CHAPITRE V. aoS
échapper de l'électricité négative dont s'empare le frottoir. Nul doute que ces effets n'aient lieu dans Fa machine électrique : sont-ils les seuls qui concourent à la production de l'électricité? Nous n'osons l'affirmer.
Je ferai remarquer que lorsqu'on aura des moyens plus précis que ceux que nous possédons pour constater les plus faibles changements chimiques, on rapportera probablement à des réactions chimiques un grand nombre d'efFcts électriques de frottement.
Quelles que soient les causes déterminantes du dégagement de l'électricité par friction , l'intensité de l'électricité dégagée dans une machine quelconque a toujours une limite qui ne saurait être dépassée. Supposons que le plateau, après avoir été frotté entre les coussins, ait communiqué aux corps environnants l'électricité qu'il a acquise, le plateau ira se charger de nouveau et continuera à transmettre aux conducteurs de l'électricité positive, jusqu'à ce que la tension de celle-ci soit là même et sur le verre et sur les conducteurs; quand on aura atteint ce terme, il sera impossible de leur donner plus d'électricité, ils reprendront seulement au plateau la quantité qu'ils auront perdue à chaque instant dans l'air.
§ 111. Des machinés électro-magnétiques.
1 517 . Nous avons vu que M. Faraday avait découvert que les aimants naturels ou artificiels jouissaient de la propriété de produire des courants par influence, ou, pour nous servir de ses expressions, par induction, dans un fil de métal , situé à une distance convenable. Il a fait voir aussi que l'on pouvait obtenir, dans les mêmes circonstances, une étincelle électrique.
Après cette découverte importante , plusieurs physiciens ont cherché à disposer un appareil pour obtenir une suite continue d'étincelles avec un aimant. Parmi les machines électriques construites sur ce principe, je citerai particulièrement celle de M. Pixii fils,
*0§ DES MACHINES É^EÇTJLp-MAGNÉTIQUES.
qui a eu l'idée de foire changer continuellement de place à laimant par rapport à Pétrier fixe, au moyen d'un mouvement très-dou* à produire. Voici U description de cette machine :
Les deu* pièces principales ( fig. 5o ) sont un aimant en açijer trempé et un étrier en fer à cheval (fer doux), çur chacune des branches duquel est enroulé un fil de cuivre recouvert de soie. La partie inférieure de l'aimant^ qui est coudée, est fixée à un axe vertical, auquel on imprime un mouvement de rotation. L 'étrier est fixe ; la partie supérieure est coudée , et ses branches verticales viennent affleurer celles de l'aimant, sans néanmoins les toucher. On fait tourner l'aimant, au moyen d'une manivelle et d'une roqe d'angle verticale qui engrène un pignon horizontal de même axe que l'aimant, lequel axe e$t au-dessous du coude de cet aimant. Le tout est monté sur un châ&sis en bois.
L'un des bouts du fil de cuivre enroulé sur l'étrier plonge dans une capsule contenant du mercure, posée sur la traverse supérieure du châssis; et l'autre bout est placé très-près de la surface du mercure. Lorsqu'on fait tourner la roue d'angle, le choc des dents de cette roue contre celles du pignon fait varier le châssis , et ce petit mouvement se communiquant à la surface du mercure, le bout du fil de cuivre voisin de cette surface est alternativement dans l'air et dans le mercure ; et lorsqu'il sort du flot de mercure, on aperçoit, à son extrémité, l'étincelle électrique. L'aimant tournant rapidement sur son r axe, les étincelles se succèdent sans interruption.
A chaque demi-révolution de l'aimant, les deux bouts polaires nord et sud de cet aimant sont en conjonction avec ceux de l'étrier aimanté par influence ; c'est pourquoi deux étincelles successives sont dues à des électricités contraires. Je donnerai ici les dimensions des principales pièces de la machine électro-magnétique qui a été construite par IVf. Pixii. L'aimant, en acier trempé, du poids de deux kilogrammes, en porte j 2 f ; sa seçtiprç transversale est uqi rectangle dont les cotes ont 19 et
PUPITRE V, . ÇQJ
35 Iflillimètres. Ça hauteur, dans le sens (te l'axe vert^r cal 4e figure et de rotation, est de 21 centimètres; l'oar verture, ou 1 ecartement des pôles, de 1 centimètres.
