‹ Traité expérimental de l'électricité et de magnétisme (volume 3)Chapitre 66 sur 141 · NOUVELLES RECHERCHES SUR LE POUVOIR, ETC · texte numérisé non relu

NOUVELLES RECHERCHES SUR LE POUVOIR, ETC

cuivre. Ensuite vient une seconde zone cuivrée, jDl us large que la première, mais également-brillante, entourée d’un beau vert qui termine la figure. Cette description suffît pour donner une idée de la beauté des apparences électro-cbiml{jues qui ont été découvertes par M. Nobili.

Les substances animales et végétales sur lesquelles cet habile et ingénieux physicien a opéré ne lui ont donné des effets remarquables qu’au pôle positif. Les couleurs de ces effets sont plus riches et plus belles que celb'S qui se produisent dans les solutions chimiques ordinaires. Les feuilles lui ont donné des couleurs plus marquées que celles résultant de la décomposition des racines. Il a essayé d’expliquer la coloration des plantes en s’appuyant sur les résultats dont il venait d’enrichir la science.

Ou a ciTi un instant que les effets dont je viens de parler n’étaient autres que ceux qui avaient été découverts par Priestley, en déchargeant des batteries électriques sur des plaques de métal ; mais M. Nobili a démontré que ces deux espèces d’apparences diffèi’ent essentiellement entre elles, attendu que celles de Priestley sont les mêmes, soit que l’électricité positive ou négative arrive par la pointe. Il n’en est pas ainsi, comme nous l’avons vu, lorsqu’on opère avec la pile.

Pour se rendre compte des anneaux colorés produits par des décharges électriques, il a étudié de nouveau ce phénomène et a trouvé que les effets produits étaient le résultat d’une fusion ou de l’attraction du métal.

M. Nobili est parvenu , au moyen d’un procédé qu’il n’a pas encore publié, à produire des dessins gracieux, oui étalent les couleurs les plus brillantes et dont les teintes habilement nuancées flattent agréablement l’œil. L’étude qu’il a faite des couleurs produites par les apparences électro-chimiques, lui a permis de former une échelle chromatique des couleurs naturelles, qu’il a employée à analyser les nuances plus ou moins colorées que nous présentent tous les objets naturels ou artificiels. Il

y PÉRIODE, CHAPITRE PREMIER. 289

a formé cette échelle en déposant sur une plaque de métal une série de couches régulières superposées d’une épaisseur excessivement mince , mais successivement croissante, qui lui ont donné ainsi une suite de teintes différentes (1).

M. Bonijol , de Genève, a imaginé aussi un procédé pour exécuter des dessins semhlahles à ceux de M. Nohili en employant egalement la pile ou l’électricité ordinaire. Son procédé n’est pas encore connu.

M. Delarive (-2) assure que les dessins exécutés par M, Bonijol ne sont point au-dessous de ceux de M. Nohili, ni sous le rapport de la variété, ni sous celui de la richesse de leurs teintes.

Nous avons déjà vu que le pouvoir conducteur des métaux pour l’électricité avait été l’objet de recherches de la part de plusieurs physiciens. M. Cumming (8) avait trouvé aussi que la surface n’entrait pour irien dans le pouvoir conducteur et que dans deux fds dont la conductibilité était la même, leur longueur était dans le rapport des sections des fils.

M. Barlow (4j annonça que le pouvoir variait presque comme le carré de la longueur du fil.

M. Christie, immédiatement après la belle découverte de M. Faraday, communiqua à la Société bakérienne, le 28 février t833, le résultat de ses recherches sur la détermination expérimentale des lois de l’électricité magnétique d’induction , dans des masses différentes d’un même métal, et de son intensité dans différents mé-

taux.

Voulant déterminer si un courant électrique, excité dans tous les métaux et avec les mêmes circonstances, possède une intensité égale, il s’est proposé de soumettre tous les métaux a l’influence d’une même excitation inagnéto-

(1) Bib!. uiiiv,, t. xLiv, p. 337, E p. 35.

(2) Essai histonquo sur rélectricité, p. 173.

(3) Cambridge , Philos. Transac. , p. 277.

(4) Ediiiburgh, Philos. Journal , iSiS.

290 NOUVELLES RECHER. SUR LE POÜV. COND.

électrique , de manière que tous les courants produits se propageassent dans des sens opposés et par des conducteurs semblables qui pussent mesurer leur intensité respective en raison des différences. IjCS expériences qu’il a faites, à l’aide du multiplicateur, lui ont démontré clairement que le courant formé par induction sur le cuivre excède de beaucoup celui sur le fer, qui est de plus de moitié moindre en intensité que celui de l’autre. H a mesuré ensuite la loi d’intensité du courant des fils de même métal de longueur ou de diamètre différents. Il annonça que, sans regarder le fait comme complètement démontré, l’intensité électrique varie en raison inverse de sa^longueur.

. Il a cherché ensuite à déterminer, par l’expérience , la différence dans l’intensité des courants qui ont traversé des fils de divers diamètres. Les résultats qu’il a obtenus lui ont prouvé que l’intensité dû courant ne varie pas seulement en raison de la section du fil, mais qu’il y a d’autres causes d’aberration qui croissent avec le diamètre.

Ayant acquis la preuve que le rapport devait être en raison du carré du diamètre, il a été amené à chercher la cause de la différence obtenue. Il a cru la trouver dans la résistance que l’air oppose à une plus grande projection de l’aiguille du multiplicateur. Il en tira aussitôt la conséquence que l’intensité du courant, dans une longueur donnée, varie en raison du carré du diamètre et inversement comme cette longueur.

§ XL Théories des phénomènes de contact^ de frottement^ et des phénomènes thermo-électriques .

M. Delarive est revenu tout récemment sur l’opinion qu’il avait émise touchant la cause de l’électricité voltaïque (i). Son but a été de combattre de nouveau la théorie

(i) Mém. de la Soc. de Phys, et d’Hist.nal. de Genève, t. vi, partie.

3® PÉRIODE, CHAPITRE PREBIIER. 2()I

du contact par des. faits et des arguments directs. 11 a fait usage, dans cette nouvelle recherche, d’un électroscope à feuilles d’or, de deux plaques composées l’une de zinc, l’autre de cuivre, soudées ensemble. 11 tient Tun des métaux avec la main, tandis que l’autre touche le condensateur. Il avance avoir reconnu que l’action chimique qu’exerce sur la surface du zinc riiumidité de la main ou le conducteur humide qui sépare le zinc du plateau du condensateur, est la cause exclusive de la production de l’électricité. Pour rendre le phénomène plus évident, il a opéré avec un couple platine et potassium ou sodium. 11 a obtenu, dans ce cas, les effets les plus marqués.

H a cherché à répondre à plusieurs observations qui lui avaient été faites lors de la publication de son premier Mémoire, et conclut de ses nouvelles observations qu’avec des métaux peu ou point oxidables , et en prenant toutes les précautions possibles pour éviter des actions mécaniques ou calorifiques, on ne trouve jamais aucune trace d’électricité.

Un fait a attiré son attention, c’est l’électricité qui se développe quand on se sert d’un condensateur composé de deux disques hétérogènes; son opinion est qu’il peut se faire que l’électricité développée soit due à la pression du plateau sur la couche de vernis qui les sépare. Je ne pense pas que les raisons qu’il donne puissent être regardées comme valables.

Il rapporte un fait sur lequel il s’appuie, pour rendre compte de plusieurs effets qu’il n’avait pu expliquer avant. Lors([u’on emploie des courants électriques trèsfaibles, tels que ceux qui sont produits par le frottement des métaux ou par la chaleur , l’électricité positive passe plus facilement du cuivre au zinc que du zinc au cuivre, et c’est l’inverse pour l’électricité négative. C’est à cette propriété remarquable des conducteurs hétérogènes, ajoute-t-il, qu’il faut attribuer plusieurs des anomalies que présentent les phénomènes relatifs au dégagement de l’électricité. On peut y rapporter

THÉOR. DES PRENOM. ÉLEC. DE CONTACT.

aussi la nullité des effets électriques observés ^ quand on expose le bout de cuivre qui est soudé au plateau du zinc inactif, à une assez forte action chimique. Dans ce cas, la difficulté qu’éprouve l’électricité négative à passer du cuivre au zinc, est telle, qu’il lui est plus facile de se réunir immédiatement à l’électricité positive que Faction chimique a transportée dans l’agent qui attaque le bout de cuivre.

M. Delarive explique pourquoi les effets électriques produits dans Faction des gaz sur les métaux sont plus appréciables que ceux qui ont lieu dans Faction d’un liquide sur un métal.

Voulant connaître jusqu’à quel point, dans le contact, le frottement influe sur le dégagement de l’électricité, il a cherché à déterminer directement par

7 jl

Fexpérience cette influence.il s’appuie à cet égard sur les expériences que j’ai faites dans le frottement des métaux et des limailles et sur celles au moyen desquelles il a démontré que le plus léger frottement du doigt, sur une surface métallique, détermine une tension électrique souvent très-notable.

Ayant mis en contact, avec le plateau du condensateur, des lames de différents métaux qu’il tenait au moyen de manches isolants , il frotta légèrement avec le doigt la surface de l’un d’eux, et obtint alors une assez grande quantité d’électricité. Quand le doigt était humide , il n’obtenait rien ou un effet inverse. L’antimoine, par exemple, était négatif et le» bismuth positif, résultat inverse de celui que l’on avait quand on frottait ces deux métaux. Il a cherché à expliquer la cause de cette différence. Je ne puis entrer dans le détail des diverses expériences qu’il a faites pour établir cette différence, en opérant soit à la température ordinaire, soit en échauffant les lames de métal. Je me bornerai à dire qu’il attribue les changements qu’il a souvent observés à ce qu’il se forme très-vite à la surface des métaux oxidables une légère couche d’oxide presque imperceptible, laquelle étant enlevée au premier instant où s’opère le frottement,

celui-ci n a plus lieu entre le corps' qui frotte et le métal, mais bien entre le métal et la couche formée. 11 avance quil a constamment observé que si l’on a le soin de frotter la surface métallique au moment ou elle vient d’étre décapée, avec un morceau de bois, par exemple, qui n’ait pas encore servi, on la rend négative, surtout si l’air est bien sec. Il n’a trouvé d’exception que pour le plomb et le bismuth , qui n’ont pas donné constamment ce résultat.

Il a avance en outre que les métaux incertains étaient constamment négatifs cjuand on frotte leur surface au moment ou elle vient d’être décapée, surtout si l’air est sec. Quand l’air est humide et qu’on expose la surface métallique à une forte chaleur, il se forme une légère couche d’oxide que le bois enlève et dont il se recouvre. Il a remarque qu’en frottant les cubes métalliques sur leurs arêtes au lieu de les frotter sur leurs faces, ils deviennent en general plus actifs, parce' qu’il se forme peut-être moins facilement une couche d’oxide sur cette partie. Plus le frottement est doux , plus on a de chance de donner au métal un état positif, parce qu’on lui enlève beaucoup mieux la pellicule d’oxide.

Il paraît convaincu, d’après les observations qu’il a faites sur le frottement des métaux avec différents corps, que l’on a attribué souvent au contact des effets qui étaient dus au frottement.

Il a examiné ensuite l’influence de l’action calorifique sur la production de l’électricité de tension dans le contact de deux corps solides et hétérogènes. Ayant soudé à l’im des plateaux du condensateur en zinc une petite tige de platine, et ayant recouvert le plateau, sur toute la surface, d’une couche épaisse de vernis, il aperçut que la plus petite élévation de température à l’extrémité de la lige donnait naissance à des signes d’électricité; lorsqu’il touchait le bout de cette tige avec la main chaude, le plateau de zinc prenait une {Dctlte quantité d’électricité positive. Il part de là pour dire qu’on doit se tenir en garde contre les ef-

294 THÉOR. DES PHÉIVOM. ÉLEC. DE fcONTACT.

fets de chaleur dans les phénomènes de contact. Il examine ensuite la production de l’électricité de tension dans le contact d’un conducteur solide et d’un liquide, question qu’il avait déjà traitée, mais à laquelle il donne plus de développement. Il fait observer que le principe de la transmission plus ou moins facile des deux fluides électriques , selon la nature relative des conducteurs , doit être toujours pris en considération dans l’appréciation des effets électriques qui résulte de l’action chimimique d’un liquide sur un métal. Enfin il conclut de toutes ces expériences que la force électromotrice qui pousse l’électricité positive dans l’un et l’électricité négative dans l’autre, est une force mystérieuse dont on ne peut constater l’existence.

Il avoue cependant qu’il y a des cas dans lesquels la cause qui donne naissance à l’électricité n’est pas facile à expliquer. Il cite particulièrement les effets (pie j’ai signalés dans le contact du peroxide de manganèse et d’autres substances non oxidables à l’air, avec l’or et le platine. Le savant génevois paraît croire (pie le peroxide de manganèse peut devenir négatif, comme certaines substances cristallines, par le fait d’un léger frottement, ou d’une simple pression ou d’une différence de température. Je me suis borné à rapporter succinctement quelques-uns des principaux faits consignés dans le travail de M. Delarive , travail qui est remarquable sous plusieurs rapports, mais que je ne trouve pas à l’abri de toute objection sur quelques points. Ce n’est pas ici l’occasion d’établir une polémique, ainsi je m’abstiens de toute discussion.

M. Pouillet a communiqué à l’Académie des sciences, dans la séance du 3 octobre i83i , un Mémoire sur la théorie des phénomènes thermo-électriques. Il avait fait connaître précédemment à l’Académie le principe suivant sur les courants thermo-électriques produits par un seul élément : une source thermo-électrique restant la même, l’intensité du courant qu’elle produit est en raison inverse de la longueur du circuit et en raison directe

de la section et de la conductibilité du fil ou de la tige métallique qui forme ce circuit.

Après avoir cherché à établir ce principe par l’expérience et en avoir présenté quelques applications, soit à la recherche de la conductihité électrique, soit à la mesure de la force magnétique de la terre , il a avancé que l’on pourrait l’employer aussi à comparer numériquement les intensités électro-magnétiques de tous les courants. C’est le résultat de ce travail qu’il a pr ésenté à l’Académie, et qui renferme les expériences et les formules relatives aux phénomènes thermo - électriques.

Je me bornerai à rapporter ici quelques-uns des résultats auxquels il est parvenu : lorsque dans un circuit thermo-électrique composé de fils de différentes sections, la force élémentaire du courant est la même dans tous les points, si l’on prend des intervalles égaux sur ces différents fils, les courants dérivés se trouvent avoir des intensités différentes, qui sont à peu près en raison inverse des sections des fils dans l’intervalle de dérivation. Il a trouvé également que cette loi s’appliquait aux courants qui traversent des fils hétérogènes, en considérant non-seulement les sections, mais encore la conductibilité.

Lorsque plusieurs courants électriques se propagent dans l’intérieur des corps, chacun d’eux chemine librement comme s’il était seul, et sous ce rapport l’action quelconque qui constitue le mouvement de l’électricité, est analogue à celle qui constitue le mouvement de la chaleur ou de la lumière. Si ce fait est exact, il faut que dans une seule paire thermo-électi'ique dont les deux soudures sont a la même température, il y ait non pas repos et équilibre électrique, mais mouvement et propagation de deux courants égaux et opposés. Il est parvenu à constater ce fait, qui avait déjà été reconnu par M. Alarianini (i).

(i) Annal, de Ch. et de Phys,, t. xlii, p. i3i.

^9^ THÉOR* DES PHÉNOM. ÉLECTRIQUES.

M. Pelletier a communiqué, clans ces derniers temps, à 1 Académie des sciences, une suite de recherches intéressantes, relatives aux causesdes phénomèneséiectriques. Quoique les Mémoires qui les renferment n’aient pas encore été publies, il m’a autorisé néanmoins à consigner dans cette notice les conséquences théoriques cjuhl en a déduites. Ces consecjuences, h la vérité, sont en opposition avec les idées généralement reçues; mais comme les faits sur lesquels elles s’appuient sont remarquables, j ai cru devoir en faire mention ici , sans en cliscuter le mérite ; je me bornerai donc à mon rôle d’historien.

On a déjà vu l’hypothèse d’ou AL Poisson est parti pour établir la théorie mathématique des phénomènes relatifs à l’électricité statique, hypothèse cjui considère chacun des deux principes électriques qui, par leur réunion , forment l’électricité naturelle, comme un fluide incompressible dont les particules, douées d’une extrême mobilité, se repoussent mutuellement, tandis qu’elles attirent celles de l’autre fluide en raison inverse du carré de la distance.

