Traité général de photographie
Depuis la dernière édition de cet ouvrage les progrès accomplis en photographie sont en nombre assez restreint, et j'ai pu conserver le cadre que j'avais adopte en 1872. Je n'ai dû faire des chapitres entièrement nouveaux que sur la fabrication industrielle du collodion, le procède au charbon, et surtout sur le procédé au gélatino-bromure d'argent, qui révolutionne en ce moment le monde photographique.
J'ai été beaucoup aidé par mes anciens amis Léon Vidal et Gustave De Vylder. Le premier a bien voulu se charger du chapitre concernant les impressions mécaniques; le second m'a puissamment aidé en revoyant tout le volume avec une intelligence dont je me plais à faire ici l'éloge.
Qu'ils reçoivent ici, tous deux, l'expression de ma reconnaissance !
D. v. Monckhov^:n.
Gand, le 30 Mai 1880.
HISTORIQUE
§ 1. Observations des anciens. — Nous connaissons peu d'observations des anciens relatives à l'action chimique de la lumière. Les Egyptiens, qui possédaient des connaissances en sciences naturelles, doivent cependant avoir remarqué l'action de la lumière sur certains corps, sur les plantes, par exemple ; mais les historiens ne nous ont transmis aucun renseignement à cet égard. Les Grecs ont été les premiers à observer le singulier phénomène de l'opale et de l'améthyste perdant leur éclat par un séjour prolongé au soleil. Enfin, nous savons encore que Vitruve, célèbre architecte romain , prenait soin de disposer les tableaux dans des salles exposées au Nord, afin de les préserver de l'efiet du soleil d'Italie, qui en altérait les couleurs.
§ 2. Observations modernes (i). — Chlorure d'argent. —
Bien des siècles s'écoulèrent sans qu'aucun phénomène chimique produit par la lumière ne fût signalé, et ce n'est que dans l'époque moderne que l'on trouve les premières observations de ce genre. Ainsi, c'est aux alchimistes que l'on doit la découverte du changement de couleur du chlorure d'argent blanc exposé à la lumière ; d'après Arago, ce serait Fabricius qui, le premier, aurait signalé ce phénomène en 1566. Scheele, en 1777, découvrit que le chlorure
(1) Le lecteur que l'histoire de la photographie intéresse, f-e procurera l'ouvrage de M. Blanqu ART -Evrard, la Photographie, ses origines, ses progrès, ses transformations, in-4°, de 61 pages, chez Danel, à Lille (1869).
HISTORIQL'E.
d'argent blanc est plus sensible aux rayons bleus et violets qu'aux rayons verts et rouges, et Senebier, en répétant l'expérience de Sclieele, s'assura que dans le violet le chlorure d'argent noircit autant en quinze secondes que dans le rouge en vingt minutes. En 1801, Riter signala l'existence en dehors du spectre solaire, de rayons invisibles qui noircissent rapidement le chlorure d'argent. Bérard observa (en 1812) que le maximum de l'action chimique de ce spectre se trouve dans le violet extrême et décroît graduellement jusqu'au rouge. 11 concentra, au moyen de deux lentilles, les deux parties du spectre qui s'étendent du violet au vert et du vert au rouge. Cette dernière, quoique formant au foyer un point extrêmement brillant, n'amena, en deux heures, aucun changement visible sur un papier revêtu de chlorure d'argent, tandis que l'autre partie noircit ce papier en moins de dix minutes.
§ 3. Nitrate d'argent. — En 1802, le célèbre Wedgwood publia un travail remarquable sur la reproduction des images par la lumière. Voici quelques lignes de ce curieux mémoire : « Si l'on mouille un papier au moyen d'une dissolution de nitrate d'argent, il ne se manifeste aucun changement dans l'obscurité ; mais à la lumière du jour, ce papier change rapidement de couleur, et devient noir après une action prolongée. La rapidité de l'impression est proportionnelle à l'intensité de la lumière ; ainsi, au soleil, il ne faut que deux ou trois minutes, tandis qu'il faut plusieurs heures à la lumière diffuse. La lumière, transmise à travers un verre rouge, a une action infiniment moins active que celle qui a traversé un verre bleu ou violet. » Partant de ce principe, Wedgwood copiait au soleil le profil d'une personne dont l'ombre était projetée sur son papier sensible. Il ne réussit pas à copier les objets dans la chambre noire, son papier n'étant pas assez sensible pour cela ; mais Davy parvint cà copier de cette manière les images amplifiées du microscope solaire. Le nitrate d'argent non impressionné était enlevé par un lavage à l'eau. Nous verrons cependant plus tard que ce fixage était fort imparfait.
