SECTION I. — ACTION CHIMIQUE DE LA LUMIERE
§ 18. Action chimique de la lumière sur les plantes, les sels d'or, etc. — Une plante encore très-jeune étant placée dans une cave, on remarque, à mesure qu'elle se développe, que toutes ses tiges se dirigent, non vers les ouvertures par où entre l'air, mais bien vers celles d'où vient la lumière. Il y a plus : les feuilles de
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cette plante, au lieu d'être vertes comme celles de nos jardins, sont blanches ou légèrement jaunâtres. Mais si Ton vient à la porter au jour, au bout de quelques heures ses feuilles auront verdi sous l'influence de la lumière.
Le chlorure d'or dissous dans l'éther et exposé aux rayons solaires, se décompose lentement et dépose de l'or métallique.
Le cMoTure d'argent blanc noircit à la lumière en perdant du chlore.
Voilà donc des exemples de l'action chimique de la lumière. L'action n'est pas due à une élévation de température, car plaçant le chlorure d'argent, par exemple, dans un liquide dans lequel on plonge un thermomètre, on n'observe pas de changement de température ; d'ailleurs, ce chlorure reste blanc quand on le chauffe dans l'obscurité. La lumière a donc provoqué une véritable action chimique. La liste des substances sensibles à la lumière est extrêmement longue, et il est même à supposer, avec quelque apparence de vérité, qu'il n'existe peut-être pas une seule substance dans la nature qui ne soit pas affectée par la lumière. Ce changement n'est pas toujours apparent, mais souvent les propriétés chimiques sont changées. C'est ainsi que le nitrate mercunque soumis à la lumière, ne semble pas, à la simple vue, changer de propriétés. Cependant l'action de la lumière se décèle par les réactifs chimiques des proto-sels de mercure, qui forment une image là où la lumière a agi. La même chose peut se dire du bitume de Judée qui change à la lumière de manière à perdre sa solubilité dans ses dissolvants ordinaires.
Parmi les corps qui sont décomposés rapidement quand on les expose aux rayons solaires, nous citerons : les sels d'or, d'argent, de mercure, de chrome, d'urane, et une très-grande quantité de substances organiques. Les sels d'argent sont presque tous décomposés plus ou moins rapidement quand on les expose aux rayons solaires. Presque tous ces sels sont blancs, mais il en existe aussi de rouges, de jaunes, de verts, et cette couleur exceptionnelle ne les préserve pas de la décomposition.
Ce qu'il y a de plus curieux, c'est que ce n'est pas la partie éclairante de la lumière qui agit chimiquement dans les exemples que nous venons de citer, car, un verre jaune clair, qui laisse fort bien passer la lumière éclairante, arrête au contraire la lumière cMmique, c'est-à-dire celle qui décompose le chlorure d'or et le chlorure d'argent. Au contraire, un verre violet très-foncé n'intercepte presque pas les rayons chimiques, de sorte que le chlorure d'argent noircit presque aussi vite sous un verre blanc que sous un verre violet, mais point du tout derrière un verre jaune.
ACTION CHIMIQUE DE LA LUMIÈRE. 21
§ 19. Décomposition de la lumière en sept couleurs principales. — Le lecteur sait, sans doute, que la lumière blanche est composée de la réunion de plusieurs couleurs. Un rayon blanc doit donc pouvoir se décomposer en rayons colorés, dans certaines circonstances. La meilleure méthode pour isoler les dilférentes couleurs dont se compose la lumière blanche, consiste à faire tomber un rayon solaire sur une des faces d'un prisme triangulaire de verre convenablement placé. Le rayon primitif est dévié de sa position, et de plus , décomposé en une série de couleurs qui forment , en arrière du prisme, une image colorée, appelée spectre solaire. Ce spectre est composé des couleurs suivantes : rouge, orangé, jaune, vert, bleu, indigo, violet. Le rouge étant moins dévié que le violet est dit moins Tèfmngille,
Si l'expérience est un peu modifiée, un grand nombre de raies noires sillonnent le spectre dans toute son étendue et perpendiculairement à sa longueur. L'étude de ces raies constitue une nouvelle branche de la physique moderne : la spectroscopie. Bornons-nous ici, pour la clarté de ce qui va suivre, à donner une figure élémentaire du spectre solaire, avec ses raies principales, désignées par les lettres A, B, C, etc., qui s'appliquent à certaines raies toujours identiques à elles-mêmes, c'est-à-dire toujours de la même réfrangibilité.
Rouge jaune vert bleu violet
I I M II il II I II I I II l~
ABC B ^ ï a HH' I M O a ÎS T JJ
Fig. 3. — Raies principales du spectre solaire.
§ 20. Action chimique du spectre solaire. — Il est à
remarquer que les substances sensibles à la lumière, exposées au spectre solaire, ne se colorent pas dans toute l'étendue de ce spectre : elles restent le plus souvent inaltérées dans le rouge, l'orangé, le jaune et le vert, tandis qu'elles changent rapidement de couleur dans le bleu, l'indigo et le violet. Ce qui est encore plus curieux, c'est que ces substances, exposées dans l'ultra violet, là où l'œil ne perçoit aucune lumière, s'y impressionnent, et presqu'aussi rapidement qu'en aucun autre endroit du spectre.
§ 31. Action du spectre sur l'iodure d'argent. — Si l'on
soumet pendant un temps extrêmement court à l'action du spectre solaire l'iodure d'argent préparé clans %ine profonde obscurité, l'efiet se limite à une bande très-étroite située très-exactement entre Hy (la 3^ raie du gaz hydrogène) et le groupe G de Frauenhofer. Il est bien entendu que par iodure d'argent, nous entendons ici l'iodure
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formé par double décomposition entre un excès de nitrate d'argent et un iodure alcalin au sein d'une couche de pyroxiline ou de papier.
Il est encore entendu que nous ne parlons pas ici du noircissement direct de l'iodure d'argent par la lumière, mais de la réduction opérée par l'intervention du révélateur au fer ou à l'acide pjrogallique.
Si le temps d'exposition est plus long, l'action s'étend d'un côté jusqu'à F et de l'autre jusqu'à R (dans la partie ultra-violette du spectre) mais le maximum reste toujours en Hy. Si enfin le temps d'exposition est encore prolongé, l'action s'étend jusqu'à D (raies du sodium) et de l'autre côté du spectre jusqu'à U et même au delà.
