‹ Traité expérimental de l'électricité et de magnétisme (volume 5)Chapitre 140 sur 226 · CHAPITRE H · texte numérisé non relu

CHAPITRE H

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vent produire de la lumière, si leur tension est suffisante.

Quoi qu’il en soit, la théorie de Grothuss est ingénieuse, et elle renferme le germe de la véritable explication des faits. Le même physicien s’étant occupé aussi de l’influence qu’exerce l’eau hygrométrique sur la phosphorescence, a été conduit aux conséquences suivantes. Ija phosphorescence est proportionnelle à la siccité des corps et en raison inverse de leur humidité. Par exemple, le papier desséché à une haute température, comme Beccari !’a prouvé, devient très-phosphorescent, tandis que la phosphorescence disparaît en humectant le papier à l’aide d’un pinceau. Dans ce cas, l’effet étant électrique ne peut être cité en faveur de l’opinion de Grothuss. Il avoue cependant que , dans certains cas, la présence de l’eau détermine ou excite la phosphorescence, parce qu’en augmentant probablement son pouvoir conducteur, elle facilite la réunion des deux électricités séparées : nous sommes parfaitement de son avis en cela. On observe particulièrement un effet de ce genre dans le phosphore de Canton et dans les bases terreuses, comme je l’ai dit précédemment. Il peut se faire aussi que l’eau, dans cette circonstance, réagisse chimiquement.

Dès lors , suivant Grothuss , puisque tous les corps , à l’exception des métaux et des liquides, possèdent la propriété d’absorber la lumière et de maintenir séparées, pendant un temps plus ou moins long, les deux électri ^ cités dont elle se compose, il est naturel d’attribuer la phosphorescence produite par le choc ou la chaleur au-dessous de la température rouge , à la lumière primitivement absorbée par ces corps.

Gi’othuss combat l’opinion de Dessaignes , qui a avancé que la présence de l’eau de cristallisation était nécessaire à la phosphorescence. Tout me porte à croire que si certaines substances soumises à une température très-élevée cessent d’être phosphorescentes , cet effet doit provenir de ce que leur état moléculaire est changé, et non de ce qu’elles perdent leur eau de cristallisation, puisqu’on leur

^7^ dklapiiosph.dk lachloroph.par lachal., etc.

rend la faculté phosphorique à l’aide de l’électricité , qui ne peut leur restkuer Teau de cristallisation qu’elles ont perdue.

Il pense que la lumière qu’émettent les corps, lorsque leur température est très-élevée, est due moins à l’accumulation de la chaleur , qu’à la séparation et à la réunion successive des électricités que dégagent les molécules lors de la rupture de leur équilibre par l’effet de l’élévation de température.

J 677. Toujours préoccupé de l’idée que les corps absorbent de la lumière, ce physicien pensait qu’il pourrait bien se faire que les corps devenus lumineux par l’élévation de température, absorbassent, au moment du l’efroidissement , une partie de la lumière émise; ce qui expliquerait pourquoi , dans le choc ou le frottement, le maximum de phosphorescence aurait beu à la température l'ouge.

Dans tous les cas, suivant lui, le choc ou le frottement ne paraît déterminer la phosphorescence qu’en élevant la température, qui, à son tour, favorise la réunion des deux électricités. Il cite en faveur de son opinion, ce fait, que le choc et le frottement ne déterminent pas la phosphorescence quand 011 opère sur certains corps à une température très -basse, par exemple, à 20° audessous de zéro.

Certes, cette expérience est intéressante, mais nullement concluante; car il existe des corps, comme le cristal de roche, qui sont éminemment phosphorescents par le frottement mutuel de deux morceaux semblables , meme à une température au-dessous de zéro, et qui ne produisent aucun effet , ou des effets peu marqués, quand on exerce le fi’ottement avec un autre corps. En outre, le cristal de roche n’est pas phosphorescent par élévation de température, si l’on compare les effets produits à ceux que l’on obtient dans le frottement. '

Grothuss fait observer avec raison que la lumière phosphorique dégagée par le choc ou le frottement, ressemble beaucoup plus à la lumière électrique qu’à la

r.lTAPlTRE II.

lumière des corps en combustion. Il doit en être effectivement ainsi, puiscjue les actions mécaniques provoquent une émission crélectricité entre les molécules.

1678. La question J comme on le voit, se réduit à ceci : Les substances pbospborescentes par insolation absorbent-elles {•éellement la lumière, ou bien la lumière, en les frappant une première fois, met-elle seulement en mouvement le fluide lumineux que ces substances contenaient déjà , ou plutôt le principe électrique qui est inhérent aux molécules des corps?

Grothuss résout cette question affirmativement en faveur de la première supposition, puisqu’il considère la phosphorescence par insolation comme due à l’absorption réelle et matérielle de la lumière. Si l’on prend, dit-il, du phosphore de Canton, et qu’après l’avoir exposé à la lumière on le jette sur une pelle de fer chauffée au-dessous de la température rouge, le phosphore brille pendant quelques minutes d’un éclat extraordinaire. Cette lumière émise s’échappe seulement du côté opposé à la lumière et disparaît bientôt totalement. Il cite encore, en faveur de son opinion , le fait suivant : lorsque le phosphore est récemment pi’éparé et encore très-chaud , si l’on le place dans un vase bien clos, à l’abri du contact de toute lumière , et qu’après l’avoir ainsi laissé refroidir, on le projette sur la pelle chaude, il n’émet aucune lumière, et on ne peut le rendre phosphorescent qu’autant qu’on l’expose de nouveau à la himière. Sans adopter l’opinion de Grothuss, je ne puis m’empêcher de reconnaître que le phénomène se passe comme s’il y avait eu absorption de lumière; mais on peut dire aussi, suivant ma manière de voir, que la lumière troublant l’équilibre des forces électriques, les prédispose à réagir comme lumière, quand on emploie la chaleur.

1679. [i a observé qu’une substance phosphorescente n’émet jamais une lumière de même couleur que celle qu’on lui a fait absorber , à moins que la lumière absorbée ne soit de même couleur que celle que la substance émet naturellement, quand elle devient phosphorescente.

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