§ 4. Recherches de Niépce, de Chàlons. — Niépce parvint, le premier, à copier et à fixer les images qui se forment au foyer de la chambre noire. C'était au moyen du bitume de Judée dissous dans l'essence de lavande, puis appliqué à l'aide d'un tampon sur une plaque de cuivre argenté, que Niépce préparait sa couche sensible. Il exposait ensuite cette plaque pendant huit heures au foyer de la chambre noire, et faisait apparaître l'image en la soumettant à l'action d'un dissolvant composé d'huile de pétrole et d'essence de lavande, lequel enlevait la couche de vernis partout où la lumière n'avait pas agi. La plaque était alors lavée à l'eau et séchée.
HISTORIQUE. 1
Examinée par réflexion, la mince couche blanche de bitume oxidé représentait les grands clairs du modèle, tandis que les parties enlevées par le dissolvant, laissant à nu l'argent poli correspondant aux noirs, formaient les ombres. Comme le contraste entre les noirs et les blancs était peu prononcé, Niépce songea à les renforcer, et employa, à cet effet, le sulfure de potassium et l'iode. Seulement, il ne connut point la sensibilité exquise de l'iodure d'argent, principe sur lequel reposent les procédés actuels.
§ 6. Association de Iliépce et de Daguerre. — Daguerréotype. — Niépce et Daguerre s'associèrent en 1829, dans le but de poursuivre ensemble leurs recherches sur la lumière, et ce fut le 19 août 1839 que l'admirable découverte de la production des images sur plaque d'argent fut livrée au monde savant et artistique. Mais leur procédé était complet bien avant cette époque. 11 a reçu le nom de Daguerréoti/jje et voici en quoi il consiste. Une plaque d'argent poli est soumise, dans l'obscurité, aux vapeurs de l'iode, qui forme à sa surface de l'iodure d'argent, puis exposée à la lumière dans une chambre noire à lentille. Les vapeurs du mercure font alors ressortir l'action (invisible) de la lumière. La plaque est ensuite immergée dans un fixateur de l'iodure d'argent qui, dit-on, était primitivement le chlorure de sodium. La grande différence entre le daguerréotype et le procédé de Niépce consiste dans l'emploi du mercure qui développe l'image (invisible au sortir de la chambre noire). Les images de Niépce et de Daguerre étaient primitivement mal fixées, et ce n'est qu'après que sir John Herschel eut indiqué l'emploi de l'hjposulfîte de soude (14 mars 1839) pour fixer les images sur papier au chlorure d'argent, que ces deux inventeurs parvinrent à rendre leurs épreuves complètement inaltérables à la lumière.
§ 6. Procédé de M. Talbot. — Surpris par l'annonce de Daguerre, M. Talbot, illustre savant anglais mort en 1877, publia immédiatement (mars 1839) et avant que le procédé de Daguerre ne fut publié par Arago, la description de son premier procédé sur papier, qui avait uniquement pour but de copier par application les objets opaques. Son papier était successivement immergé (et à plusieurs reprises) d'abord dans une solution de chlorure de sodium, puis de nitrate d'argent, et enfin séché. C'était donc un papier au chlorure d'argent et au nitrate du même métal. 11 est beaucoup plus sensible à la lumière que celui de Wedgwood et de Davy. Le papier, recouvert de l'objet à copier, par exemple d'une feuille d'arbre, et exposé aux rayons solaires, noircissant là où il n'est pas préservé par l'opacité de la feuille, présentait une image inverse ou 7iégative (fig. 1), c'est-à-dire où l'effet des clairs et des ombres était renversé.