La limite de l'action du spectre dans l'ultra-violet est d'autant plus éloignée des raies HH' qui constituent l'extrémité visible du spectre que l'atmosphère est plus transparente. Elle dépend aussi de la nature du prisme. Le quartz et le spath d'Islande sont les substances qui absorbent le moins les rayons ultra- violets. L'absorption en est encore moindre si l'on se sert, comme instrument de dispersion de la lumière, d'un réseau tracé sur argent poli.
Dans l'expérience que nous avons signalée en dernier lieu, à savoir exposition prolongée de la couche d'iodure d'argent au spectre solaire, une modification profonde s'observe dans l'image. La bande de l'action maximum qui était située de Ry à HH' (raies du calcium) dans les expériences précédentes (courte exposition) est déplacée de Hy à F(i). Le maximum reste toujours à Hy, et c'est fort heureux, sinon la correction du foyer chimique dans les objectifs photographiques serait impossible. Mais ces expériences éclaircissent l'observation que l'on peut faire tous les jours, à savoir que les couches photographiques exposées dans la chambre noire un temps très-court donnent des images plus nettes que celles qui ont été exposées un temps plus long. C'est que le foyer chimique se déplace, au moins partiellement.
M. Janssen, astronome français, attribue ce défaut de netteté dans les images surexposées à l'irradiation (et nous verrons tout à l'heure en quoi consiste ce phénomène). Il a raison certainement. Mais le déplacement partiel du maximum de l'action chimique de Hy à HH' vers Hy à F en est une seconde cause.
Tout ce que nous venons de dire n'est exact qu'à la condition de préparer les couches à l'iodure d'argent dans une profonde obscurité ou tout au moins dans un cabinet [éclairé par la lumière tamisée à
(1) A vrai dire le phénomène est un peu plus compliqué. En surexposant l'action de Hy à F augmente, mais de Hy à HH' dès qu'elle a atteint son maximum elle diminue ensuite d'intensité. A l'alinéa Solarisation nous reviendrons sur cet ordre de faits.
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travers des verres jaunes. Car si ces derniers laissent passer du bleu, et c'est le cas le plus fréquent, l'action du spectre n'est plus du tout la même, Léon Foucault, d'illustre mémoire, affirmait que l'iodure d'argent était alors ébranlé dans son arrangement moléculaire de manière à se trouver dans un état tout à fait particulier, déjà étudié, il y a bien des années auparavant, par M. Edmond Becquerel.
En effet, nos couches photographiques à l'iodure d'argent exposées pendant un temps très-court à la lumière diffuse du jour, puis soumises à l'action du spectre, peuvent s'impressionner dans l'ultrarouge en même temps que dans le bleu et les parties plus réfrangibles du spectre. Souvent même, l'action s'étend au spectre tout entier.
Seulement, ces expériences sont fréquemment contradictoires, parce que les facteurs qui concourront à changer les résultats ne sont point suffisamment étudiés. Aussi n'est-ce point ici le lieu de nous étendre davantage sur ce sujet.
§ 22. Action du spectre sur le bromure d'argent. — Le
bromure d'argent affecte plusieurs états physiques différents que nous décrirons avec plus de soin dans la suite de cet ouvrage. Disons seulement qu'il existe un bromure blanc, à molécules très-fînes, que l'on obtient par double décomposition entre un excès de nitrate d'argent et un bromure alcalin au sein d'une couche de collodion ou de papier. Il existe aussi un bromure vert (ou jaune verdâtre), dont les particules sont beaucoup plus apparentes, plus fortes, et qui se produit surtout dans le procédé aux émulsions, (Voir Émulsions dans l'index,) Enfin le capitaine Abney a découvert une autre variété de bromure d'argent (l) à particules également très-fortes, donnant des couches bleues par transparence.
(1) Bull. Association belge de photographie, 5^ année, 1878, pp. 118 et 119.
Pour préparer l'autre forme de bromure d'argent en émuision, on opère d'une manière un peu différente : on prend du collodion normal, renfermant le double de pyroxyline que d'habitude, et l'on dissout dans 31 c. c. de ce collodion, 0,13 gr. de bromure de zinc. On y ajoute ensuite, sans aucun soin particulier, d'abord, 2,15 gr. d'azotate d'argent, préalablement dissous dans de l'eau additionnée d'un peu d'alcool, et puis 4 gouttes d'acide azotique concentré; on secoue le tout dans le flacon. Dans cet état, le bromure est grossier et lourd, et il a une tendance à se déposer au fond du flacon ; étendu en couche sur une lame de verre, il transmet de la lumière blanche à cause de sa grosseur.
L'émulsion est alors introduite dans un ballon; on distille les dissolvants jusqu'à ce que le bromure d'argent et la pyroxyline se déposent au fond d'une solution aqueuse d'alcool et d'éther, et que la masse ait pris une apparence visqueuse. On la verse ensuite dans une cuvette, on décante le liquide, et on lave à l'eau pendant 5 à 6 heures, jusqu'à ce que tout excès d'azotate d'argent ait disparu. On exprime autant que possible l'eau, on lave avec de l'alcool, on exprime de nouveau, et l'on
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L'action de la portion la plus réfrangible du spectre (de G à U) sur les diverses variétés de bromure d'argent est la même que celle qui s'exerce sur l'iodure d'argent. Mais il n'en est point de même de la partie la moins réfrangible du spectre. Cette action ne dépasse pas DD' avec le bromure blanc, elle ne dépasse pas A avec le bromure vert, mais avec le bromure Abney elle s'étend bien au delà de A, dans l'ultra-rouge.
Les spectres photographiques du capitaine Abney sont tout à fait extraordinaires. L'auteur de cet ouvrage a eu l'occasion de les voir, et ils s'étendent au delà de la raie A à une distance égale à AG du spectre ordinaire.
Le maximum de l'action chimique du spectre solaire pour les couches au bromure vert et au bromure blanc est identique avec celui de l'iodure d'argent : de H7 (3^ raie du gaz hydrogène) à G. Mais il y a une différence profonde avec l'iodure d'argent si l'action du spectre est prolongée, c'est-à-dire dans les cas de surexposition. Il n'y a point de déplacement vers le vert. En un mot il n'y a point de solarisation, tout au moins dans les limites de la pratique ordinaire et nous verrons bientôt en quoi consiste ce phénomène de la solarisation.
