‹ Traité général d'anatomie comparée [electronic resource]Chapitre 51 sur 124 · A. POISSONS CARTILAGINEUX · texte numérisé non relu

A. POISSONS CARTILAGINEUX

a. Cyclostômés.

La tète des cyclostômes est fort alongée et se compose de plusieurs pièces successives s'imbriquant en partie les unes les autres d'arrière eu avant et de haut en bas.

La plus postérieure, qui est à la fois la plus, grande de ces pièces, présente une forme trèsirrégulière. Elle a la configuration d'un carré long, et est formée d'une moitié postérieure et d'une antérieure , dont la première est fort compliquée. Elle est un peu plus large, mais plus courte que l'antérieure , se montre convexe en arrière , légèrement concave en avant. A son extrémité postérieure elle se renfle des deux côtés en une éminence osseuse, arrondie; ensuite elle se déploie en un large anneau, descendant obliquement en dehors, dont la cavité est remplie par une membrane, et derrière lequel immédiatement descend un crochet légèrement convexe en dehors et aplati d'avant en arrière.

Dans la fosse antérieure, il existe un os transversal, arrondi, creux, qui s'étend presque dans toute la largeur de cette pièce d'un côté à l'autre.

La moitié antérieure de cette pièce forme une

plaque simple, convexe à sa face supérieure, concave à l'inférieure, terminée par un bord antérieur légèrement concave.

La seconde portion des cartilages céphaliques consiste, en majeure partie, en une lame semblable à celle qui vient d'être décrite; mais elle se termine en avant par un bord légèrement convexe ; elle est un peu plus petite que la postérieure, qui la recouvre dans sa moitié tournée en arrière.

Elle est terminée postérieurement par une pointe mousse , et il naît des extrémités latérales de son bord postérieur une forte apophyse verticale qui se dirige en bas.

Entre cette apophyse et l'anneau de la première portion , qui est la plus postérieure, on trouve une lame transverse , en forme de pelle , aplatie de haut en bas, mousse en avant et en arrière ; elle est unie à ces deux parties au moyen d'un ligament; sa plus grande longueur est d'avant en arrière ; en dehors elle est limitée par un bord convexe, en dedans par un bord concave.

En avant de l'apophyse descendante postérieure, il en existe une autre semblable, mais plus courte, qui est unie lâchement à la face inférieure du deuxième bouclier.

La troisième portion des cartilages céphaliques se compose d'un nombre encore plus considérable de pièces.

La plus antérieure de celles-ci est un anneau

d'anatomik comparée. 447 rond, fort, armé de dents, qui entoure Fou vertore buccale ; il touche par sa partie supérieure au bord antérieur du second bouclier qui le recouvre en partie.

Au point de réunion de ses moitiés supérieure et inférieure est appliqué un os fort, triangulaire, alongé, qui leur est uni mobilement au moyen d'un ligament capsulaire; il se dirige en arrière et en bas, et est situé sous les pièces latérales que nous avons décrites en traitant de la seconde portion.

Au milieu de sa moitié inférieure on voit s'articuler un os mince, un peu plus long supérieurement, qui s'élargit en plaque à sa partie antérieure.

Au-dessus de cette pièce , mais aussi sous l'œsophage, on trouve un cartilage beaucoup plus long, aplati d'un côté à l'autre, fort alongé, apointi en arrière, s'étendant jusqu'à l'origine des organes respiratoires.

Ce dernier supporte à son extrémité antérieure un cartilage court qui lui est uni par un ligament; ce cartilage a la forme d'un Y dont les branches sont tournées en haut ; il est situé entre les pièces latérales, antérieures et courtes de la seconde portion , et remonte vers la pièce moyenne.

-Nmis donnerons la désignation de toutes ces pièces lorsque nous considérerons les os de la télé des poissons osseux.

b. Plagiostôtnes.

Les plagiostômes diffèrent des cyclostômes et entre eux-mêmes; ces différences sont quelquefois très-prononcées. Les caractères les plus généraux de leur tête sont les suivans.

La partie supérieure et postérieure , qui est la plus grande , consiste en un cartilage creux, quadrilatère ordinairement peu élevé et plus ou moins alongé, qui contient, i° l'encéphale; 2° les organes de l'ouïe, de la vision et de l'olfaction. On y peut distinguer très -généralement une face postérieure , une supérieure , une inférieure, deux latérales et une antérieure, ou au moins une extrémité antérieure ou un bord antérieur.