Depuis la decouverte d’OErsted, les phénomènes électriques ont été envisagés sous un autre point de vue. Là ou on ne supposait jadis que de la matière en repos et pouvant se çoërcer, on a du voir, dans les courants électriques, une matière éthérée parcourant des circuits métalliques avec une vitesse infinie. On peut se demander dès lors comment se mouvement est transmis dans les conducteurs et les milieux environnants, si le coui’ant est produit par le transport de la matière électrique, ayant lieu dune manière continue et dans un sens déterminé, ou bien si celle-ci se propage par une suite de décompositions et de recompositions, comme on l’admet généralement. l.es expériences de M. Savary sur l’aimantation des aiguilles d’acier placées à, diverses distances d’un fil de métal parcomai par des décharges électriques , avaient montré qu’il était difficile de considérer les courants comme le résultat d’un fluide ordinaire en mou-

3 PÉRIODE, CEIAPITRE PREMIER. 29*7

vement, puisque raimantatiari change de sens dans les aiguilles, suivant leur distance au fil conducteur. Pour expliquer^ ce phénomène, il avança fhypothèse que le courant n était qu’une suite d’oscillations transmises du fil conducteur au milieu environnant. M. Pelletier, immédiatement après la découverte des phénomènes d induction par M. Faraday, a tache de découvrir la nature du principe électrique dans les phénomènes statiques et dynamiques.

Je ne puis exposer ici toutes les expériences sur lesquelles il s’appuie pour établir sa théorie; je dirai seulement que lune déliés prouve la difféi’ence d’aptitude des métaux à se partager, par le contact, l’électricité statique. Je rapporterai aussi un fait contraire à la cioyance quil y a assez ordinairement élévation de température dans les corps qui sont traversés par un courant électrique. M. Pelletier avait d’ahord observé qu’un fil métallique moins bon conducteur que le cuivre, placé entre des fils de cuivre, avait une température-plus élevée au côte négatif qu au coté positif; il trouva ensuite qu’un courant renfermé dans certaines limites abaisse la température dans des lames de bismuth, d’antimoine et de certain ter a gros grains. Cet abaissement n’est pas le résultat du courant électrique seul, mais du courant et de 1 arrangement des cristaux métalliques, car cet abaissement a lieu tantôt au coté positif, tantôt au côté négatif, selon les lames que l’on soumet à l’expérience. L autre extremite de la lame a toujours sa temj^ératiire elevée. Voici le résumé de ses recherches relatives à 1 électricité seulement, car il les a étemlues à la chaleur et à l’attraction moléculaire :

Quelle que soit la cause qui préside a l’attraction moleculaiie, la cohésion ou 1 adhesion est l’équilibre d une résultante de forces actuellement agissantes et durables.

Les corps produits par ces forces peuvent être pénétrés par des mouvements éthérés , étrangers à leur, constitution actuelle.

SigB THÉOR. DES PHENOM. ÉLECTRIQUES.

3® Lorsqu’un équilibre est rompu par l’intromission d’une nouvelle puissance, quelle qu’elle soit, il se forme un équilibre nouveau, dans lequel entre comme constituante cette nouvelle puissance.

4° Passer d’un équilibre à un autre équilibre, c est exécuter un mouvement qui n’existait pas avant le changement d’état, et qui n’existe plus lorsque ce cban*gement est accompli. Ce mouvement n’appartient ni a l’état ancien, ni à l’état nouveau des molécules; c est un mouvement de transition qui naît, se propage, et s’éteint dans un mouvement indivisible. C’est de ce mouvement transitoire que ressortent les phénomènes électriques.

5® Dans tout mouvement de fluide élastique , il y a deux états distincts: le mouvement^ pris abstractivement; et ï inégal partage de la substance exécutant le mouvement. H y a donc par suite de ce mouvement de transition^ condensation en avant de la projection, dda~ tation en arrière.

6^ L’équilibre ne peut être rétabli que de deux manières , ou par une réaction en retour , ou par la propagation dans un circuit fermé de cette onde , qui vient replacer dans la portion dilatée la quantité qui en avait été projetée. Le premier rétablissement d’équilibre ne se raanisfestant pas au dehors, n’a pu faire partie des observations : le second modifiant les corps que traverse la propagation de Fonde, est seul observable. Le produit de tout mouvement sera donc double :

Celui résultant du mouvement ;

Celui résultant de l’inégal partage de la substance.

8® Les effets de ce mouvement de transition propagé dans l’éther interstitiel sont les phénomènes d électricité dynamique. Elle ne peut ni se coè’rcer, ni se conserver; sa manifestation ne dure que l’instant indivisible de sa production.

Les effets de l’inégal partage de la substance éthérée, en dehors du mouvement, sont les phénomènes d’électricité statique. Cette électricité se recueille ,

se coërce et se conserve ; sa manifestation n’est point instantanée à la production, mais immédiate. Les substances ont des capacités différentes à la recueillir et se la partager. ""

JO® L’électricité dynamique n’existant que dans l’instant indivisible de sa création, il faut, pour avoir des phénomènes électriques constants, entretenir des causes perturbatrices constantes. Aussitôt qu’d y a équilibre, quelles que soient les forces permanentes ou transitoii’es qui y concourent, il n’y a plus de phénomènes électriques. C’est pourquoi rinduction magnétique ne produit qu’un courant instantané; l’élévation de température en produit jusqu’à ce qu’il y ait égalité, et la combinaison chimique jusqu’à l’épuisement de la dernière reaction. La cause des phénomènes électriques est donc toujours un produit et n’a point d’existence propre.

1 1° Les phénomènes éleclricitè statique ne se manifestent qu’au moyen d’instruments qui l'ecueillent et conservent l’inégalité de substance; ils sont isolants ou isolés. L’inégalité infère deux états : V état en plus et Vétat en moins. La tendance à s’(V|uihbrer avec les corps produit les apparences d’attraction et de répulsion. Le mouvement de cette substance, au moment de l’équilibration, reproduit tous les phénomènes dynamiques.

12° Dans l’intérieur des coi’ps, les réactions moléculaires étant égales en tous sens toute addition ou soustraction de la substance éthérée n’a qu’un effet insensible; il n’en est pas de meme pour les molécules extrêmes, dont les sphères étliérées n’ont que des réactions incomplètes et diffuses, provenant des corps ambiants. Plus les sphères étliérées de ces molécules extrêmes auront de grandes portions libres, plus les portions seront soumises à l’état anomal de soustractions ou d’additions étliérées; c’est pourquoi les pointes et les crêtes contiennent plus d’électricité statique que les surfaces planes et concaves.

i3° Lorsque l’attraction moléculaire est détruite par la permanence et l’énergie du courant électrique, si le

3oo DE l’électricité atmosphérique.

corps est simple, les molécules restent libres à leur place; il y a simple fusion. Si le corps est composé et que les parties aient des capacités différentes pour la substance éthérée, chacune de ces parties, attirantes et attirées, est entraînée vers le pôle contraire ou elle s’équilibre.

i4^ L’état contraire de l’hydrogène produit des effets analogues et un transport en sens inverse.

On ne peut disconvenir que cette théorie, présentée surtout comme je viens de le faire, soit un peu obscure ; mais les faits sur lesquels elle s’appuie m’ont paru assez intéressants pour que j’en fasse mention dans cette notice.

§ XH. De V électricité atmosphérique.

J’ai déjà dit que Volta et Saussure avaient avancé que l’électricité atmosphérique provenait de l’évaporation qui a constamment lieu à la surface du globe, attendu que la vapeur, a l’instant oîi elle se forme dans un vase, emporte avec elle l’électricité positive et laisse au vase l’électricité contraire; mais je fis remarquer qu’ils n’avaient pas tenu compte’, dans leurs expériences, des effets électriques résultant de l’action chimique du liquide sur la matière meme du vase et de la séparation du liquide des matières qu’il tenait en dissolution. M. Pouillet en (i) a traité de nouveau cette question, en

écartant les causes qui pouvaient produire des effets électro-chimiques; il parvint alors à prouver que la simple évaporation ne produit jamais d’électricité quand elle n’est pas accompagnée d’une action chimique quelconque, mais qu’il y a toujours de l’électricité dégagée quand l’eau tient en dissolution un sel ou un autre corps. Tl fut toujours conduit par -là à la même conséquence que ses devanciers , savoir, qu’une partie de l’électricité atmosphérique doit être attribuée à l’évapo-

(i) Annal, de Ch. et de Phys., t. xxxv, p. et t. xxvi, p. 5.

3® PERIODE, CHAPITRE PREMIER. 3oi

ration continuelle de l’eau de la mer , non pas par le fait même de l’évaporation, mais parce que l’eau abandonne les matières salines qu’elle tient en dissolution. Il a avancé en même temps qu’une autre source delelectricité atmosphérique est la végétation ; mais les expériences sur lesquelles il s’est appuyé ont encore besoin d etre répétées pour que les conséquences qu’il en a tirees puissent être considérées comme des vérités.

Auguste Delarive a fait a cet egard les observations suivantes (i) : « La végétation et les actions chi- « iniques qui se passent à la surface du globe produi- « sent si peu d’électricité, et surtout donnent des signes « d’électricité dont la nature est si variable, qu’il est « bien difficile de leur attribuer l’électricité, constamment « positive dont se charge l’atmosphère. D’ailleurs (et « cette objection s’appliquait aussi bien à l’évaporation) c( ce sont des pbenomenes qui cessent presque entière— C( ment pendant fbiver, et cependant l’observation nous « apprend que l’atmosphère est chargée très-souvent (c d’autant et quelquefois de plus d’électricité à cette « époque de l’année que dans les autres: quelle est alors (( la cause qui a pu produire cet agent? ne doit-on pas « la rechercher dans un piiénomène plus général que « ceux auxquels on a cru devoir l’attribuer jusqu’ici, sa- « voir, la distribution inégale de la température dans (c l’atmosphère?^) On peut voir page ‘i[\\ de cette notice, que j’ai émis cette opinion il y a un certain nombre d’années.

Je ne crois pas que la végétation et les actions chimiques qui ont constaminenl lieu à la surface du globe soient la cause unique de cette énorme quantité d’électrlclté'que l’on trouve dans l’atmosphère à de cei*talnes époques. On ne peut expliijuer non plus les états électriques contraires des nuages qui se succèdent rapidement dans le même lieu à l’instant d’un orage; il faut

(i) Essai historique sur félectricité, p. 140.

3o2 I)E l’électricité ATMOSPHERIQUE.

encore que la chaleur joue un certain rôle dans ces im» posants phénomènes atmosphériques dont nous sommes souvent témoins à l’époque des grandes chaleurs. La rencontre de deux nuages qui ne possèdent pas la meme température doit jouer aussi un certain rôle. M. Lelarive fait observer avec raison que les phénomènes d évaporation sont très-faihles, pendant 1 hiver, à des époques oii l’atmosphère est cependant chargée d’une assez grande quantité d’électricité.

M. Colladon (i), avec son multiplicateur, s’est livré à quelques recherches sur félectricité de l’atmosphère. Il a remarqué , et ce fait était conforme au mode de distribution de l’électricité sur une lame dont on échauffe l’un des bouts , que les nuages sont presque toujours chargés d’électricité contraire à leurs deux extrémités. Si ce fait important est constaté par de nouvelles observations, il prouvera qu’une cause quelconque développé l’électricité dans un nuage.

M. Schuhler (^) a étudié aussi cette question sous le rapport de l’inlluenceque peuvent avoir, sur les effets électriques de l’atmosphère, la température, la direction des vents , la chute de la pluie, etc. , question qui , comme nous l’avons vu, a été traitée avec beaucoup de sagacité par Beccaria (3).

Le fluide électrique joue un rôle si important dans la nature, qu’on doit le rechercher partout oii il existe; aussi était-il à désirer qu’on fit des observations suivies sur sa présence dans l’atmosphère. M, Arago, qui ne laisse jamais échapper l’occasion d’appliquer toutes les branches de la physique à la météorologie , a fait disposer à l’Observatoire un appareil oii l’on observe reguherement 1 état électrique de l’air. 11 a déjà reconnu que, par un temps serein et sans nuages, l’électricité, comme on le savait déjà, est toujours positive, et qu’il y a un maximum entre

(1) Annal, de Cli. et de Phy^s. , t. xxxiii, p. 62.

(2) Bibl. univ. , 1. 11, p. 98, et t. xlii, p. 2o3.

(3) Page 47 de cette notice.

3® PÉRIODE, CHAPITRE PREMIER.' 3o3

sept et huit heures du matin et un minimum entre une heure et deux.

Au commencement de cette notice, oh a vu que les anciens avaient souvent observé des aigrettes lumineuses à l’extrémité des piques des soldats; des phénomènes semblables ont été remarqués récemment en Afrique (i). Dans un temps d’orage, l’air est ordinairement chargé d’une grande quantité d’électricité qui ne peut s’écouler dans le globe, attendu le manque d’humidité; il doit en résulter par conséquent de nombreux effets électriques. Voici un de ces effets : Le 8 mai j 83 1 , après le coucher du soleil, toute l’atmosphère était en feu, et annonçait un orage violent. On aperçut aux extrémités des mâts de pavillon, à Alger, une lumière blanche en foi me d aigrette, qui persista pendant une demi-heure; des officiers qui se promenaient sur une terrasse furent ties-ctonnes de sentir leurs cheveux se dresser et de voir une petite aigrette à chacun de ceux de leurs camarades. En élevant leurs mains, il se formait é^alemeat des aigrettes au bout de leurs doigts. Toutes les personnes qui furent exposées ainsi à l’action de l’électricité atmosphérique éprouvèrent des contractions nerveuses dans les membres et une lassitude générale, principalement dans les jambes. Il faut attribuer cette grande quantité d’électricité dans l’atmosphère au peu d’eau hygrométrique qui s’y trouvait, car l’air par lui-méme étant un très-mauvais conducteur, conserve l’électricité que diverses causes lui ont fait acquérir, si l’eau ne le lui enlève pas pour la transmettre à la terre.

J ai déjà dit quelques mots de l’expérience remarquable que fit Româs, assesseur au j^résidial de Nérac, pour soutirer l’électricité des nuages h l’aide d’un cerfvolant. Je vais rapporter maintenant tous les détails de cette expérience importante , pour montrer l’efficacité des paratonnerres (2).

(i) Voyage dans la régence d’Alger, parM.Rozet, 1. 1, p. iSa Histoire de 1 electncite ^ p^r Priestley^ t. p, 2o5,

3o4 DE L ÉLECTRICITÉ ATMOSPHÉRIQUE.

« Le cerf-volant avait *7 pieds et demi de hauteur et 3 de largeur; la corde était une ficelle de chanvre dans laquelle était entrelacé un fil de fer, et M. Roinas rayan,t terminé par un cordon de soie, mit l’observateur, par une disposition particuÜère de son appareil, en état de faire toutes les expériences qu’il jugea à propos, sans courir aucun danger pour sa personne.

« Au moyen de ce cerf-volant, le 7 juin lySS, vers une heure après midi, après qu’il l’eut élevé à cinq cent cinquante pieds de terre an moyen d’une corde de sept cent quatre-vingts pieds de long, qui faisait un angle de près de quarante-cinq degrés avec l’horizon, il tira de son conducteur des étincelles de trois pouces de longueur et trois lignes d’épaisseur, dont le craquement se fît entendre à une distance de deux cents pas. En tirant ces étincelles, il sentit comme une espèce de toile d’araignée sur son visage, quoiqu’il fût à plus de trois pieds de la corde du cerf-volant; sur quoi il ne crut pas qu’il y eût de la sûreté pour lui de rester si proche, et il cria à tous les assistants de se retirer, et lui-même s’éloigna d’en^ viron deux pieds.

c( Se croyant alors en sûretéet n’ayantplus personne auprèsdelui,il portason attention sur cequise passait dans les nuages qui étaient immédiatement au-dessus du cerfvolant; mais il n’aperçut d’éclair ni là, ni nulle autre part, ni même le moindre bruit de tonnerre, et il ne tomba point du tout de pluie. Le vent, qui venait de l’ouest et était assez fort, éleva le cerf-volanr de cent pieds au moins plus haut qu’auparavant.

« Ensuite, jetant les yeux sur le tube de fer-blanc qui était attaché à la corde du cerf-volant, et à environ trois pieds de terre, il vit trois pailles, dont une avait près arun pied de longueur, la seconde quatre à cinq pouces, et la troisième trois ou quatre pouces, se lever toutes droites, et former une danse circulaire comme des marioiinettes sous le tube de fer-blanc et sans se toucher l’une l’autre. Ce petit spectacle, qui réjouit beaucoup plusieurs personnes de la compagnie, dura près

3" PÉRIODE, CHAPITRE PREMIER. 3o5

d’im quart d’heure; après quoi, quelques gouttes de pluie étant tombées, il sentit encore la toile d’araifriié

— U aiciiMuee

sur son visage, et en meme temps il entendit un bruit continu, semblable à celui d’un petit soufflet de foree. Ce fut un nouvel avertissement de l’accroissement debélectricité et, dès le premier instant que M. de Homas aperçut sauter la paille, il n’osa plus tirer aucune étincelle, meme avec toutes les précautions et il pria de

nouveau les spectateurs de s’éloigner encore davantage.