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M. Talbot fixait, paraît-il(l), ses images en les immergeant dans une solution très-concentrée de sel marin. Plus tard, ce sel fut remplacé par l'iiyposulfite de soude. En se servant de l'image négative (fig. 1) comme objet à copier et d'une nouvelle feuille de papier préparé, une image 2)osUh-e est obtenue (fig. 2), puisqu'elle correspond, comme ombres et clairs, à l'objet primitivement copié.
En 1841, deux ans donc après la découverte de Daguerre, le savant analais découvrit un papier fort sensible à la lumière. Il enduisait le "papier de nitrate d'argent, puis d'iodure de potassium, et enfin, de gallo-nitrate cVargent, c'est-cà-dire, d'une dissolution acqueuse de nitrate d'ai^gent additionnée d'acide gallique et d'acide acétique.
11 l'exposait alors à la lumière dans une chambre noire, développait l'image latente dans la solution précédente et la fixait au bromure de potassium. Après avoir obtenu ainsi une épreuve négative, c'est-àdire, où les parties blanches du modèle étaient rendues en noir, il en tirait des épreuves 'positives, au moyen de son papier au chlorure d'argent. Ainsi donc comme Daguerre, Talbot se sert de l'iodure d'argent et d'un fixateur. Mais son dévelopjmteur (c'est-à-dire la substance qui fait sortir l'image) n'est plus le mercure, mais Vacide gallique. A la vérité le mercure en vapeurs développe aussi les images sur papier, mais très-difficilement. Le procédé de M. Talbot, qui a reçu le nom de calotype, est donc fort intéressant. 11 a d'ailleurs servi de type à tous les procédés négatifs découverts depuis (albumine, coUodion, etc.).
(1) RoHERT Hu.NT, llesccirchcs on JJght, 1844, p. 54.
HISTORIQUE
Niépce de CJiâlons, Daguerre, Talhot, sir John Herschel sont donc les inventeurs des méthodes photographiques que nous pratiquons aujourd'hui.
§ 7. Perfectionnement des procédés de Daguerre et de
Talbot. — Divers perfectionnements furent successivement apportés aux procédés dont nous venons de tracer l'histoire ; ainsi en ce qui regarde le daguerréotype, M. Fizeau découvrit l'effet préservateur de l'hjposulfite d'or et de soude sur l'image daguerrienne, que jusqu'alors le moindre frottement enlevait, et MM. Godard et Claudet, en 1841, celui non moins étonnant des substances accélératrices, à l'aide desquelles le temps de pose est réduit à quelques secondes. Le calotype fut perfectionné par M. Blanquart-Evrard qui, croyons-nous, remplaça les pinceaux dont M. Talbot se servait pour étendre les solutions sur le papier, par des cuvettes dans lesquelles ces solutions étaient versées et sur lesquelles le papier était étendu ou immergé, ce qui évitait les taches. De plus, il remplaça le gallo-nitrate d'argent par le nitrate d'argent seul, et développa à l'acide gallique. Legray substitua au papier ordinaire de M. Talbot un papier préalablement ciré, ce qui permit de l'employer à sec.
§ 8. Procédés sur albumine et sur collodion. — La texture inégale du papier fit chercher à le remplacer par le verre. En 1847, M. Niépce de St Victor (neveu de Niépce, de Chàlons), parvint à enduire le verre d'une couche d'albumine, et à produire ainsi des images incomparablement plus fines que celles obtenu sur papier. Il dissolvait un iodure alcalin dans l'albumine et sensibilisait sa couche dans le nitrate d'argent pour poursuivre le reste des opérations comme M. Talbot. Les impuretés que contient l'albumine des œufs rendent ce procédé fort délicat, la couche étant toujours criblée de trous et de points qu'on attribue, mais à tort, à la poussière atmosphérique. Plusieurs années après, sous le nom de collodion sec, M. Taupenot a décrit une méthode (exemple de ces taches) qui consiste à enduire d'abord les glaces de collodion sensibilisé avant de les revêtir d'albumine. Dans ce cas, les impuretés mécaniques de l'albumine qui produisent les taches pénètrent dans la couche sousjacente de collodion, mais cette couche participe de la texture du papier, et les images sont moins fines qu'avec l'albumine seule.
