C. OS DE LA TÊTE
Afin d'éviter les répétitions et les détails trop minutieux, nous croyons devoir faire précéder l'étude du crâne des poissons par un exposé général de la disposition du crâne chez les animaux vertébrés en général.
Il est toujours forme de deux parties principales, savoir: d'une partie postérieure et supérieure , le crâne, et d'une inférieure et antérieure, la face. Le crâne constitué une cavité qui contient dans son intérieur l'encéphale et renferme des deux côtés, en avant et en bas, soit seul , soit conjointement avec des os de la face, les organes de l'ouïe , de la vue et de l'olfaction : la face est aussi le siège des organes de ces mêmes sens, et en outre de l'organe de la gustation; elle se compose principalement des os qui entourent la cavité buccale , et qui servent médiatement et immédiatementà la mastication.
Quelque variables que soient la forme de la tête entière, le rapport de ses différentes parties et l'état des os qui la composent, on peut néanmoins, outre les deux grandes divisions qui viennent d'être établies , déterminer clans chacune d'elles certaines régions, le plus ordinairement certains os, qui se répètent dans les divers animaux, quant à leurs conditions les plus essentielles.
On trouve ainsi au crâne , en le considérant d'arrière en avant :
1. L 'os b asilaire. 11 formela région postérieure, inférieure et moyenne du crâne , et s'articule avec la première vertèbre du tronc. Il constitue toujours un anneau, et a très-distinctement une forme de vertèbre (i). Cette disposition existe
(i) L'idée de rencontrer une organisation vertébrale,
lï'ANATOMlli COMPARÉE. 4^7
surtout à sa partie postérieure, qui est \a portion occipitale; à sa partie antérieure, qui est la por-
dans les os de la tète, parait |être*née^dans l'esprit de plusieurs anatomistes à*la fois; le mode^d'investigalion de l'époque et l'état de la science avaient amené celte proposition à maturité.
On attribue à M. Oken d'avoir énoncé le premier, en 1807, quelques idées sur le rapport qu'il aurait trouvé exister entre la conformation des vertèbres qui terminent le racbis du côté de la tête , chez'les 'poissons , et la disposition des pièces osseuses commençant, au même point, la cavité du crâne. Ces premières données seraientimprimées dans un cent intitulé : Ueber die Bedeutung der\Schçedelknoclien ; Jena,
La même pensée avait cependant déjà été indiquée , en i8o5, par M. Bchoin. On lit dans son ouvrage : « Dans l'appareil osseux , on voit la variété de formes que présente le squelette, depuis celui qui consiste seulement en une série de vertèbres semblables, dont la téte paraît n être qu une plus compliquée , jusqu'à celui qui se compose d'une colonne vertébrale, de la tête, de la poitrine et des membres. » (Bubdin, Cours d'études médicales , t. I, p. xvi. Paris i8o3. )
M. Duméiul lut à l'Institut, en 1808 , un Mémoire où la même comparaison fondamentale est également établie. Cet anatomiste, qui, suivant ce qu'en rapporte M. Geoffroy - Saint-Hilaire (Annales des Sciences naturelles , t. III, p. 177) , indiqua une partie de l'analogie de composition reconnue depuis par un certain nombre d'anatomistes entre la tète et le rachis, idée des plus bardies pour le moment, se réduit toutefois dans ses conclusions imprimées, à établir que é seulement sous le l'apport des mouvemens de l'ensemble qu'il considère la téte comme une vertèbre très- développée.
Il admet, dans ce travail , que le trpu, occipital est la continuation du canal racbidien j qu'une^ressemblance parfaite existe entre l'apophyse basilaire jointe au corps du sphé-
'p8 TRAIT1Î GÉNÉRAL
don sphénoïdale y cette ressemblance est beaucoup moins parfaite et ne devient distincte qu'à
noïde et le corps d'une vertèbre ; que les facettes articulaires sont représentées par le condyle simple ou double; les apophyses épineuses et les lames, par la protubérance occipitale, la crête qui la continue en arrière, les irrégularités latérales, et les espaces compris entre ces parties ; enfin, les apophyses transverses par les protubérances mastoïdes. M. Duméril ajoute plus spécialement au sujet des poissons osseux : « La tête nest pas plus mobile sur If échine que les autres vertèbres ne le sont entre elles ; aussi ces animaux, n ont-ils pas de condyles au crâne, mais une cavité' conique située ail dessous du trou occipital , et articulée absolument comme les vertèbres qui suivent. » [Mag. encyclop., 6,3, ann. 1808. Collect. gén., t. LXXV. Ann. des Se. nat.,\., c).