« Immédiatement après arriva la dernière scène et M (le Romas avoua ciu’elle ie fit tieinblei-. La plus loréue paille fut attirée par le tube de fer-blanc, sur quoi il se fit trois explosions dont le bruit ressemblait fort à celui du tonnerre. Quelqu’un de la compagnie le compara à 1 explosion des fusées volantes, et d’autres au bruit ciue ferait une grande jarre de terre en se brisant contre un pavé. 11 est certain qu’on reiiteiidit du tnilieudela ville malgré les différents bruits qui s’y faisaient. ’

« Le feu qu’on aperçut à l’instant de l’explosion avait la figure d un fuseau de huit pouces de long et cincr lignes de diamètre; mais la circonslaiice la plus étonnante et la plus ammsante fut que la paille qui avait occasione l’explosion suivit la corde du cerf-volant Quelqu’un de la compagie la vit, à quarante-cinq ou 5o brasses de distance, attirée et repoussée alternativement, avec cette circonstance remarquable, qu’à chaque fois qu’elle était attirée par la corde, on voyait des éclats de feu et on entendait des craquements, qui n’étaient cependant pas si éclatants que dans le moment de la première explosion.

«Il faut remarquer que, depuis le temps de l’explosion jusqu à la fin des expériences, on ne vit point du tout cl éclairs et a peine entendit-on du tonnerre. On sentit une odeur de soufre fort approcbarite de celle des écouleineiits électriques lumineux qui sortent du bout dune barre de métal électrisée. Il parut autour de la

3o6 . DE l’électricité atmosphérique.

corde un cylindre lumineux, de trois à quatre pouces de diamètre; et comme c’était pendant le joiir,M. de Rdmas ne douta pas que, si c’eût été pendant la nuit, cette atmosphère électrique n’eût paru de quatre à cinq pieds de diamètre. Enfin, après que les expériences furent terminées, on découvrit un trou dans le terrain, précisément sous le tuyau de fer-blanc , d’une grande profondeur et d’un demi-pouce de largeur, qui probablement fut fait par les grands éclats qui accompagnèrent les explosions.

«Ces expériences remarquables finirent par la chute du cerf-volant, attendu que le vent passa tout-à-coup à l’est, et qu’il survint une pluie très-abondante, mêlée de grêle. Lorsque le cerf-volant tomba, la corde s’accrocha sur un auvent, et ne fut pas sitôt dégagée, que celui qui la tenait éprouva un tel coup à ses mains et une telle commotion dans tout son corps, qu’il fut obligé de la lâcher, et la corde tombant sur les pieds de quelques autres personnes leur donna aussi un coup, mais bien plus supportable.

« La quantité de matière électrique que ce cerf-volant tira une autre fois des nuées est réellement étonnante. Le 28 août lyôE, on en vit sortir des courants de feu d’un pouce d’épaisseur et de dix pieds de longueur. Cet éclat surprenant, qui aurait peut-être produit des effets aussi pernicieux qu’aucun dont il soit fait mention dans l’histoire, fut conduit avec sécurité, par la corde du cerf-volant, à un conducteur placé tout auprès , et le bruit en fut égal à celui d’un pistolet. »

Charles, qui a fait des expériences semblables à celles de Romas, mais en bien plus grand nombre, a obtenu quelquefois des effets plus extraordinaires encore; il ne doutait pas, comme il le disait, qu’il n’eût désarmé le nuage orageux.

Je crois qu’il n’est pas inutile de rapporter quelques exemples des effets les plus remarquables de la foudre. Je commencerai par la relation des événements arrivés

à Cliâteauneuf-les-Moutier, le ji juillet 1810 par l’effet du tonnerre (i).

Cf Ce village de Château-les-Moutier (département des Basses-Alpes) est* situé au sommet et à l’extrémité de l’une des premières montagnes des Alpes, qui forment un amphithéâtre sur Aïoulier. Il consiste en quatorze maisons reunies au presbytère et à l’église paroissiale, sur une éminence coupée par les angles de deux autres montagnes, l’une au levant, l’autre au couchant....

(cLe II juillet 1819, jour du dimanche, AI. Salomé, cure de Aloutier, alla àChâteauneuf pour y installer un nouveau recteur. Vers les 10 h. , on se rendit en procession de la maison curiale à l’église. Le temps était beau 5 on remarquait seulement quelques gros nuages. La messe fut commencée par le nouveau recteur.

((Un jeune homme de dix-huit ans qui avait accompagné AI. le curé de Aloutier chantait l’épître, lorsqu’on entendit trois détonations de tonnerre, qui se succédèrent avec la rapidité de l’éclair. Le missel lui fut enlevé des mains et mis en pièces; il se sentit lui-même serré etroitement au corps par la flamme, qui le prit de suite au cou. Alors, par un mouvement involontaire, ce jeune homme, qui avait d’abord jeté de grands cris, ferma la bouche, fut renversé, roulé sur les personnes rassemblées dans l’égiise, qui toutes avaient été terrassées, et jeté ainsi hors la porte.

^ (( Revenu à lui , sa première idée fut de rentrer dans l’église pour se rendre auprès de AI. le curé de Aloutier, qu’il trouva asphyxié et sans connaissance. Ce jeune homme fixa sur ce respectable et infortuné pasteur l’attention et les soins de ceux qui, légèrement blessés, pouvaient donner des secours. On le releva , on éteignit la flamme de son surplis , et par le moyen du vinaigre

(i) Annal, de Ch. et de Phys., t. xii, p. 354. Cette relation a été envoyée à l’Académie des sciences par M. Trencalye, vicaire-général de Digne, qu’a fait remarquer que l’on sonnait la cloche à l’instant où la fou^^re est tombée.

3o8 DE L ÉLECTRICITÉ ATMOSPHÉRIQUE.

on le rappela à la vie, environ deux heures après son étourdissement. Il vomit beaucoup de sang. 11 assure n’avoir pas entendu le tonnerre et n’avoir rien vu de ce qui se passait. On le porta au presbytère. Le fluide électrique avait touché fortement la partie supérieure du galon de son étole, coulé jusqu’au bas, enlevé un de ses souliers, qu’il porta à l’extrémité de l’église, et brisé la boucle de métal. Le siège sur lequel il était assis fut brisé.

« Le lendemain , M. le curé fut transporté dans son presbytère, à Moutier, pour être pansé de ses blessures, qui n’ont été cicatrisées que deux «mois après. Il avait une escarre de plusieurs travers de doigt à l’épaule droite; une autre s’étendant du milieu postérieur du bras du même côté jusqu’à la partie moyenne et extérieure de l’avant-bras; une troisième escarre, profonde, partait de la partie moyenne et postérieure du bras gauche et allait jusqu’à la partie moyenne de l’avant-bras du même côté; une quatrième, plus superficielle et moins étendue , au côté externe de la partie inférieure de la cuisse gauche, et une cinquième sur la lèvre supérieure jusqu’au nez. Il a été fatigué d’une insomnie absolue pendant près de deux mois; il a eu les bras paralysés, et souffre des différentes variations de l’atmosphère.

« Un jeune enfant fut enlevé des bras de sa mère et porté à six pas plus loin. On ne le rappela à la vie qu’en lui faisant respirer le grand air. Tout le monde avait les jambes paralysées. Toutes les femmes, échevelées, offraient un spectacle horrible. L’église fut remplie d’une fumée noire et épaisse. On ne pouvait distinguer les objets , qu’à la faveur des flammes des parties de vêtements allumés par la foudre.

c( Huit personnes restèrent sur la place; une fille de dix-neuf ans fut transportée sans connaissance à sa maison et expira le lendemain matin en proie aux douleurs les plus horribles, à en juger par ses hurlements; de sorte que le nombre des personnes mortes est de neuf; celui des blessés est de quatre-vingt-deux.

3* PERIODE, CHAPITRE PREMIER. SoQ

« I-jE pretre célébrant ne fut point atteint de la foudre, sans doute parce qu’il avait un ornement de soie.

« Tous les chiens qui étaient dans l’église furent trouves morts, dans l’attitude qu’ils avaient auparavant.

« Quoiqu’on ne puisse pas suivre de l’œil toutes les operations subtiles du fluide électrique, on peut quelquefois en juger par les effets.

« Une femme qui était dans une cabane, à la montagne de Barbin, au couchant de Cliâteauneuf, vit tomber successivement trois masses de feu, qui semblaient devoir réduire ce village en cendres.

« Il paraît que la foudre frappa d’abord la croix du clocher, qu’on trouva plantée dans la fente d’un rocher a une distance de i6 métrés. Ue feu electrique pénétra ensuite dans 1 eglise par une brèche qu’il fit à la voûte, a la distance d un demi-metre de celle par ou passe la corde dune cloche; la chaire fut écrasée. On trouva dans l’éghse une excavation d’un demi-mètre de diamètre , prolongée sous les fondements du mur jusque sur le pavé de la rue, et une autre qui rentrait sous les fondements d’une écurie qui est en dessous, et où l’on trouva morts cinq moutons et une jument. »

Voici d autres effets de la foudre sur un vaisseau, non moins remarquables que les précédents; je les tire d’une relation rédigée par MM. W. Scoresby (i) :

Le paquebot appelé IS ewYork^ parti d’Amérique le i6 avril, se trouva le i8 près de la limite orientale du Gulf-Stream, sur le parallèle du 38° nord. Jusquelà le temps avait ete magnifique ; mais à neuf heures du soir, le baromètre commença à descendre, et le iq, à une heure du matin, le mercure était à 29^4^; le vent, qui dans la soiree avait soufflé avec force du nordouest, devint variable et tempétueux; le ciel se chargea

(i) Mém. présenté à l’Acad. des sc. de l’Institut de France,

t. IV, p. 697.

3io DE l’électricité atmosphérique.

de nuages, et des giboulées et de la grêle tombèrent alternativement.

A cinq heures et demie du matin, la foudre tomba avec un grand fracas sur le navire, et remplit tous les cabinets de nuages épais d’une fumée sulfureuse. Tous les éléments pendant l’orage étaient dans une violente commotion. La mer était dans un bouillonnement continuel, comme par l’action d’un nombre considérable de petits volcans sous-marins. On apercevait alors trois colonnes d’eau qui s’élancaient dans les airs et retombaient ensuite en écumant dans la mer, qu’elles agitaient avec force.

Dans une seconde décharge sur le bâtiment, qui s’opéra le long d’une chaîne métallique, que le capitaine fît attacher par un de ses bouts à un des mâts, tandis que l’autre plongeait dans la mer (ce conducteur consistait en une baguette de fer, terminée en pointe, d’environ quatre pieds de long et s’ajustait à une cbaîne de même métal), le^ bâtiment parut tout en feu* par l’effet de la décharge, la chaîne de communication fut fondue par degrés. Concentré par le conducteur dans un fort courant , le feu éleetrique se dispersait aussitôt qu’il pénétrait dans la mer ; mais une vapeur lumineuse paraissait remonter de la mer jusqu’aux nuages, pendant que la réaction qui s’opérait sur le navire était si violente, que quelques individus tombèrent à la renverse sur le pont.

Le navire parut embrasé une seconde fois ; toutes les parties du vaisseau furent remplies, comme auparavant, de vapeurs sulfureuses, qui étaient si épaisses , qu’il était impossible de rien distinguer à deux pas de distance. Un des passagers éprouva un effet singulier des deux décharges. Un homme d’un âge avancé, infirme et d’un embonpoint remarquable, dormait dans son lit; il était si peu en état de prendre de l’exercice, que, depuis trois ans, il n’avait pas marché l’espace d’un demi-mille, et qu’il n’avait même pas paru sur le pont depuis le com-

3® PÉRIODE, CHAPITRE PREMIER. 3ll

mencement du voyage. Mais, après les deux décharges, ce même homme quitta son lit, monta sur le pont, et alla d’un côté et d’autre avec beaucoup d’aisance et sans manifester la moindre gêne , mais dans un état d aberration mentale. Par bonheur, le dérangement de ses facultés intellectuelies ne lut que momentané, et 1 influence bienfaisante de l’électricité sur ses infirmités fut plus durable ; car, non-seulement il conserva l’usage de ses jambes pendant tout le reste du voyage, mais il fut même en état, quand on fut débarqué, de faire à pied une assez longue course pour se rendre à son hôtel.

Les autres effets de la foudre furent la fusion de la plus grande partie de la chaîne, qui tomba en globules ou petits fragments sur le pont, brûlant le bois et les sabords en cinq endroits différents, quoique le pont fut dans ce moment inondé de grêlons de trois a quatre pouces d’épaisseur ; les boussoles , les montres et les chronomètres furent dérangés.

Les clous des panneaux rompus des cabinets, et ceux des cloisons qui traversaient le navire, les ferrures du mât et celles du pont, et notamment des cercles en fer de la grande vergue , et un cercle du grand mat qui était tombé sur le pont, étaient non-seulement magnétiques, comme leur position donnait lieu de 1 attendre, mais possédaient encore un degre de polarité bien plus considérable qu’on n’eût pu l’obtenir a 1 aide d un magnétisme purement terrestre.

Les couteaux et les fourchettes étaient parvenus a un haut degré des facultés de l’aimant; un petit couteau de dessert leva par la pointe un petit clou qui pesait cinq grains trois quarts; un couteau de table, dont le bout était ai-rondi , enleva facilement un clou de dix-huit grains; un autre couteau enleva une clef pesant cent cinq grains, et même attira à lui et enleva une clef avec un anneau de deux cent vingt-huit grains; enlin, tous les instruments d’acier qui se trouvaient sur le navire étaient pourvus , à différents degrés, de propriétés magnétiques.

Dans ces dernières années le tonnerre ayant frappe

JI2 HYSTRUCTIOIY SUR LES PARATOjNTIYERRES.

plusieurs édifices publics , l’Académie des sciences chargea une commission, composée de MM. Poisson, Lefèbre- Gmeau , Girard , Dulong, Fresne! et Gay-Lussac, de rédiger une instruction sur les paratonnerres; la commission choisit |3our son rapporteur M. Gay-Lussac (i). Cette instruction est divisée en deux parties: la première présente un résumé de letat de nos connaissances sur la foudre et les paratonnerres; la seconde contient les principes sur lesquels la pose des paratonnerres est fondée, ainsi que les résultats que l’observation et l’expérience ont fournis.

Un paratonnerre est tout simplement (comme nous l’avons déjà vu) une barre de métal élevée sur les édifices que Ion veut préserver, et qui communique- sans solution de continuité jusqu’à l’eau ou un terrain humide. Quand il offre des solutions de continuité ou qu’il ne communique pas directement avec un sol humide, il peut en résulter des dégâts graves dans le bâtiment, comme on eu a un grand nombre d’exemples.

La forme d’un paratonnerre doit être celle d’un cône très-aigu; quant à la longueur de la tige, plus elle sera grande, mieux cela vaudra.

La distance à laquelle un paratonnerre étend son action n’est pas encore bien connue; mais d’après des observations qui ont été faites par plusieurs artistes, on croit savoir que les portions des édifices qui sont placées a une distance de la tige du paratonnerre de plus de trois à quatre fois sa longueur ont été foudroyées. Charles, qui s’était beaucoup occupé de cette question, pensait qu un paratonnerre pouvait étendre son action autour de lui dans un espace circulaire d’un rayon double de sa hauteur. On a toujours suivi cette règle jusqu ici dans la pose des paratonnerres.

Quand la foudre traverse des fils ou lames de métal , elle élève leur température suivant son intensité et les'

(i) Annal, de Ch, et de Phys,, t, xxvi, p. i58.

3® PÉRIODE, CHAPITRE PREMIER. 3i3

dimensions de ces fils. On a reconnu jusqu’ici, par l’experience, que la foudre n’a pas encore fondu ou même fait rougir une barre de fer de treize ou quatorze millimètres, ou un cylindre de ce diamètre; quant à sa hauteur, on lui en donne une ordinairement de cinq à dix mètres. Le conducteur du paratonnerre est ordinairement une barre de fer de seize à vingt millimètres (sept à neuf lignes) carres. M. Gay-Lussac pense qu’on pourrait le fane plus petit et se servir d un, simple fil de métal, pourvu qu’arrivé à la surface du sol, on le mît en communication avec une barre de métal de dix à treize millimètre (cinq à six pouces), qui s’enfonçât dans la couche humide.

M. Gay-Lussac indique ensuite toutes les précautions que la prudence peut suggérer pour se préserver des effets de la foudre et passe en revue ceux qui sont les plus ordinaires ; elle met le feu à toutes les matières ténues qui entrent facilement en combustion, telles que le foin, la paille, le coton ; mais elle enflamme rarement les matières compactes, telles que les bois, à moins qu’ils ne soient vermoulus : ordinairement elle les déchire et les divise en lames très-minces comme des lattes, ou bien glisse sur leur surface. On peut expliquer par-là comment il se fait qu’elle met le feu à des vêtements légers sur un individu sans lui causer souvent aucun sentiment de brûlure ; c’est par une raison semblable qu’elle volatilise la dorure des lambris dorés sans les enflammer. Qumid elle frappe les animaux, elle les fait prrii, soit en déterminant des lésions dans les organes et le système vasculaire, soit en paralysant le système nei veux. Les animaux ainsi frappes entrent promptement en putréfaction, comme tous ceux qui sont atteints d’une mort violente.

