‹ Traité expérimental de l'électricité et du magnétisme, et de leurs rapports avec les phénomènes naturels ; (volume 4)Chapitre 2 sur 119 · M. DCC CXXX1V · texte numérisé non relu

M. DCC CXXX1V

Lorsqu'une science a fait de rapides progrès et s'est enrichie d'une foule de faits, qui se trouvent épars dans des recueils scientifiques, il devient souvent difficile, à celui qui désire en suivre le cours, de recueillir tous les documents qui lui sont nécessaires. D'un autre côté, s'il veut se livrer à des recherches expérimentales, il court la chance de regarder comme nouveaux des faits déjà connus, et d'être accusé tôt ou tard de plagiat. C'est alors qu'il sent le besoin d'un ouvrage spécial sur 'la matière; mais la publication d'un semblable travail présente de grandes difficultés lorsqu'il s'agit de l'électricité, qui a des rapports si nombreux avec la chimie et les sciences naturelles ; rapports qu'il n'est pas toujours possible de déterminer^avep exactitude. En offrant au public un ouvrage sur cette branche de la physique, je ne me suis donc pas dissimulé les obstacles que je rencontrerais ; mais l'espoir d'être utile a soutenu constamment mes efforts, et si j'y parviens, mon but aura été rempli.

On a publié, à diverses époques, des traités sur l'électricité qui ont satisfait aux besoins du moment. Priestley a donné une histoire qui jouit toujours de l'estime des physiciens. Parurent ensuite les traités spéciaux de Cavallo, de Sigaud-Lafont, de Singer, et d'autres auteurs dont les noms sont plus ou moins connus.

Les ouvrages publiés récemment sur la physique renferment aussi les principaux faits dont se compose aujourd'hui cette science; mais leurs auteurs n'ont pu exposer avec les détails convenables les découvertes modernes, en raison de leur étendue. Le traité de physique de M. Biot a rendu particulièrement un grand service, en faisant connaître les travaux de Coulomb, re* latifs aux lois suivant lesquelles s'exercent les actions électriques et s'opère la distribution du fluide électrique sur la surface des corps. On n'avait avant qu'une idée très-imparfaite des travaux de cet habile physicien, car à l'époque où ils parurent, on n'apprécia pas d'abord toute leur importance. M. Poisson en a re* haussé le mérite en établissant des formules générales qui représentent les faits observés avec une exgrand eactitude. Cet heureux accord entre les résultats de l'expérience et ceux du calcul, en illustrant le physicien et le mathématicien, a prouvé que Ton possédait maintenant une statique électrique qu'aucun fait ne saurait détruire. M. Ampère, en suivant une marche semblable,en s'appuyant sur la découvertefondamentale d'OErsted et sur d'autres qui lui sont propres, a jeté les bases de l'électricité dynamique.

Je diviserai cet ouvrage en deux parties : la première renfermera les propriétés générales du principe électrique quand il est en repos ou en mouvement, ainsi que celles relatives au magnétisme ; la seconde présentera leurs rapports avec les affinités chimiques et leurs applications à la phosphorescence, aux actions spontanées et à d'autres phénomènes dont l'origine paraît être électrique.

J'ai cru convenable de faire précéder cet ouvragé

d'un précis historique sur l'électricité et le magnétisme, afin de présenter au lecteur, dans un seul cadre^ tous les faits dont se composent ces deux sciences^, rangés à peu près suivant Tordre de leur découverte; il pourrra ainsi saisir facilement les rapports qui les lient tous. Cette notice sera divisée en trois périodes : la première comprendra tout ce qui a été fait depuis Thaïes jusqu'en 1790, époque de la découverte du galvanisme.

La deuxième, tontes les observations depuis cette dernière époque jusqu'à 1820, année de la découverte de l'électro -magnétisme.

Là troisième s'étendra jusqu'à ce jour.