Notre éminent ami le Vogel, de Berlin, a découvert(l) ce fait important que l'addition au bromure d'argent sec d'une substance absorbant certains rayons colorés rend le bromure sensible à ces mêmes rayons. Ainsi l'addition de comlline (aniline jaune) rend la couche sensible aux rayons jaunes du spectre. Le vert d'aniline qui absorbe le rouge, rend la couche sensible au rouge.
Il suffit de l'addition d'une très-petite quantité de cette matière colorante pour produire l'eifet, et il arrive même que, si on l'ajoute en quantité trop grande, l'effet produit est moindre.
Les faits découverts par Vogel ont été contestés par le capitaine Abney et par nous-même. La vérité est que beaucoup de substances colorées n'exercent aucun effet. Il y a certainement quelque chose de vrai dans les faits très-exactement observés par le D'' Vogel, mais il a eu le tort, croyons-nous, d'en faire une loi, alors que les exceptions à cette loi sont très-nombreuses.
redissout la masse dans de l'éther et de l'alcool en employant le double de la quantité de dissolvant primitivement employée pour le collodion normal. Une émulsion ainsi traitée, donne une couche, qui transmet de la lumière bleue (comme celle que j'ai projetée sur l'écran). Il ne s'ensuit pas nécessairement qu'une pareille émulsion soit sensible aux rayons rouges, au moins si l'on n'a pas pris certaines précautions, que nous n'avons découvertes que récemment, mais il est très-probable qu'elle aura cette sensibilité. Les négatifs que voici ont été obtenus avec une émulsion ainsi préparée.
(1) Bull. Soc. franc. phoU, 1874, p. 42, et 1876, p. 23.
ACTION PHYSIQUE DE LA LUMIÈRE
§ 23. Action du spectre sur le chlorure d'argent et les autres substances sensibles à la lumière. — L'action de la lumière sur le chlorure d'argent s'étend de F à l'extrême violet, et il en est de même de la plupart des substances sensibles à la lumière. Mais cette étude est jusqu'ici très-incomplète et voilà pourquoi nous ne nous y arrêtons pas davantage.
§ 24. Pourquoi les objets rouges, jaunes et verts se reproduisent photographiquement. — Nous venons de voir que la plupart des substances sont surtout impressionnées dans la partie du spectre qui s'étend du vert à l'extrême violet et même au delà. Ceci a, pour la photographie, une très-grande importance. On conçoit, en effet, qu'une plaque préparée aux sels d'argent soumise à la lumière derrière un verre rouge, orangé, jaune ou vert, ne sera aucunement impressionnée. De même, tous les objets de la nature qui offrent ces couleurs, doivent se reproduire comme s'ils étaient noirs. C'est bien, en effet, ce qui arriverait si ces couleurs étaient très-pures ; mais, fort heureusement, ce sont aussi ces couleurs qui réfléchissent le plus de lumière blanche diffuse, et c'est grâce à cette lumière réfléchie que les objets rouges, verts, etc. se reproduisent en photographie.
SECTION II. — ACTION PHYSIQUE DE LA LUMIERE
§ 25. Action physique de la lumière sur les plantes et sur le soufre. — Il existe une famille de plantes que l'on appelle Légumineuses. Beaucoup de ces plantes ont des feuilles composées dont les folioles sont articulés sur le pétiole (fig, 4). La nuit toutes ces petites feuilles pendent vers le sol, le matin elles se redressent (D) et sont horizontales.
A midi elles se hérissent jusqu'à se joindre (B), pour redevenir horizontales l'après-midi, et retomber le soir (C). Les sensithes, plantes de serre chaude, et même beaucoup de plantes de nos jardins, présentent ce phénomène d'une manière frappante.
Le soufre, soumis à l'action des rayons solaires sous un écran en papier noir découpé, ne subit à la simple vue
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aucun changement. Cependant l'action de la lumière se décèle par les vapeurs du mercure qui forment un sulfure d'un brun jaunâtre là où la lumière a agi(l).
Les deux exemples précédents sont des preuves frappantes que la lumière peut modifier les propriétés des corps sans cependant déterminer une action chimique. Le dernier surtout est concluant.
§ 26. Ce que l'on entend par « image latente » et « développateur. » — Prenons une plaque d'argent poli et soumettons-la dans l'obscurité aux vapeurs du brome et à celles de l'iode. Elle se recouvre d'une pellicule de bromo-iodure d'argent. Exposons cette plaque à la lumière dans une chambre noire un instant si court que, reportée dans l'obscurité et examinée à la lueur d'une bougie, elle ne laisse voir aucune trace d'impression. Nous pouvons dire qu'il n'y a pas eu action chimique de la lumière, puisque l'effet de cette dernière est de noircir le composé d'argent et que nous n'observons aucun changement. Néanmoins l'image existe, mais elle est latente. On la fait ressortir en plaçant la couche à quelques millimètres d'un bain de mercure chauffé à ÔO''. Les vapeurs se condensent là où la lumière a agi, le mercure est donc un dèmlopj)ateuT de l'image.
§ 27. Développement par les rayons rouges. — Nonseulement le mercure est un développateur, mais la lumière ellemême peut développer l'image invisible au sortir de la chambre noire. Il suffit, pour cela, d'exposer la plaque aux rayons du jour derrière un verre rouge. Partout où la lumière a agi, il se produit une décomposition de l'iodure d'argent sous l'influence des rayons rouges qui traversent le verre et l'image apparaît en entier, (Cette expérience ne réussit pas avec l'iodure d'argent préparé par double décomposition.) Cette découverte est due à M. Edmond Becquerel.
§ 28. Solarisation. — C'est en vertu de la solarisation que le développateur fait ressortir une image d'un maximum d'intensité, pour un temps donné de l'action de la lumière sur les plaques préparées à l'iodure d'argent (et, à un moindre degré, pour le bromure). Elle a été découverte par Moser, de Konigsberg. Il en résulte qu'une lame de daguerréotype ou une feuille de papier à l'iodure d'argent étant exposée à la chambre noire tout juste le temps nécessaire pour produire (par développement) une image très-vigoureuse, on en produirait une plus faible, par une exposition aussi bien moindre que plus grande. Il est utile d'ajouter que déjà la surface sensible est sola-
(1) Garnier etSALMON, Bull. Soc.franç. de phot., 1858.
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risée, c'est-à-dire exposée trop longtemps, bien avant que toute image apparaisse par le seul eflet de la lumière non aidée d'un développateur. C'est donc une preuve évidente que la cause qui produit l'image latente n'est pas chimique mais purement physique, car si c'était une action chimique, plus l'image serait visible par le seul effet de la lumière et mieux le développateur devrait agir pour la rendre intense. Or, telle n'est pas la vérité.
