SECTION V. — FIXAGE ET LAVAGE DES EPREUVES
§ 328. Fixage. — Préparez la solution suivante :
Eau 4 litres.
Hyposulfite de soude 1 kilogr.
Versez-la dans une cuvette, immergez-y les épreuves ttne à une, et pas en trop grand nombre, et laissez-les y de 10 à 15 minutes. Elles y dévirent comme on dit, c'est-à-dire que leur teinte bleue passe au rouge. D'ailleurs, en séchant, l'épreuve change encore de couleur.
Un kilogramme d'hyposulfite de soude ne doit pas servir à fixer plus de 20 épreuves de 44 X 57, ou un nombre de petites épreuves équivalant à cette surface, sinon les épreuves seraient sujettes à jaunir sous l'influence subséquente de l'air et de la lumière.
L'épreuve imparfaitement fixée, examinée par transparence, contre le jour, laisse apercevoir un poivré général dans les blancs. Il ne faut enlever la feuille du bain fixateur que lorsque ce caractère a disparu.
§ 329. Lavage des épreuves. — L'expérience a appris combien il est difficile d'enlever des épreuves positives sur papier, les dernières traces d'hyposulfite ayant servi à les fixer. Parmi les nombreuses méthodes proposées pour effectuer l'enlèvement complet de ce sel (dont la présence a, comme on sait, pour effet la destruction lente de l'épreuve qui passe au jaune), nous citerons :
1° Le lavage mécanique de l'épreuve, à l'aide d'eau qui tombe en pluie continue de 1 ou 2 mètres de haut sur les épreuves placées à plat sur un châssis rentoilé (toile à larges mailles). Par ce procédé, l'eau pénètre mécaniquement le papier et en chasse Thyposulfite en moins d'un quart d'heure ;
2° Le moyen ordinaire qui consiste à immerger les épreuves dans une grande cuve remplie d'eau en communication avec le robinet d'une fontaine qui donne pendant huit ou dix heures un courant d'eau continu. Après quoi, les épreuves sont séchées par suspension.
§ 330. Montage de l'épreuve. — L'épreuve positive bien sèche est placée à plat sur une table, recouverte d'une glace calibrée (ovale, carrée, ou de toute autre forme) et découpée avec un canif, ou contournée avec un crayon et découpée à l'aide d'une paire de ciseaux.
On l'enduit par derrière de colle à l'amidon (1), puis on l'applique
(1) Colle d'amidon. — L'amidon est de toutes les substances connues celle dont
ÉPREUVES POSITIVES SUR PAPIER
sur le bristol, sur lequel on la laisse sécher pour la passer alors à travers le cylindre à satiner, dont nous parlons ci-après.
§331. Cylindre à satiner. — Le cylindre à satiner est représenté fig. 154. Cet appareil est composé d'un cylindre de fer aciéré dont les extrémités sont mobiles dans un sens verticical.
L'autre partie de l'appareil se compose d'une plaque d'acier poli, qui reçoit un mouvement de va-et-vient d'une roue à dents commandée
Fig. 1 54, — Modèle de presse à satiner.
par une roue plus petite, mue à son tour par un volant. Au-dessus de la plaque d'acier, il y a un cylindre en fer de fonte sous lequel elle passe.
l'usage semble le plus favorable pour le montage des épreuves. La gomme arabique et la dextrine sont sujettes à surir, à cause du sucre de glucose qu'elles contiennent toujours, et causent alors l'altération de l'épreuve positive, surtout dans les endroits humides. La gélatine n'est pas meilleure.
L'amidon de blé, de pommes de terre, de riz peut être employé pour la colle. Pour le mettre en empois, on commence par le mélanger intimement avec un peu d'eau froide dans un mortier de porcelaine, on le pulvérise avec un pilon de manière à en obtenir une masse pâteuse homogène, après y avoir ajouté i/io^ du poids de l'amidon d'alun en poudre, puis on verse peu à peu cette pâte dans l'eau bouillante, en remuant constamment, jusqu'à ce que l'empois ait la consistance voulue.
Pour le préserver de la fermentation on lui ajoute, par litre, 10 gouttes d'une solution de 1 partie d'acide phénique dans 10 d'eau.
Veut-on augmenter considérablement les propriétés adhésives de cette colle, la formule suivante est à recommander. Dans un litre d'eau dissolvez 100 grammes de gomme arabique, j^ortez le liquide à l'ébullition, ajoutez-y de la pâte froide d'amidon pour lui donner la consistance voulue, et puis ajoutez l'acide phénique. C'est donc la même pâte que la précédente, mais à laquelle on a ajouté de la gomme arabique.
Lorsqu'on fait usage de la colle d'amidon, il faut toujours vérifier si elle n'est pas acide, en y trempant un papier bleu de tournesol. Si elle l'est, il est indispensable de lui ajouter de l'ammoniaque jusqu'à réaction alcaline.
PAPIER ALBUMINÉ.
Sur cette plaque d'acier on dispose, comme le montre notre figure, les épreuves à satiner. Serrant les vis, puis, communiquant le mouvement, la plaque d'acier se meut en faisant tourner le cylindre. Une pression considérable est exercée ainsi uniformément sur toute la surface des épreuves, et après deux ou trois mouvements de vaet-vient, on serre un peu plus le cylindre contre la plaque d'acier et on recommence.
Quand on veut satiner très-fortement une épreuve, il est bon de commencer par une faible pression, en l'augmentant chaque fois d'un peu. On atteindra ainsi un glaçage beaucoup plus puissant qu'en serrant fortement les vis de prime abord.