Dès l'année 1 8 1 4 j M. de Blainville , dans le cours qu'il fit au jardin du Roi, en remplacement de M. Cuvîer, avait professé que quatre vertèbres entraient dans la composition du crâne. Les considérations qui ont amené M. de Blainville à établir ces démarcations, entre les pièces osseuses de la tête, sont dues à l'impulsion donnée par ftl. le docteur Gall aux recherches sur l'organisation de l'encéphale. C'est comme enveloppe superficielle de la substance nerveuse, la dure-mère formant elle-même une enveloppe plus profonde, que M. de Blainville les a considérées. Cet anatomisteà fondé l'existence de verlèbres céphaliques, aunombre de quatre, sur la détermination d'un nombre égal de ganglions nerveux avec appareil extérieur, c'est-à-dire servant d'origine, comme ceux que présente à la moelle la naissance de chaque nerf rachidien, aux nerfs qui sortent du cerveau, et dont la plupart lui présentent des racines antérieures et des racines postérieures analogues à celles des nerfs spinaux.
Les limites que cet anatomiste a tracées aux vertèbres de la tète sont les suivantes :
En procédant d'avant en arrière , la première est formée
p'anatomie comparée. 4^9 l'aide d'autres os qui ferment l'anneau supérieurement.
par le vorner et les os prvpres du nez; elle correspond au bulbe olfactif ou ganglion d'origine des nerfs de l'olfaction.
La seconde se compose du sphénoïde ante'rieur et des frontaux ; elle est destinée au ganglion optique (couche du même nom), qui fournit origine aux nerfs optiques, et à l'a quatrième paire (analogues des branches postérieures des nerfs spinaux) , et aux troisième et sixième paires (analogues des branches antérieures).
La troisième est constituée par le sphénoïde postérieur et les pariétaux ; elle est dévolue au ganglion nerveux qui doune naissance au nerf tri facial, ganglion qui forme la pyramide antérieure.
La quatrième est produite par Yoccipital ; elle correspond au corps olivaire et au ruban gris, qui donnent naissance au nerf acoustique ( branches postérieures) , et aux nerfs pneumo -gastrique, glosso-pharyngien et. grand hypoglosse (branches antérieures).
Une partie des idées de M. de Blainville furent publiées en i8j6 dans les Mémoires de la Société philomatique ; les limites qu'il admet sont imprimées dans l'article mammifères du Nouv. dict. d'hisl. nalur. , de Déterville. Paris 1818.
Ces idées reçurent une extension extraordinaire dans l'ouvrage de M. Srrx , partisan extrême de la doctrine des homologistes allemands , c'est-à-dire des analomistes qui veulent retrouver, à travers les différences de conformation des diverses parties du même être, les répétitions des mêmes conditions de disposition et de structure. M. Spix considère l'animal comme formé de deux tronçons , dont l'un est ramassé , c'est la téte ; l'autre est plus distendu, c'est le tronc. Il relrouve dans la tète les analogues des vertèbres rachidiennes ; la mâchoire supérieure lui représente les membres supérieurs; les inférieurs sont reproduits par la mâchoire d'en bas. Le crâne est divisé, par M. Srix , en
2. Vos temporal qui est double et situé en dehors du précédent. Il représente la partie posté-
trois vertèbres qu'il nomme : occipitale ou cranique, pariétale ou thoracique , frontale ou abdominale. La seconde dénomination rappelle l'idée des régions du corps auxquelles il les compare ( Cephalogenesis, i8i5). Ces recherches rentrent dans un système général de la nature qui trouve d'ardens prosélytes en Allemagne, et qui consiste à considérer un plan unique dans toutes lesproductions de lanature. L'animal est la répétition de certaines portions de lui-même, qui en répètent de plus petites. Le globe représente en grand un animal; l'univers représente le globe, elc.
M. Cuvier , en 1817, dans les considérations générales sur les mammifères (Règne animal, t. Ie', p. 73), subdivise leur crâne en trois ceintures formées : l'antérieure, par les deux frontaux et l'elhmoïde; l'intermédiaire, par les pariétaux et le sphénoïde; la postérieure, par V occipital) os auxquels s'ajoutent les temporaux intercalés entre l'occipital , les pariétaux et le sphénoïde.
En 1820 et 1821 , M. Oken, développant ses premières idées, reconnaît à la tête quatre vertèbres; trois au crâne , et. une à la face. Il les limite comme M. de Blainville. Chacune de ces vertèbres est destinée à un appareil de sens. A cause de cette destination , 1V1. Oki.b les désigne sous le nom de vertèbres auriculaire, linguale, oculaire et nasale. ( Jsii, n° 6, année 1820, pag. i552. Esquisse d'un système dJanator?iie, de physiologie , etc- , pag. 41 • Paris , Béchet).
D'autres auteurs ont encore traité des mêmes considérations ; on peut lire à ce sujet Ulric, Opuscule in-4° , savoir : Annotationes queedam de significatione ossiiun capitis-j Berolini apud Dùmmlerum ; Bojanus, dans plusieurs cahiers de l'Isis , année 1818, p. 498 et 1819: Cakus , dans son Lehrbuch der Zootomie ; Leipzig , 1818 , in-8°. Ces citations sont empruntées à M. Geoffkoy-Saint-Hilaire.
La connaissance des élémens dont se compose chaque