CHAPITRE V
morceau de bois qui avait flotté pendant deux ans dans une fosse d'aisnnces, était recouvert dans la partie eu contact avec le liquide, de cristaux de double phosphate d'ammoniaque et de magnésie de 3 ou 4 niillimètres de loDgueur, formant des prismes droits rliomboïdaux. On conçoit comment celte cristallisation s'est eflèctuée : les matières fécales et surtout l'urine renferment un grand nombre deseU, particulièrement celui dont il est ici question, qui est retenu en dissolution par un acide. Cet acide vient-il à être enlevé par l'ammoniaque qui se forme aux dépens de l'urëe, alors les sels insolubles se précipitent; aussi voit-on se déposer dans l'urine abandonnée à ellemême pendant quelques jours le double phosphate en aiguilles par suite d'une cristallisation confuse.
Dans la fosse d'aisances les mêmes phénomènes ont dû se reproduire, particulièrement à la surface du liquide; mais comme le sel, à mesure qu'il se déposait, était remplacé par d'autre venu de l'intérieur, on conçoit comment de gros cristaux ont pu se former, surtout quand il se trouvait là un corps étranger servant d'appui aux premiers rudiments fonnés de ces cristaux.
L'électro-chimie parvient à former également ce composé. Soit PQN un tube recourbé en U (fig. 4)i rempli dans sa partie inférieure d'argile humide; P la branche qui communique, au moyen d'une lame de platine, avec le pôle positif d'une pile d'une vingtaine d'éléments, et N celle qui communique avec le pôle négatif. On verse dans celle-ci de l'urine fraîche, dans l'autre du chlorure de magnésium. L'eau est d'abord décomposée, mais le dégagement d'hydrogène est à peine sensible, parce que ce gaz réagit sur l'azote des matières animales pour former de l'ammoniaque. Le chlorure de magnésium est également décomposé; le chlore est mis à nu, et la magnésie se rend dans l'urine où elle donne naissance peu à peu à du phosphate ammoniaco-magnésien qui cristallise sur la lame de platine en prismes droits à base rhomboidole , comme la. substance truuvéesur le calcul uriuaire
94 PROD. Qfl SE FOUM. lOtJnNEL. DANS LES TODRB. et sur le morceau de bois. On voit par là que dès l'iDStant que la magnésie arrive dans l'urine transportée par le cQurant, il y a aussitôt formation du double phosphate.
En substituant du chlorure de sodium à celui de magnésium , il y a formation abondante et cristallisation de phosphate ammoniaco-sodique,
Oii conçoit parfaitement la différence qui doit exister entre les effets produits dans l'urine, quand on y ajoute immédiatement de ta magnésie ou de la soude pour saturer l'excèad'acide, et ceux qui sontproduits loi'squ'on y fait arriver pour ainsi dire une à une au moyen des courants l'une de ces deux bases.'
On peut également obtenir le double phosphate sans employer d'urine. Soit toujours le tubePQN, disposé comme il a été dit : on verse dans la liranche P une solution de chlorure de magnésium et dans l'autre uae solution de phosphate d'ammoniaque. Si la pile est composée d'une douzaine d'éléments, la magnésie est Iramporlée dans le tube négatif et y forme un double phosphate de magnésie et d'ammoniaque qui se précipite peu à peu sans aucune apparence de cristallisation ; mais si le phosphate d'ammoniaque est dissous dans l'acidf nitrique, il n'en est plus de même :1a cristAilisâtt^a s'effectue sans difficulté.
§ IV. Des produits qui se fornienCjoumeUement dans les tourbières.
I ia8. La tourbe qui est formée de débris de.8Qb*> tances herbacées ou d'autres végétaux en décomposition, étant d'une formation moderne ou peu ancienne, donue naissance \ divers composés qui rentrent dans le cercl« de nos investigations, puisque ces déconipositioas résultent du contact d'un grand nombre de corps.
