II. MEMBRES POSTÉRIEURS
Les membres postérieurs des reptiles sont toujours unis au rachis, notamment au sacrum, si ce n'est chez le typhlops crocotatus qui fait exception à cette règle générale (i). L'état le plus incomplet est présenté par les typhlops , Y orvet fragile, les ophisaures et les chirotes. Ces reptiles ne possèdent que quelqus-uns des os pelviens. Cependant je ne commencerai pas la description par les ophidiens, mais par les batraciens , et cela pour les mêmes raisons que j'ai déjà exposées ci-dessus en traitant du membre antérieur. Chez tous les autres reptiles il s'est ajouté au bassin une série d'os qui constituent la base de la cuisse, de la jambe et du pied.
i . Os pelviens.
Le bassin est toujours composé de deux moi- (i) Vovez la noie pag. 658.
tiés latérales qui se rejoignent sur la ligne médiane, excepté chez les orvets , les ophisaures, les chirotes. Le nombre des pièces qui composent le bassin n'est pas toujours le même. Hormis les genres mentionnés, il y en a, autant que je sache, toujours au moins deux pièces, le plus souvent trois. L'os supérieur, articulé avec le sacrum, est l'os iléon {os iliwn) ; l'antérieur et inférieur, est l'os du pubis (os pubis s. pectinîs); le postérieur et inférieur, est l'ischion (os iscliii'). Lorsqu'il n'y a qu'un seul os inférieur, il représente les deux derniers. L'os supérieur et les os inférieurs, ou l'os inférieur, sont toujours unis entre eux pour former la cavité articulaire qui est destinée à recevoir le fémur.
L'os des îles est plus alongé; l'os inférieur ou les os inférieurs , quand il y en a deux , sont le plus souvent plats et larges. L'iléon n'est uni que lâchement, et d'une manière mobile, au moyen d'un ligament capsulaire , avec la face latérale du sacrum.
A. JîATRAClENS.
a. Batraciens utmurt*. u&*^<du §. 2)4.
Parmi les batraciens, ceux qui sont munis d'une queue n'ont que deux os de chaque côté ,
o'anatomie compahée. 655
savoir : un petit os, alongé, dirigé d'arrière en avant, et de haut en bas, c'est Vos des îles; et un inférieur, quadrilatère, horizontal, trèslarge, qui s'unit dans toute sa longueur avec l'os de même nom , du côté opposé. Chez le protée , l'os des îles est très-petit , alongé, tandis que l'os qui représente l'ischion et le pubis, Vischio-pubien, est très-développé, surtout dans le sens de sa longueur; le bord interne en est le plus long. Le milieu de son bord externe, qui est convexe , se rencontre avec l'os iléon , et forme avec lui la cavité eotyloïde. Chez les autres batraciens urodèles , il est proportionnellement beaucoup plus large et plus court. Cette forme , plus alongée chez le protée , se rattache vraisemblablement à l'absence de l'os abdominal qui a été décrit plus haut chez les salamandres. L'os iléon est osseux partout ; l'ischio - pubien l'est seulement chez les salamandres ; chez le protée , il est absolument cartilagineux. Chez les salamandres et les tritons, on voit un rapprochement du protée, en ce que la partie antérieure de cet os est cartilagineuse. Cette partie cartilagineuse est surtout considérable chez les salamandres , où l'os inférieur est aussi plus alongé que chez les tritons.
TRAITÉ GÉNÉHAL
h. Batraciens anoures.
Chez les batraciens anoures , la disposition est extrêmement singulière. Les os des îles sont fort alongés, tranchans supérieurement , un peu plus épais en bas, là convexes, ici concaves; leur partie postérieure est la plus grosse; elle se prolonge en une apophyse antérieure et inférieure , et en une postérieure et supérieure. Ils forment la partie moyenne, qui est la plus grande, de la cavité cotyloïde , et sont soudés par leur bord postérieur, non-seulement avec l'os du pubis et l'ischion, mais même entre eux. U ischion est un os ayant la forme d'un carré alongé, pourvu d'un bord inférieur convexe, situé sous la partie postérieure de l'articulation des iléons , et qui se confond dans toute sa hauteur avec son congénère du côté opposé , de manière à ne former qu'un os. Le pubis est situé sous la partie antérieure de l'articulation des iléons ; il est aplati d'un côté à l'autre, également soudé par sa face interne avec celui du côté opposé dans toute sa hauteur ; il se recourbe en dehors, dans son milieu, pour former la partie antérieure, qui est la plus petite , de la cavité cotyloïde et s'articule supérieurement avec l'os des îles, in— férieurement avec l'ischion.
d'ànatomie comparée. 607
Ces trois os se touchent partout , excepté dans la partie moyenne de la cavité cotyloïde , où l'on trouve une ouverture considérable , qui établit une communication entre l'une de ces cavités et l'autre; ce qui semble être un indice de la séparation des os du pubis et de l'ischion , qui est constante chez les reptiles supérieurs, quoique ces trois os réunis forment une cavité cotyloïde, dont le plancher est exactement fermé.
La connexion antérieure des os du bassin n'est opérée ici que par les os des îles et les ischions ; chez les grenouilles , ceux-ci n'y prennent part que d'une manière à peine sensible ; ce ne sont pas en effet eux-mêmes , mais un petit os , alongé et arrondi, qui est situé entre eux et l'extrémité postérieure de l'articulation des iléons ; chez les crapauds , et plus encore chez le pipa y les ischions forment, au contraire, toute la moitié postérieure de cette connexion.
Uos du pubis n'est qu'un os très-subordonné.
Tout le bassin des batraciens a par conséquent la forme d'un V, à branches très-longues , qui est fort apointi en bas et eu arrière, auquel correspond la pièce coccygienne , unique et longue , située au-dessus.