En 1815, Legray indiqua le collodion (solution de coton-poudre dans l'éther alcolisé) comme pouvant remplacer l'albumine, mais il était réservé à Fry et à Archer de publier une méthode précise pour se servir de cette substance. Le collodion, tenant en dissolution un iodure alcalin, est versé sur une glace bien propre. Celle-ci
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est plongée dans une solution de nitrate d'argent, de sorte que par double décomposition il se forme dans la texture de la couche de collodion un iodure d'argent sensible à la lumière. Exposée à la lumière dans la chambre noire à lentille, la couche ne présente encore aucune apparence d'image, mais celle-ci se développe, soit par l'acide galli(|ue, soit par l'acide pyrogallique indiqué par M. Regnault, soit par le sulfate de fer. L'image est fixée comme à l'ordinaire, par l'iiyposulfite de soude. Il restait à découvrir pour ce procédé, ce que Legray découvrit pour le procédé Talbot, une méthode pour l'employer à sec; car sec, l'iodure d'argent emprisonné dans les fibres de la couche de coton-poudre perd sa sensibilité à la lumière. Taupenot indiqua bien la méthode dont nous avons parlé plus haut, mais c'était plutôt un nouveau procédé sur albumine qu'un vrai collodion sec. On essaya, mais en vain, de revêtir la couclif» de substances déliquescentes, incristallisables, dans le but de conserver à la couche sa sensibilité. C'est au major Russell que revient l'honneur d'avoir découvert un vrai collodion sec. M. Russell, après avoir enlevé de la couche sensibilisée le nitrate d'argent (qui en se concentrant par l'évaporation, la crible de cristaux d'iodo-nitrate d'argent), la plonge quelques instants dans une solution de tannin pour la laisser ensuite sécher. Elle conserve alors sa sensibilité et se développe comme à l'ordinaire.
Un progrès important et surtout très-intéressant au point de vue théorique a été introduit dans les procédés secs au collodion. C'est d'abord, l'emploi exclusif des bromures dans le collodion, ensuite le développement de l'image latente par les vapeurs ammoniacales ou l'acide pyrogallique alcalin.
Un second progrès considérable a été introduit ces dernières années dans les procédés négatifs. C'est l'emploi du bromure d'argent tenu en suspension dans la gélatine. On ne saurait dire quel en est l'inventeur, mais nous pensons que M. Kennett, de Londres, a le premier rendu ce procédé applicable aux usages de la photographie usuelle.
§ 9. Procédés photographiques sans sels d'argent. — Dès
le commencement de ce siècle, les progrès de la chimie amenèrent de nombreuses observations de substances qui changent de couleur ou qui s'altèrent sous l'influence des rayons solaires. Parmi ces substances se trouvent en première ligne les sels d'argent, d'or, de l)latine, de mercure, de fer, de chrome. Nous verrons dans le cours de cet ouvrage, les principales applications de ces observations à la photographie proprement dite. Signalons seulement ici le procédé au platine de M. Willis, qui consiste dans la réduction du platine, par
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l'intervention de la lumière et de l'oxalate ferreux. L'image est constituée par du platine pur.