Le capitaine Abney affirme que le phénomène de la solarisation n'est autre qu'une oxydation par la lumière. Mais après avoir lu tout ce que l'éminent physicien anglais a publié à ce sujet, et répété plusieurs de ses expériences, nous maintenons plus que jamais notre opinion, à savoir : que la solarisation n'est qu'un pur phénomène physique.
§ 29. Influence de la solarisation sur la reproduction photographique des objets colorés. — Les objets bleus et violets, ou ceux d'une teinte neutre très-claire (mais point rouge ou jaune) se reproduisent aisément par la photographie, puisque ces couleurs agissent très-activement sur les surfaces photographiques ; mais dépasse-t-on le temps de pose, une partie de l'effet qu'elles ont produit est détruit. Au contraire, les objets rouges et jaunes n'agissent que par la faible lumière blanche qu'ils réfléchissent; il faut donc un temps très-long pour qu'ils se solarisent. En reproduisant photographiquement un objet offrant des couleurs actives (bleu, violet) à côté de couleurs inactives (rouge, vert) et en dépassant fortement le temps de pose, l'action du rouge et du vert sera augmentée et celle du bleu et du violet diminuée par la solarisation. C'est grâce à cet artifice que l'on reproduit les fleurs, bouquets, arbres, etc. Jamais l'effet obtenu ne répond exactement à celui que l'on aurait si l'iodure et le bromure d'argent étaient également sensibles à tous les rayons colorés, mais au moins cet effet est-il de beaucoup supérieur à celui que produirait une exposition à la chambre noire seulement suffisante pour les couleurs actives.
SECTION in. — THÉORIE DES PROCEDES PHOTOGRAPHIQUES AUX SELS d'argent.
§ 30. Leur division en procédés négatifs et positifs. —
Nous savons déjà que les procédés photographiques aux sels d'argent se divisent en deux catégories : P suivant que l'exposition à la lumière de la surface photographique est très-courte et qu'on développe l'image latente par l'acide gallique ou tout autre réducteur ; 2*" suivant que cette exposition est suffisante pour amener un noircissement
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intense. Dans les deux cas, la lumière agit en raison de son intensité et produit des images inverses à celles que notre œil perçoit, c'est-àdire, dans lesquelles les parties blanches sont rendues en noir (voyez figures 1 et 2). Mais comme il faut un temps très-court d'exposition à la lumière pour produire les premières, on s'en sert dans la chambre noire à objectif, et l'on obtient alors un négatif, aussi nommé : dicliè, type (ôg. 1). Quant aux secondes, comme il faut au contraire un temps considérable d'exposition à la lumière, on ne les produit que par le contact avec un négatif k travers lequel les rayons solaires impriment alors un positif (fig. 2) c'est-à-dire une image dans laquelle les blancs correspondent aux parties les plus lumineuses de l'objet primitivement reproduit.
Les procédés aux sels d'argent se divisant ainsi expérimentalement en deux catégories bien distinctes (et nous allons voir que la lumière agit du reste différemment dans les deux), nous adopterons cette division, en appelant les premiers a procédés négatifs » et les seconds <i procédés positif s . »
§ 31. Théorie des procédés négatifs. — Formation de rimage. — Il n'est pas indifférent d'employer un sel d'argent quelconque dans ces procédés. Si la plupart des composés d'argent noircissent à la lumière, il en est peu qui, exposés un temps trèscourt, peuvent alors déceler l'image sous l'influence de l'acide gallique ou d'un autre réducteur. Ceux qui possèdent cette propriété à un très-haut degré sont : Viodnre et le Iromure, On les produit par l'action directe de l'iode en vapeur sur une lame d'argent (dagnerrèotypè)\ ou bien par double décomposition dans la pâte du papier [Talhotypé), la texture d'une couche à'alhmine (procédé sur albumine), de coton-poudre (procédé sur collodion). (Voyez Historique, pages 7 et suiv.)
Il y a ici un point sur lequel nous devons insister. Pour former l'iodure d'argent par double décomposition, on introduit un iodure alcalin dans une surface poreuse, puis celle-ci est immergée dans une dissolution de nitrate d'argent. Or, il se peut que la matière qui constitue la surface poreuse se combine chimiquement avec le nitrate d'argent, et qu'alors nous ayons deux composés d'argent en présence, et même trois, si nous y comprenons le nitrate d'argent en excès qui imbibe ladite surface poreuse. C'est précisément le cas des procédés sur albumine et gélatine, mais non le cas du cotonpoudre (collodion) et du papier
(1) C'est-à-dire non encollé à la gélatine, Valbumine, la toutes substances
qui se combinent avec le nitrate d'argent.
ACTION PHYSIQUE DE LA LUMIÈRE
Remarquons en outre que le composé argentico-organique des deux premiers (albumine et gélatine) peut recevoir une image indépendamment del'iodure d'argent, à la condition d'une exposition suffisante à la lumière. L'expérience prouve que dans ces deux procédés tels qu'on les pratique aujourd'hui, l'addition de l'iodure d'argent exerce peu d'effet, que le temps de pose à la chambre noire à objectif est toujours fort long, et que V image est légèrement msible œcant le dèveloppeme^it à l'acide gallique. La même chose a lieu avec le cotonpoudre ou le papier qui contient des corps organiques capables de se combiner avec le nitrate d'argent, surtout si ces corps sont l'albumine (procédé Taupenot) ou la gélatine (papier encollé, papier ciré). Pour examiner de quelle manière la lumière agit dans les procédés négatifs, nous ne pouvons considérer que l'iodure d'argent parfaitement pur (daguerréotype), ou bien imbibé d'un excès de nitrate d'argent (papier pur, collodion).
Deux théories sont ici en présence pour expliquer pourquoi l'iodure d'argent exposé un temps extrêmement court à la lumière , condense les vapeurs de mercure, ou réunit les molécules d'argent mises en liberté par l'action de l'acide gallique sur le nitrate d'argent en excès :
P C'est une action chimique;
2° C'est une action physique.
La première est adoptée par MM. Bareswill et Davanne qui l'ont présentée dans leur ouvrage Chimie photo graphique avec la clarté et la netteté d'exposition qui les distingue. Voici les arguments sur lesquels ces auteurs se reposent particulièrement :
P Les sels d'argent en général, l'iodure en particulier, noircissent par une exposition suffisante à la lumière en laissant pour résidu de l'argent métallique. Donc, en un temps fort court ils noirciront encore, mais d'une façon invisible. Cependant, dans ce dernier cas, la quantité infiniment petite d'argent sert alors d'élément attractif sur les molécules d'argent mises en liberté par l'acide gallique ou les autres développateurs.