\j&face postérieure de ce cartilage céphalique commun est peu haute, assez verticale; elle contient dans son milieu une ouverture ronde, destinée au passage de la moelle-épinière , et qui conduit dans le canal vertébral: c'est le trou occipital.

A côté et un peu au-dessous de ce trou , on voit, de chaque côté, un condyle qui sert à l'arti culation du cartilage céphalique avec les apophyses articulaires les plus antérieures du rachis; au-dessous on trouve, dans la ligne mé-

n'ANATOMIE COMPARÉE. f<^(J

diane , une surface de forme variée qui correspond aux corps de la colonne Vertébrale.

La face supérieure, large, est, dans une étendue plus ou moins considérable de sa partie moyenne, beaucoup plus mince que dans le reste et que tout le cartilage céphaliqûe en général. Cette partie moyenne peut être désignée sous le nom de fontanelle.

La face inférieure offre à peu près ia même longueur que la supérieure ; elle est simple, sans inégalités, plane ou légèrement concave.

Les faces latérales, pour la plupart moins élevées, sont plus composées. Elles présentent postérieiirement une saillie plus ou moins forte, après laquelle vient une cavité orbitaire le plus souvent considérable, ouverte en avant et en arrière , fermée supérieurement et inférieurement par une partie saillante des faces supérieure et inférieure; il en résulte, en cet endroit, un rétrécissement variable de la tête.

En avant de l'orbite, il existe, de chaque côté, une saillie plus faible, creuse et ouverte en bas, la cavité olfactive qui renferme l'organe de l'odorat.

Ou trouve fort'généralement, si ce n'est constamment, en avant de la cavité olfactive, un cartilage considérable, alongé, transverse, mince et aplati.

De là, la tète se prolonge en un museau terminal plus fort ou plus faible, plus ou moins il 29

/|5o TRA1T1Î GÉNÉRAL

composé, consistant en une portion moyenne et deux latérales, formées chacune de pièces cartilagineuses propres.

La partie inférieure de la tête, qui est aussi la plus petite , est articulée d'une manière mobile avec la précédente, par deux points : i° à sa partie postérieure, latérale et inférieure; 2°*plus antérieurement.

La première facette articulaire est un enfoncement situé derrière l'orbite; la seconde est placée en arrière , et en dehors de la cavité nasale.

Dans l'enfoncement, on voit très-généralement s'articuler, par engrenage, un os simple* alongé, Vos carré, qui est la partie inférieure et externe du temporal.

Cet os est dirigé en avant et en bas; il présente à son extrémité inférieure et antérieure, en avant, sur une éminence articulaire antérieure, un cartilage très-considérable, garni de dents; ce cartilage se dirige en avant; il est uni le plus souvent d'une manière mobile dans la ligne médiane avec celui du côté opposé, et forme avec lui un arceau convexe en dehors et en avant. Immédiatement en arrière de ce dernier, on voit s'articuler avec le premier un autre cartilage également dirigé en avant, qui appartient aux organes de la déglutition et de la res-

d'anatomie comparée.

piration, et que par cette raison je ne décrirai point ici.

Au-dessus du cartilage armé de dents qui vient d'être décrit /on en trouve un autre, ordinairement plus petit, mais semblable, qui lui correspond de haut en bas; il est également garni de dents, qui sont opposées aux premières, et situé sous la partie antérieure de la face inférieure du crâne. Vers le tiers antérieur du bord supérieur de ce cartilage , on voit naître un ligament par lequel il s'attache, à l'endroit déjà indiqué , à la partie supérieure de la tête.

Ces deux cartilages , les plus volumineux de cette région , s'articulent mobilemenï à leur extrémité externe et postérieure; cette articulation permet qu'ils s'écartent l'un de l'autre en haut et en bas, dans les mouvemens nécessaires pour ouvrir et fermer la bouche. Ce point de réunion se divise très-erénéralement en deux moitiés séparées, dont l'interne est formée en haut par une saillie, en bas par un enfoncement, tandis que la moitié externe présente une disposition contraire.