Toutes les diverses pièces osseuses, qui occupent le même côté du bassin, ne se soudent jamais entre elles.
i. Ophidiens.
Les opliidiens n'ont généralement aucune trace de bassin (1 ) ; il n'y en a des rudimens que dans les genres supérieurs de cet ordre, qui pourraient
(1) Suivant M. Mater, professeur à Bonn, l'ergot que l'on remarque des deux côtés de l'anus chez le boa constrictor et chez d'autres boas, est un véritable ongle dans la cavité duquel existe un petit os demi-cartilagineux, ou phalange unguéale , s'articulant avec un autre os, beaucoup plus fort, qui est caché sous la peau. Ce second os est arrondi ; son corps est recourbé et présente vers sa partie moyenne une apophyse relativement considérable; il s'articule, par un condyle épais, avec la phalange unguéale, et par une apophyse plus petite avec une autre pièce du squelette ; c'est Vos du métatarse. La pièce avec laquelle cet os du métatarse s'articule par son condyle interne est beaucoup plus longue; la surface, au moyen de laquelle celte articulation a lieu , est encroûtée de cartilage et est en rapport avec deux apophyses, dont l'une, située en dehors, est parfaitement ossifiée j dont l'autre , interne , est en partie cartilagineuse; entre ces apophyses il en existe une troisième qui est absolument cartilagineuse; ce grand os se courbe en forme de sabre et se termine par un condyle cartilagineux. Cet os principal est le tibia; les deux apophyses sont des os tarsiens- Des muscles distincts concourent à déterminer ces os.
Cette extrémité' est indépendante du bassin et située sous le muscle transverse de l'abdomen , entre ce muscle et le péritoine ; il n'y a de libre que le tarse , le métatarse et la phalange. Les genres érix, piihon, clotonia, tortri.v sont dans le même cas; il y a seulement plus de difficultés à apercevoir
d'anatomie comparée. 65g être rangés, avec le même droit, parmi les sauriens (1).
la partie libre du membre postérieur. Ces genres sont des phÛnopoiif.s ; d'autres ophidiens ont le membre postérieur cachésous la peau (les cryptopodes). L'orvet {anguis fragilis) et l'ophisaure ( anguis ventralis^ ont été seuls étudiés. Sous ce rapport M. Maycr ajoute à la description qui sera donnée plus loin, que l'os simple dont il fait mention est en rapport, au moyen de fibres ligamenteuses, avec l'apophyse transverse de la vertèbre la plus proche de la dernière côte, qu'il présente une granulation cartilagineuse à son extrémité tournée du côté del'anus jil en conclut que ces parties sont analogues aux membres postérieurs du boa, et qu'elles ne sont pas un rudiment du bassin, mais bien un rudiment de ces membres.
Le genre typhlops est rapproché des genres précédens. Il en est de même des amphisbènes ; dans Yamphisbcena alba il existe un petit os blanc recourbé, assez fort, situé sous la peau et entouré par le muscle peaussier. Cét os est garni, en arrière vers l'anus, d'un rudiment cartilagineux , celui de l'ongle, mais qui est aussi caché sous la peau. Cet os est plus faible et coloré en brun chez X amphisbœna fuliginosa. L ongle moins distinct y existe.
Enfin les familles des chondropodes et apodes ne présentent au plus qu'un filament cartilagineux ou nulle trace de ce membre postérieur. La couleuvre changeante (coluber pullatus) présente un filament cartilagineux, courbé, assez fort. Les espèces venimeuses ne le présentent pas. M. Mayf.r observe que d'une manière générale on peut considérer l'existence d'un rapport inverse entre le développement de la* queue et des membres postérieurs. (Voyez Annales des sciences naturelles , t. "VII, p. ijo. Voyez premier volume de cette traduction , p. 488. ) {Noie des traducteurs.)
(1) Les naturalistes français placent , en effet , les opfiisaures , les orvets , les chirolcs parmi les sauriens.
660 TRAITJÉ GÉNÉRAL
Il se présente sous deux formes. Ou il est un développement du rachis auquel il est alors uni, et c'est la disposition ordinaire, ou il se forme vis-à-vis de la colonne vertébrale, à la face abdominale.
Lapremière forme est présentée par l'orvet (anguis fragilis). Le rudiment du membre postérieur consiste, de chaque côté, en un os unique, alongé, courbe, se terminant par une apophyse à la partie supérieure de son bord postérieur. Cet os est situé dans la rangée des autres côtes, et n'en diffère que parce qu'il est un peu plus volumineux que les côtes immédiatement placées au devant de lui, qu'il est plus gros et plus large que toutes les autres, et est loin d'atteindre son congénère du côté opposé.
Il correspond , en avant, à la clavicule et au scapulum , en arrière à Vos coxal des animaux supérieurs.
Les ophisaures et les chirotes offrent une disposition absolument semblable.
Les typhlops, du moins le t. crocotatus , nous offrent l'exemple de la seconde forme. On voit à la place des membres postérieurs, en avant de l'orifice anal, immédiatement sous la peau, deux os étroits, beaucoup plus petits en proportion du corps entier, dont l'antérieur est un peu plus long que le postérieur. Les deux os antérieurs des deux côtés se dirigent d'arrière en avant et de dehors en dedans, et s'unissent
d'anatomie comparée. 66 i
entre eux à leur extrémité antérieure, sous un angle peu aigu; les postérieurs sont presque parallèles l'un à l'autre , et se portent directement d'avant en arrière.
Ces os sont entièrement séparés et même fort éloignés de la colonne vertébrale; celle-ci n'offre aucun indice de sacrum ou d'os coxal.