2"" Si cette théorie est vraie, dans certains procédés où l'exposition à la lumière est très-longue, l'image sera visible avant le développement. L'expérience prouve qu'il en est ainsi de l'albumine, du papier encollé à la gélatine, du papier ciré.
3° Enfin leur argument principal réside dans la célèbre expérience de M. Young qui avait exposé une glace albuminée à la chambre noire et l'avait fixée à l'hyposulfite de soude (qui dissout l'iodure d'argent comme on sait) avant de procéder au développement, et qui, malgré cela, avait obtenu une image. Donc, disent MM. Bareswill et Davanne, la lumière a décomposé une petite fraction d'iodure d'argent
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en iode et argent, l'hyposulfite de soude a respecté l'argent, qui sert alors, pendant le développement, de point attractif aux molécules de même métal mises en liberté par l'acide gallique.
Examinons la valeur de ces trois arguments :
P Une glace collodionnée exposée au soleil i/aGoo*" de seconde noircit sous l'influence de l'acide pyrogallique, tandis qu'elle subit à peine un changement appréciable à l'œil en une minute d'exposition directe, soit 120,000 fois le temps où l'image apparaît par un réducteur, et cependant, pour MM. Bareswill et Davanne, de l'argent existerait et donnerait lieu au développement subséquent !
2'' Oui, dans certains procédés l'image est visible au sortir de la chambre noire, mais remarquons-le bien, précisément dans les procédés sur lesquels nous avons appelé l'attention, parce que, outre l'iodure d'argent, il y avait aussi présence d'une matière argenticoorganique. Cette image secondaire n'est pas due à l'iodure d'argent, mais à la matière argentico-organique du papier ciré, de l'albumine, etc.
3" Enfin, le troisième argument, qui fait toute la force de la théorie de MM. Bareswill et Davanne, n'est pas, ce nous semble, plus concluant. Comment se peut-il, en effet, qu'une glace collodionnée, infiniment plus sensible à la lumière qu'une glace albuminée, et exposée le même temps à la chambre noire, ne donne pas de traces d'image si l'on enlève avant le développement l'iodure d'argent par l'hyposulfite de soude? Cela est fort simple. MM. Bareswill et Davanne attribuent la formation de l'image, dans l'expérience d'Young, à la décomposition de l'iodure d'argent. Il n'en est rien, attendu que la glace albuminée donne une image très-vigoureuse sans iodure d'argent, et il en est ainsi dans tous les procédés photographiques où une image est visible au sortir de la chambre noire. Voici ce qui se passe : la glace d'Young est formée d'iodure d'argent et à'alhuminate d'argent; le premier reçoit l'effet de la lumière sans noircir; le second, au contraire, se décompose en un sous-sel brun, soluble dans l'acide azotique et la potasse caustique. L'hyposulfite enlève l'iodure d'argent, soit; seulement il laisse, non pas l'argent métallique, mais l'albuminate noirci qui donne lieu alors au développement.
On le voit, d'après nous, il n'y aurait pas élimination d'argent métallique, ni même, ajoutons-le dès maintenant, pas d'action cliimiquCy bien entendu dans les cas où l'iodure d'argent n'est pas mêlé de composé argentico-organique. S'il restait un doute dans l'esprit du lecteur sur la théorie présentée par MM. Bareswill et Davanne, les faits suivants, pensons-nous, l'éclairciraient complètement.
ACTION PHYSIQUE DE LA LUMIÈRE
P Si la lumière agit chimiquement sur l'iodure d'argent d'une glace au collodion et qu'il se forme, soit de l'argent métallique, soit, si l'on veut, un sous-sel, il est évident que l'acide azotique mélangé de son volume d'eau (qui, comme on sait, dissout instantanément l'argent, surtout s'il est divisé) appliqué après l'action de la lumière, doit le dissoudre. Or, une glace ainsi traitée, lavée pour enlever l'excès d'acide, et recouverte d'un mélange d'acide pjrogallique et de nitrate d'argent laisse développer une image, faible il est vrai, mais cependant très-distincte.
2"" Si l'action de la lumière sur l'iodure d'argent est véritablement chimique, elle doit être proportionnelle à sa durée. En termes plus facilement compréhensibles pour les photographes : s'il faut une seconde pour produire par développement une image vigoureuse, cette image le sera doublement et triplement en deux et trois secondes. Or, nous savons déjà le contraire. (Voyez Solarisation, p. 26.)
3" Une glace, dont l'image vient d'être développée, est traitée par le pernitrate de mercure qui enlève l'argent. Il reste donc la couche d'iodure d'argent, et cependant on peut développer une deuxième et même une troisième image, ce qui prouve que la lumière communique à l'iodure d'argent une propriété particulière (1).
4° Ajoutons enfin que M. Carey-Lea(2) a appuyé une règle sur une couche d'iodure d'argent, et en a développé la trace. On réussit aussi avec un tube de verre que l'on appuie sur la couche.
La simple pression communique donc à l'iodure d'argent la même faculté de développement que la lumière, et c'est bien là, nous l'espérons, une cause physique.
Pour M. Davanne donc, il n'y a, à proprement parler, point de développement, mais un simple renforçage. Pour MM. Carey-Lea, Vogel, Hardwich et pour nous, il y a un vrai développement, une vraie image latente, qui provoqne la décomposition immédiate du nitrate d'argent et du réducteur imbibant la couche.
Ces arguments nous paraissent décisifs. Rapprochons-les de quelques faits fort curieux, découverts par Moser et que nous avons eu l'occasion d'observer plusieurs fois.
a) Une lame de verre est exposée derrière un papier découpé à l'action des rayons solaires ; l'haleine projetée sur cette glace rend l'action visible.
h) Une lame d'argent poli donne le même résultat, mais si, aux vapeurs aqueuses de l'haleine, on substitue celles de mer-
(1) Carey-Lea, Bull. Soc. franc, phot., 1865.
(2) Philadel;phia pkotographer, mars 1866.
