CHAPITRE IT
fut qu’a sept heures et un quart qu’un nuage parut au sud-ouest; en quelques minutes le ciel fut couvert: peu de temps après, il tombait des grêlons d’une grosseur démesurée.
Les citations précédentes suffisent pour prouver qu’il se produit des éclairs sans tonnerre, et qu’il tonne sans éclairs. Passons à d’autres faits.
§ III. Des ejfets qui accompagnent la, chute de
la foudre.
1609. Lorsque la foudre s’élance d’une nuée sur la terre, elle laisse souvent sur son passage de la fumée, et presque toujours une forte odeur que l’on a comparée à celle du soufre enflammé.
Wafer, chirurgien de Dampierre, raconte qu’en traversant l’isthme de Darien , les ondées qu’il recevait étaient accompagnées d’éclairs et de violents coups de tonnerre , et qu’alors l’air était infecté d’une odeur sulfureuse capable d’ôter la respiration, surtout au milieu des bois. Je pourrais citer mille autres exemples de ce genre.
La foudre, en traversant l’air atmosphérique, détermine la combinaison de l’oxigène avec l’azote, comme on le sait depuis longtemps, d’ou résulte de l’acide nitrique, puis des nitrates de chaux et d’ammoniaque que l’on retrouve dans les eaux pluviales qui tombent dans les temps d’orage; sur la terre, elle casse, brise, enllamme et fond les corps, selon qu’ils sont mauvais conducteurs, combustibles , métalliques ou fusibles. Lucrèce, Sénèque et Pline font également mention de ces propriétés de la foudre, que leur amour pour le merveilleux a un peu exagérées. Un des exemples les plus remarquables est ce coup de foudre qui fondit, dans toute son étendue, une chaîîie de fer de [\o mètres de long en communication avec la mer par une de ses extrémités, et dont le dia mètre des divers chaînons n’excédait pas 6 millimètres. Bien que les effets de fusion de la foudre soient bien cou-
l36 DFS I-:FF. OTH ACCOMP. la CJIIITF DF r.A FOÜDRF.
nus , et que j’eii aie déjà rapporté un bon nombre d’exemples, je désire cependant en citer ([ueiques-uns des plus remarquables; je les trouve dans la notice de M. Arago.
Franklin reconnut sur sa propre maison de Pbiladelpbie,en 1*^87, que la foudre y avait fondu une baguette conique de cuivre de 24 centimètres de long, et de 8 millimètres de diamètre à la base. Cette baguette surmontait une grosse barre de fer qui se prolongeait depuis le toit jusqu’au sol humide.
Un coup de foudre quereçut le paquebot de New-York, le 19 avril 1827, dans sa traversée d’Amérique à lâverpool , fondit un tuyau de plomb de 8 centimètres de diamètre et de i3 millimètres d’épaisseur ; ce tuyau allait du cabinet 'de toilette à la mer, à travers les flancs du navire.
Je poiu’rais citer encore d’autres exemples de fusion ({ui n’ajouteraient rien à nos connaissances; mais je préfère ra[)poiier des effets d’un autre genre.
iGio. Quand la foudre traverse des fils métalliques qu’elle ne peut fondre, elle les l’accourcit , comme le fait l’électricité oi'dinaire. Le [8 juin 1782, la foudre étant tombée à Stoke Newington, dans la maison de AI. Parker, après avoir parcouru un tuyau de conduite pour les eaux pluviales, suivit un fil métallique, à l’aide duquel une personne pouvait, sans sortir de son lit, ouvrir et fermer une porte de sûreté; après le passage de la foudre, qui n’avait parcouru que (juinze pieds, on reconnut que ce fil s’était raccourci de plusieurs pouces.
Des substances terreuses vitrifiables sont fondues par la foudre; j’en ai déjà cité plusieurs exemples (i). Les tubes fulminaires doivent leur production à une cause semblable (2).
1611. La foudre perce quelquefois de plusieurs trous les corps qu’elle frappe; en voici quelques exemples ; En
(i) Tom. iv , p. i38.
[i] Ibid, , p. 137.
CTIAP5TRE IT.