M. Gay-Lussac attribue l’acescence du lait et la corruption des chairs, dans les temps d’orage, à la température élevée qui règne alors et aux courants de matière électrique, qui agissent dans ce cas comme force chimique.

3r4 INSTRUCTION SUR LES PARATONNERRES.

Dans la seconde partie du rapport , il donne des details relatifs à la construction des paratonnerres. Il recommande d’abord , en raison de la prompte altération du fer à, f eau et à l’air, de substituer à la pointe du paratonnerre qui serait promptement émoussée, une tige conique de cuivre jaune, dorée à son extrémité et terminée par une petite aiguille de platine.

Je ne puis donner ici tous les détails de construction dans lesquels il entre; je me bornerai seulement à dire qu’il recommande, toutes les fois que le bâtiment que l’on arme d’un paratonnerre renferme des pièces métalliques un peu considérables, comme des gouttières, des lames de plomb, etc., de les mettre toutes en communication avec le conducteur. 11 termine son rapport par des considérations sur leur efficacité. Je ne saurais mieux faire que de rapporter les observations qu’il fait à cet égard :

(c Une expérience de cinquante années sur l’efficacité des paratonnerres démontre que, lorsqu’ils ont été construits avec les soins convenables, ils garantissent de la foudre les édifices sur lesquels ils sont placés. Dansjes États-Unis d’Amérique, oii les orages sont beaucoup plus fréquents et plus redoutables qu’en Europe, leur usage est devenu populaire. Un très-grand nombre de bâtiments ont été foudroyés, et l’on en cite à peine deux qu’ils n’aient pas mis entièrement à l’abri des atteintes de la foudie. lout le monde sait que les parties métalliques sur un édifice sont frappées de préférence par la foudre, et ce fait seul démontre l’efficacité des paratonnerres, qui ne sont que des barres métalliques disposées de la maniéré la plus avantageuse, d apres les connaissances acquises sur la matière électrique par la théorie et 1 experience. La crainte d une chute plus fi’équente de la foudre sur les édifices armés de paratonnerres n’est pas fondée, car leur influence s’étend à une trop petite distance pour qu’on puisse croire qu’ils déterminent la foudre d’un nuage â se précipiter dans le lieu ou ils sont établis. Il paiait au contraire certain , d apres l’obser-

3^ PERIODE, CHAPITRE PREMIER, 3l5

vation , que les édifices armés de paratonnerres ne sont pas foudroyés plus fréquemment qu’avant qu’ils ne le fussent. D’ailleurs, la propriété d’un paratonnerre d’attirer plus fréquemment la foudre supposerait aussi celle de la transmettre librement dans le sol, et des lors il ne pourrait en résulter aucun inconvénient pour la surete des édifices.

« Nous avons recommandé l’usage des pointes aiguës pour les paratonnerres, parce qu elles ont 1 avantage, sur les barres arrondies à leur extrémité, de verser continuellement dans l’air, sous l’influence du nuage orageux, un torrent de matière électrique de nature contraire a la sienne, qui doit très-probablement se diriger vers celle du nuage et en partie la neutraliser. Cet avantage n est point du tout à négliger* car il siilfît de connaître le pouvoir des pointes et les expériences de Cliarles et de Romas avec un cerf-volant sous un nuage orageux, pour rester convaincu que les paratonnerres en pointe, s ils étaient plus multipliés et places sur des beuxéleves, diminueraient réellement la matière electrique des nuages et la fréquence de la cliute de la foudre sur la surface de la terre.

(( Cependant, lorsque la pointe d’un paratonnerre aura été émoussée par la foudre ou par une cause quelconque, il ne faudra pas croire, parce qu’elle aura perdu 1 avantage dont on vient de parler, qu’elle ait aussi perdu son effîca^até pour protéger le batiment qu elle est destinee à défendre. De docteur Rittenliouse rapporte qu ayant souvent examiné et passe en revue, avec un excellent télescope de réflexion, les pointes des paratonnerres de Philadelphie, où ils sont en grand nombre, il en a vu beaucoup dont les pointes étaient fondues , mais qu il n’a jamais appris que les maisons où ces paratonnerres étaient établis eussent etc frappées de la foudre depuis la fusion de leurs pointes. Or, cela n aurait pas manque d’arriver à quelques-unes, au moins au bout d un certain temps, SI leurs paratonnerres n avaient pas continue de bien faire leurs fonctions; car on sait, par nombre d’observations, que, lorsque le tonnerre est tombé en quel-

Olb FORMATIOIV DE LA GR:eLE SUIVANT VOLTA.

que endroit, il n’est pas rare de l’y voir retomber encore.»

La formation de la grêle attire depuis long-temps 1 attention des physiciens, sans qu’on ait pu résoudre cette question. Ce phénomène, qui a été considéré par Volta comme un effet de l’électricité, doit être mentionne ici. Il a cherché à expliquer les deux effets principaux de la grêle : la production du froid qui congèle 1 eau , et 1 accroissement successif du grêlon qui reste suspendu dans lair le temps nécessaire pour acquérir quelquefois un volume assez considérable, qui va jusqu’à un pied de diamètre, dit - on. Nous savons que la grêle précède ordinairement les pluies d’orage, tombe plus fréquemment le jour que la nuit, et que les nuages qui la portent ont beaucoup d’épaisseur, puisqu ils répandent souvent une obscurité très-grande et présentent sur les bords des déchirures multipliées, tandis que leur surface inférieure est couverte de protubérances considérables.

On ne parait pas d accord sur la hauteur ou ces nuages sont places^ mais les physiciens le sont généralement sur un autre pbenomene qui précédé toujours de quelques minutes la chute de la grêle, c’est une espèce de bruissenient que l’on entend dans les airs et qui est quelquefois assez fort. Je dois ajouter que le tonnerre se fait entendre ordinairement avant le bruissement et même pendant la chute de la grele. Telles sont les données à l’aide desquelles Volta a imaginé une théorie de la formation de la grêle.

Ce grand physicien pensait que les rayons du soleil, en tombant sur la surface supérieure d’un nuage tres-dense, étant absorbes, déterminent une évaporation instantanée qui produit assez de froid pour congeler 1 eau. M. Bellani a combattu victorieusement cette explication. Quanta l’accroissement successif des grêlons, Volta

admet que lorsque, une fois formés, ils se trouvent entre deux nuages charges d’electricité contraire, l’un au-dessus, 1 autre au-dessous , dès l’instant qu’ils tombent sur les nuages inférieurs, en y pénétrant ils se couvrent

d’une nouvelle couche de glace et prennent aussitôt l’électricité même du nuage qui les repousse, en même temps qu’ils sont attirés par le nuage supérieur. En arrivant au nuage supérieur, ils éprouvent des effets analogues, puis retombent et ainsi de suite, jusqu’à ce que les grêlons aient acquis trop de poids pour que la pesanteur l’emporte sur l’action des forces électriques; alors leur chute s’effectue sur la terre.

Vol ta, pour compléter sa théorie, fut obligé d’indiquer les causes qui déterminent la formation de deux nuages superposés l’un au-dessus de l’autre et chargés d électricité contraire; il leur assigna une origine électrique; en conséquence, il s’appuya sur les effets électriques produits dans la prompte évaporation de l’eau par les rayons solaires, effets qui ne peuvent avoir heu de la manière dont il l’envisageait, puisquil croyait que les vapeurs en se formant s’électrisaient négativement et positivement en se condensant.

Je n’entreprendrai pas ici de discuter le mérite de cette théorie, attendu que je ne suis simplement qu’historien.

De même qu’on était parvenu à soutirer la foudi’e des nuages, au moyen de tiges métalliques pointues, de même aussi on a cru, dans ces derthers temps, à l’aide de grandes perches fichées en terre et auxquelles on donne le nom de paragrêles , avoir découvert le moyen de préserver des campagnes entières des terribles effets de la grêle. Ces paragrêles sont des perches de vingt ou trente pieds, terminées par des pointes de cuivre ou de fer placées à leur partie supérieure, et que l’on enfonce en terre verticalement par l’autre extrémité. Un fil de métal ou une corde de paille établit la communication entre la pointe métallique et la terre. Ces perches sont multipliées par milliers, et l’on a supposé que la grêle ne pouvait se former dans les pays qui étaient ainsi ai’més.

Si la grêle était un effet de l’électricité et que toutes ces perches fussent d’excellents conducteurs, il n’y a pas le moindre doute qu’en en couvrant le pays, on parviendrait à décharger l’atmosphère de l’électricité qu’elle

3l8 DES TUBES FULMINAIRES.

renferme, et l’on conjurerait par ce moyen la grêle; mais avec des conducteurs semblables à ceux dont nous 'venons de pai’ler , il est impsosible qu’ils puissent servir à soutirer convenablement toute 1 électricité. Si , au contraire, l’électricité est un effet et non une cause, les paragrêles ne sont encore d’aucune utilité. Ainsi, dans tout état de cause, ils ne servent à rien.

L’électricité atmosphérique produit encore des effets physiques et chimiques, dont nous avons rapporte quelques-uns dans la première période ; il en est d’autres que nous avons omis et qui trouvent naturellement ici leur place. On a remarqué depuis long-temps que les cimes des hautes montagnes portent toutes l’empreinte de la chute de la foudre. On y trouve des traces de déchirement ou de fusion. Au haut du Mont-Blanc, M. de Saussure a observé des effets de ce genre dans l’amphibole schisteux. AI. de Humboldt en a observé de semblables sur la sommité du volcan de Toluca.

Nous devons rapporter aussi à l’électricité la formation des tubes vitreux qui ont été découverts dans plusieurs contrées, et particulièrement dans les plaines sablonneuses de la Silésie et de là Prusse orientale. Ces tubes (i) ont été observés pour la première fois par le pasteur Herman en Silésie. On les a retrouvés depuis, en J 806, dans les landes de Paderborn et ensuite dans d’autres localités. Ces derniers ont été formés au milieu de buttes de sables mouvants, de quarante pieds de hauteur,, dans le voisinage de la mer. Ils sont presque toujours creux. On leur a donné le nom de tuhes fulmiiiaires,ils ont été formés lors du passage de la foudre dans le sahle, et ont quelquefois jusqu’à vingt et trente pieds de longueur. Leur surface intérieure est parfaitement vitrifiée, tandis que leur surface extérieure est rugueuse et couverte d’aspérités. A une certaine profondeur , ils se divisent souvent en plusieurs branches. Le Fiedler, quia fait de nombreuses observations sur ce phénomène,

(i) Annal, de Ch. et de Phys., t. xix, p. 290.

a observé que, dans ces plaines, il y a toujours des nappes d’eau, dont laction par influence a déterminé la chute de la foudre.

MM. Savart, Hachette et Beudant ont formé des tubes semblables à ceux dont nous venoris de parler, en faisant passer la décharge, d’une très-forte batterie électrique à travers du verre pilé. Ce résultat ne laisse aucun doute sur l’origine des tubes du D‘ Fiedler et de ceux qui avaient été observés avant lui.

§ XIII. Des effets physiologiques de la pile et de son application à la médecine.

Dans cette période, les effets physiologiques de la pile n’ont pas attiré autant l’attention des médecins que 'dans la seconde période. Dès l’instant qu’ils ont vu qu’ils ne pouvaient faire une application immédiate de l’électricite à l’art de guérir, ils se sont abstenus, à l’exception d’un très-petit nombre, de se livrer à de nouvelles recherches sur le mode d’action de cet agent puissant. Dans les sciences, il ne faut pas se borner à rechercher les faits qui ont une application directe aux usages ordinaires; ce qu’il faut découvrir, ce sont les principes, car les applications viennent ensuite. C’est là où doit tendre tout esprit véritablement philosophe.

JNéanmoins, on n’a pas abandonné tout-à-fait les recherches relatives à l’action des courants électriques sur reconomie animale. Nous avons déjà vu que l’on déterminait des contractions dans la grenouille, nonseulement en armant les muscles et les nerfs de lames de métaux différents, mais encore en employant des alcalis et des acides. M. le D^ Edwards a reconnu que l’on pouvait egalement exciter la grenouille en frottant, avec un corps quelconque, métallique ou non, le nerf d’unegrenouille nouvellement (i) écorchée, quand il est' appliqué sur un corps isolant. Il résulte de là que fé-

(i) Annal, de Ch. et de Phys., t, xxii, p. 116.

lectricite n est pas un moyen exclusif d’exciter les contractions. Car il est difficile d’admettre que dans ce casci, elle soit la cause du phénomène.

M. Wilson Philip ayant coupé les nerfs de la huitième paire, chercha si on ne pourrait pas remplacer, par des courants électriques, leur action sur l’estomac. Ayant fait passer un courant entre les deux parties séparées et reunies au moyen d’un fil métallique, il observa que la digestion et la respiration, qui avaient été très- difficiles apres cette section, devinrent très-faciles aussitôt que la pile commença à fonctionner. Je ne sais jusqu a quel point ce résultat peut être attribué à l’électricité, car je crois que d’autres physiologistes ont obtenu le même résultat, en rapprochant les deux parties coupées et faisant une ligature. Si ce fait est bien constaté, l’influence de l’électricité aurait été nulle dans l’expérience de M. Wilson.

M. Marianini ( i ) a étudié de nouveau les phénomènes de contraction, en ce qui concerne particulièrement le fait qui avait été remarqué par Pfaff et d’autres observateurs (2), savoir, que la grenouille est excitée tout aussi bien quand on rompt le circuit que lorsqu on le ferme. Si 1 on établit la communication entre les muscles et les nerfs, au moyen d’un arc cuivre et zinc, la contraction est plus forte a l’instant du contact, quand le zinc touche le nerf et le cuivre le muscle que lorsqu’on opère d’une manière inverse ; tandis que le contraire a lieu quand on rompt la communication.

M. Marianini a avancé qu’on ne pouvait expliquer la (Diiti action, au moment ou l’on interrompt le circuit, en admettant quelle provient d’un refoulement que le courant aurait éprouvé par l’obstacle qu’il rencontie. Il suppose des lors qu’il existe deux sortes de contractions, les contractions’ idiopathiques et les contractions sympathiques. Les premières, qui sont produites

(1) Annal, de Ch. et de Phys. , t. xl, p. 225.

(2) Page 87 de cette notice.

par Taction immédiate de rélectricitc sur les muscles , ont lieu quelle que soit la direction suivie par le courant qui entre dans les muscles; et les secondes, qu’il attribue à l’action de l’électricité sur les nerfs , se manifestent quand le coiu'ant parcourt les nerfs dans le sens de leurs ramifications. Dans le cas où il parcourt les nerfs en sens contraire, il en résulte une sensation, et non une contraction ; celle-ci n’est produite que lorsqu’on interrompt le courant. Quand le courant parcourt les nerfs dans le sens de leurs ramifications, l’animal paraît éprouver une sensation au moment où l’on interi'ompt le courant, et dans ce cas il n’y a contraction que lorsqu’on établit le courant. Il a cru convenable d’adopter cette distinction pour expliquer la différence des effets que nous avons signalés.

M. Marianini part de l’existence des deux espèces de contraction qu’il a établies, pour expliquer pourquoi, lorsque l’on met en communication chacune des mains avec run des pôles d’une pile, on éprouve toujours une commotion plus forte dans le bras qui est en contact avec le pôle positif que dans l’autre Q). En général, il explique par le meme moyen la commotion la plus vive qu’éprouve le membre qui est parcouru par le courant dans le sens de la ramification des nerfs.

M. Nobili (2) n’a pas admis les conséquences que M, Marianini a tirées de son travail. Ayant examiné avec soin les contractions sur la grenouille produites par un courant électrique, dirigé tantôt dans le sens des ramifications des nerfs, tantôt en sens contraire, il crut apercevoir que le courant détermine dans le nerf des altérations différentes qu’il nomme, l’une directe dans le premier cas, l’autre inverse dans le second. On ne peut apercevoir ces altérations que lorsque le courant a parcouru le nerf pendant quelque temps. Quant à la

(1) Bibl. univ., t. xlvii, p. 287.

(2) Bibl. univ., t. xliv, p. 4^ i65.

contraction, elle provient du passage du nerf d’un état à l’autre, c’est-à-dire ou de l’état naturel à l’état d’altération, et réciproquement, ou de l’état d’altération di-

recte à l’état d’altération inverse, et réciproquement. Il indique ensuite les causes d’où dépend l’intensité des contractions, ainsi que celles qui font varier leurs lois. Quant aux altérations dont il parle, il admet quelles ne changent rien à la structure des nerfs, et qu’elles ne font seulement que modifier leur excitabilité. Les hypothèses qui ont été faites par MM. Marianini et Nobili pour expliquer les contractions, suivant que le courant suit les ramifications des nerfs ou chemine dans une direction opposée, prouvent assez que le phénomène est d’un ordre très-composé.