11 s'y ajoute souvent encore quelques cartilages alongés, beaucoup plus petits , qui descendent en se succédant immédiatement à compter du supérieur jusqu'à l'inférieur, et sont unis mobilement entre eux et avec les précédens. Ils sont situés à la face externe de ces deux cartilages; le supérieur et le moyen, si celui-ci

/|5a TRAITÉ GÉNÉRAL

existe, sont dirigés de haut en bas et d'avant en arrière, l'inférieur se dirige dans le sens contraire , de sorte qu'ils se rencontrent, à peu de distance de l'articulation des' deux grands cartilages, sous un angle aigu ou obtus, et peuvent même prendre tous une position parfaitement verticale, si la bouche est largement ouverte.

Les différens genres des plagiostômes offrent, en partie, des modifications fort notables de cette organisation générale de la tête.

La disposition des chimères diffère le plus de celle des autres, et sê rapproche au contraire, sous plusieurs rapports, de celle des cyclostômes, comme cela a aussi lieu pour le rachis.

Toilte la partie supérieure de la tète est ici très-alongée, haute, aplatie d'un côté à l'autre ; elle consiste essentiellement en une lame inférieure, transverse, et en une supérieure, verticale, située dans la ligne médiane.

La portion crânienne est très -petite; elle porte au milieu de sa face supérieure une forte crête longitudinale , verticale. La paroi postérieure descend obliquement en bas et en arrière. Le trou occipital a la forme d'une feuille de trèfle; les condyles sont fort alongés, aplatis d'un côté à l'autre; la partie de l'articulation occipitale qui correspond au corps de la ver-

d'ànatojwe COMPARÉE. /|5?

tèbre forme un enfoncement transversal. La face inférieure est fort concave. Les faces latérales se rencontrent dans la ligne médiane; elles ne sont séparées que par une cloison membraneuse, mince. La face inférieure de l'orbite est très-large; la supérieure est étroite , surtout au milieu; en avant on voit une lame longitudinale, considérable, se détacher transversalement de la lame moyenne et se recourber en dehors ; l'orbite est entièrement ouvert à la partie antérieure. La partie située au-devant des orbites forme aussi un toit escarpé, dont l'extrémité antérieure et inférieure est formée par les fosses nasales, situées très -près l'une de l'autre. De leur angle interne s'élève un petit cartilage mince, en forme d'Y , dont le manche ou le corps est tourné en haut.

La supérieure des deux lames dentifères est soudée immobilement à la portion postérieure et supérieure de la tète; l'inférieure qui est haute , mais étroite, s'articule aussi d'une manière immédiate avec la face inférieure de la tète.

Les cartilages accessoires des deux arcades dentaires sont assez développés; ils touchent par leur extrémité supérieure aux bouts des branches du cartilage en forme d'Y.

Les squales et les raies se ressemblent par

l'aplatissement du crâne; par l'écarlement assez considérable des fosses nasales , entre lesquelles la paroi antérieure de la portion supérieure de la tète n'est fermée que par une membrane mince; par la présence de la fontanelle et du cartilage qui supporte l'arcade dentaire inférieure; mais ces poissons diffèrent par les conditions suivantes.

Chez les squales, la partie moyenne de la surface articulaire qui unit l'occiput et le rachis est un enfoncement arrondi , correspondant exactement aux faces antérieure et postérieure du corps des vertèbres ; chez les raies , c'est au contraire un bord mince et concave ; les condyles sont situés transversalement chez les premiers, verticalement chez les dernières. La tète entière est plus alongée chez les raies , elle est à la fois moins convexe que chez les squales. Les orbites de ceux-ci sont, de tous côtés, beaucoup plus couverts que chez les raies. En avant, la paroi supérieure de l'orbite est percée d'une ouverture qui est surtout fort considérable chez Y ange.

La fontanelle est beaucoup moins distincte dans les squales que dans les raies , à cause de l'épaisseur considérable des parois du crâne. Cette lacune est surtout considérable chezY aigle i de mer et la pastenague commune (/*. paslinaea), où elle occupe presque toute la longueur de la paroi supérieure du crâne ; elle est beaucoup

n\vNATOM[E COMPARÉE. Z}55

moindre chez Yoxyrynque et la raie blanche.