On distingue deux espèces de tourbe, les tourbes d«« marais et les tourbes marines. Les premières constituent
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deux variétés, la tourbe fibreuse composéi! de végétaux fibreux déteniiInableB, et la tourbe limoneuse, compacte, qui ne conserve aucune trace de débris de végétaux.
I lat), La tourbe des niaraie se trouve, comme son nom l'indique, dans les parties basses qui ont servi de fond d'étang ou de lac d'eau douce et est recouverte d'un mètre au plus de terre végétale : elle renferme ordinairement des substances minérales, des débris de corps organisés qui, en réagissant sur les substances environnantes, produisent des pyrites, du pliosphute de fer pulvérulent qui enveloppe quelquefois les racines ou les tiges des végétaux dont se (impose ce combustible. On y rencontre aussi des coucbesdesableet de marne qui ont été déposées par les alkivions, des coquilles fluviatiles dont les animaux ont été décomposés, des armes, des outils, etc.
I i 3o. Les toui'bes en général ne se forment qu'autant que le terrain inférieur càt argileux, et que le sol a une disposition telle, que l'eau s'y renouvelle peu à peu, quoiqu'il soit constamment bumide. On a remarqué que la nature calcaire, gypseusc ou argileuse des roches qui exercent une certaine inlluedce sur la pureté de l'eau et sur les propriété de celle des végétaux, peut s'opposer h lu formation de la tourbe ou la favoriser.
I^es conferves, les prêles et les cbarras, ainsi que plusieurs graminées à tige rampante, sont les plantes qui contribueut le plus à la formation de la tourbe.
I i3i. Les marnes marines sont celles dans lesquelles on trouve des végétaux marina et des corps organisés marins. Il existe aussi des lonrbes sous-marines, qui sont formées quelquefois d'une grande accumulation de végétaux ligneux, d'arbres et de plantes qui croissent dans les forêts. Elles renferment aussi des débris d'aniluaux terrestres.
Ii32. La tourbe pyriteuse du département de l'Aisne est remarquable sous le rapport de quelques composés qui se forment souvent on peu de temps. Des observa-
PnOD. QUI SE FORM. JOCRITEL. DAMS LES TOURB. lions survies ont été faites à cet égard par M. Poiret (i), Cette tourbe, qui est plus ou moins compacte, est pénétrée de sulfure de fer qui s'enflamme spontanément à l'air et donne naissance à une grande quantité de sulfate de fer. Les couches qui la composent sont régulières et horizontales et alternent avec des lits de mai-ne et d'argile; elles reposent sur un fond marécageux et renferment un grand nombre de coquilles fluviatiles dont les analogues se retrouvent vivants dans les étangs et les rivières environnantes. I,es couches supérieures renferment quelquefois, au lieu de tourbe, des lits entiers de charbons fossiles, quelquefois pyriteux. Dans celles qui recouvrent la tourbe on trouve des couches alternatives de marne, de sable, d'argile et de terre végétale, un grand nombre de coquilles marines isolées, des bancs d'huîtres, la plupart réduites en poussière et en fragments.
1 1 33. Dans cette tourbe on trouve confondus ensemble des bois fossiles, des troncs entiers d'arbres quelquefois pyriteux à l'endroit des nœuds , des bois pétrifiés, beaucoup de pyrites, du suecin de diverses couleurs, des os fossiles, des cristaux de quartz, des roches calcaires, diverses substances minérales, des ocres, du cuivre, du zinc" probablement à l'état de sulfures, du sulfate de soude, de l'alun, des cristaux de gypse, qui acquièrent un volume assez considérable dès l'instant que les marnes qui les renferment sont exposées au contact de l'air. Elles sont ordinairement noirâtres, sulfureuses et un peu humides. Yoilà un grand nombre de formations modernes qui doivent attirer l'attention de l'électro-chimiste.
On conçoit parfaitement qu'il a dû s'opérer une foule de réactions dans un tel agglomérat de substances diverses. Considérons d'abord les substances végétales :
1 134. Les plantes réunies en tas à l'air libre éprouvent, par l'effet de l'eau, de l'air et de la chaleur, une
(i) Joum. de Phjs., i, li, p. 363.