M. Nohili a cru trouver dans les faits qu’il a observés un remède contre le tétanos et certaines paralysies. Yoici ce qu’il dit à cet égard (i) : « Les contractions de « la grenouille multipliées au point de produire un tétaa nos artificiel, s’obtiennent en interrompant et en réta- (( blissant le circuit coup sur coup. Dans ces alternatives, c( le nerf change continueflement d’état; il passe d’une « manière brusque de sa disposition naturelle à une dis- (( position altérée, et réciproquement. Il est donc pro- « bable que le tétanos naturel est aussi dû à des alterna- <c tives de ce genre indépendantes de tout principe de « dé.sorganisation. En étudiant une grenouille atteinte « du tétanos le mieux prononcé , j’observai quelle pera sistait dans cet état sous l’action d’un certain courant, (c détendait complètement ses membres sous l’action d’un (c courant contraire. A cette époque, je tentai plusieurs « fois la même expérience sur d’autres individus 'frappés « du tétanos sans revoir jamais le même phénomène. « Peut-être avais-je employé la première fois un courant « plus énergique, etc. J’ai récemment observé le même « fait sur deux autres individus , etc. »

(i) Annal, de Ch. et de Phys., t, xliv, p. go.

Certes, ces observations sont d’une très-grande importance et méritent d’être étudiées de nouveau, attendu que si l’on parvenaft à détruire à volonté le tétanos que l’art aurait fait naître dans la grenouille, on pourrait avoir l’espoir de détruire le tétanos, qui amène toujours la mort chez l’homme qui en est frappé.

M. Matteucci entreprit aussi d’expliquer les effets qui ont lieu, lorsqu’on interrompt le circuit, en les attribuant au retour des fibres musculaires à leui' position naturelle, dont elles avaient été écartées par le courant électrique (i).

Les actions du courant électricj^ue sur la grenouille sont donc analysées aussi complètement qu’on peut le désirer pour l’instant; mais il faut avouer aussi que nous ne sommes pas encore aussi avancés sur les causes de leur production.

MM. Prévost et Dumas (2) ont eu l’idée de décomposer les calculs de la vessie au moyen de la pile. Quoique leurs tentatives n’aient pas eu tout le succès qu’on aurait désiré, cependant je ne crois pas le problème impossible, et je développerai plus tard mes idées à cet égard.

M. Matteucci a essayé de reproduire sur les animaux vivants des décompositions chimiques au moyen de la pile, comme plusieurs physiciens l’avaient fait dans le cours de la seconde période. Il a annoncé avoir obtenu à chacun des pôles des liquides semblables à ceux que produisent certains organes sécréteurs.

M. Marianini (3) a indiqué aussi un moyen d’appliqiier utilement l’électricité à la guérison de quelques cas de paralysie et de paraplégie. Il conseille de faire passer au travers du membre affecté, pendant plusieurs jours , et même pendant plusieurs semaines, non point un courant continu, mais des décharges successives très-rapi-

(1) Bibl. univ. , t. lu, p. B-8i.

(2) Annal, de Ch. et de Phys. , t. xxiii, p. 202,

(3j Bibl, univ.^ t, wi, p. 35i«

des de piles , d’abord très-faibles, et dont la force augmente successivement. Il assure être parvenu à obtenir par ce moyen plusieurs guérisons.

M. le docteur Fabré-Palaprat, qui se livre aux applications du galvanisme à l’art de guérir et qui en a obtenu quelquefois des résultats satisfaisants, emploie depuis plusieurs années le procédé indiqué par M. Marianini. Au moyen du balancier d’une horloge, artistement mis en rapport avec deux fils conducteurs en communication avec les deux pôles d’une pile, il donne des commotions plus ou moins rapides dans la partie malade, exposée à l’action du courant. D’après les nombreuses observations qu’il a faites, il a reconnu des effets marqués dans les cas ou il y a atonie ou affaiblissement dans le jeu des organes, pourvu néanmoins qu’il n’y ait pas de lésion ou d’inflammation; dans quelques cas d’engorgements lymphatiques, etc., etc. lia essayé aussi de transporter diverses substances médicamenteuses dans l’intérieur du corps. Quoiqu’il y soit parvenu dans quelques circonstances, nous sommes loin de reconnaître encore qu’il ait réussi à y fixer quelques-unes de ces substances.

Il s’est servi des effets calorifiques produits par la pile, dans des fils métalliques, pour produire des moxas intérieurs. Il introduit dans la partie qu’il veut désorganiser une aiguille de platine en communication avec l’un des pôles d’une pile fortement chargée , tandis que l’autre pôle communique avec le corps. Le courant, quand il est suffisamment intense, fait rougir à blanc le fil de platine qui brûle les parties organiques en contact avec lui. Au bout de peu de jours il se forme une escarre qui a la forme d’un tube et qu’on retire avec facilité.

Il est inutile de faire observer que l’on doit user avec une extrême circonspection de ce procédé.

- En Italie, on a envisagé l’application médicale de l’électricité voltaïque, sous un autre point de vue, et je crois que l’on a adopté la véritable marche qui peut conduire à quelques résultats généraux dans l’emploi thérapeutique de l’électricité.

M. Onoli(i), l’un des philosophes les plus distingués dont s’honore Tltalie, a publié des considérations théoriques sur une nouvelle manière de modiher les lois de la vie , en changeant l’état électrique des parties vivantes. Ces considérations reposent sur des idées théoriques, et comme la saine philosophie ne saurait les rejeter , c’est ce motif qui m’a engage à en donner ici un précis. Après avoir rappelé qu’il est prouvé maintenant que, dans la chimie inorganique, ^influence des états électriques des corps apporte des changements dans leurs propriétés chimiques , il dit que cet effet doit avoir heu également dans la chimie organique, et que si les substances vivantes n’offrent pas les memes jeux d’affinité que les substances mortes, cette difféi’ence doit provenir de l’existence dans les premières, d’un état électrique particulier, différent de celui qui existe ordinairement hors de la vie. Aujourd’hui, ajoute-t-il , la plus grande partie des physiologistes regardent comme vrai que la vie peut être considérée comme le résultat d’une action de piles artistement combinées et fonctionnant continuellement, de manière que tout organe est un appareil électrique et que toutes ces piles ont une relation réciproque et commune telle, "qu’à l’instant où la vie cesse, les actions électriques n’ont plus la faculté de se reproduire.

En accordant ce principe, de semblables piles, mises en action par une cause inconnue qui tient k la vitalité, doivent nécessairement produire une polarité positive ou négative, dans des parties ou elle n’aurait pas Heu en dehors de l’action voltaïque. Il doit en résulter, oh sont ces pôles, des sécrétions, des excrétions et des modifications spéciales qui cessent dès l’instant que l’action électrique est détruite.

De même qu’on est parvenu à anéantir l’action de l’eau de la mer sur le cuivre, en rendant ce métal élec-

(i) Mém. de la Soc. médicale de Bologne, 1827.

tro-negatif, de mêiDe aussi on peut changer la nature des secrétions dans les animaux, en renversant la polarité des organes qui les fournissent. L’estomac, par exemple, attire les acides; Tétât positif y domine donc. Si cette sécrétion est trop abondante, il faut en exagérer l’état électrique contraire; il en sera de même des reins quand 1 urine abondera en acide urique et produira des graviers, il faudra lui donner un état électrique négatif. De même le chancre engendre une sécrétion qui, suivant Crawfort, verdit le sirop de violettes; donc le chancre annonce que la polarité négative prévaut; il faudra lui en donner une contraire.

M. Orioli conseille, avant de chercher à appliquer Télectricité à la thérapeutique, d’étudier la nature des sécrétions produites, afin de faire naître dans l’organe secieteur un état electrique propre a déterminer des effets contraires, (^es sécrétions seront acides, alcalines ou neutres. Si elles sont acides ou alcalines, il n’y aura aucune difficulté; si elles sont neutres, il faudra appliquer a 1 endroit malade le pôle de nom contraire qui convient à cette partie dans l’état normal.

Il propose, à cet effet, d’appliquer convenablement à deux parties du corps privées de la peau, suivant la méthode de IMausford , deux disques , Tun de zinc et l’autre d’argent, communiquant ensemble avec un fil de métal, et les maintenant en place avec des bandages convenables pendant des jours, des semaines, et des mois , et ne les nettoyant qu au besoin. Je n’entre pas dans le detail des procédés qu il indique dans différents cas, attendu que je dois me borner à indiquer le principe général. J ajouterai cependant que, suivant ce philosophe distingué, Ton peut employer ce remède dans 1 intérieur de la vessie, en y introduisant une sonde, dont l’extrémité seule soit conductrice, et le reste enduit dun. vernis isolant. Cette sonde communiquerait avec 1 un des pôles de l’appareil voltaïque, tandis que Ion mettrait l’autre en communication avec les reins.

L on parviendrait peut-etre, ajoiite-t-ii, à attaquer les

calculs et à les décomposer plus simplement qu’avec les appareils qui ont été imaginés jusqu’ici.

Si l’observation de Mansford est vraie, que la plaie correspondante au pôle négatif tend toujours à se cicatriser, il serait possible peut-être d’appliquer utilement ce fait à la guérison de certaines plaies invétérées, en les faisant communiquer à propos avec le pôle négatif. M. Orioli, dans la seconde partie de son Mémoire, a cbercbé à comparer les idées thérapeutiques qu’il propose, avec les doctrines des diverses écoles medicales. Il déclare que le genre de méclicamentation qu’il propose doit être rangé dans la classe des mécanico- chimiques, tels que la glu, le blanc d’œuf, etc., avec lesquels, dit-on, on est parvenu quelquefois à détruire de vieilles obstructions.

M. le Donné, dans un Mémoire présenté à l’Acad. des sciences, le 2^ janvier i834i Remployé tout récemment la production des courants électriques qui ont lieu dans la réaction des acides sur les alcalis ou sur diverses dissolutions, pour déterminer l’acidité et l’alcalinéité des membranes dans les corps organiques. Il a ete conduit aux résultats suivants en expérimentant avec deux lames de platine mises chacune en communication avec une partie du corps :

1° L’enveloppe extérieure du corps, la peau, secrete par toute sa surface une humeur acide. Cependant la sueur, au lieu d’être, comme le disent les traités de physiologie, acide sous les aisselles, est au contraire alcaline en ces points.

2° Le tube digestif, depuis la bouche. jusqu’à l’anus, sécrète un mucus alcalin , si ce n’est dans l’estomac, où le suc gastrique est fortement acide.

3^ Les membranes séreuses et les membranes synoviales sécrètent toutes une liqueur alcaline dans l’état normal. Cette sécrétion devient quelquefois acide dans certaines maladies.

[f La membrane acide externe et la membrane alcaline interne du corps humain représentent les deux p6-

les d une pile dont les effets électriques sont appréciables au galvanomètre.

Indépendamment de ces deux grandes surfaces , offrant des états cliimic|ues opposes, il existe dans 1 économie d autres organes que Ton peut appeler les uns acides, les autres alcalins, et qui donnent lieu aux mêmes phénomènes. Entre l’estomac, par exemple, et le foie de tous^les animaux, on trouve des courants électriques extrêmement énergiques.

, 5^ On constate des phénomènes électriques du même

genre dans les végétaux, en plaçant un pôle du galvanomètre dans le centre d’une tige, dans le canal médullaire, et 1 autre sous l’écorce; mais c’est surtout dans les fruits que ces effets sont remarquables et bien ^ tranchés. Un fruit peut etre considéré comme une pile dont le coté de la queue est électro-négatif dans les fruits adhérents, tels que la pomme et la poire, et le côté de l’œil électro-positif C’est le contraire da’ns les ruits non adheients, tels que la peche et la prune. Dans tous les cas, ce sont toujours les deux points opposes des fruits qui donnent le maximum de tension électrique. En plongeant les conducteurs du galvanomètre dans d autres points, les effets diminuent. Ils cessent complètement lorsqu’on les place des deux côtés dun fruit, à égale distance du centre et perpendiculailement au plan qui passe par l’œd et la queue.

Les coulants électriques dans les végétaux ne sont point déterminés par l’état acide ou alcalin des parties, comme dans les animaux , puisque le suc examiné a été trouvé partout plus ou moins acide. Mais, d’après les expériences de M. Biot , les sucs qui arrivent par le pédicule subissent des modifications en un point quelconque du fruit; c’est probablement à la différence de composition chimique de ces sucs aux deux extrémités d’un huit qu il faut attribuer les pîiénoinènes électriques.

6 Les humeurs acides de l’économie peuvent devenir alcalines, et les humeurs alcalines devenir acides dans les maladies.

M. Donné examine ensuite les maladies qui déterminent ces changements. Comme il ne leur attribue pas une origine électrique, je ne dois pas en parler ici. Je me bornerai seulement à rapporter la dernière conséquence qu’il tire de son travail, savoir, que les cbangements dans la nature chimique des sécrétions réagissent sur les différents systèmes de l’économie et déterminent des modifications dans les courants électriques qui existent entre les divers organes de l’économie.

On a tenté de nouveau, à l’aide du multiplicateur, de remonter a la cause des commotions données par la torpille et la gymnote. Davy n’a pu reconnaître de courants électriques à l’instant oii elles ont lieu. M. John Davy (i), sur l’invitation de son frère, a fait des expériences à Malte sur des torpilles vivantes, xlyant appllfiué les deux bouts du fil métallique aux deux extrémités de l’or gane électrique, il a obtenu un courant bien marqué, et avec lequel il est parvenu à aimanter des aiguilles d’acier et à produire des décompositions chimiques; le sens du courant indiquait que la surface inférieure de l’organe électrique était la source de l’électricité négative. D’un autre côté, MM. de îjlainville et Flcuriau de Bellevue ont aussi obtenu des effets très-marqués avec le multiplicateur.

Je doute que ces effets puissent être attribués aux organes de la torpille, car il aurait fallu que les observateurs se fussent mis en garde contre les courants qui ont toujours lieu quand on plonge deux lames de platine quelconque dans un liquide , sans s’être assuré préalablement jiar divers essais tpte l’état de leur surface est le même. Il est probable que la commotion produite par la torpille, si elle est électrique, doit être analogue à celle de la bouteille de Leyde et, dans ce cas, le multiplicateur ordinaire ne peut servir à reconnaître le courant. Il faut alors se sei’vir de celui qui est préparé suivant la méthode de M. Colladon. Je tiens de ce dernier

(i) Bibl. univ., t. Li, p. 209.

33o COMB. ET DÉCOMPOS. OPER. AV. DES COUR. ÉLEC.

physicien qu’il est parvenu, au moyen de son appareil, à obtenir un courant sur la torpille, à l’instant ou elle donne la commotion. M. Nobili a observé aussi un courant avec le multiplicateur ordinaire , quand il a fait communiquer les deux extrémités du fd avec les muscles et les nerfs d’une grenouille; mais je doute qu’il ait tenu compte des effets électro-chimiques dont je viens de parler.

§ XIV . Des combinaisons et des décompositions opé-

7'ées à r aide de courants électriques plus ou moins

faibles.

Dans le cours de cette période, on a donné une attention particulière aux applications des effets électrochimiques a certains phénomènes naturels, et particulièrement à la production des composés semblables à ceux que 1 on trouve dans plusieurs des formations dont se compose 1 enveloppe superficielle de notre globe. On croyait jadis que, pour obtenir les plus grands effets de décomposition, il était necessaire d’employer des courants très-énergiques; mais j’ai démontré qu’il n’en est pas toujours ainsi quand, par l’effet d’une réaction chimique, les éléments qui doivent être transportés par les courants se trouvent déjà à l’état naissant. A l’aide de ce^ principe, on produit une foule de combinaisons que 1 on ne peut form'er avec des piles énergiques.

Je ne puis, dans une simple notice, donner tous les développements qui sont necessaires pour exposer convenablement cette question, je me bornerai à présenter un précis des recbercbes auxquelles je me suis livré depuis huit ans.

Je commençai par m occuper des décompositions chimiques opérées avec des forces électriques très-faibles (r). Bucbolz, en iSoy, avait déjà fait quelques expériences intéressantes à ce sujet (2). Ayant versé dans

(1) Annal, de Ch. et de Phys., t. xxxiv, p. i53.

(2) Annal, de Ch., t. lxvi, p. 166.

UQ verre cylindrique une dissolution métallique , de cuivre, par exemple, et au-dessus de Feau distillée ou acidulée , en évitant de mélanger ces deux liquides, il plongea ensuite dedans une lame de cuivre. Au bout de quelques heures, la lame commença à se recouvrir de cuivre réduit. Après avoir donné une théorie du phénomène , je montrai que les effets thermo-électriques, le contact des liquides et des métaux , suivi d’actions chimiques , dégageaient assez d’électricité pour produii’e des décompositions semblables a celles qui avaient été observées pas Bucholz.