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cure, l'exposition aux rayons solaires peut être considérablement diminuée.
c) Une médaille de cuivre légèrement chauffée est placée sur une lame d'argent poli : l'haleine et les vapeurs mercurielles rendent l'image visible, même si l'expérience est faite dans l'obscurité.
d) Si cette médaille est abandonnée un temps très-long sur la lame d'argent poli , l'image formée par l'haleine et le mercure se solarise et peut même être inverse à celle de l'expérience c. Ce fait offre une analogie frappante avec l'action de la lumière sur l'iodure d'argent, action qui tend à se renverser si l'exposition est poussée suffisamment loin, et qui se renverse effectivement si, pendant que l'on développe l'image, on laisse entrer le jour dans le cabinet noir où ce développement se fait.
L'action de la lumière sur l'iodure d'argent des procédés négatifs est donc purement physique, et si, dans quelques-uns, une image se produit par une action cliimique, elle est dîie, non à l'iodure d^ argent, mais à la matière argentico-organique.
Mais quelle est la nature de cette action physique ?
Le D'" Hill Norris et d'autres auteurs pensent que les molécules d'iodure d'argent ont pris des pôles électriques, et que dès lors les vapeurs mercurielles et l'argent se déposent, comme une balle de sureau est attirée par un corps électrisé. Mais, il faut le dire, cette hypothèse est bien hasardée et ne repose pas sur une seule expérience précise. Il y a plus, M. Grove a démontré qu'une glace étant électrisée en certaines parties et exposée aux vapeurs de l'acide chlorhydrique, c'est précisément sur les parties non électrisées que se dépose la vapeur. Quand une glace est d'abord électrisée, couverte d'iodure d'argent et exposée à la chambre noire, le développateur ne fait ressortir aucune image. M. Grove pense donc que l'électricité et la lumière agissent d'une manière opposée sur les surfaces photographiques.
Moser a été plus explicite lorsqu'il a émis ce principe général, basé au moins sur des expériences nettes et claires, que lorsqu'un corps a été touché par un autre, les vapeurs peuvent rendre le point de contact visible. On conçoit, d'après ce principe, que la lumière en un temps déterminé, puisse donner de nouvelles propriétés physiques à l'iodure d'argent ; mais comment conçoit-on que ce temps ne peut être dépassé sans détruire une partie de l'action primitive ? Cet effet négatif est d'ailleurs obtenu avant que l'action chimique ne commence, au moins ne constate-t'On rien qui puisse la faire supposer, alors que déjà la lumière a agi trop longtemps !
Un fait non moins singulier, c'est que certains réducteurs, plus
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énergiques cependant que l'acide pyrogallique et le sulfate de fer, ne développent aucune image, quoiqu'ils libèrent l'argent du nitrate de ce métal. Tels sont, par exemple, les acides hjpophosphoreux et phosphoreux (1).
Avouons-le sans détour, nous ne connaissons pas la nature du changement physique qui se produit dans l'action de la lumière sur l'iodure d'argent. Il est plus que probable que la lumière communique à l'iodure (ou au bromure) d'argent un certain état moléculaire qui modifie ses propriétés, mais jusqu'ici l'exacte définition de cet état nous échappe.
Si, dans les procédés où l'iodure d'argent est pur ou seulement mélangé de nitrate de même métal , la formation de l'image doit être uniquement attribuée à une action physique, il n'en est pas ainsi dans les procédés où un corps argentico-organique est en présence de cet iodure et alors l'action chimique du noircissement du sel d'argent a lieu en même temps que l'action physique. Ce qui en est la preuve, c'est que ces corps argentico-organiques employés seuls donnent des images, et d'autant plus vigoureuses que l'exposition à la lumière est poussée plus loin, sans offrir la propriété de la solarisation , au moins ne l'avons-nous pu constater dans nos expériences.
§ 32. Développement de l'image latente. — Les endroits de la surface photographique frappés par la lumière condensent les vapeurs de mercure (daguerréotype), ou se recouvrent d'argent précipité par l'action du développateur sur le nitrate d'argent en excès qui mouille la couche (procédés humides). Il ne faut pas croire que les molécules d'argent sont mises en liberté par l'influence du réducteur sur le nitrate d'argent et qu'elles vont se grouper sur les parties frappées par la lumière. Les parties de la surface photographique frappées par la lumière déterminent, au contraire, la réaction, sinon il suffirait de poudre métallique en suspension dans l'eau pour développer l'image.
C'est du reste ici la première période du développement de l'image latente. Une fois développée, on peut, à l'aide d'un nouveau mélange de réducteur et de nitrate d'argent, la renforcer, aussi bien après que l'iodure d'argent a été enlevé par un fixateur, que s'il reste dans sa surface. Dans le cas du renforçage, c'est l'argent déposé dans la première période du développement qui détermine de nouveau la réaction, précisément comme un petit cristal déposé dans une solution saturée du sel marin, sert de noyau à la formation de toute une
(1) D. VAN MoNCKHOVEN, Becherckes sur de nouveaux développateurs, 1860.
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croûte de cristaux. En tous cas, ce renforçage ne peut pas s'opérer sur la lame d'argent du daguerréotype, mais seulement sur les surfaces photographiques constituées par l'iodure d'argent préparé par double décomposition.
§ 33. Nature chimique de Timage développée et causes de l'intensité de cette image. — Sur les lames daguerriennes, l'image est probablement constituée par l'amalgame d'argent, mais on ne peut pas s'en assurer parce que les quantités de matière sont trop faibles pour les soumettre à l'analyse.
D'après la théorie du développement que nous venons d'exposer, on pourrait croire que le réducteur libérant de l'argent métallique, l'image doit de même être formée d'argent métallique, cependant il n'en est pas toujours ainsi.
Nous l'avons dit, généralement l'iodure d'argent des surfaces photographiques n'est pas pur, il est souvent mélangé de matières argentico-organiques. Dans ce cas l'image examinée par transparence offre des noirs très-puissants, c'est ce que l'on appelle des négatifs intenses. Or, plus l'iodure d'argent est mêlé de cette matière organique et plus cette intensité de l'image développée est grande, mais moins l'image est formée d'argent métallique, ce dont on s'assure en versant à sa surface du mercure qui s'amalgame avec l'argent, ou mieux, de l'acide azotique qui dissout ce métal.
§ 34. Différences entre le bromure et l'iodure d'argent. Développement alcalin. — Jusqu'ici nous avons toujours parlé exclusivement des couches d'iodure ou de bromure d'argent développées en présence d'un excès de nitrate d'argent. Le développateur est communément le sulfate de fer, l'acide pyrogallique ou l'acide gallique.