§ 10. Gravure héliographique. — Lithophotographie. —
Deux ans après la découverte de Niëpce et de Daguerre, M. Fizeau eut l'heureuse idée de recouvrir l'image daguerrienne d'une couche de cuivre au moyen de la galvanoplastie. Il obtint ainsi une planche susceptible d'être imprimée, et qui reproduisait grossièrement l'original. Ce procédé fut perfectionné par M. Fizeau luimême. Un mélange d'acide nitrique (chargé d'acide nitreux) et d'acide chlorlijdrique, versé sur la plaque daguerrienne, attaque les noirs en formant un sous-chlorure d'argent violet. L'ammoniaque est employée pour enlever ce chlorure, afin de permettre une nouvelle attaque par les acides. En opérant ainsi plusieurs fois de suite, l'épreuve devient plus profonde et susceptible d'être imprimée. M. Bouvière, en 1850, décrivit un procédé de gravure héliographique basé sur une propriété très-curieuse de l'iodure et du bromure d'argent. En effet, si, au lieu de laver la plaque daguerrienne avec l'hyposulfite pour fixer l'image, on la place dans un bain de sulfate de cuivre en la mettant en communication avec la pile, les parties modifiées par la lumière se recouvrent seules de cuivre. Après avoir oxidé ce dernier et amalgamé la plaque, on la soumet à l'action d'un acide qui dissout le cuivre sans attaquer l'amalgame d'argent. Voilà les procédés primitifs de gravure héliographique. Mais ces procédés, trèsimparfaits, ne sont pas susceptibles d'être appliqués industriellement avec avantage.
Dès 1852, MM. Bareswill, Lemercier, Lerebours et Davanne, reprennent les travaux de Niépce en versant sur une pierre lithographique une solution éthérique de bitume de Judée. La couche sèche reçoit l'impression lumineuse sous un négatif, et est lavée avec l'éther. — On l'acidulé alors, la gomme et l'encre. L'encre prend partout où le bitume, devenu insoluble sous l'action de la lumière, forme réserve et empêche l'action de l'acide. — Tels sont les premiers essais de pliotolitliographie.
En 1853, MM. Niépce de St Victor et Lemaître emploient aussi la méthode de Niépce (au bitume de Judée). La plaque d'argent de Niépce de Chàlons est remplacée par une planche d'acier et l'image produite, creusée par un acide dans les parties où le métal est à nu. Le bitume enlevé laisse donc une planche susceptible d'être imprimée.
En 1854, ce procédé est perfectionné par M. Charles Nègre, qui dore la plaque d'acier après le lavage qui suit l'impression lumineuse, après quoi le bitume insolubilisé par la lumière est enlevé par l'essence. L'or forme les blancs, les parties d'acier mises à nu restent
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^:;eules exposées à l'action de l'acide, puis la planche est encrée et imprimée.
Un second procédé de gravure héliographique repose sur l'observation suivante faite par M. Mungo Ponton : l'acide chromique du bichromate de potasse est plus facilement réduit par la lumière en présence des matières organiques, et principalement de la gélatine, que s'il est seul. M. Talbot, dès 1853, se sert de gélatine bichromatée étendue sur une plaque d'acier qu'il expose à la lumière en y appliquant l'objet à copier. Après l'action de la lumière, il couvre sa I)laque d'une couche mince de résine en poudre, qu'il fond à la lampe à alcool, puis la soumet à l'action du perchlorure de fer qui mord le métal partout où la lumière n'a pas agi. La couche de gélatine enlevée laisse une plaque identique à une plaque gravée. Les épreuves de M. Talbot étaient très-belles, mais ne reproduisaient pas les demiteintes.
Le l*-'"" juin 1855(1), M. Paul Pretsch prend en France un brevet pour des planches d'impression en cuivre galvanique, obtenues sur une couche de gélatine bichromatée exposée sous un négatif à la lumière. Cette couche est lavée à l'eau tiède qui enlève la gélatine non insolubilisée ; de là, production de reliefs et possibilité de produire, par moulage ou galvanoplastie, des planches susceptibles d'être imprimées.
Le 27 août 1855(2), M. Poitevin prend à son tour un brevet sur l'emploi de la gélatine bichromatée. En déposant sur une pierre convenablement grenée un mélange de gélatine et de bichromate alcalin, il suffit d'exposer la couche sèche cà la lumière sous un négatif, pour obtenir un dessin qui retient l'encre grasse dans les parties attaquées , par la lumière, à la façon des pierres lithographiques.