Ayant pris un tube courbé en U, dans lequel je versai une dissolution de nitrate ou de sulfate de cuivre, je plongeai dans chacune des branches un fd de cuivre en communication avec les pôles du petit appareil thermo-électrique. Le bout correspondant au coté négatif se recouvrit de cuivre métallique, et l’autre s’oxida; les dissolutions d’étain, de zinc, d’ai’gent et de plomb, avec des fils de ces métaux , donnèrent des résultats semblables. Des fils de platine et d’or , dans les mêmes dissolutions, ne produisirent aucun effet. Il n’en fut pas de même quand on opéra avec des fils d’or et de platine sur le nitrate d’argent. Il résulte de ces faits, qu’avec des forces électriques très-faibles, les métaux facilement réductibles sont précijiités de leur dissolution avec des lames de même métal. J’eus occasion d’observer que la décomposition d’une dissolution métallicpie s’opère plus facilement av('c une lame de métal sui iieiis qu’avec tout autre. J’indiquai un appareil électrochimique propre à produire des décompositions et qui peut fonctionner pendant des mois entiers. Cet appareil consiste en deux bocaux en verre, dont l’un renferme de l’acide nitrique, et l’autre une dissolution de potasse^ Dans chacun d’eux on plonge une lame de platine munie d’un fil, et l’on établit la communication entre les deux liquides au moyen d’un tube recourbe en verre rempli d’argile humectée par une solution de sel marin. La çéaction des dissolutions acide et alcaline

332 COMB. ET DÉCOMPOS. OPÉR. AV. DES COUR. ÉLEC.

sur la solution de sel marin suffît pour produire des effets électriques qui peuvent servir à produire des décompositions. En analysant les phénomènes de décomposition opérés par les piles à petite tension, je reconnus que l’oxigène était plus facilement transportable par les courants que facide sulfurique.

Je m’occupai de nouveau de l’électricité à petite tension, pour déterminer la combinaison ou la formation de certains corps (i). Dans le travail précédent, j’avais étudié ce qui se passe quand le courant très-biible traverse une dissolution métallique, je voulus voir ce qui arrive quand on y substitue une dissolution de sel neutre. En opérant avec deux fds d’or ou de platine, le courant ne peut traverser la dissolution ; avec des fils d’argent, le courant est ti'ès-faible, tandis qu’avec des fils de zinc, de plomb, de fer et d’étain, les effets très-marqués. Cette différence tient à la facile altération des métaux oxidables, altération qui facilite le passage de l’électricité d’un fil de métal dans une dissolution.

Je me suis servi de cette propriété des conducteurs métalliques pour former des doubles combinaisons.

Depuis les recherches de M. Berzelius sur les sulfosels , on dut penser que tous les sels d’un même genre pouvaient se combiner ensemble. Je suis parti de là pour former des doubles chlorures*, doubles iodures, etc, Les composés que l’on obtient, par ce procédé, cristallisent, parce qu’ils se forment lentement et que rien ne tend à troubler l’arrangement régulier que cherchent à prendre les molécules. La difficulté consiste à opérer avec une force électrique d’une intensité convenable; cai’ si cette intensité est trop considérable, on isole tous les éléments; si elle est trop fifible, on n’enlève qu’un , deux ou trois de ses éléments. C’est ce qui m’a détermine à étudier avec soin l’influence que peut avoir

(i) Annal, de Ch. et de Phys., t. xxxv, p. 126.

un courant électrique plus ou moins faible, pour déterminer telle ou telle action chimique. Dès cette époque, je commençai à être convaincu que la nature, dans les phénomènes de décomposition et de recomposition qui s’opèrent journellement sous nos yeux et dans lesquels le temps est un des éléments, emploie souvent des forces électriques très-faihles.

Ayant placé un tampon d’amiante au fond d’un tube recourbé en U, je versai dans une des branches une dissolution de sulfate de cuivre et dans l’autre une dissolution de sel marin: puis j’établis la communication entre les deux liquides au moyen d’une lame de cuivre. Bientôt le bout qui était en contact avec le sulfate se recouvrit de cuivre à l’état métallique, par suite de la formation d’une pile résultant do la réaction des deux dissolutions l’une sur l’autre et de celle de chlorure de sodium sur le cuivre. Sur l’autre bout de la lame , il se déposa des cristaux octaèdres d’une combinaison d’oxiclilorure de cuivre et de sodium, qui se décomposent au contact de l’eau. J’obtins également des doubles chlorures analogues avec l’argent et d’autres métaux. En substituant le sel ammoniac au sel marin, il se forma des doubles chlorures d’ammoniaque et d’argent, d’ammoniaque et de plomb.

La combinaison des iodures s’opéra par le même procédé. 3’mdic{uai une autre méthode de décomposition , dont je me suis servi pour produire quelques-uns des oxides qu’on ti’ouve dans la nature. On prend un tube fermé à l’une de ses extrémités et l’on met dans la partie inférieure un oxide quelconque, du deutoxide de cuivre, par exemple, puis l’on verse dessus une dissolution de nitrate de cuivre et l’on y plonge une lame de cuivre qui va jusqu’au fond du tube. Au bout dune quinzaine de jours, il se déposé sur la lame de cuivre, au-dessus du deutoxide, des cristaux octaèdres rouges transparents de protoxide de cuivre. Avec le sous-acetate de plomb, une lame de plomb et de la litharge,on

334 COMB. ET DIÎCOMTOS. OPER. AV. DES COUR. ÉLEC.

obtient le protoxide en cristaux dodécaèdres à faces pentagonales ou en fdainents soyeux.

La réaction de l’oxide de cuivre sur le nitrate détermine la formation d’un sous-nitrate, de sorte cpie la partie de la dissolution qui se trouve en contact avec le deutoxide, ne se trouve plus au même degré de saturation que la partie qui est au-dessus. Il résulte de la réaction des deux dissolutions, qui ne sont pas au même degré de concentration, des effets électriques tels, que le bout de la lame de cuivre qui se trouve en contact avec la portion saturée, devient le pôle négatif dune petite pile, dont l’action n’a pas assez de forcé pour opérer la réduction complète du deutoxide qui se trouve dans le nitrate. Dans le même Mémoire, j’ai examiné les composés qui se forment quand on change les dissolutions et les oxides.

Je ne tardai pas à exposer de nouveaux effets électro - chimiques dans un nouveau Mémoire sur l’électro-chimie et l’emploi de l’électricité polir opérer des combinaisons (i). Dans une introduction, j’indiquai les applications que l’on pouvait faire des principes précédents, pour rendre compte de certains phénomènes de décomposition et de recomposition que l’on observe dans la nature. Je montrai ensuite le parti que l’on peut tirer du charbon, dans les recherches électro-chimiques. Son inaltérabilité et sa propriété conductrice de l’électricité le rendent un agent précieux pour transporter les courants électriques. J’en citerai un exemple; en plaçant un couple charbon et argent dans un tube de verre qui contient de l’acide hydrochlorique,, la faible réaction chimique de l’acide sur le métal suffit polir déterminer la formation d’une petite pile, dans laquelle la lame d’argent est le pôle positif ; l’acide hydrochlorique est décomposé; il se forme du chlorure d’argent qui se

(i) Annal, de Ch. et de Phys., t. lxi^ p. 5,

dépose peu à peu sur la lame en cristaux octaèdres > comme ceux qu’on trouve dans la nature et qui , avec 1 temps, acquièrent une ligne de cote. Quant à l’hydrogène, mis à nu, lise porte sur le charbon, qui est lepoie nègatif et donne naissance à de l’hydrogène carboné qui se dégage.

En substituant à l’argent d’autres métaux, on obtient d’autres chlorures, etc.

Je repris, dans ce Mémoire, la question des doubles chlorures, des doubles iodures, pour donner la théorie de leur formation, et j’en fis une application aux doubles bromures et a des combinaisons que j’annonçai être des doubles sulfures et que j’ai reconnu depuis être des byposulfites. J’ai donné aussi une analyse plus complète de la formation, du protoxide de cuivre et je montrai, dans un cas particulier, l’influence que peut avoir la lumière sur les phénomènes électro-chimiques.

Les résultats précédents me servirent de point de départ pour former les sulfures, iodures et bromures métalliques (i)* J avais déjà eu 1 idée que certains composés avaient pu être formés dans la nature par le passage d’une combinaison à une autre, c’est - à- dire, par des décompositions successives. Les observations que j’ai faites depuis m’ont convaincu de cette vérité; car si tous les corps qui sont insobibles ont pris des formes régulières, lors de leur formation, on a pu supposer que ce groupement était le résultat d’un transport de molécules, s’opérant lentement pendant des décompositions également lentes.

Pour obtenir le sulfure d’argent tel qu’on le trouve dans la nature, j’ai employé encore le tube recourbé en U, au fond duquel se trouvait de l’argile humectée, pour éviter le mélange des dissolutions; dans l’une des branches je versai une dissolution d’byposulfite de potasse et dans l’autre une dissolution de nitrate d’argent;

(i) Annal, de Ch. et de Phys., t. xlii, p. 225.

336 COMB. ET DECOMPOS. OPER. AV. DES COUR. ÉLEC.

puis j’établis la communication entre les deux branches, dans la partie supérieure, avec un fil d’argent. La réaction des dissolutions l’une sur l’autre, et celle de l’byposulfite sur l’argent, déterminèrent la formation d’une petite pile, dans laquelle le bout du fil plongé dans le nitrate devint le pôle négatif, et l’autre bout le pôle positif. Le nitrate d’argent fut décomposé : le métal se précipita à fétat métallique; l’oxigène et l’acide nitrique, en se transportant dans l’autre tube , déterminèrent la formation du double lijposulfîte, le premier en oxidant l’argent, et le second en déterminant la décomposition de l’hyposulfite. Il en est résulté d’abord un double byposulfite cristallisé en beaux prismes; l’aeide nitrique continuant à arriver, son action se porta sur le double byposulfite , le décomposa, et il en résulta de jolis cristaux octaèdres de sulfure d’argent d’une netteté parfaite. La cristallisation du sulfure est due, je le répète, à la décomposition lente du double byposulfite.

Je ferai remarquer que, dans cet appareil, l’action de la pile étant elle-même très-lente, l’argent qui se dépose au pôle négatif a le temps de prendre la forme régulière. Ce procédé m’a servi pour obtenir cristallisés tous les métaux.

En substituant à l’argent et à son nitrate, le cuivre et son nitrate, on forme le double byposulfite de cuivre et de potasse, qui cristallise en aiguilles soyeuses très-fines. En opérant leur décomposition, on obtient des cristaux de sulfure h faces triangulaires. Le même procédé a suffi pour former foxi-sulfure d’antimoine.

Pour former les iodures métalliques, qui sont soumis à la même loi de composition que les sulfures, j’ai suivi la même marche. Les cristaux sont d’une grande netteté, Les transformations qu’on est obligé d’opérer sont très-remarquables et donnent une idée nette des décompositions opérées par l’intermédiaire des forces électriques faibles.

3 PERIODE, CflAPITRE PREMIER. 33*7

En étudiant tous ces phénomènes , je ne tardai pas à m’apercevoir que je n’avais encore que le premier anneau de la chaîne qui lie tous les effets de décompositions et de recompositions chimiques dus à des forces électriques très-lentes, agissant constamment. Je repris cette question dans un travail sur de nouveaux effets électro-chimiques propres à produire des combinaisons et sur leur application à la cristallisation du soufre et d’autres substances (i). Je fus conduit encore à ce travail en considérant que la chimie se compose de deux parties distinctes, l’analyse et la synthèse; que la première avait déjà reçu un grand degré de perfectionnement, mais qu’il n’en était pas de même de la seconde, pour la formation des substances insolubles que l’on trouve dans le règne minéral et dans la nature organique.

On sait, d’après l’analyse que Davy adonnée de l’action chimique de la pile, que, lorsque plusieurs dissolutions sont mêlées ensemble, les acides et l’oxigène se rendent au pôle positif, les bases et l’hydrogène au pôle négatif. Il en est encore de même quand le mélange de plusieurs dissolutions est réparti dans deux capsules de verre ou de porcelaine communiquant ensemble par l’intermédiaire d’une mèche d’amiante. Yoilà ce qui se passe toutes les fois que la force de la pile est suffisante pour opérer la décomposition des deux dissolutions. Mais si elle ne peut en décomposer qu’une seule, alors les éléments de celle-ci sont transportés dans l’autre, oii ils produisent ordinairement des modifications qui amènent la formation de nouveaux composés. C’est l’ensemhle des faits relatifs à ce^ mode d’action, aux phénomènes électriques qui ont lieu dans les actions chimiques et aux décompositions électro- chimiques, qui constitue rélectro-chimie.

J’ai examiné d’abord le cas où le métal qui se trouve

(i) Annal, de Ch. et de Phys., t. xuii, p. 5i.

338 COMB. ET DÉCOMPOS. OPÉR. AV. DES COUR. ÉLEC.

au pôle positif dans une dissolution, concourt, par la réaction de son oxide, à la formation des composés. J’ai rapporté plusieurs exemples pour montrer les effets qui sont produits dans cette circonstance, et en particulier celui qui suit : On prend deux bocaux, dans l’un ou verse une dissolution de sulfate de cuivre, et dans l’autre une dissolution alcoolique de sulfo-carbonate de potasse, puis on établit la communication entre les deux: liquides, d’une part, avec un tube de verre recourbé rempli d’argile imprégnée d’une dissolution de nitrate de potasse, et de l’autre, avec un arc composé de deux lames cuivre et plomb, le cuivre plongeant dans le sulfate et le plomb dans le sulfo-carbonate. La réaction des deux dissolutions l’une sur l’autre et celle du sulfo-carbonate sur le plomb donnent naissance à une pile qui produit les résultats suivants : précipitation du cuivre dans le bocal ou se trouve le sulfate ; dans l’autre, formation de carbonate neutre de potasse, .qui cristallise sur les parois du vase; d’un double sulfo-carbonate de plomb et de potasse en cristaux aciculaires, de carbonate de plomb et probablement de sulfate de potasse et de sulfate de plomb ; enfin dépôt de soufre en octaèdres à bases rhomboïdes qui ont jusqu’à un millimètre et même plus de longueur. Dans cette expérience, la propriété dont jouit l’acide sulfurique de chasser les acides qui ont moins d’affinité que lui pour les bases, n’a lieu qu’en raison du peu d’énergie d’action de la pile, car si cette énergie eût été plus considérable, tous les acides indistinctement auraient été transportés au pôle positif.

J’ai donné la description d’un appareil qui permet d’éviter ou d’employer à volonté la réaction des oxides métalliques, appareil dont je ne puis donner ici la description; 1 usage qu’on peut en faire est utile dans bien des circonstances.

M. John Davy (i) crut devoir réclamer la priorité sur la

(i) The Edimbur^'h’s New philosophical Journal, i83o.

3® PÉRIODE, CHAPITRE PREMIER. SSg

dccouvorto do la, fondation do cristaux de protoxidc do cuivre, dans une note relative à des observations concernant Faction que les acides minéraux exercent sur le cuivre dans diverses circonstances ( i ). Cette réclamation avait été adressée à l’éditeur du journal scientifique du New philosophicul Journcil^ de Corfou, sous la date du 17 avril 1827. J’adressai (2) de suite une lettre à l’un de MM. les rédacteurs des Annales de Chimie et de Physique, dont voici le contenu:

K Je prends la liberté de faire remarquer à M. John « Davy , que mes recherches électro-chimiques ne sont a pas aussi recentes qu’il le croit, attendu que les prête mieres expériences sur les décompositions opérées « avec de très-petites forces électriques, datent du 21 « août î 826 (3) , et que le Mémoire oii je développe les « procèdes pour produire un grand nombre de comte posés, entre autres le protoxide de cuivre, qui fait (c l’objet de la note du savant chimiste anglais rédigée à « Corfou le J7 avril 1827 et publiée dans le Philoso^ a phical Journal \e 24 décembre 1829, a été présenté « à l’Académie des sciences le 16 avril 1827(4). Sous « tous les rapports j’ai donc la priorité dans la publiée cation, soit qu’on veuille dater du jour de la présente tation des Mémoires ou de leur insertion dans les reee cueils scientifiques. »

En recherchant (5) les moyens de soumettre les substances organiques à l’action des courants électriques, dans l’espoir d’arriver à connaître la cause de quelquesuns des phénomènes de la nature organique, tels que la fermentation , je fus amene a former le carbonate de chaux hydraté au moyen d’une dissolution de chaux dans 1 eau sucree. Cruickshanks et Daniell (6) avaient

(1) Annal, de Ch. et de Phys., t. xliii, p. 3?, 7.

(2) Idem , t. XLIII, p. 333.

(3) Iderriy t. xxxiv, p. i53.

14) Idcm^ t. XXXV, p. 1 1 5.

(5) Annal, de Phys, et de Ch., t. xlvii, p. 5.

(6) Annal, de Ch. et de Phys., t. x, p, 219.

34o COMB. ET DÉCOMPOS. OPÉR. AV. DES COUR. ÉLEC.

observé que, lorsque l’on expose à l’air une dissolution de sucre et de chaux, dans un vase à large ouverture, la surface se recouvre de petits cristaux qui se précipitent au fond du vase et sont bientôt remplacés par d’autres. Les uns attribuèrent la formation de l’acide carbonique à la décomposition du sucre; d’autres avancèrent que l’acide carbonique était fourni par l’air. Je pris un tube recourbé en U, disposé comme je l’ai dit précédemment, et je versai dedans une solution de chaux dans l’eau sucrée. Je plongeai dans chacune des branches une lame de platine en communication avec une pile; les ouvertures du tube furent fermées avec soin. Il s’opéra des réactions telles entre les éléments de tous les corps dissous sous l’influence des forces électriques , que l’on trouva sur la lame positive un précipité de carbonate de chaux présentant çà et là quelques petits cristaux. La formation de ce carbonate ne pouvait être attribuée qu’aux principes constituants du sucre.