La partie antérieure de la portion supérieure de la tète est beaucoup plus développée chez les raies que chez les squales. Elle l'est au moindre degré chez l'ange (sq. squatina) , où le cartilage céphalique est fortement tiré en travers dans la région de la cavité olfactive, la saillie moyenne étant très -peu considérable et même concave au centre. Cette cavité est formée, chez la plupart des squales, de trois cartilages alongés dont un moyen et deux latéraux, qui se rencontrent dans la ligne médiane. Chez les torpilles il n'y a que les deux cartilages latéraux qui se dirigent parallèlement, en avant à peu de distance l'un de l'autre. Chez la plupart des raies , ces cartilages se réunissent et forment une pointe plus ou moins longue. Cependant chez l'aigle de mer {j'.aquilci) cette partie est plus petite que même chez plusieurs squales.

Les pièces accessoires des cartilages dentifères existent chez les squales, et non, comme il pa raît, chez les raies. Elles, offrent également des variétés. Ainsi il y en a trois chez le griset et Y ange, seulement deux chez la petite roussette (sq. catulus) ; on les rencontre au summum de développement chez l'ange, et au minimum chez la petite roussette , où la pièce moyenne , à en juger par la longueur considérable des deux pièces existantes , semble partagée entre la supérieure et l'inférieure.

456 TttAITÉ GÉNÉRAL

Dans les raies je n'ai pas trouvé de trace de ces pièces, même sur de grands individus.

Les raies et les torpilles, possèdent, en revanche , de chaque côté un cartilage propre , antérieur, alongé, fort développé surtout chez ces dernières, qui est posé sur l'extrémité externe de la cavité olfactive, et se tourne directement en dehors pour s'unir, d'une znanière mobile, avec la région antérieure de la racine de la nageoire.

Chez X aigle de mer ce cartilage n'est que trèspetit , mais large, disposition en rapport avec la largeur considérable de la tête.

La forme la plus particulière de la tête se rencontre dans les zjcgènes. Toute la partie supérieure de cet appareil représente une croix; les parties latérales se distendent de chaque côté, à partir delà cavité olfactive, en formant un angle droit, et constituent un tube large et plat, à l'extrémité externe duquel se trouve inférieurement l'orbite, qui est superficiel et dans lequel chemine le nerf optique.

Vers le milieu de son bord postérieur, on voit se détacher une branche mince qui se porte en dehors et en arrière, et qui à sou extrémité externe se réfléchit de nouveau en avant vers la branche drincipale. La partie antérieure de la branche longitudinale est formée par la pièce cartilagineuse moyenne, et les latérales qui sont situées en avant ; ces pièces, d'ordinaire peu dévelop-

d'anatomie comparée. 4^7 péeschez les squales, sont ici fort considérables. Les pièces latérales, parallèles à la moyenne qui est pins forte, se portent de la base des branches latérales directement en avant, et toutes trois s'attachent avec leur extrémité antérieure , à une grande lame transversalement plus large que le crâne proprement dit. Cette lame n'offre rien de remarquable,

123 bis.

L'organisation des esturgeons forme encore en cela le passage des poissons cartilagineux aux poissons osseux.

La forme de toute la tête est fort alongée , triangulaire ; au-delà même de l'ouverture buccale située un peu en arrière du milieu de sa face inférieure, elle se termine par une longue pointe. La base du tout est cartilagineuse, et sur ce cartilage sont posées des écailles osseuses, qui représentent d'une* manière plus ou moins distincte chacun des os des poissons osseux.

Le cartilage céphalique supérieur se continue en arrière avec le rachis , qu'il déborde un peu supérieurement. A peu de distance en avant de l'extrémité postérieure , la face supérieure descend sans interruption de haut en bas et d'arrière en avant , et présente une ouverture qui conduit à la cavité du crâne. Les faces latérales s'inclinent dans leur moitié postérieure; leur direction est oblique de haut en bas et de

dehors en dedans ; elles affectent un sens opposé dans la moitié antérieure , et se continuent insensiblement avec la face supérieure.

Les orbites sont de faibles enfoncemens fermés en avant par une saillie cartilagineuse qui forme ici le commencement de la moitié antérieure du cartilage céphalique. Ils sont entièrement ouverts en bas et en arrière, et leur circonférence est formée ici et en haut par un seul os, composé de trois branches qui se réunissent sous des angles droits.

