‹ Traite experimental de l'electricite et du magnetisme, et de leurs rapports avec les phenomenes naturelsChapitre 93 sur 327 · OBSERVATIONS MAGNÉTIQUES SIMULTANÉES EN DIFFÉRENTS POINTS DU GLOBE · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS MAGNÉTIQUES SIMULTANÉES EN DIFFÉRENTS POINTS DU GLOBE

§ I". Plan proposé par MM. de Humboldt et Gauss.

M. de Humboldt, au retour de son voyage en Sibérie, vers la fin de i8a8, fit établir dans un jardin trèsspacieux de Berlin, une maisonnette sans fer, dans le but de s’y livrer à des observations régulières de variations horaires de la déclinaison magnétique. Ces observations, commencées le 5 février 1829, furent suivies deux ou trois fois par jour jusqu’au 20 mars, puis reprises en automne par M. Dove , afin d’observer d’heure en heure, plusieurs jours et plusieurs nuits de suite , tandis que des observations correspondantes étaient faites en différents lieux de la terre avec des inS’ truments semblables.

M. Dove, en 1806 et 1807, s’était déjà exercé, conjointement avec M. Oltmanns, à observer à des intervalles très-rapprochés. Ayant observé pendant plusieurs jours et autant de nuits de suite, vers l'époque des équinoxes et des solstices , d’heure en heure , et même de demi-heure en demi-heure, ils reconnurent des minima nocturnes, ainsi que des affolements singuliers, ou orages magnétiques, qui reviennent dans les hautes latitudes, quelquefois plusieurs nuits de suite, et aux mêmes heures.

174 plan PROP. par mm. »E HUMBOLDT et GAUSS.

Ces considérations firent sentir à M. de Humboldt toute l’importance d’observations simultanées, faites sur différents points du globe, pour la solution d’une des plus grandes questions de la physique terrestre. Aussi cet illustre savant s’est-il servi de la haute influence dont il jouit en Europe , pour faire élever des observatoires partout où il existe des savants avec lesquels il pouvait entrer en relation. On peut voir, t. I", p. 3g8 de cet ouvrage, le plan de cette Vaste entreprise, que l’on trouve encore plus amplement développé dans une lettre qu’il a adressée au duc de Sussex, président de la Société royale de Londres.

D’après ce plan, il fut arrêté que dans les diverses localités, à des jours convenus, on ferait des observations régulières des variations de l’aiguille aimantée ; on fixa en outre huit termes dans l’année , de 44 heures chacun, pendant lesquels l’aiguille devait être observée d’heure en heure.

Dans plusieurs endroits on observa à des intervalles plus rapprochés encore, de demi- heure en demi-heure, et même de ao minutes en ao minutes. On trouve dans les Annales de physique de Poggendorf, t. XIX, p. 36i, des détails à cet égard, ainsi que les observations faites dans les termes de iSacjet i83o, à Berlin, Freyberg, Pétersbourg, Cazan et Nicolaïeff.

A l’observatoire magnétique de Gœttingue , les observations des termes furent faites, pour la première foii, les 20 et 2 1 mars i836, de dix minutes en dix minutes, au lieu de l’être d’heure en heure comme à Berlin, et avec les instruments précédemment décrits, qui diffèrent de ceux qu’on employait jadis.

Les annotations de Berlin montrèrent plusieurs mouvements assez considérables, qui se retrouvaient dans les observations de Gœttingue, tandis que ces dernières présentaient dans des intervalles plus rapprochés un grand nombre d’autres mouvements qui devaient manquer à Berlin.

Dans le terme suivant, celui des 4 et 5 mai , les in-

CH4PITRK XIII.

tervalles furent encore plus rapprochés : on observa de cinq minutes en cinq minutes. Divers savauts ne tardèrent pas à adopter les appareils de M. Gauss, ainsi que les termes d’observations arrêtés par lui. M. Sartorius fut un des premiers, puis M. Encke.

M. Sartorius observa en juin, à Francfort, en septembre, à Rambergen, à Salzbourg; on observa également avec des magnétomètres à Leipzig, Copenhague et Brunswick. Nous verrons dans le livre suivant combien l’association formée pour les observations simultanées a pris d’extension depuis sa fondation.

Les résultats obtenus firent sentir la nécessité d’étudier les variations des forces magnétiques terrestres dans des limites plus resserrées que ne l’avaitfait M. deHumboldt. '

 Gœttingue, et dans d’autres localités, on résolut d’observer, aux termes arrêtés, de trois en trois minutes; mais on en revint à l’intervalle de cinq minutes, tant parce que plusieurs associés étrangers adoptèrent ce dernier intervalle, que parce qu’il suffit pour les cas ordinaires. Enfin, M. Gauss prenant en considération le nombre de personnes nécessaires pour faire de semblables obser- ’ vations, a arrêté, conjointement avec ses coassociés, que le nombre des termes serait de six par an, ladurée de chacun de a4 heures, et qu’on ajouterait deux termes secondaires.

Les observations faites par l’association sont publiées chaque année, depuis 1837 , par MM. Gauss et Weber, dans un ouvrage spécial, qui renferme, outre les tracés graphiques de ces observations , des remarques qui s’y rapportent, des mémoires relatifs au magnétisme terrestre et à la description des appareils employés et à leur usage.

§ II. Coopération des savants anglais.

Le gouvernement anglais, ayant senti la nécessité d’adhérer au plan d’association arrêté par MM. de Humboldt et Gauss, a décidé qu’un certain nombre d’établissements magnétiques seraient formés dans ses vastes

Page 1