 · CHAPITRE VII. l3l · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII. l3l

§ IV. De la formation de cristaux de carbonate de cliaux dans la nature organique.

I i8i. M. Turpiii a observé une multitude de cristaux rhomboédriques de chaux carbonatée sur la paroi intérieure de l'enveloppe extérieure des œufs du limaçon des jardins.

Ces œufs sont de la grosseur du plomb de chasse ordinaire, d'un blanc laiteux. Ils sont composés de quatre parties : de deux enveloppes membraneuses très-minces organisées, d'une cicatricule et d'une liqueur albumineuse organisable.

Ees deux enveloppes, dans l'origine, sont semblables; ce n'est qu'ensuite que l'enveloppe extérieure devient plus épaisse,' plus consistante, plus opaque et assez calcaire. Ce changement paraît s'opérer au moyen d'une grande quantité de molécules de carbonate de chaux, qui se déposent successivement en ciùstallisant. Pour les observer, on opère de la manière suivante : on place sur une lame de verre, dans une goutte d'eau, une coque ou enveloppe extérieure, que l'on détruit; i! se dégage alors un grand nombre de très-beaux cristaux rhomboédriques de carbonate de chaux, dont les plus gros ont 7^- de millimètre et qui font une vive effervescence avec l'acide nitrique.

M. Turpin a observé que l'œuf, à l'instant même où fanimal le pond, contient déjà tous les cristaux, ce qui prouve que leur formation a lieu dans l'intérieur même de l'ovaire. 11 en est de même dans les œufs des oiseaux; la différence consiste uniquement dans ce que, à la paroi interne de ceux-ci, les molécules de carbonate de chaux se déposent confusément, comme dans l'ossification des animaux vertébrés, tandis que dans la première la même matière prend un groupement régulier.

Il 8a. Swammerdam et Spallanzani avaient déjà remarqué que dans les hélices vivipares il se forme une immense quantité de globules cristallisés, entassés pèle-

l32 DOUBLE C\RB. DK CHAUX OU DOLOMIE.

mêle dans les fibres musciilairos, principalement dans les cornes de l'animal , ([ni en lenferment environ les ^ de sa niasse. Ces globules, qni ressemblent à des petites perles, ont environ tt^ t^'- millimètre de dianiètr<\ Leur transparence parfaite les ferait prendre an premier abord pour des bulles d'air. En les regardant atlentivement au microscope, on reconnaît que ces globules ne sont que des rbomboèdres encore ébauclu'S. Autant qu'on peut en juger, leur formation a lieu par des dépôts successifs de molécules de carbonate de cbaux. M. Turpin a observé que ces globules commencent à se former dès l'instant que le fœtus prend naissance.

II 83. L'intérieur des tissus des végétaux et des animaux reçoit constamment par les racines, de la matière inorganique (jui n'affecte que rarement des formes cristallines, parce qu'elle est soumise à Tenq^ire des forces vitales; le carbonate de cbaux se dépose en masses confuses dans l'ossification des os des animaux vertébi'és, dans les co(juilles d'un grand nombre de molluscjues, etc., ou bien à l'état diffus comme le fer, le cuivre, la silice, etc.

11 parait que la cristallisation de la matière inorganique, dans l'intérieur des tissus vivants, paraît dépendre uniquement d'une cause constante qui fait partie de l'organisme de certaines espèces; par exenqjle, dans le genre opuntia , de la famille des cactées, plusieurs espèces manquent entièrement de ces agglomérais de cristaux tétraèdres que l'on trouve abondamment dans toutes les autres.

Nous pourrions citer d'autres exemples semblables. En général, il existe un grand nombre de végétaux dans le tissu cellulaire desquels on a observé de nombreux cristaux.

Double carbonate de chaux ou doîo/nie.

II 84- Cette substance est formée d'un atome de carbonate de cbaux et d'un atome de carbonate de magnésie. On la Itouve dans la nature, dans les terrains

CllAPlTUE VU. 1 33

anciens associés à un grand nomlîre de substances; dans les terrains secondaires, elle forme souvent des masses assez considérables, couî posées de cristaux brillants nacrés. Nous l'avons formée avec le même appareil qui nous a servi à obtenir le carbonate de cliaux. On a mis, à cet effet, dans le bocal A" une dissolution de cblorure de calcium et de chlorure de magnésium, dans des proportions telles qu'il y avait un atome de l'un pour un atome de l'autre. On a agi ainsi pour que la même quantité de chacune des deux bases fût transportée simultanémenl dans le second bocal et fût soumise en même temps à l'action de l'acide carbonique. On a commence à apercevoir, au bout de deux jours, sur la lame de platine qui se trouve dans le second bocal , des petits tubercules trèsblancs qui se sont couverts peu à peu d'une substance noirâtre à la surface et de cuivre métallique.

Les tubercules, examinés au microscope, ontindiqué la présence de rhond^oïdes complets et d'autres dont les aiêtes autour de l'axe étaient émarginées ; cette variété a été appelée unitaire par ]M. Haûy.

§ V. De la réaction du bicarbonate de chaux sur le

I r85. Lorsque l'on plonge un morceau de sulfate de chaux cristallisé dans une solution saturée ou étendue de bicarbonate alcalin, il y a dégagement de gaz acide carbonique; la sélénite blanchit peu à peu, se recouvre de petits cristaux de carbonate de chaux; il se dépose aussi des cristaux de sulfate de chaux siu' les jjarois du vase, et la solution renferme du sulfate alcalin. Rien n'est plus simple que d'explicjuer ces phénomènes : le sulfate de chaux étant faiblement soluble à mesure ([u'il se dissout, est décomposé par le bicarbonate. Mais, connue le sulfate de cb.aux est composé d'un atome de base et de deux atonies d'acide sulfurique, ainsi que le sulfate de potasse , et que le bicarbonate de potasse renferme un atome de potasse et quatre atomes d'acide carbonique, le

l34 UÉACT. DU BI-CAllB. DE CHAUX SUR LE GYPSE.

carbonate de chaux un atome de cliaux et deux d'acide, il faut nécessairement que les deux atomes de gaz deviennent libres, et se dégagent comme l'expérience l'indique.

Quand on fait réagir le sous-carbonate, les mêmes produits se forment; mais alors il ne se dégage plus de gaz acide carbonique, puiscjue la quantité cjui possède un atome d'alcali est saturée coujplétement par la chaux que l'acide sulfuricjue abandoime.

Il résulte des observations précédentes que lorsqu'une eau minérale alcaline traverse des terrains gypseux, ceux-ci doivent être peu à peu décomposés, et changés en carbonate de chaux plus ou moins cristallin, suivant l'énergie de la réaction.

Page 1