Très-près de l'orbite est située la petite cavité olfactive qui est arrondie.

La face inférieure est très-étroite , surtout dans sa moitié postérieure; elle descend obliquement d'arrière en avant dans cette moitié, et monte au contraire dans sa moitié antérieure : il en résulte que toutes deux se rencontrent sous un angle obtus. Elle offre dans sa partie antérieure une forte saillie , longitudinale, moyenne, et deux sillons considérables qui se dirigent à côté d'elle et disparaissent insensiblement en avant.

La portion céphalique inférieure , unie d une manière mobile avec la supérieure, est plus compliquée que chez les plagiostômes.

Le stylet cartilagineux qui s'articule avec la face latérale du crâne existe également ici, mais il se compose de deux pièces cartilagineuses, dont l'une est supérieure, plus grande, et s'élargit

considérablement de haut en bas, et dont l'autre, inférieure, de moitié plus pelite , est dirigée eri avant et en bas; elles sont unies par une articulation mobile. A ces cartilages se joint une écaille osseuse, considérable, large, se rétrécissant de haut en bas , qui est située derrière la pièce supérieure, et s'articule avec le bord externe de la face supérieure du crâne.

La pièce styloïde inférieure s'articule à son extrémité supérieure avec l'os hyoïde, et touche par l'antérieure, à la mâchoire inférieure qui est alongée; elle mesure par conséquent la distance qui sépare ces deux os.

Elle est en outre contiguë , par son extrémité antérieure et plus en avant qu'en dehors, conjointement avec la mâchoire inférieure, à deux pièces sus-maxillaires : l'une de ces pièces est antérieure, étroite, osseuse, et l'autre est postérieure, large , cartilagineuse , beaucoup plus grande; elles s'unissent mobilement en avant entre elles, et dans la ligne médiane, avec leur congénère du côté opposé. Le bord postérieur des deux grandes pièces supporte une plaque rhomboïdale , large; de l'extrémité externe de la pièce antérieure, osseuse , on voit se détacher un os styloïde, mince et court, qui se dirige en haut et en dedans.

Ces quatre pièces sont situées en face de la mâchoire inférieure qui est beaucoup plus pelite; elles sont libres sous la face inférieure du

46o TRA.ITE GENERAL

crâne et forment une plaque large. Vraisemblablement la pièce moyenne, qui est la plus grande, représente le grand os sus-maxillaire supérieur, armé de dents, que l'on rencontre dans les plagiostômes , tandis que les deux pièces antérieures qui sont petites, osseuses , sont les analogues des petits os accessoires externes des squales; la plaque postérieure, moyenne, semble être une pièce nouvelle qui a été surajoutée.

b- Poissons osseux.

La tète osseuse des poissons osseux se distingue d'une manière variée et frappante d'avec les cartilages céphaliquesdes poissons cartilagineux: i° par la forme totale, puisqu'elle n'est jamais aussi aplatie que la tête de la plupart de Ces derniers poissons; 20 par sa composition, qui ne consiste pas, comme chez les cartilagineux , en un petit nombre de pièces , mais qui résulte toujours d'une grande multiplicité d'os. Elle l'emporte même, par cette circonstance, sur la tète des hauts vertébrés, soit parce qu'elle renferme plusieurs os propres, soit que certains points d'ossification, qui se soudent entre eux pendant la vie chez les animaux supérieurs , restent constamment séparés chez les poissons. La plupart de ces os sont immédiatement contigus les uns aux autres, sans mobilité, et unis par des sutures

d'aNATOMIE COMPARÉ!?. i\6 l

écailleuses ; il n'y a que les os antérieurs et inférieurs , entourant et constituant la cavité buccale, qui soient articulés mobilement avec les os supérieurs qui forment le crâne et la partie supérieure et postérieure de la face.

Plusieurs poissons, entre autres le brochet et le saumon, ont une base cartilagineuse très-distincte, conforme au type àeY esturgeon ; cette base supporte les pièces osseuses, seules existantes chez la plupart des poissons osseux. Comme les os de la tète des poissons, sont, couverts de peu de muscles, et par conséquent situés presque librement sous la peau, la forme extérieure de la, tête osseuse est manifeste : nous pouvons d'autant plus passer sous silence les différences qui ont lieu à cet égard , que l'histoire des os en particulier nous fournira l'occasion d'indiquer la part que prend la forme de chacun d'entre eux à la forme de l'ensemble.

