CHAPITRE III
M- Brewster cite particulièrement le tartrate de potasse et de soude et l'acide tartrique comme possédant la propriété pyro-électriquë à un haut degré. D'après les notions que nous avons acquises sur les propriétés électriques des corps en général , nous devons être peu disposés à reconnaître la propriété pyro-électrique dans des corps dont les cristaux ne dérogent pas à la loi de symétrie ; car nous ne voyons pas dans un cube , dont toutes les parties sont semblables, où serait placé chaque pôle , puisqu'il n'y a pas de motif pour que l'une des deux électricités se porte plutôt d'un côté que de l'autre. Analysons le procédé qui a été employé par M. Brewster pour reconnaître l'existence de la pyror élèctricité des substances désignées ci-dessus : il prend la membrane interne et excessivement mince de l'arundo phragmites, qu'il coupe en très- petits fragments. Quand ces fragments sont secs, ils sont très-légers et adhèrent au nombre d'un, de deux, de trois, au cristal dont on a élevé la température.
Cette épreuve est insuffisante pour reconnaître la présence de l'électricité dans les corps qui ont été chauffés. En effet; lorsque l'on veut savoir si yn corps est électrisé, il faut s'assurer de deux choses : i° s'il attire les corps légers qu'on lui présente, 20 s'ils sont repoussés immédiatement après le contact. Toutes les fois qu'il y a attraction seulement ou répulsion , on ne peut en conclure que le corps soit électrisé ; car on sait qu'un corps qui a été chauffé exerce plusieurs genres d'action sur les corps légers qui sont à la température ordinaire. Je rappellerai à cet égard une observation de Fresnel , qui doit mettre en garde contre toute espèce d'attraction ou de répulsion de la part des corps dont la température a été élevée. Ce physicien attacha aux deux extrémités d'un fil d'acier très-fin, suspendu à un fil de cocon, deux disques de clinquant; le tout placé clans une cloche. Il plaça dans l'intérieur un disque de clinquant dans une position fixe, et fit le vide sous la cloche. En tournant convenablement le fil de torsion, il mit en
fO EFFETS DE Ll CHAI. SUR LES CORPS MAUV. COND.
contact l'un des disques mobiles avec le corps fixe; ayant fait tomber les rayons solaires, réunis par une loupe 5 tantôt dur le corps fixe, tantôt sur le disque mobile, ce-» lui-ci fut aussitôt chassé brusquement. L'éloignement était quelquefois d'un centimètre. Fresne la prouvé que ce fait ne pouvait être attribué à la petite quantité d'air ou de vapeur restée sous la cloche. Il a montré ensuite que cette répulsion ne provenait nullement d'effets électriques produits par de l'électricité développée par la chaleur; puisque le disque fixe, qui était en métal, communiquait avec le sol au moyen d'une tige métallique; si le, disque mobile avait acquis une électricité quelconque, il y aurait eu attraction au lieu d'une répulsion.
Nous savons d'un autre côté que, lorsque l'on présente à un corps dont la température est suffisamment élevée, des corps légers, il y a aussitôt attraction et adhérence de ces derniers Sur la surface du premier. D'après ces observations, nous ne pouvons encore admettre que tous les cristaux cités par M. Brewster jouis- ' sent de la propriété d'être électriques par la chaleur.
§ IV. Des effets dé la chaleur sur les corps mauvais conducteurs.
27. Nous ignorons entièrement pourquoi les cristaux qui dérogent à la loi de symétrie sont électriques parla chaleur : la cause du phénomène réside dans les rapports encore inconnus entre la distribution du fluide électrique dans ces corps et le groupement de leurs molécules; nous en sommes réduits par conséquent à multiplier les expériences pour essayer de découvrir quelques-uns de ces rapports.
Comment l'abaissement et l'élévation de température dans lés corps mauvais conducteurs modifient-ils l'action réciproque des deux fluides électriques qui composent le fluide neutre ? C'est une question qui se rattache naturellement à celle du développement de l'électricité