M. Pelouze a repris depuis cette question par les méthodes ordinaires de la chimie, et a prouvé que, dans l’action spontanée, le carbonate deobaux hydratéest uniquement produit par la réaction de l’acide' carbonique de r air sur la chaux et que le sucre n’agit, dans cette circonstance, que pour augmenter la quantité de chaux dissoute.

L’examen de cette question m’entraîna à étudier l’action simultanée des matières sucrées ou mucilagineuses(i ) sur les oxides métalliques, par l’intermédiaire des alcalis et des terres. Les forces électriques n’étaient plus alors mises en jeu. Je fais mention de ce travail, pour* montrer que l’on passe facilement des phénomènes électrodiimiques aux phénomènes chimiques ordinaires, qui ne sont probablement eux-mémes que des actions de même genre. J’en déduisis un procédé pour appliquer le mercure sur le verre sans l’intermédiaire de l’étain,

(i) Annal, de Phys, et de Ch., t. xlvii, p. i3.

ainsi que les amalgames d’or et d’argent. Je trouvai que les alcalis font passer certains oxides, suivant la nature de la matière sucrée, a l’état de protoxide ou bien à l’état métallique. J^a chaux, à l’aide de la chaleur, détermine un précipité jaune orange formé de protoxide de cuivre et de chaux. La baryte et la strontiane donnent lieu egalement à la formation d’un proto-cuprate de baryte et de strontiane, etc.; l’action spontanée produit les mêmes effets.

L’expérience ayant prouvé que l’affinité d’un corps pour un autre facilitait singulièrement les décompositions electro-chimiques , j ai employé ce principe pour réduire l’oxide de fer, la magnésie, la zircone et la glucine (i).

Avant d’indiquer les appareils , j’étudiai de nouveau l’action de la pile sur les dissolutions salines. Lorsque Ion réfléchit aux réactions chimiques qui ont lieu dans les êtres organisés, n’est-on pas conduit à admettre que la vitalité développe des forces particulières électriques ou non qui, faibles en apparence , produisent néanmoins des effets que l’on ne peut obtenir qu’avec des affinités d une certaine energie? On a supposé peut-être avec fondement que ces forces étaient électriques. Un des moyens de donner quelque probabilité à cette opinion, est de prouver que l’on peut produire, sur des composés inorganiques, des effets chimiques énergiques avec des forces électriques faibles. La théorie dé Grotthus, dont nous avons parlé, admet, comme base fondamentale que, dans les décompositions électro-chimiques, les éléments des corps ne se rendent à leurs pôles respectifs qu autant qu ils rencontrent sur leur passage, dans le liquide intermediaire, d autres éléments avec lesquels ils forment momentanément des combinaisons solubles. Cette condition est indispensable. J’ai donné plusieurs applications de ce principe. Je citerai seulement celle

(i) Annal, de Ch. et de Phys. , t. xlviii, p. 387.

34î2 COMB. et DicOMPOS. OPl^R. AV. DES COtJR. lÉLEC.

qui suit : Ayant pris deux tubes remplis dans leur partie inferieure d’argile très-pure, et plongeant à moitié dans un vase rempli d’eau, on verse dans le premier , qui est en communication, au moyen d’une lame de platine, avec le pôle positif d’une pile, une dissolution de nitrate de cuivre, et dans le second , qui est également en relation avec le pôle négatif, une dissolution peu concentrée de sel marin ou autre. Aussitôt que la pile, qui est composée de 3o éléments, commence à fonctionner, l’eau seule est décomposée et non le nitrate de cuivre. On conçoit cet effet : comment en effet l’oxide de cuivre serait-il transporté du positif au négatif, en traversant une certaine quantité d’eau, puisque ce liquide ne peut lui fournir les éléments nécessaires pour former un composé soluble? Le transport ne pourrait avoir lieu qu’autant que le courant aurait assez d’énergie pour vaincre la résistance qu’oppose au transport l’insolubilité de l’hydrate de cuivre.

En opérant d’une manière inverse, c’est-à-dire, en mettant le nitrate dans le tube négatif, la décomposition a lieu, mais alors on rentre dans les cas ordinaires. Je ne m’y arrêterai donc pas.

J’ai cherché encore quelques - unes des causes qui s’opposent aux décompositions des sels. L’exemple suivant suffira pour en donner une idée. Si l’on verse dans le tube négatif une dissolution de sulfate de cuivre , et dans l’autre une dissolution de nitrate de potasse, l’acide nitrique est mis à nu dans ce dernier. La potasse en se rendant dans le tube négatif réagit sur le sulfate de cuivre, en chasse une portion de l’oxide de cuivre qui est réduite et donne naissance à un double sulfate de cuivre et de potasse qui cristallise. Tant qu’il reste du sulfate de cuivre simple à décomposer et qu’il y a une quantité suffisante de nitrate de potasse dans le tube positif, l’acide sulfurique n’est pas transporté dans ce tube, mais aussitôt que le double sulfate commence à être décomposé, sa présence y est rendue sensible par le nitrate de baryte. Règle générale;

De deux sels en dissolution , le sel soluble est toujours décomposé de préférence à l’autre. J’ai indiqué comment on pouvait, à l’aide de ce principe, résoudre cette question : un mélange de plusieurs dissolutions salines étant donné, en opérer successivement la décomposition avec la pile, de manière que tel ou tel acide soit seul transporté d’abord dans le tube positif.

J’ai étudié ensuite la décomposition des sels avec réduction immédiate de leurs bases. Dans l’origi ne, on croyait qu’il fallait des piles d’un grand nombre d’éléments pour décomposer les dissolutions de manganèse, de zinc, de fer, d’étain, d’arsenic, et obtenir une certaine quantité de métal réduit au pôle négatif. I^es dissolutions de titane, de nickel, de cobalt , d’urane et de chrome n’offraient pas des traces bien sensibles de réduction. D’un autre côté, on avait reconnu aussi que la présence de l’eau était souvent un obstacle à la décomposition des sels , particulièrement quand l’oxlgène de l’eau a moins d’affinité pour l’hydrogène que n’en a le même gaz pour le métal. Dans ce cas, il pouvait se faire que l’eau seule fût décomposée. Aussi fut-on obligé d’opérer avec des dissolutions très-concentrées , et quelquefois sur les oxides eux - mêmes légèiement humectes. Ces précautions ne suffisent pas encore toujours lorsque l’on veut réduire les oxides les plus réfractaires; on peut alors avoir recours au moyen que j’ai indiqué, et qui repose sur le principe suivant. On conçoit que le gaz hydrogène , en arrivant au pôle négatif, doit y exercer une puissance réductive d’autant plus énergique , qu’il reste plus long-temps à l’état de gaz naissant, état qui, comme on sait, est le plus favoiable possible aux actions chimiques. Pour remplir cette condition, j’ai pensé que plus le courant était rapide, plus le dégagement de gaz était rapide aussi, et moins il était probable qu’il restait de temps à l’état naissant; mais aussi moins le coui’ant était rapide, moins la pile agissait avec force. J’ai pensé ' que du balancement de ces deux forces il devait résulter peut-être un maximum

344 COMB. ET DÉCOMP. OPÉR. AV. DES COUR. ÉLEC.

d’effet. Guide par ces vues the'oriques, j’ai retiré immédiatement de leurs dissolutions, avec des forces trèsfaibles, le fer, le zirconium, le glucium, le magnésiumen cristaux ou eu lamelles cristallisées. Pour réduire le fer, j" ai pris l’appareil des deux tubes dont j’ai parlé précédemment.

Dans le tube négatif, j’ai mis une dissolution de protochlorure de fer, et dans l’autre, une dissolution de chlorure de sodium. Dans celui-ci, on plonge simplement une lame de zinc, et dans l’autre une lame de platine, mises en communication rune avec l’autre. Au bout de quelque temps, il se dépose du fer sur la lame négative, en très-petits cristaux, dont le groupement donne un aspect chatoyant à la lame. Quelquefois ces cristaux sont si rapprochés, qu’on dirait que le métal a ete coule sur la lame. Ces lames possèdent la polarité magnétique, qui'provient d’abord de l’action du courant, puis de la solution de continuité qui existe entre toutes les parties de la couche déposée, laquelle solution remplace le carbone dans l’acier. La réduction de la zircone s’opère avec assez de facilité en opérant avec une dissolution tres-concenti’ée d’hydrochlorate de zircone, qui renferme une petite quantité de fer. La lame négative prend peu à peu une teinte grisâtre, et vingt-quatre heures apres, on commence à apercevoir

acier d un gris tres-brillant. Ces lamelles n éprouvent dans la dissolution aucun changement , tant qu’elles sont sous l’influence de l’action du couple voltaïque ^ mais aussitôt qu on les en retire, elles se décomposent peu a peu à l’air et dans l’eau, en laissant dégager de l’hydrogène. Les premières lamelles déposées sont composées d un alliage de fer et de zirconium, tandis que les dernieres ne paraissent etre formées que de zirconium presque pur, puisque le produit de leur décomposition a une couleur blanche. 11 paraît néanmoins qu’une trèspetite quantité de fer est nécessaire pour opérer la réduction, puisque l’on n’obtient aucun résultat quand on opéré avec de l’hydrochlorate pur de zirco,ne. Pour

conserver les cristaux de zirconium , il faut les dessécher rapidement dans le vide oii se trouve du chlorure de calcium, et les renfermer dans un tube de verre bien sec , au fond duquel se trouve du potassium et dont le bout est fermé à la lampe. La glucine et l’oxide de titane ont été réduits par le même procédé.

Quant à la réduction de la magnésie, elle est beaucoup plus difficile à opérer. J’ai été obligé d’employer, outre les principes précédents, l’action d’une pile de 3o éléments. J’ai soumis à l’expérience du chlorure de magnésium qui, ayant été préparé dans une bassine d’argent, renfermait une petite quantité de ce métal, laquelle a favorisé l’opération. Il s’est d’abord formé sur la lame négative un dépôt gris, puis ensuite des tubercules de même couleur, et enfin des cristaux octaédriques d’un blanc argentin , possédant toutes les propriétés du magnésium. Quoiqu’on éprouve de grandes difficultés à opérer la réduction de la magnésie , comme je le dirai plus tard, je ne dois pas oublier cependant de rapporter que la présence de l’argent est une des causes déterminantes de la réduction ; l’opération une fois commencée, continue, même quand l’argent a été précipité. Ces cristaux se conservent avec assez de facilité.

En m’appuyant sur l’action des forces éiectriques, j’ai essayé de montrer comment la cémentation pouvait s’opérer, non-seulement dans l’acier, mais encore dans un grand nombre de roches, ou des éléments sont transportés du dedans au dehors, et remplacés par d’autres, sans que les roches cessent [)our cela d’être so lid es. Les affinités, telles qu’on les considère, ne peuvent produire des elfets semblables de transport; il faut de toute nécessité que la nature emploie des forces qui transportent les éléments, dans deux sens différents, à de grandes distances. Quand on cherche l’explication d’une classe de faits, la saine philosophie indique, avant d’avoir recours à des forces nouvelles , d’essayer si celles qui sont connues ne pourraient pas en rendre compte. Or les courants électriques remplissent parfaite-

346 COMB. ET DÉCOMPOS. OPER. AV. DES COUR. ÉLEC.

ment toutes les conditions voulues pour opérer des transports semblables à ceux qui constituent la cémentation.

J’ai d’abord cherché comment la cémentation pouvait avoir une origine édectrique. En général , toutes les fois que Ton veut attribuer un phénomène à l’électricité, il faut étudier, par tous les moyens possibles, les effets électriques qui ont lieu pendant la production de ce phénomène ; c’est le seul moyen de reconnaître l’influence de cet agent. J’ai pris pour exemple le procédé généralement employé pour convertir le fer en acier. A l’instant du contact du fer avec le charbon à la température rouge, l’un et l’autre étant en communication avec un multiplicateur, il se produit un courant électrique énergique qui va du fer au charbon , et dont la direction est la même que celle du courant qui est produit dans la combinaison du fer avec l’oxigène, ou d’une base avec un acide; ce résultat était prévu. Je suis parti de là pour expliquer comment je conçois que le carbone peut être transporté à l’aide de courants électriques, à la température rouge, dans des masses de fer, lorsque les particules de celle-ci jouissent d’une certaine mobilité. La théorie a beaucoup d’analogie avec celle que Grottbus nous a donnée du transport des éléments des sels dans les dissolutions qui sont soumises à l’action décomposante de la pile.

J’ai fait l’application du même principe à la cémentation de batitures de fer, sur laquelle M. Bertbier a donné des développements intéressants; les effets électriques qui ont lieu, pendant cette cémentation, m’ont encore servi de point de départ pour y appliquer la théorie électro-chimique.

J’ai déjà indiqué précédemment le procédé à l’aide duquel, avec les forces électriques, on peut obtenir cristallisés plusieurs oxides métalliques. Guidé par des vues théoriques , je suis revenu sur cette question , non plus avec les mêmes moyens (i j, mais avec les affinités ordi-

(i) Annal, de Ch. et de Phys., t. li, p. loi.

naîres. J’ai pris pour le dissolvant des oxides, le peroxide de potassium qui, en raison de son haut degré d’oxigénation, ne doit pas posséder la faculté de former avec ces oxides des combinaisons aussi stables que la potasse , qui est une base plus énergique.

On sait que, lorsque l’on chauffe de la potasse dans un creuset d’argent découvert, elle entre en fusion, perd une partie de son eau et prend à l’air de l’oxigène pour se transformer en peroxide de potassium qui se décompose au contact de l’eau en produisant un dégagement d’oxigène. Si donc on met dans un semblable creuset un demi-gramme de deutoxide de cuivre avec deux ou trois grammes de potasse à l’alcool et que l’on porte la température, pendant quelques minutes, jusqu’au rouge naissant, le deutoxide s’y dissout complètement. La dissolution étant refroidie, il y a dégagement d’oxigène, puis précipitation de flocons de deutoxide de cuivre et de petits cristaux de deutoxide non hydraté de cuivre, dont plusieurs ont quelquefois un ou deux millimètres de longueur.

Quand le creuset est maintenu pendant un certain temps à la température rouge, tout le deutoxide se change en protoxide. On obtient alors de très-petits cristaux de protoxide d’un rouge de brique.

Le protoxide de plomb substitué au deutoxide de cuivre a donné des lames carrées et même de petits cubes de protoxide, lorsque le creuset est resté peu de temps exposé à l’action de la chaleur; car si cette action est prolongée, le protoxide passe a l’état de peroxide, qui cristallise en lames hexagonales d’une couleur puce avec des reflets jaunâtres. Le phosphate et le sulfate de plomb, traités de la même manière, sont complètement décomposés et donnent également naissance à des cristaux de protoxide ou de deutoxide de plomb.

L’oxide de cobalt a été obtenu par la même méthode en lames carrées. L’oxide de zinc se présente sous la forme d’aiguilles cristallisées d’une couleur jaune sale.

348 COMB. ET DÉCOMPOS. OPER. AV. DES COUR. ÉLEC.

Jusqu ici je n’ai pu obtenir par ce procède les oxides de fer et de manganèse.

J’ai montre plus haut qu’en opérant la décomposition lente des doubles hyposulfîtes alcalins et métalliques, on parvenait à obtenir des sulfures métalliques cristallisés, et particulièrement les sulfures d’argent et de cuivre.

On remarque souvent dans les opérations chimiques, que les parois des vases exercent une influence sur les reactions. .1 ai cherche quelle était la nature de cette influence dans certaines réactions électro-chimiques (i). Sans entrer dans aucun préambule au sujet des causes qui m’ont engagé à examiner ce mode d’action, je dirai que si l’on prend un tube de verre d’un petit diamètre, et que l’on y introduise par un de ses bouts de l’oxide de cobalt calcine et réduit en pâte très -fine avec de l’eau, que l’on ferme ensuite l’ouverture, puis qu’après avoir place dans ce tube un fil d argent, on remplisse la partie supérieure avec une dissolution d’hydrochlorate de chrome, au boutd une quinzaine de jours, on commence a apercevoir, dans la partie inférieure et sur la surface meme du tube, des petites dendrites métalliques. On > obtient le même effet sans employer de fil d’argent.

L oxide de cobalt, qui est difficile à réduire par la pile, cède ici à- des actions qui paraissent faibles en apparence, mais cependant qui doivent être douées d’une grande énergie. On voit d’abord que la paroi a exercé une grande influence, puisque la réduction s’est opérée dessus. Il paraît que dans la réaction lente de l’hydrochlorate de chrome sur foxide de cobalt, il y a eu dégagement d électricité ^ les deux fluides se seront combinés le long des parois du tube, qui auront servi à l’établissement des pôles de la petite pile. Je me borne poui 1 instant a cette indication, mais cet exemple suffît déjà pour montrer 1 influence que peuvent exercer les

(i) Annal, de Ch. et de Phys., t. lu, p. 243.