L'ordre le plus convenable à suivre dans cette description nous semble devoir consister à commencer par la partie de la tête qui se continue avec le rachis, à étudier à part chaque os susceptible d'être isolé, et à déterminer en même temps d'avance quelle collection de pièces osseuses correspond à un os composé chez les animaux supérieurs, particulièrement chez les mammifères puisque dans la classe des reptiles le nombre des pièces osseuses séparées est presque aussi considérable que chez les poissons ,

et ([lie les os du crâne des oiseaux se confondent d'extrêmement bonne heure en une pièce unique.

/Nous devrons par conséquent commencer par déterminer les pièces qui représentent Vos b asilaire t et spécialement surtout la portion occipitale de cet os.

i Portion occipitale de l'os basilaire.

L'occipital des poissons se compose de quatre pièces osseuses : deux sont impaires et occupent la ligne moyenne; deux sont paires et latérales.

i. Immédiatement au devant de la première vertèbre existe un os dont la plus grande longueur est ordinairement d'avant en arrière, et la minceur la plus considérable de haut en bas; direction dans laquelle il est un peu aplati.

Cet os présente sa plus grande épaisseur en arrière, où l'on rencontre une facette articulaire, encroûtée de cartilage, de forme arrondie, concave, un peu plus large dans le sens transversal que longitudinalement. Le bord antérieur de cet os forme une large suture.

La face supérieure en est plus ou moins concave d'avant en arrière, à chacun des côtes. Les deux bords latéraux de cette face, qui sont larges, et par lesquels elle se continue avec la face inférieure , sont également rugueux. Chez

u'anatomik comparée. 4^3 plusieurs poissons , par exemple l'anguille 'murœna anguilla), il existe, entre les deux concavités latérales, une troisième concavité moyenne , et les bords latéraux ne s'atteignent pas. Chez d'autres, par exemple les congres m. conger), le saumon {salmo salar) , les carpes, il existe à la place de cet enfoncement moyen une forte crête , dont la moitié postérieure présente une disposition rugueuse qui se continue avec les bords latéraux. Cette crête est très-prononcée chez quelques poissons, surtout les turbots {pleuronectes maximus*), le flet {flesus ) , le denté ( sparus macrophthalmus ) , et ia daurade ordinaire (sp. auratus"); mais elle y est interrompue dans sa partie inférieure par une grande ouverture qui résulte vraisemblablement du développement considérable qu'a pris Vostèïde du labyrinthe , situé en cet endroit.

La face inférieure de l'os est convexe d'un côté à l'autre, plane sur les parties latérales; elle offre au milieu plusieurs saillies longitudinales, considérables, très-rapprochées, par lesquelles elle s'engrène dans des enfoncemens i correspondant qui sont creusés dans le corps du sphénoïde , intercalé sous l'os qui nous occupe en ce moment.

Chez les carpes, cet os se prolonge considérablement en arrière et en bas; il forme une apophyse triangulaire, qui est beaucoup plus large dans sa moitié antérieure que dans la pos-

térieure, qui est en outre fort concave et qui supporte une éminence odontoïde large. Dans sa moitié postérieure cette apophyse est fortement comprimée d'un côté à l'autre ; elle est trèsconcave à sa face supérieure, et ne tient au reste du corps que par deux racines larges, séparées l'une de l'autre par une ouverture considérable.

Cet os est évidemment analogue au corps d'une vertèbre. Sa position, sa forme, sa ressemblance avec les corps des vertèbres, son articulation avec l'atlas, la détermination des os du crâne avec lesquels il s'articule, démontrent cette analogie d'une manière si positive, qu'il n'y a qu'une opinion sur ce qu'il doit représenter, c'est-à-dire le corps de la vertèbre occipitale.

