CHAPITRE SIXIÈME. 5l
dinaires de la combustion, de la houille, du sel ammoniac en vapeur, qui se condensait sur les corps, environnants. Je crois devoir donner ici le précis des connaissances que nous possédons sur la formation spontanée du nitre; ce sel existe en efflorescence sur le sol en Egypte, aux Indes , en Amérique et dans quelques parties du midi de l'Europe; il se trouve aussi dans le calcaire secondaire, principalement dans celui qui est poreux. M. J. Davy (i), qui a examiné les nitrières naturelles de l'île de Ceylan ? pense que l'acide nitrique se forme aux dépens des éléments de l'air, dans une roche poreuse et humide, formée de feld-spath et de calcaire. Le nitre se trouve à la surface de la roche, combiné avec les nitrates de chaux et de magnésie. Dans l'île, on attribue leur formation aux excréments des chauves-souris qui y résident; mais M. J. Davy réfute cette opinion, en faisant remarquer que dans la nitrière de Memorra , on y trouve également du salpêtre, quoiqu'il n'y ait aucun indice de matières animales. Au prétendu volcan de Chalusset, près de Pont-Gibaud en Auvergne, il existe nne coulée de lave très-poreuse, qui forme un escarpement abrupte et très-élevé au-dessus de la Sioule, et dont l'intérieur renferme du salpêtre disséminé en petites houppes cristallines blanches. Je ferai remarquer que la lave se décompose en plusieurs points, et qu'elle est éloignée des habitations. On forme artificiellement le nitre , en exposant à l'influence des agents atmosphériques un mélange de matières animales, de cendre et de terre calcaire , que l'on arrose avec de l'urine. Deux ou trois ans suffisent pour convertir tout l'azote en acide nitrique (2). On prétend avoir remarqué qu'on obtient plus de nitrate de potasse que n'en peut fournir la potasse primitivement contenue dans la terre. Si ce fait
(1) Annal, de Ch. et de Phys. , t. xxv, p. 209.
(2) Traité de Chimie de Berzelius, 1. 111, p. 39t.
$j8 de la witriejcàtion pes cqjips poreux.
était exact, il s'ensuivrait quç la potasse sç formerait spontanément.
On admet généralement que la formation spontanée des nitrates exige le concours de bases fortes ou de leurs carbonates , d'une certaine quantité d'humidité de Fair, et d'une température de i5 à 20 degrés; mais le point de divergence entre les diverses opinions qui ont été émises, est relatif à la présence de matières animales, que plusieurs chimistes regardent comme indispensables pour la nitrification, tandis que d'autres 1$. considèrent seulement comme utile.
Les uns pensent que Ja matière flitrifiable est une substance poreuse, humide, renfermant des bases énergiques et capables de condenser les éléments de l'air, au point de déterminer la combinaison de l'oxigène et de l'azote, pour former de l'acide nitrique et des nitrates ; les autres croient que les bases seraient insuffisantes sans le concours de l'ammoniaque, qui résulte de la décomposition des matières animales; enfin, quelques chimistes regardent les matières azotées comme tout-àfait indispensables.
Je vais encore décrire quelques localités où le nitre se forme plus ou moins rapidement. M. Gaulthier de Claubry (1) a fait un travail sur les calcaires nitrifiables du bassin de Paris, et en particulier sur ceux de la Roche- Guyon. Voici les principaux phénomènes qu'il a observés ; Le calcaire qui se nitrifie est une craie très-poreuse, dont les couches sont coupées à pic et exposées au midi à l'action directe des rayons solaires. Les parties qui sont $tu uord n'en fournissent que très-peu.-
Le salpêtre se dépose particulièrement sur les arêtes des entailles faites avec la hache des exploitants et sur les bords des silex. L4 nitrification cesse là où il se trouve de petites couches de calcaire grossier. L'action
(x) AnnakdçÇh. et 4e Pby*.f %• lu, p. ?4.
est rapide ; car on gratte la surface des couches qui s? forment journellement plusieurs fois par an. La nitrifia cation est abondante dans les saisons chaudes et humide§; çlle lest moins dans les saisons chaudes et sèches, et en* core moins dans les saisons froides et humides, . Les ni trières sont élpignées des habitations.
On voit donc que le nitre se forme, dans cette loç$* lité, à Faction des rayons solaires , tandis qu'en Suèdq, les nitrières artificielles ne régissent qu'à |a faveur d'une obscurité parfaite.
M. Dumas, qui a examiné les localités, pense quç \± craie nitrifiable ne renferme pas asse* de matière? animales pour que Ton puisse attribuer à celles-ci la formation presque indéfinie des nitrates, mais qu'il pourrait $e faire que la grande quantité de vapeurs chargées de matières organiques, qui s'élèvent des terrains envirpn*pants et de ta Seine, qui coule au bas de la colline, fussent absorbées par la craie et y déposassent les résidus organiques nécessaires à la formation du ni(re.
M. Gaulthier de Claubry prétend qu'il est parvenu à prouver que le carbonate de chaux, qui ne renferme aucune trace de matières Organiques , peut se nitrifier sous la seule influence de l'air et de l'humidité, et que c'est par celle de l'ammoniaque qu'ejles produisent que les substances azotées donnent naissance à l'acide nitrique.
M. Fournet a donné récemment une théorie de la nitrificatiorç qui est assez rationnelle: il pense que la nature peut produire l'acide nitrique, sans le concours des matières organiques, par la seule réaction des éléments de l'air et de la yapeur d'eau, Suivant M. de Saussure, l'oxigène est plus condensé par les corps poreux que l'azote, dans le rapport de 6,5o à 4*P?* Pe piu99 MM. Gay-Lussac et de Humboldt ont observé que l'air, dégagé de l'eau par l'ébullition, contient d'autant plus d'ofcigènc que les diverses fractions de ce gaz pnt été recueillies plus tard, il en résulte que l'oxigène est Hpn-
teulement retenu avec un$ grande fprçç; m%k ce qu'il