Mais ce qu'il y a de plus important, c'est que M. Poitevin indique un moyen d'obtenir à volonté des moulages métalliques en creux ou en relief : en creux, pour la gravure, en relief, pour les impressions typographiques. Pour cela, la couche bichromatée, après l'insolation sous le négatif, est mise dans l'eau, qui gonfle la gélatine non altérée par la lumière. Sur cette gélatine ainsi gonflée inégalement, on peut obtenir des planches que la galvanoplastie transforme à volonté en planches creuses ou en relief (3).
Le G décembre 1855(4), M. Paul Pretsch prend une addition à
(1) Bicll. Soc. franc. 2)koL, tome II, p. 190.
(2) Bull. Soc.franr. phot., tome I, p. 3()2.
(3) Voir l'ouvrage extrêmement curieux de M. Poitevin, Impression photographique sans sels d'argent, Paris, 18G2.
(4) Bull. Soc. franc, pliot., tome II, p. 190.
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son brevet du P'" juin, ayant également pour objet le relief produit par l'eau sur la gélatine non altérée par la lumière.
Disons encore que MM. Mousson et Rousseau, eux aussi, ont fait usage de gélatine bichromatée, mais leur procédé, basé sur l'emploi successif de l'acide gallique et du nitrate de cuivre (1) n'a pas reçu de perfectionnements subséquents.
En somme donc, l'honneur principal d'avoir introduit la gélatine bichromatée en photographie appartient à M. Fox Talbot, ce qui n'enlève rien au caractère original des procédés de M. Poitevin et de M. Paul Pretsch.
Cette même année 1855 a vu éclore un procédé fort original de gravure par MM. Garnier et Salmon. Une planche de laiton est exposée, dans l'obscurité, aux vapeurs de l'iode, soumise à l'action lumineuse derrière un négatif et frottée avec un tampon de coton imbibé de mercure qui n'attaque que les parties non altérées par la lumière.
Cette lame, soumise au rouleau d'encre grasse, repousse l'encre par ses parties amalgamées, mais y adhère par ses parties libres. Celles-ci forment alors réserve, et la couche, traitée par le nitrate d'argent, donne une planche en taille-douce après qu'on a enlevé l'encre grasse.
Mais si l'on n'enlève point l'encre grasse, et qu'après la première morsure au nitrate d'argent, on fait sur la lame un dépôt de fer galvanique, celui-ci se dépose sur les parties amalgamées, et l'encre enlevée laisse à nu le laiton iodé.
On attaque de nouveau la planche par le mercure qui n'adhère pas au fer. Soumise au rouleau d'encre grasse, celle-ci de nouveau ne prend pas sur le mercure, mais sur le fer.
Si l'on veut une planche typographique, au lieu d'opérer un dépôt de fer, on dépose de l'or, puis on creuse les parties non dorées par un acide, jusqu'à relief suffisant.
Ce procédé est original, mais très-compliqué, aussi n'a-t-il plus aujourd'hui qu'une valeur historique.
De toutes ces méthodes de photolithographie, bitume de Judée, épreuves daguerriennes, laiton iodé, gélatine bichromatée, c'est la dernière qui présente le plus d'avenir, ainsi que nous le verrons dans le cours de cet ouvrage.
§ 11. Épreuves au charbon. — C'est encore à M. Poitevin que l'on doit ce procédé. Un mélange de gélatine bichromatée est
(1) Bull. Soc. franc, phot., 1867, p. 96.
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étendu sur une feuille de papier, bien entendu dans l'obscurité. On expose cette feuille sèche derrière un négatif à la lumière, puis on la recouvre d'une couche uniforme d'encre grasse typographique qui noircit la feuille entière. Celle-ci plongée dans l'eau, laisse apparaître une image positive, car toutes les parties qui ont subi l'action lumineuse retiennent le noir, les autres l'abandonnent.
Ou mieux encore, le noir est mélangé à l'état de poudre avec la gélatine bichromatée mise sur le papier, et après l'insolation, le papier lavé à l'eau chaude laisse une épreuve positive.
Ce procédé a subi des perfectionnements nombreux dus principalement à MM. Fargier, Swan et Johnson. Il porte le nom de procédé au cliarlon et sera décrit avec soin dans cet ouvrage.