2. A côté et au-dessus de cet os existent deux autres os d'une forme irrégulière , mais qui sont généralement composés de trois branches réunies au milieu ; de ces branches l'une est externe, une autre est antérieure, une troisième est supérieure. Chez quelques poissons , par exemple les congres , il s'en ajoute une quatrième qui résulte de la bifurcation de l'antérieure, devenue plus large, en deux autres prolongemens , dont l'interne est le plus petit. Inférieurement cet os présente un bord rugueux, par lequel il s'applique contre le bord également rugueux et supérieur de l'os précédent, et qui, chez divers poissons, offre les mêmes différences que le premier : ainsi dans le cas où l'os précédent a un

d'anatoiuie comparée. 4^5 bord rugueux et moyen , Ja partie postérieure de la rugosité du second os se porte en dedans et en avant, tandis que si c'est la disposition contraire qui se rencontre , il ne s'éloigne que peu de sa direction. Ces deux os ne s'atteignent donc pas sur la ligne médiane dans le premier cas, mais bien dans le second ; ce qui produit ce résultat très-remarquable : que chez un grand nombre de poissons, le corps de l'occipital ne prend pas une part immédiate à la formation du crâne , dans une grande partie de son étendue postérieure; ses deux parties latérales se confondant , comme chez les batraciens , dans la ligue médiane. Chez quelques-uns qui présentent la première disposition, nous citerons spécialement l'anguille ( murœna anguilla ), du moins quelquefois, et le poisson Saint -Pierre ( zeus Jaber), les deux os latéraux se soudent au contraire dans la région supérieure , sur la ligne médiane.

En haut cet os est circonscrit, dans tout son pourtour, par un bord large et rugueux.

Il a une face intérieure, une antérieure, une postérieure et une inférieure, qui sont toutes concaves,, surtout l'antérieure. Ses faces inférieure, intérieure et antérieure font partie de la surface interne de la cavité crânienne ; l'extérieure appartient à la surface externe du crâne. La partie inférieure de cet os est traversée , de ded ans en dehors et d'avant en arrière, par un n 3o

canal considérable qui loge le nerf pneumogastrique, ou au moins une partie de ce nerf.

Cet os s'articule constamment par son bord inférieur avec le corps de l'occipital , souvent aussi avec l'os congénère du côté opposé , par la partie externe de son bord supérieur avec l'os mastoïdien situé au dessus de lui , par la partie interne du même bord avec un autre os qui sera décrit plus loin. Cette pièce de l'occipital offre plusieurs variétés de formes dignes de remarque.

La moindre de ces modifications est le développement de son extrémité supérieure en une espèce de dent ; ce dont on trouve des exemples dans les spares , les orphies (esox bellonè} et les muges ( mugiiy Quelquefois il semble partagé en une moitié supérieure et une inférieure. La supérieure est la pièce ordinaire, qui est ici dentelée ; l'inférieure, fixée comme la première sur le corps de l'occipital, est très-petite, alongée, mince, transversale, et présente une ressemblance frappante avec une côte.

Chez les carpes cet os est percé, à la partie interne de sa paroi postérieure, par une ouverture alongée , très-considérable ; il forme chez ces êtres et dans ce point un anneau entouré en haut et en dedans seulement par un bord étroit ; anneau dont le bord interne se réunit dans la ligne médiane avec celui de l'os du côté opposé.

d'anatomie comparée. 467

Cet os est sans contredit analogue à la portion articulaire d'une vertèbre; cela est démontré par ta forme , la position et les rapports du trou mentionné, qui donne passage au nerf de la respiration. On peut par conséquent donner à cet os, d'après sa position, le nom de pièce latérale, ou latérale inférieure de V occipital, et d'après sa fonction, celui de partie on pièce ar ticulaire de l'occipital.

5. Le troisième os est situé au dessus de la deuxième paire , et entre ou au dessous d'un autre os qui vient en dehors et au dessus dont je parlerai plus loin, sans décider s'il appartient à l'os temporal ou à l'occipital, ou bien si c'est un os propre. Le troisième os touche en avant à la partie postérieure et interne du bord de la clavicule. Il est composé ordinairement d'une moitié supérieure , horizontale , et d'une inférieure, verticale, qui passent l'une dans Tautre sous un angle droit. Sa face postérieure et externe est surmontée au milieu d'une apophyse plus ou moins prononcée , comprimée d'un côté à l'autre qui correspond à la crête occipitale. Chez quelques poissons , par exemple le brochet et les scorpènes , cette apophyse s'élève seulement de la moitié inférieure et verticale de l'os; chez d'autres , par exemple les carpes, les gades , elle existe déjà à la moitié supérieure. Chez les congres (murœna conger) cet os est très-petit et mince, sans apophyse.