3® PÉRIODE, CHAPITRE PREMIER. S/jQ

parois sur la réduction de certains oxides métalliques qui exige ordinairement l’emploi de moyens puissants.

J’ai cherché depuis si l’on ne pourrait pas obtenir, par d’ autres procédés, les sulfures. Je me suis attaché particulièrement aux sulfures de plomb et d’antimoine, que l’on trouve dans la nature en très-beaux cristaux (i). Je n’entre pas, pour l’instant, dans l’exposé des considérations qui m’ont déterminé à entreprendre ces recherches. Je décrirai seulement en peu de mots l’appareil à l’aide duquel on forme la galène ou sulfure de plomb en quelques mois. Dans un tube de verre fermé par, un bout on met du sulfure de mercure, l’on verse dessus une dissolution de chlorure de magnésium, puis l’on plonge dans le liquide, jusqu’au fond du tube, une lame de métal. L’appareil étant fermé hermétiquement, on l’abandonne ensuite aux réactions chimiques lentes. Un mois, six semaines après, on commence à apercevoir sur la paroi du tube, au-dessus du sulfure de mercure, une couche très-mince d’un précipité brillant gris métallique qui s’en détache, et dont l’intérieur est recouvert de petits tétraèdres réguliers de sulfure de plomb pur. En ouvrant le tube, il se dégage des gaz qui répandent l’odeur propre aux combinaisons du soufre avec le chlore et l’hydrogène. Je me borne à indiquer le fait sans donner la théorie, attendu que je ' serais obligé d’entrer dans des détails que ne comporte pas une simple notice. L’antimoine, soumis au meme mode d’expérimentation que le plomb , a donné des lamelles et des cristaux dont la nature n’a pas encore été constatée, parce que l’opération n’est pas terminée, mais il est probable qu’ils appartiennent aux sulfures d’antimoine.

Je ne donne pas ici le précis des observations que j’ai faites sur l’application de l’électro-cbimie à plusieurs phénomènes de décomposition qui s’opèrent journelle-

(i) Annal, de Ch. et de Phys. , t. lui, p. 106.

35o APPLICATION A LA PHYSIOLOGIE VÉGÉTALE.

ment dans la terre. J’y reviendrai quand j’aurai exposé rétat actuel du globe.

Depuis long-temps je cherchais les moyens d’appliquer i’électro-chimie à la physiologie végétale. Des difficultés sans nombre m’avaient arrêté. Guidé par des vues nouvelles, je conçus l’espoir d’obtenir quelques résultats propres à montrer l’influence que peut exercer 1 électricité comme force chimique. Le but que je me suis donc proposé, dans un premier Mémoire sur l’application des courants électriques à la nature organique (i), n’a donc pas été de rechercher si les forces électriques sont capables de produire des tissus , des membranes , ou d’autres organes , mais bien de découvrir les modifications qu’elles font éprouver aux graines €t aux plantes, quand les actions chimiques qu’elles pro- <luisent favorisent ou contrarient celles des forces végétales. Nous avons déjà vu que Bertholon, dans un ouvrage assez volumineux dans lequel il rapporte un grand nombre d expériences sur la végétation , avance que les graines electrisées lèvent plus promptement et en plus grand nombre que celles qui ne le sont pas, et que l’accroissement des plantes électrisées se fait aussi plus rapidement. Jalabert a été conduit au même résultat. Il paraîtrait donc que le fluide électrique agirait comme excitant sur les végétaux. Mais d’autres savants, parmi lesquels je citerai Trostwick, Senebier, et M. de Candolle (2) , n’ont aperçu aucune accélération sensible ' dans la végétation des plantes électrisées. Davy, dans sa Chimie agricole, ne parle également de cette question que d’une manière assez vague; il dit que le blé pousse plus rapidement dans de 1 eau électrisée positivement que dans de l’eau électrisée négativement. Je suis bien loin de croire que le fluide électrique soit sans action sur la vie des êtres organisés, mais l’on n’a pas suivi jusqu’ici, je

(1) Annal, de Ch. et de Phys., t. lu, p. 241.

(2) Physiologie végétale , t. ni, p. 1093.

crois, la marche convenable pour découvrir quelle était la nature de cette action. Ce singulier agent qui semble se montrer partout comme un principe universel, réagit de deux manières sur les corps qu’il traverse, en y produisant des commotions ou des réactions chimiques. Quand il ne peut produire leur décomposition, il détermine dans toutes leurs parties des décompositions et recompositions de fluide neutre, qui sont toujours accompagnées de commotions plus ou moins fortes, suivant le degré de tension de l’électricité. Si cette tension est considérable, et que les parties constituantes, telles que les tissus et les vaisseaux , offrent peu de résistance , alors il y a désorganisation; mais si au contraire elle est faible, il en résulte un état d’excitation, qui fait sortir certains organes de l’état d’atonie où ils peuvent se trouver. Dans ce cas, le fluide électrique agit comme force mécanique qui communique un ébranlement, et ne peut être*" assimilé en rien aux forces vitales qui développent des organes et produisent une foule de réactions chimiques . Ce mode d’action ne peut donc être que très-borné. Quant aux 'réactions chimiques, les effets varient en raison de l’intensité des courants ; avec des courants énergiques, les corps sont décomposés, tandis qu’avec de faibles courants, on produit une foule de réactions chimiques qu’il est impossible de prévoira priori. Tell es sont les conjectures que l’état actuel de la science permet de faire sur l’emploi, dans la nature organique, de l’électricité à petites tensions émanant d’une source non interrompue.

Je commençai d’abord par m’occuper de l’influence des parois des tubes et des vaisseaux à petits diamètres ou des surfaces de nature quelconque sur les effets électro-chimiques. On ignore la nature des forces vitales et quelles modifications elles font éprouver aux composés organiques quand ceux-ci traversent les tissus et les organes des corps vivants; mais comme toute réaction chimique est toujours accompagnée d’effets électriques tels, que les principes qui se combinent ou

352 COMB. ET DÉCOMPOS. OPÉR. AV. DES COUR. ÉLEC.

se séparent, se trouvent dans deux états électriques diflérents, il est naturel de supposer que les oi’ganes des corps vivants possèdent le pouvoir de déterminer, d’une manière particulière, l’état électrique des éléments inorganiques qui concourent à la formation des nouveaux composés. Dans l’impossibilité de trouver directement ce mode d’action des tissus organiques qui dépend de l’action des forces vitales , j’ai cherché s’il ne serait pas j)ossihle de découvrir dans les vaisseaux ou tubes d’un petit diamètre , dont les parois sont de nature quelconque, certaines propriétés analogues à celles que l’on attribue au tissu quand il se trouve sous l’empire des forces vitales. C’est là le motif qui m’a conduit à des recherches qui ont amené la réduction de l’oxide de nickel , en faisant intervenir l’influence des parois des tubes capillaires. On verra , quand je traiterai la question des sécrétions, comment il peut se faire que des influences semblables à celles dont je viens de parler peuvent exercer une certaine influence sur leur formation. J’ai désigné sous le nom d’électro - capillo- chimie les effets qui sont produits dans cette même circonstance.

Comme les décompositions spontanées des substances , organiques ou non, exercent une grande influence sur l’acte de la végétation, j’ai étudié l’effet de quelquesunes de ces décompositions.

Un exemple suffira pour donner une idée des phénomènes dont je viens de parler; il sera facile ensuite d’étendre les applications. Lorsque l’on répand une dissolution de sulfate de potasse sur une lame de fer, celle-ci en s’oxidant aux dépens de l’eau et de l’air, prend l’électricité contraire. L’action étant continue, la lame devient le pôle négatif d’une petite pile, et la dissolution le pôle contraire. Il resuite de là de l’ammoniaque et de la potasse mises à nu et une formation de sulfate de fer. L’ammoniaque se dégage, la potasse se combine avec l’acide carbonique de l’air, et le sulfate, qui probablement est un sous-sel de protoxide, se combine avec le sulfate de

3" PÉiMODK, CHAPiTHF. PRKMfFK. 353

potasse. Cette combinaison se détruit peu a peu, à mesure que le métal s oxide et loi’squ on soumet la masse à des lavages successifs. La déconiposition marche plus rapidement quand on opère avec la limaille de fer. On voit par-là avec quelle facilité les actions électriques coucoLiient avec les affinités chimiques à opérer des décompositions.

Je ne me suis pas borné à constater l’action d’un seul couple voltaïque sur les sels, mais j’ai appliqué le même mode d’action aux composés d’origine organique, conducteurs ou non de l’électricité. J’ai montré qu’elle était suffisante pour retirer des graines, des gommes et des mucilages, les alcalis qui s’y trouvent à l’état de combinaison.

Tout nous prouve que les organes des graines et des plantes, quels qu’ils soient, peuvent être considérés comme remplissant les memes fonctions que le pôle négatif d une pile, puisqu’en général, dans leurs actions sur les sels qui sont charriés par la sève ascendante iis chassent les acides et attirent à eux les bases. ’

J ai cherché si, pendant la germination et lorsque la sève monte avec force dans les plantes , il n’y aurait pas transsudation d’un acide. J’ai reconnu constamment pendant cette action la présence de l’acide acétique. Un grand nombre de graines, prises parmi les graminées , les légumineuses, les crucifères, les conifères, etc., ont^été soumises à l’expérience; celles des crucifères et des conifères manifestent la réaction d’une manière très-marquée. Les bulbes d’iris et de tubéreuses la possèdent aussi d une manière bien caractérisée.

Dcipies les piincipes precedents, on devait prévoir qu’en faisant germer des graines au pôle négatif d’un ties-faible appareil électrique, dans une dissolution renfermant de petites quantités de sels, la végétation devait se développer avec plus de force qu’au pôle positif. Cet exemple est surtout frappant pendant la végétation du cresson alenois, du pisuin sativum, etc. Des ognons de jacinthe ont été également soumis à de semblables in-

354 l’emploi des courants.

fluences en même temps que des ognons végétaient librement. Il en est résulté que la végétation s est développée avec force au pôle négatif, un peu moins dans les ognons non armés et beaucoup moins dans ceux qui

se trouvaient au pôle positif.

On peut juger déjà, d’après l’expose rapide que je viens de présenter de l’action de l’électricité à petite tension, dans un grand nombre de phénomènes pour produire des décompositions et des recompositions , du rôle important qu’elle peut jouer dans la nature.

§ XV. De remploi des courants pour constater la présence de certains corps dans les dissolutions ; et de quelques effets de décompositions électrochimiques.

Dès l’instant que j’eus analysé tous les effets électriques qui ont lieu dans les actions chimiques, je cherchai à les utiliser pour constater dans les dissolutions la présence de tel acide ou de telle hase. Les premiers résultats que j’obtins me portèrent à croire que l’on pouvait leur donner de l’extension.

Nous allons en donner ici quelques exemples. Pour constater la présence de l’acide hydro-chlorique ou de Pacide nitrique, ou celle d’un chlorure ou d’un nitrate dans une dissolution, il suffit de plonger dans cette dissolution une lame de platine et une lame d’or en communication avec un multiplicateur très-sensible et dont les surfaces sont très-propres, il n’y aura aucun effet produit sur l’aiguille aimantée. Supposons maintenant que la dissolution renferme de l’acide hydro-chlorique ou un chlorure, si l’on ajoute quelques gouttes d’acide nitrique, il y aura formation d’eau régale, puis réaction sur l’or et production d’effets électriques qui seront rendus sensibles par la déviation de l’aiguille aimantée. Cette déviation a lieu, quelque faible que soit l’action chimique. Si la dissolution renferme, au contraire, de l’acide hydro-chlorique, on versera dedans quelques gouttes

d acide nitriijue. J ai fait connaître encore un autre procédé (i).

J’ai indiqué ensuite une méthode pour retirer immédiatement le manganèse et le plomb des dissolutions dans lesquelles ils se. trouvent (2). J’ai profité pour cela de la propriété dont jouissent les oxides de plomb et de manganèse de passer a 1 état de peroxide , quand les combinaisons dans lesquelles ils se trouvent sont en communication avec la lame positive d’une petite pile. Alors il se dépose sur cette lame du peroxide. Veut-on séparer, par exemple, le manganèse du fer, on forme une dissolution de ces métaux dans l’acide acétique, et 1 on plonge dedans deux lames de platine en communication avec les pôles dune pile. 11 se dépose, comme je viens de le dire, une couche de peroxide sur la lame positive. En l’enlevant, il s’en forme une nouvelle, et ainsi de suite. On ne cesse 1 operation que lorsque la lame ne se colore plus; alors on est persuadé que la dissolution ne renferme plus de manganèse. On retire le plomb par un procédé semblable.

Je ne m’étends pas davantage sur l’emploi que l’on peut faire des pbenoinenes électriques pour reconnaître la présence de certains corps dans les dissolutions; j’y reviendrai plus tard.

MM. Pelletier et Couerbe ont présenté, le i3 janvier 1834, un Mémoire contenant une nouvelle analyse de la coque du Levant. Ils ont annoncé avoir employé avec succès la pile pour obtenir cristallisé un de ses principes immédiats, la picrotoxine. Ayant reconnu, apres divers essais, que ce principe, en se combinant avec les alcalis , jouait le rôle d’acide, ils ont soumis a 1 action de la pile une solution de picrotoxine dans l’eau légèrement alcalisée par de la potasse. Après une demi-heure d’action, la picrotoxine s’est déposée

(i) Annal de Ch. et de Phys., t. xliii, p. 144. (a) Ident^ p. 38o.

356 DE QUELQUES EFFETS DE DECOMPOS. CIIIM.

au pôle positif, sous la forme d’une belle cristallisation en aiguilles. La partie négative de leur appareil ne contenait plus que de la potasse n’ayant plus aucun goût d’amertume. D’autres solutions alcalines de la picrotoxine ont donné des résultats semblables.

Ils ont aussi résolu une autre question avec l’agent électrique. Si la picrotoxine agit comme acide par rapport aux bases très-fortes, devait-on en conclure qu’elle se comportait de même par rapport aux différentes matières organiques alcaloïdes ? En conséquence, ils ont soumis à l’action de la pile le picrotoxate de brucine. Cette combinaison a été rapidement décomposée. La picrotoxine a formé une belle cristallisation radiée au pôle positif, et la brucine a également cristallisé, mais en cristaux grenus, au pôle négatif. Dès lors ils en ont conclu que la premïère jouait aussi le rôle d’acide, par rapport aux alcaloïdes. Ils ont remarqué que la couleur rouge que prend la brucine au contact de l’acide nitrique concentré, est aussi développée par l’action de la pile autour du pôle positif. Cette réaction peut servir à distinguer la brucine de la morphine, qui rougit également par l’acide nitrique, mais non point par la pile.

La combinaison de la picrotoxine avec les alcalis végétaux, tels que la strychnine' la quinine, la synchoiiine et la morphine, se comportent de même à l’action de la pile.

La combinaison de picrotoxine avec la narcotine, qui est le plus faible des alcaloïdes, a donné le même résultat. Cette expérience est celle qui les a portés à conclureque la picrotoxine devait être considérée comme un acide.

Ce résultat a été pour eux d’une grande importance. Ils en ont fait immédiatement une application à la chimie organique.

On croit généralement que les alcalis organiques existent tout formés dans les végétaux, mais unis à des acides et que , pour les isoler , il faut s’emparer de ceux-ci par une base plus forte. Quelques personnes

ont eniis 1 opinion que les alcalis végétaux n’existaient pas tout formés. Pour décider l’alternative, ils ont soumis à l’action de la pile une solution d’opium. A l’instant même , des flocons nombreux se déposèrent en petites masses grenues au pôle négatif, tandis que des flocons plus rares et plus légers se sont déposés en meme temps au pôle positif. La matière déposée au pôle négatif ayant été dissoute dans l’alcool et la li- ’ queur évaporée, a donné des cristaux brillants de morphine pure. L’autre substance a présenté tous les caractères de l’acide méconique. Ils en ont conclu que la morphine préexistait dans l’opium et qu’on pouvait l’obtenir sans employer aucune substance alcaline.

Ils se proposent d’employer ce moyen d’expérimentation pour reconnaître les principes acides et alcalins qui existent tout formés dans plusieurs substances organiques.

M. Matteuci a rappelé l’attention des physiciens sur un fait que tous avaient observé depuis long-temps; c’est que, dans les décompositions chimiques, la réduction de l’oxide au pôle négatif est aidée par l’hydrogène qui provient de la décomposition de l’eau. Il prétend être parvenu, au moyen de courants très-faibles, à décomposer un chlorure ou un iodure dissous dans l’eau sans décomposer celle-ci , ce qui prouverait, comme on l’admet maintenant en chimie, que les chlorures et les iodures ne se changent pas, comme on l’avait d’abord cru, en hydrochlorate et en hydriodate, en se dissolvant dans l’eau.

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