ÉLECTRIQUE
§ ^^ De quelques propriétés relatives au poiwoir phosphorescent de la lumière électrique,
i683. La phosphorescence est la propriété qu’acquièrent passagèrement la plupart des corps, de devenir lumineux par l’action de la chaleur, de la lumière directe ou diffuse du soleil , du frottement, du choc, de la compression, des décharges électriques ou des affinités; la durée, la couleur et l’intensité de la lumière émise dépendent de la nature des corps, de l’état de leurs surfaces, et de l’énergie avec laquelle agit la cause productrice. La ressemblance de cette lumière avec celle qui se manifeste dans le dégagement de l’électricité est si frappante, particulièrement sous le rapport des diverses nuances qu’elle présente, que les physiciens du siècle dernier pensèrent qu’elle avait une origine semblable; mais la science n’était pas alors assez avancée pour qu’ils pussent donner une théorie satisfaisante de ce phénomène.
Il est maintenant parfaitement démontré que l’équilibre du principe électrique est troublé dans les corps toutes les fois que leurs parties constituantes éprouvent un changement quelconque , soit dans leur position naturelle d’équilibre, soit dans leur combinaison. Or, ce
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sont la precisénient les causes qui produisent la phosphorescence; d’un autre coté, la lumière phosphorique a des teintes aussi variées que celles que présente l’étincelle électrique, et dans des circonstances à peu près semblables. Ce double rapprochement m’a servi de point de départ pour établir l’identité entre ces deux lumières.
Je n’ai nullement l’intention d’exposer ici les effets des diverses causes signalées plus haut, puisque je me suis suffisamment étendu à cet égard dans le 1V‘’ vol.; je désire seulement montrer comment agit la lumière électrique pour développer cette propriété, et prouver en même temps que cette lumière renferme une radiation particulière différente des autres radiations connues, et qui est la cause immédiate de la phosphorescence.
i684- Jusque dans ces derniers temps, on ne s’est occupé de la phosphorescence que pour rechercher toutes les causes qui peuvent la développer. On sentait cependant depuis longtemps la nécessité de coordonner ensemble les faits observés, afin de les comprendre tous dans une ex- ])ression générale qui permît de les classer et de montrer eu meme temps le lien qui les unit. C’est le but que je me siris proposé dans un travail assez étendu que j’ai eu riionneur de présenter à l’Académie il y a quelques années.
En préparant tout récemment le cours de physique appliquée à l’histoire naturelle, dont je suis chargé au Jardin des Plantes , j’ai eu occasion de reprendre cette question en ce qui concerne particulièrement la faculté que possèdent les décharges électriques, de rendre phosphorescentes certaines substances qui sont exposées à leur action.
Je reviendrai encore, avant de rapporter les résultats auxquels je suis parvenu , sur les idées théoriques qui m’ont servi de guide jusqu’ici dans les recherches que j’ai faites sur la phosphorescence.
Il est parfaitement démontré aujourd’hui que le dégagement de l’électricité a lieu dans les corps toutes les
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fois que leurs particules éprouvent un dérangement quelconque, soit dans leur constitution , soit dans leur groupement, ou bien lorsqu’elles sont décomposées. Si ces particules ne sont pas séparées, il y a recomposition plus ou moins immédiate des deux fluides dégagés, laquelle peut produire , selon la nature des corps et la tension de
frottement, la chaleur, la lumière, ou décomposées par l’action chimique ou le choc électrique , il peut y avoir émission de lumière par la recomposition des deux électricités, surtout si les corps auxquels elles appartiennent sont de mauvais conducteurs; mais comme ces causes sont précisément celles qui pioduisent la phosphorescence, on est en droit d’admettre l’identité entre la lumière électrique et la lumière de la phosphorescence, et d’autant plus que les apparences lumineuses sont sensibîîement les mêmes dans les deux cas, et que tous' les corps bons conducteurs de l’électricité (ceux dans lesquels les phénomènes électriques produits par des actions mécaniques sont rarement accompagnes d émission de lumière), sont aussi ceux qui sont dépourvus de phosphorescence.
D’un autre côté, on sait que le spectre solaire est composé de parties qui possèdent , les unes la faculté calorifique, les autres la faculté chimique. La plus forte chaleur se trouve sur le rouge et dans les environs, tandis que les autres teintes possèdent des températures qui vont en décroissant jusqu’au violet. Cette distribution calorifique existe encore dans la série des mêmes rayons colorés obtenus par le passage d’un faisceau de lumière dans des matières colorantes.
M. Seebeck a reconnu en outre que le maximum de température du spectre solaire change de place avec la composition chimique de la substance dont le prisme est formé. Ainsi , en employant un prisme de crownglass, le plus haut degré de chaleur passe sur l’orangé. Avec un prisme rempli d’acide sulfurique, il est transporté sur le jaune ; avec des prismes de flint-glass , le