M. Cuvier a donné à cet os le nom d'interpariétal, M. Bojanus celui de crête occipitale {crisla occipitis). Bien que ce dernier auteur désapprouve, et peut-être à tort, la dénomination donnée par le premier, le nom qu'il lui substitue ne me paraît pas devoir être admis. Supposons que l'os en question corresponde non-seulement à la partie latérale, mais encore à la partie inférieure de la portion squameuse de l'occipital, ce qui pourrait bien être, puisqu'il est presque toujours situé un peu plus bas que le troisième , celui - ci serait évidemment la partie supérieure de la portion squameuse, qui est située en effet plus ou moins entre le pariétal, et qui dans plusieurs mammifères, par exemple le chat, ne se soude véritablement pas avec l'occipital, mais avec le temporal. Le nom choisi par M. Cuvier est par conséquent trèsexact par l'une et l'autre raison , puisque ce nom, sans déterminer de quel os des animaux supérieurs cet os fait partie, n'en indique que la situation. Supposons que l'os que je vais décrire n'appartienne nullement à l'occipital, comme je le présume , la dénomination de portion squameuse de l'occipital conviendrait mieux que celle de crête occipitale, afin de rappeler son analogie avec l'occipital des animaux supérieurs. Quoique la portion squameuse de l'occipital soit analogue à X apophyse épineuse des vertèbres , on ne peut pas dire que la crête occipitale le soit

d'anatomjjï comparée. 469 aussi, car celle-ci n'est qu'une partie de ladite portion.

La portion squameuse et surtout sa partie supérieure ou l'os interpariétal , présente chez plusieurs poissons , particulièrement chez les spcuvs , les labres, les bodians , les sphy renés, les perches, les mules, les muges (mugil) les castagnoles (brama), les scieries, les scombres, les ésoces , les gades , les cyprins, les coryphènes, une crête plus ou moins élevée , souvent trèsprononcée, mince, tranchante, triangulaire^ verticale, moyenne, dirigée en haut et en arrière.

Cette crête est surtout très-haute dans les castagnoles ( brama ) et les coryphènes , où elle forme la partie postérieure , la plus élevée et la plus longue de la crête moyenne et verticale qui s'élève de la face supérieure du crâne.

Elle est le plus souvent simple ; chez quelques-uns , par exemple le bodianus maculatus, elle s'épanouit, au milieu de sa longueur, des deux côtés en deux crêtes transversales. Chez Y anableps tetrophlhalmus, elle se termine en arrière par deux longues lames assez larges. Chez l'ombrine barbue (sciœna cirrosa) la partie antérieure de la pièce supérieure de la portion squameuse, pièce supérieure qui» est fort grande, n'est pas mince comme de coutume , mais trèsépaisse d'un côté à l'autre et arrondie ; la partie postérieure est au contraire mince et tranchante, comme on la rencontre ordinairement!

Cette crête manque ou est presque insensible chez d'autres, par exemple le loup ou chat marin (anarrhichas lupus) et Y hirondelle de mer.

Le volume de la portion squameuse varie aussi considérablement. Chez plusieurs poissons, surtout le pi/nelodes scheilan, elle est petite en proportion et ne s'étend pas fort en avant, de manière que les pariétaux s'articulent sur la ligne médiane, soit dans la totalité, soit dans la majeure partie de leur longueur.

Chez d'autres au contraire , par exemple le sharmut {silurus anguillaris), les loricaires,\e loup marin {anarrhichas lupus), les labres, les spares, Y hirondelle de mer, l'ombrine barbue (sciœna cirrosay,- cette même portion est tellement développée, que les pariétaux en sont tout-à-fait refoulés sur le côté et sont entièrement séparés.

Quelquefois, surtout chez le saluth {silurus glanis) elle se confond avec les pariétaux ou les anéantit; dans ce cas on n'en trouve point de trace autre que la partie antérieure de la portion squameuse qui s'étend plus en avant que de coutume.

La partie antérieure de la portion squameuse, ainsi prolongée, en avant, est fendue sur la ligue médiane , et forme une espèce de fontanelle dont nous parlerons plus loin avec plus de détails.

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