L'étrjer est une pièce cylindrique de fer doux cpudée en fer à cheval; le diamètre des branches parallèles est de j3 millimètres, la hauteur de ses branches, d'environ 8 centimètres. La longueur du fil de cuivre enroulé sur rétrier est de 5o mètres, et son poids d'un quart de ki* logramme.
. § IV. De V étincelle électrique.
128. Jusqu'icinousn'avonsconsidéré le fluide électrique que sous le rapport des attractions et répulsions, et de son état d équilibre sur la surface des corps ; mais il se manifeste encore à nos yeux par d'autres propriétés, doqjt nous devons parler à l'occasion des machines électriques.
Lorsqu'on approche d'un corps conducteur un tube de verre suffisamment électrisé, on voit s'élancer avec explosion, du tube vers ce corps, une étincelle qui est Je résultat de la réunion des deux électricités. Dans les temps secs, on aperçoit sur le frottoir, à mesure que Ton promène le tube , une lueur bleuâtre. Avec la machine électrique les effets sont plus marqués et l'étincelle est visible, même en plein jour; elle est accompagnée en outre d'une odeur caractéristique de soufre et de phosphore,, que l'on peut rapporter peut-être aux changements chimiques qui s'opèrent dans le frottement. Ce qui m'engage à émettre cette opinion , c'est qu'en frottant les coussins avec du deuto-sulfure d'étain, le plateau conserve I& même odeur pendant quelques instants, après que l'étincelle a paru. £n général, le fluide électrique n'émet aucune lumière lorsqu'il est en équilibre sur un corps; cette lumière ne se manifeste à nos yeux que lorsqu'il e# m mouvement, et dans le cas encore <?ù les deux fluides pftf une tension suffisante. L'électricité, qui se dégage de nos
ao8 DE L'ETINCELLE ELECTRIQUE.
machines ordinaires, en s'écoulant dans la terre par un fil métallique, .ne donne aucune lueur, toutes les fois que cet écoulement peut s'effectuer sans difficulté; mais il n'en est pas de même quand ou opère avec une machine très-puissànte.
Van Mai-uni, dans la description qu'il nous a donnée de la grande machine du Musée de Tayler, dit que l'électricité qui s'en écoule, dans le sol, par un fil de métal de cinquante pieds de longueur, l'entoure d'une lueur brillante. Cette lueur provient de l'action sur lesi corps environnants delà portion de l'électricité qui n'a pu s'écouler dans le sol.
La tension de l'électricité qui est nécessaire pour produire de la lumière, dépend, comme nous allons le voir, d'un grand nombre de causes, mais particulièrement de la nature des corps, de leur forme, et des milieux gazeux que traverse la décharge électrique.
Avec les corps anguleux, il faut une tension moins grande que pour des corps de forme arrondie. Une condition indispensable, dans les deux cas, est que la tension de l'électricité soit suffisante pour vaincre la résistance de l'air. Une machine très-forte donne des étincelles depuis 20 jusqu'à 3o pouces de longueur.
Pour montrer les diverses propriétés de la lumière électrique, on est dans l'habitude de se servir de plusieurs appareils, qui se trouvent dans tous les cabinets*
Les tubes étincelants sont des tubes sur lesquels on colle en spirale de petites losanges en étain , dont les pointes sont très-rapprochées les unes des autres; à leurs extrémités sont fixées des boules de métal qui communiquent avec les losanges les plus rapprochées. Si l'on tient à la main un de ces tubes, par un des bouts, et que l'on tire de l'autre des étincelles d'une machine électrique, on les voit jaillir en même temps entre toutes les pointes, et le tube paraît lumineux. Nous passons sous silence d'autres appareils, tels que les carreaux étincelants, magiques , etc., dont la construction repose sur le même principe.