CHAPITRE IV
On voit donc que l’électro-chimie disposant de deux forces et la chimie d’une seule, doit arriver quelquefois à des résultats que celle-ci ne peut pas toujours obtenir.
L’exemple suivant caractérise suffisamment la différence qui existe entre la chimie et l’éleetro-chimie : une lame d’argent plongée dans de l’acide hydrochlorique concentré, hors du contact de l’air, n’en éprouve qu’une action excessivement faible; mais si on la met en contact avec un morceau de charbon bon conducteur, ce dernier s’empare des deux électricités dégagées, et il en résulte un courant électrique qui augmente l’énergie de l’action chimique à un tel point qu’il se dépose peu à peu sur la lame des cristaux de chlorure d’argent qui prennent de l’accroissement avec le temps. L’action continue pendant des années, sans interruption.
On conçoit maintenant pourquoi un grand nombre de substances agglomérées ensemble produisent mille actions de ce genre qui rentrent, jusqu’à un certain point, dans le domaine de l’électro-cbimie.
i o5y. Dans l’état actuel de la science, quoique nous ne puissions expliquer qu’un petit nombre de faits relatifs à ces actions tumultueuses, ce n’est pas un motif pour passer sous silence tous ceux qui ont été observés et dont on n’a pu rendre compte jusqu’ici, attendu qu’ils peuvent servir à provoquer des recherches de la part des personnes qui se livrent à leur étude. Le lecteur ne sera donc pas étonné de voir passer en revue une foule de faits qui n’ont pas encore été considérés comme ayant des rapports directs avec l’électricité.
Indiquons les caractères électriques auxquels on reconnaît qu’une solution agit très-faiblement sur une substance quelconque.
Nous avons déjà prouvé que lorsque deux lames, l’une d or et l’autre de platine, à surfaces très-nettes, sont en contact, elles ne manifestent aucun effet électrique de tension, ni aucun courant, quand, après les avoir séparées et mises en communication chacune avec l’une des
CONSIDÉRATIONS GÉNÉRAL î : S .
extrémités d’un multiplicateur, ou les plonge dans un liquide qui ne réagit pas chimiquement sur l une d’elles. D’un autre coté, nous savons que le contact de For ou du platine, avec le peroxide de manganèse, l'anthracite, la plombagine, etc., est accompagné d’effets électriques de tension, bien que ces dernières substances ne paraissent éprouver aucune action appréciable de la part de l’eau distillée.
Examinons la nature des courants qui sont produits, quand ces memes substances constituent un circuit fermé avec l’eau distillée et le platine. Supposons que l’on ait fixé à l’une des extrémités du fil d’un multiplicateur un cristal de peroxide de manganèse, d’un centimètre de long et de quelques millimètres de large, et à l’autre une lame de platine ayant les mêmes dimensions; l'aiguille aimantée, aussitôt l’immersion, est déviée plus ou moins de sa position ordinaire d’équilibre, selon la sensibilité de l’appareil, et dans un sens tel que le peroxide prend à l’eau l’électricité positive, comme le fait tout corps qui perd de l’oxigène, ou qui se comporte comme un acide dans sa combinaison avec un autre corps; l’aiguille revient ensuite à zéro quand les oscillations sont terminées. Si l’on interrompt le circuit, sans changer le contact du peroxide ou du platine avec l’eau, et qu’on le rétablisse aussitôt, l’aiguille reste au repos; mais il n’en est plus de même quand l’interruption dure plus de cinq minutes: dans ce cas, elle est déviée d’un certain angle, dont la grandeur dépend du temps pendant lequel le circuit est resté ouvert.
Le circuit ayant été interrompu, enlevons une des chevilles de communication du multiplicateur, retirons le peroxide de l’eau, remettons en place la cheville, puis replongeons le minéral : l’effet sera le même que s’il n’eût pas changé de place. Cet effet se conçoit, puisque la couche d’eau qui adhérait à sa surface n’a pas été enlevée. Quand la décharge a été opérée, on n’obtient plus de courant en retirant de l’eau le peroxide et le replongeant immédiatement: nous disons immédiatement, car