Mais les couches lavées d'iodure d'argent présentent avec les couches lavées de bromure d'argent, après dessication, une différence remarquable. Les premières ne laissent développer aucune image avec les réducteurs employés seuls, les secondes, au contraire, en présentent une, surtout si le réducteur est alcalin, par exemple l'acide pyrogallique additionné d'ammoniaque. Il s'opère ici une véritable décomposition du bromure en argent métallique et brome qui semble se combiner avec le révélateur.
§ 35. De l'irradiation photographique. — Si l'on reproduit par la photographie un objet blanc très-éclatant sur un fond noir, l'image de l'objet blanc n'est pas limitée à son contour géométrique, mais elle est entourée d'une auréole qui l'étend d'autant plus loin que l'action de la lumière s'est prolongée davantage.
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Mais il y a plus, c'est que l'image de l'objet blanc est dilatée, elle est plus grande qu'elle ne doit être, et d'autant plus, que la durée de l'exposition a été plus grande.
L'irradiation photographique provient : P du déplacement du foyer chimique au foyer des objectifs (voir p. 22) ; 2" de l'illumination de la couche qui diffuse et propage la lumière ; S*' de la diffraction au foyer des objectifs.
M. AngotlU attribue la cause de l'irradiation uniquement à la diffraction qui a pour effet, comme le savent les astronomes, d'étendre les images des étoiles en disques d'un diamètre sensible. Mais si la diffraction était l'unique cause de ce phénomène, il faudrait que les objectifs à large ouverture, c'est-à-dire les objectifs d'un grand diamètre par rapport à leur distance focale, donnassent moins d'irradiation que les objectifs à long foyer, et dans la proportion du carré des ouvertures. Or, tel n'est pas le cas. Voilà pourquoi nous ne pouvons pas admettre avec M. Angot, que la diffraction est l'unique cause de l'irradiation.
§ 36. Le fixage. — Le fixage consiste dans l'élimination de l'iodure d'argent (et de la substance argentico-organique s'il y en a). On se sert à cet effet d'hyposulfîte de soude ou de cyanure de potassium. Le dernier attaque l'image, car non-seulement il dissout la combinaison argentico-organique, cause de l'intensité de l'image, mais encore sous Vinjluence de Vair, il oxyde l'argent métallique lui-même, de sorte que les légers détails de l'image disparaissent sous son influence.
Quand le fixateur est enlevé par l'eau, l'image photographique est complètement achevée.
§ 37. Théorie des procédés positifs. — Nature de l'image.
— L'on n'emploie, dans ces procédés, que le noircissement direct du chlorure d'argent; quant à l'iodure et au bromure d'argent, ils donnent des épreuves positives grises, ayant la couleur de l'argent précipité. Au reste, ces deux substances ne prennent pas un ton aussi foncé, quoiqu'elles noircissent vite^ surtout le bromure.
Nous savons déjà que le chlorure d'argent se forme dans la texture du papier par double décomposition entre le chlorure de sodium et le nitrate d'argent, mais qu'on laisse toujours un excès de nitrate, parce que le noircissement est alors plus rapide et plus intense. On associe même une troisième substance à ces deux, l'albumine; de sorte que
(1) Bull. Soc. franc, phot., 1876, p. 272.
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chacune d'elles, prise isolément, peut donner une image. Nous avons donc à examiner l'action de la lumière :
P sur le chlorure d'argent;
2° sur le papier au nitrate d'argent ;
3" sur l'albuminate d'argent.
Chlorure d^argent. Le fait que le chlorure d'argent noircit dans l'acide azotique, doit indiquer clairement que cette substance subit autre chose qu'une simple élimination de chlore avec dépôt d'argent, puisque l'argent est soluble dans l'acide azotique. D'un autre côté, il est hors de doute que le chlorure d'argent noirci à la lumière se dissout en grande partie dans l'acide azotique, en laissant un chlorure violet trop riche en chlore pour correspondre à la formule Ag2 CKO. De ce dernier fait nous concluons, avec MM. Bareswill, Davanne et Crookes, qu'il se forme principalement de l'argent métallique; mais du premier, qu'il s'y trouve aussi un sous-sel en petite quantité.
Papier au nitrate argent. Ce papier, en noircissant à la lumière, élimine l'argent métallique du nitrate.
Albuminate d'argent, M. Hardwich a fait avec cette substance des expériences fort curieuses. Il la préparait en versant du blanc d'œuf dans une solution de nitrate d'argent. Le produit blanc noirci à la lumière est soluble dans l'acide azotique et la potasse caustique (qu'il colore en rouge). L'action de la lumière sur ce composé n'est donc pas une réduction d'argent métallique, mais donne lieu à un sous-sel qui reste combiné avec la matière organique. La gélatine produit des effets analogues.
De l'ensemble de ces divers faits, on peut conclure : que la lumière forme sur le papier au chlorure d'argent une image dont l'argent métallique constitue la principale base ; sur papier chloruré et albuminé, outre ce produit, une combinaison organique dans laquelle l'argent n'existe pas à l'état métallique.
§ 38. Théorie du virage et du fixage. — M. Talbot (voyez Historique, p. 7) fixait par l'hyposulfite de soude l'image sur son papier au chlorure d'argent, mais aujourd'hui on la dore préalablement, parce que dans ce cas elle est moins sujette à s'altérer sous l'influence des agents oxydants et sulfurants de l'atmosphère. Les bains de dorure (ou de virage comme on les appelle) sont analogues
(1) Le chloro-valérate d'argent étant dissous dans l'acide azotique abandonne, sous l'influence de la lumière, un chlorure d'argent violet (M. Stas).
Le monochloracétate d'argent dissous dans l'ammoniaque, abandonne, dans les mêmes circonstances, des cristaux violets de chlorure d'argent, dont la composition est variable, mais que l'acide azotique ne blanchit pas (D. Y. M.).
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aux bains découverts par Elkington, c'est-à-dire des aurates alcalins. Une épreuve au chlorure d'argent noirci à la lumière (formée donc en grande partie d'argent métallique) s'y dore sans que l'on sache la réaction qui a lieu, et l'or divisé étant pourpre, l'image prend cette couleur. Si les épreuves albuminées se dorent plus difficilement que les épreuves chlorurées simples, cela provient de ce que l'albuminate noirci par la lumière n'est pas de l'argent métallique.