§ 12. Épreuves vitrifiées, émaux. — En substituant des poudres vitrifiables aux poudres noires mélangées de bichromate alcalin, M. Poitevin a obtenu des émaux. Ce procédé, modifié par MM. Tessié du Mothaj et Maréchal, a fait une grande sensation en 1867 à l'Exposition universelle de Paris, ces chimistes ayant exposé des vitraux photographiques d'un très-brillant effet.
§ 13. Épreuves héliochromiques. — Wollaston, Seebeck et Davy sont les premiers auteurs qui aient noté qu'une même substance pouvait prendre dans les diverses parties du spectre solaire, des couleurs diverses. Wollaston cite le papier au gaïac, et Davy l'oxide puce de plomb ; mais les teintes obtenues ne correspondent pas aux couleurs du spectre. Seebeck (1810) cite le chlorure d'argent noirci qui devient brun dans le violet du spectre, bleuâtre dans le bleu, rouge dans le rouge et reste blanc dans le jaune. C'est donc à Seebeck que remontent les premières observations sur Vliéliochromie. Sir John Herschel, en 1840, nota également qu'un papier préparé au chlorure d'argent et noirci à la lumière solaire, prenait, sous l'influence du spectre, des couleurs identiques, mais peu vives. Ces expériences n'eurent néanmoins aucun retentissement, tout le monde étant convaincu de l'impossibilité du problème, et d'un simple hasard dans les faits signalés par Seebeck et sir John Herschel. M. Biot était surtout l'un des savants qui niait cette possibilité avec le plus d'autorité. M. Edmond Becquerel (l) (1847-1848) réussit mieux et prépara sa couche sensible en immergeant une plaque d'argent polie dans un bichlorure métallique, ou dans de l'eau chlorée. Il se produit une couche violette de sous-chlorure qui, sous l'influence de verres colorés ou du spectre, prend et conserve l'impression qu'elle a reçue,
(1) Annales de chimie et de physique, 3« série.
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pour autant cependant qu'on la préserve de l'action subséquente de la lumière. M. Niépce de St Victor a fait beaucoup d'essais, soit pour perfectionner la méthode de M. Becquerel, soit pour fixer ces couleurs d'une manière permanente. Ce dernier point est encore à trouver.
M. de St Florent a publié dans ces dernières années (1) une méthode très-curieuse d'héliochromie à l'aide d'un papier imprégné de nitrate d'urane, de chlorure d'argent et de nitrate de mercure.
L'héliochromie, ou, si l'on veut, la reproduction des couleurs, est trouvée. Le fixage paraît être d'une grande difiiculté, mais rien n'en prouve l'impossibilité.
§ 14. Instruments optiques. En 1839, lors de la découverte du daguerréotype, l'on ne connaissait que l'objectif ordinaire de la lunette. Les premiers efforts des opticiens se bornèrent à corriger le foyer chimique de cet objectif, et à le munir d'un diaphragme de manière à en étendre le champ.
En 1841, M. Petzval, de Vienne, publia à l'Académie des sciences de cette ville (2) un mémoire mathématique célèbre et inventa V objectif doîihle qui, avec une ouverture considérable, était complètement aplanètique et avait un champ de 30 degrés.
Les premiers objectifs construits d'après les données de M. Petzval par M. Voigtlânder, à Vienne, eurent une grande vogue et rendirent l'application du daguerréotype au portrait possible avec un temps de pose relativement très-court.
Vohjectif simple primitif fût bientôt perfectionné à son tour. Déjà en 1845, on le construisait exempt de foyer chimique et, en plaçant convenablement le diaphragme, on obtient un champ assez plat, pour que cet objectif embrasse un angle de 30°, avec un diaphragme d'un trentième de la distance focale.
Cependant cet objectif est très-lent et peu propre aux reproductions d'architecture. Ce fut encore M. Petzval (3) qui le perfectionna, en 1858, en plaçant à la suite de l'objectif simple une lentille négative. Le nouvel objectif reçut le nom à'ortlioscope.