Je me suis efforcé de réunir le plus de faits qu'il m'a été possible, et de présenter, sous un même point de vue, les phénomènes les plus importante qui se rattachent aux propriétés générales du principe électrique, soit qu'on le considère ou non comme puissance génératrice de la chaleur, de la lumière, du magnétisme et des actions chimiques; j'ai été forcé par là d'exposer, avec de grands développements, tout ce qui est relatif au dégagement de l'électricité et à ses effets physiques et chimiques.

Je ne puis me flatter de n'avoir fait aucune omission, car les faits sont si nombreux et épars dans un si grand nombre d'ouvrages et de recueils scieni tifiques , qu'il peut très-bien se faire que des observations importantes m'aient échappé ; mais cet oubli n'aura jamais été volontaire.

Je me suis tenu en garde, autant que possible, contre l'esprit de système qui, dans certaines limites, conduit quelquefois à d'heureux résultats , mais qui

ne peut qu'égarer quand on y attache trop d'impor* tance. L'expérience a donc été constamment mon guide, et si j'ai émis quelquefois des idées théoriques, je ne les ai considérées que comme des échafaudages propres à classer les faits pour en facililer l'étude. Je crois que l'on ne doit pas rejeter entièrement une marche semblable; car lorsqu'on crée des systèmes, dans l'espoir d'expliquer des phénomènes, les efforts que l'on tente pour en démontrer l'exactitude, conduisent souvent à des faits nouveaux qui servent plus tard de points de repère à d'autres observateurs, pour reculer les limites de nos connaissances. Voilà , en général, comme marchent les sciences d'observation.

J'ai évité le plus possible d'introduire des calculs qui eussent entravé la marche de l'ouvrage. Cependant j'ai toujours eu l'attention de placer à côfé des résultats de l'expérience, ceux qui sont déduits de l'analyse mathématique, pour que l'on put juger jusqu'à quel point celle-ci représentait la véritable théorie. La première partie de l'ouvrage est seule accessible à l'analyse, excepté cependant ce qui est relatif au dégagement de l'électricité; quant à la seconde, les phénomènes sont si compliqués que leur mise en équation dépasse les ressources dont l'analyse peut disposer jusqu'ici.

L'électro-chimie en est un exemple : les faits qui s'y rapportent varient en raison de circonstances si fugitives, qu'il est souvent impossible d'apercevoir toutes les causes qui concourent à l'effet général; mais si un jour un physicien avait le bonheur d'en découvrir toutes les lois , il aurait fait le premier pas pour pénétrer dans le sanctuaire de la nature; il

pourrait alors établir des rapports certains entre les forces électriques et les forces chimiques, et nous dire en quoi consistent les affinités et l'attraction moléculaire.

Les philosophes ont discuté long-temps sur l'existence d'un principe unique qui régit l'univers, et l'on voit encore de nos jours des personnes disposées à soutenir cette opinion ; elles trouvent dans le fluide électrique l'agent générateur de tous les phénomènes; mais l'expérience est là pour prouver que si cet agent joue un rôle important, il est bien loin d'être le seul , car le système de la nature dépend de plusieurs principes que nous ne connaissons qu'imparfaitement et sur le rapport desquels nous n'avons que peu de notions. Comment, d'après cela, ose-l-on dévoiler tous . ces systèmes, en ne prenant pour guide que son imagination? ne sait-on pas que, pour arriver aux causes, il faut découvrir les effets? Réunissons donc le plus de faits qu'il nous sera possible; ce sont autant de matériaux qui serviront un jour à élever l'édifice.

Pour éviter des recherches fastidieuses aux personnes qui voudront approfondir les phénomènes dépendants de l'électricité, j'ai rapporté, par ordre de date, dans les tableaux suivants, les titres des principaux mémoires qui ont paru, depuis environ cinquante ans, daus la plupart des recueils scientifiques de l'Europe sur l'électricité, le magnétisme, la phosphorescence , et les actions spontanées.

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