Quant au fixage, sa théorie est de la plus grande simplicité. Fixer une épreuve consiste uniquement à enlever tout le chlorure d'argent blanc non altéré et le sous-chlorure s'il en existe. Or, l'hjposulfite de soude transforme le premier en sel double (hyposulfite de soude et d'argent) qui se dissout dans un excès de ce sel, de même que le second qu'il dédouble en argent métallique et en chlorure ordinaire. C'est à cette dernière action qu'est dû le changement de couleur d'une épreuve immergée dans ce sel ; en effet, le chlorure violet se transformant en argent métallique, de plus, le liquide enlevant le chlorure blanc interposé entre les molécules de l'argent réduit, un changement de couleur en est l'effet naturel.
§ 39. Altération des épreuves positives. — L'expérience a démontré :
P Qu'un bain d'hjposulfîte de soude qui a servi à fixer un grand nombre d'épreuves, peut virer une épreuve (c'est-à-dire lui donner une couleur agréable à l'œil) sans que l'on ait besoin de recourir au virage préalable à l'or. Dans ce cas, les images sont sujettes à s'effacer par le temps, ou tout au moins à se transform.er lentement en épreuves d'un aspect jaune, aspect malheureusement connu de tout le monde. Ce fait s'explique par la décomposition de l'hjposulfite d'argent (formé par les sels d'argent contenus dans la texture du papier au contact du fixateur) en sulfure de ce métal. Il se produit d'autant plus facilement qu'on immerge un plus grand nombre d'épreuves en même temps dans le fixateur, ces épreuves se sulfurant localement faute d'un contact suffisant avec le liquide.
2" Qu'un acide faible, ajouté à l'hjposulfite, lui communiquait exactement les mêmes propriétés. Les acides, en effet, libèrent de l'hjposulfite de soude une certaine quantité de soufre qui se combine avec l'argent métallique constituant l'image.
3° Qu'une épreuve abandonnée longtemps dans l'hjposulfite de soude jaunissait, et que le produit formé sur le papier consistait en sulfure d'argent. Ce fait est constaté, mais son explication nous est inconnue.
Un grand nombre d'épreuves passées ont été analjsées, et dans
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toutes, on a constaté la présence du soufre, qui paraît donc être la cause de l'altération des épreuves positives sur papier. Cela paraîtra hors de doute lorsqu'on saura que MM. Davanne et Girard ont prouvé par l'expérience ce fait curieux : qu'une épreuve formée d'argent pur, et sulfurée par l'hydrogène sulfuré humide ou tout autre sulfurant, devenait jaune comme les épreuves sortant des vieux hyposulfites ou séjournant trop longtemps dans l'hjposulfite neuf. Ce fait est fort extraordinaire, car le sulfure d'argent est le composé le plus stable d'argent que l'on connaisse ; il constitue dans le sein de la terre de grandes masses minérales qui, cristallisées ou amorphes, ne paraissent pas subir d'altération à l'air.
La grande division de l'argent dans les épreuves positives doit être cause de leur sulfuration à l'air ; le sulfure d'argent est noir, il est vrai, et non jaune, mais ce sulfure noir jaunit en subissant une modification moléculaire. Les épreuves virées à l'or (dorées en d'autres termes) sont certainement plus fixes que celles formées par l'argent pur, mais l'expérience a prouvé qu'elles n'étaient pas réellement inaltérables.
Ce qui prouve bien que ce n'est pas seulement l'emploi de l'hyposulfite de soude qui est la cause de l'altération des épreuves positives aux sels d'argent sont les faits suivants :
P Certaines épreuves mal lavées résistent très bien à l'action du temps, d'autres admirablement lavées s'altèrent.
2" Des épreuves fixées à l'ammoniaque ou au cyanure de potassium s'altèrent tout aussi vite que celles fixées à l'hyposulfite.
3° Les épreuves au collodion chlorure d'argent quoique fixées à l'hyposulfite ne s'altèrent point du tout. L'auteur de cet ouvrage possède un grand nombre de ces épreuves faites il y a douze ans, et pas une seule ne s'est altérée.
De ces épreuves figurent dans les collections des journaux photographiques allemands les Mitilieihmgen de Berlin et la Correspondenz de Vienne. Elles sont aussi fraîches que si elles étaient faites d'hier.
La théorie acceptée qui consiste à attribuer l'altération des épreuves aux hyposulfites ou à l'insuffisance des lavages n'est donc point admissible.
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SECTION IV. — THÉORIE DES PROCEDES PIIOTOGRA.PPIIQUES SANS SELS d'argent.
§ 40. Action réductive de la lumière. — Le plus souvent l'actioii de la lumière consiste dans la réduction des corps soumis à son influence. C'est ainsi que les sels métalliques au maximum sont réduits au minimum, et ce cas est fréquent dans les sels des dernières sections, à partir du manganèse et du fer. Si ces sels sont colorés, comme le chlorure de chrome, l'iodure de mercure, l'action est visible ; mais si ces sels sont incolores ou faiblement colorés, comme le bichlorure de mercure, le nitrate d'urane, l'action est invisible et n'est décélée que par des réactifs qui agissent sur les sels au minimum sans exercer d'effet sur les sels au maximum,
Si le sel au minimum formé contient un métal de la dernière section, ce dernier est réduit; c'est ainsi que le perchlorure d'or est réduit d'abord à l'état de protochlorure, puis à l'état d'or métallique. Les corps avides d'oxygène accélèrent dans ce cas la réduction, et, pour le chlorure d'or, par exemple, l'action est bien plus rapide en présence de l'acide oxalique, d'un formiate alcalin, etc. Ces corps réducteurs peuvent même, sous l'influence de la lumière, mettre le métal en liberté dans certains sels qui ne sont pas réduits à l'état métallique sans leur présence, tel est le cas pour les sels de mercure.
Il en est encore de même de l'action de la lumière sur les bichromates. L'acide chromique est réduit à l'état d'un sel d'un ordre d'oxydation moins élevé. Dans le cas des épreuves au charbon, ce sel de chrome au minimum rend la gélatine insoluble, et la matière colorante mêlée à cette gélatine est retenue dans la couche. L'eau chaude dissolvant la gélatine non altérée, une image fixée en est la conséquence.
§ 41. Action oxydante de la lumière. — La lumière produit parfois une oxydation, par exemple des essences, des bitumes, des résines. C'est ainsi que sont produites les images sur acier enduit de bitume de Judée, images qui ne se forment pas dans le vide ou dans un gaz tel que l'azote ou l'hydrogène.