L'objectif orthoscopique est aplanétique, trois fois plus rapide que l'ancien objectif simple, embrasse un angle de 40° au moins, mais n'est pas exempt de distorsion. Ce fut M. Dallmeyer(4) qui construisit le premier un objectif aplanétique sous le nom de triplet^ lequel conserve les lignes droites du modèle.
(1) Bull. Soc.franç.]pnot., 1874.
(2) Ahh. Alad. Wïssen., Wien, 1841.
(3) Alad, d. Wissenschaften, XXXI Band,no 18, 1858. Wien.
(4) Journ. of the Phot. Society ^ août, 1860.
HISTORIQUE
Enfin un dernier objectif, encore supérieur au tfiplet, fut introduit (U par M. Adolphe Steinheil, à Munich, et a reçu le nom à!aj)lanat symétrique, parce qu'il est formé de deux lentilles identiques dont l'ensemble est aplanétique.
Tels sont très-brièvement les faits principaux concernant l'histoire de l'optique photographique, faits, il est inutile de le dire, sur lesquels nous reviendrons amplement dans le chapitre concernant les objectifs destinés à la photographie.
§ 16. Applications de la photographie. — Si nous sortons maintenant de l'histoire des procédés photographiques proprement dits, pour examiner celles des applications de la photographie, nous consignerons, en première ligne, la transformation des observatoires météorologiques. On comprend combien il est facile d'enregistrer sur une feuille sensible à la lumière, le mouvement oscillatoire du mercure dans un tube de verre; aussi, des appareils réalisant cet effet ont-ils été installés dans plusieurs observatoires d'Angleterre,
Les sciences naturelles aussi ont emprunté à la photographie son extrême fidélité : toutes les expéditions scientifiques seront désormais accompagnées par un photographe. Les remarquables publications des voyages de circumnavigation de la frégate autrichienne la Novam, celles des frères Schlagintweit, prouvent, en effet, de quelle utilité peut être la photographie au point de vue de l'archéologie, de l'ethnographie, etc. La microscopie aussi est redevable à cet art de reproductions nombreuses. Bien d'autres applications de la photographie ont été faites, particulièrement à l'astronomie. Grâce aux travaux de Bond, Delarue, Secchi, Rutherford, Janssen, la photographie astronomique a fait des progrès considérables, et a été, notamment, largement utilisée en 1874 pour l'observation du passage de Vénus sur le soleil.
§ 16. Mesure de l'action chimique de la lumière. — Des
mémoires importants ont été publiés dans ces dernières années sur ce sujet par MM. Bunsen et Roscoe (2) et Marchand (3). Ces savants se servaient, comme moyen de mesure, d'un mélange de chlore et d'hydrogène. Ils sont arrivés à des résultats très-nets sur l'intensité chimique de la lumière pendant les diverses périodes de l'année et du jour. Nous reviendrons, du reste, sur ce sujet dans le chapitre de cet ouvrage concernant l'optique photographique.
(1) Photog. Correspondenz, Wien, pp. 234 et suiv.
(2) Annales de Poggendorf, tomes 96, 100, 101, 108, 117, 121.
(3) Bull. Soc. f ranr. phot., 1877, p. 311.
HISTORIQUE
§ 17. Emmagasinement de la lumière (i). — Une gravure est exposée à la lumière solaire, rentrée dans l'obscurité où on la tient 24 heures, et plusieurs jours même, puis appliquée sur un papier photographique très-sensible, elle laisse une impression.
Le bois, l'ivoire, la baudruche, le parchemin agissent de la même manière.
Un tube de fer blanc fermé à l'une de ses extrémités et tapissé à l'intérieur de papier blanc, exposé au soleil l'ouverture en avant, fermé, gardé 24 heures dans l'obscurité, laisse lorsqu'on l'ouvre et le place par son ouverture insolée sur un papier sensible, sa circonférence imprimée.
Tels sont les faits observés par M. Niépce de St Victor, faits singuliers qui font croire que la lumière est susceptible d'être emmagasinée et qui ont eu un si grand retentissement en 1857 et 1858,
(1) Comptes rendus deVAcad. des sciences, 1857.