1778, dans l’automne, le tonnerre tomba sur la maison de l’ingénieur Caselli, à Alexandrie; il ne fit de dégât appréeiable que sur les vitres d’une fenêtre. Ces vitres étaient percées de plusieurs trous de deux lignes environ de diamètre, sans être fendues d’un bord à l’autre.
Le 3 juillet iSsr , la foudre, en tombant â Genève sur une maison située près du temple de Saint-Gervais , perça de plusieurs trous, en laissant des marques de fusion, des feuilles de fer-blanc dont l’arête inclinée du toit était revêtue.
La foudre ne se borne pas à briller les corps combustibles, à fondre les métaux et les matières vitrifiables , à les perforer tous, elle transporte encore au loin des masses considérables.
Dans la nuit du i4 au j5 avril 1718, un coup de tonnerre fit sauter le toit et les murailles de Gouesnon près de Brest, comme aurait fait une mine; des pierres furent lancées dans tous les sens jusqu’à une distance de 5i mètres.
Le 6 août i 80C) , à Swinton , à 5 milles de Mancliester, le tonnerre en tombant sur la maisoii de M. Ciiadwick , produisit des effets mécani([ues des plus remarquables. Après des roulements répétés d’un tonnerre éloigné et qui semblait s’approcher, on entendit une explosion épouvantable, qui fut Immédiatement suivie de torrents de pluie. Pendant quelques minutes la maison fut entourée d’une vapeur sulfureuse; un mur en bidques, de trois pieds d’épaisseur et de onze pieds de hauteur , fut arraché de ses fondations et soulevé en masse; l’explosion le qranspoi'ta verticalement, sans le renverser, à quelque distance de là; l’iine des extrémités avait avancé de 9 pieds, l’autre de [\. Ce mur pouvait peser 26 tonnes, environ 26,000 kilogr. (1).
1612. La foudre, comme je l’ai déjà dit, en passant près d’une aiguille d’une boussole, en altère le magné-
(i) Mcm. de Mancliester , loin, ix , 2^' série.
l38 DES EFF. QUI ACdOMP. LA. CHUTE DE LA FOUDRE.
tlsme,le détruit entièrement, ou eu renverse les pôles. Elle modifie l’état magnétique des pièces ou instruments en acier, dans le voisinage desquels elle passe. Ces effets sont tellement connus que je me crois dispensé d’en citer ici des exemples.
i6i3. La foudre, dans sa course rapide, obéit à l’action des corps près desquels elle passe. J’en prendrai la preuve dans la relation adressée, en juillet 1764? à l’abbé Nollet , par le comte de Latour-Landry , concernant le coup de tonnerre qui frappa l’église d’Antrasme, près de Laval , et dans laquelle on trouvera des détails relatifs à ce sujet : ;
Le 29 juin 1763, la foudre tomba sur le clocher 'd’Antrasme; elle pénétra dans l’église, fondit ou noircit les dorures des cadres et des contours de certaines niches; elle laissa noircies et demi-grillées des burettes d’étain placées sur une petite armoire; enfin , elle perça de deux trous profonds, réguliers, comme ceux d’une tarière, la crédence peinte en marbre, contenue dans une niche en pierre de tufeau.
Tous ces dégâts ayant été réparés le 20 juin 1 764 ? le tonnerre tomba sur le meme clocher; il passa de là dans la même église, où il noircit les dorures qui avaient été noircies en 1763 , et précisément au meme degré, ou il fondit celles qu’il avait fondues, juste dans les mêmes limites; les deux burettes éprouvèrent les mêmes altérations que l’année d’auparavant, et les deux trous, qui avaient été bouchés et repeints, furent débouchés de nouveau.
On conçoit parfaitement que la foudre , qui n’est autre qu’une forte décharge électrique , se porte de préférence sur les métaux lorsqu’il s’en trouve de cachés ou de découverts dans le voisinage des lieux qu’elle frappe. Tant qu’elle parcourt des corps métalliques , assez gros pour n’être pas fondus, elle ne leur fait éprouver aucun changement apparent; ce n’est que lorsqu’ils sont en fils, que cet effet a lieu; elle produit encore des dégâts notables à son entrée dans des masses métalliques, ou â sa