Quand on ne se sert pas constamment de la presse, il est bon de desserrer les vis de pression, qui font appuyer le cylindre contre la plaque d'acier, afin de dégager le cylindre et d'annuler la forte pression exercée sur la plaque d'acier.
§ 332. Satinage à chaud. — On fait aujourd'hui des cylindres à satiner à chaud. Il en existe de divers modèles. Celui de M.Entrekin, de New-York, semble le meilleur. Celui de M. Werton est également fort apprécié.
La plaque est en acier poli et fixe. L'image est entraînée par un rouleau sur un couteau poli fortement chaufie. Elle acquiert ainsi un brillant beaucoup plus grand qu'à l'aide de la presse à satiner ordinaire. Mais, pour bien réussir, il faut que les images soient faites sur papier fortement albuminé.
§ 333. Retouche des épreuves positives. — Après le cylindrage de l'épreuve, il faut boucher les petites taches accidentelles de l'image et souvent procédér à une retouche complète. Il est nécessaire, pour que le pinceau prenne sur la couche d'albumine, de dépolir celle-ci. Pour cela, on gratte, à l'aide d'un canif, un os de sèche (que l'on trouve chez tous les marchands d'objets spéciaux à la peinture), de manière à obtenir quelques pincées de poudre blanche. A l'aide d'un tampon sec on frotte fortement cette poudre sur la surface de l'image, qui se dépolit.
On peut maintenant la retoucher et même l'enluminer avec des couleurs liquides à l'aniline ou à l'albumine. En tous cas, la retouche des trous blancs est toujours indispensable.
§ 334. Vernissage à Tencaustique. — Quand bien même les épreuves ne devraient pas être retouchées, encore faudrait-il les frotter à la poudre d'os de sèche, pour enlever une espèce de voile qui couvre toujoîcrs les épreuves positives sur papier albuminé.
Après cela on les frotte vivement (quelques secondes seulement) à
ÉPREUVES POSITIVES SUR PAPIER
l'aide d'un tampon de flanelle très-légèrement recouvert d'encaustique à la cire(l). Tout de suite les épreuves prennent un certain brillant, qui devient encore plus beau par le frottement à sec avec un second morceau de flanelle neuve.
De cette façon, non-seulement la retouche ne s'enlève plus, mais les épreuves ont un beaucoup plus bel aspect que celles qui n'ont pas subi cette opération.
§ 336. Émaillage des épreuves. — Prenez une glace bien nettoyée, cirez-lal^) et couvrez-la du collodion mince suivant :
Laissez sécher comjpUtenient la couche, sans plonger la glace dans l'eau, ce qui prend généralement deux heures.
D'un autre côté, dans 3/4 de litre d'eau (750 cent, cubes), mettez à tremper 100 grammes de gélatine, et, au bout d'une heure, chauflez le liquide au bain-marie à 40 degrés centigrades.
Dans 250 cent, cubes d'eau chaude, dissolvez 1 1/2 gramme d'alun de chrome en poudre, et versez cette solution lentement dans la gélatine fondue en agitant bien avec un tube de verre. Filtrez-le tout à travers une très-fine mousseline dans une cuvette en zinc, placée elle-même dans l'eau tiède. Enlevez les bulles avec une bande de papier que vous passez une ou deux fois à la surface du liquide.
Trempez dans la gélatine chaude la glace, les épreuves (3) (dont la surface totale doit être égale à celle de la glace) puis, enfin, une ou plusieurs feuilles de papier de la dimension de la glace.
On retire d'abord la glace, puis les épreuves que l'on arrange à sa surface les unes à côté des autres, l'image étant évidemment en contact avec la glace, puis on retire une feuille de papier du bain de gélatine, on la place au-dessus des épreuves et on presse fortement une raclette de caoutchouc à sa surface de manière à chasser complètement l'excès de gélatine. Désire-t-on faire carton sur les épreuves on met de la même manière plusieurs feuilles de papier. Mais dans ce cas la dernière feuille doit être plus grande que la glace et il faut, en
(1) Mélange fait à chaud de cire blanche, d'essence de térébenthine et d'essence de lavande. Il se prsnd en masse par le refroidissement, offrant un aspect moyen entre le suif et la cire.
(2) Comme il est indiqué à Tarticle cirage de la glace double-transfert, procédé au charbon.
(3) Qu'elles soient sur albumine, sur papier salé, sur charbon, gravures, héliotypies, etc. en un mot : des épreuves quelconques.
Ether .
Alcool .
Pyroxyline
1/2 litre.
4 grammes.
PAPIER ALBUMINÉ.
rabattre les bords sur l'envers de la glace, car sans cette précaution, quand les papiers sèchent, ils se décollent sur les bords et l'on n'a plus des épreuves ayant un complet brillant.
Les papiers étant ainsi collés sur les épreuves, la glace est séchée lentement, et cela prend parfois plusieurs jours. Si on essayait de détacher avant complète dessiccation, l'on n'aurait qu'un demi-brillant, et il arriverait même qu'on ne parviendrait pas à détacher les épreuves de la glace. Quand, au contraire, la dessiccation est complète, il suffit, pour enlever l'épreuve, d'en inciser les bords et de passer le canif entre la glace et le papier. L'épreuve doit s'enlever d'elle-même et brusquement. Elle est alors très-brillante et a énormément gagné en vigueur.
§ 336. Cartes-camées. — Ce sont des cartes ordinaires rendues brillantes par le procédé décrit à l'alinéa précédent, et puis pressées, de manière qu'elles offrent sur une partie plus ou moins grande de leur surface centrale un relief semblable à celui d'un camée.
Pour obtenir ces camées, on se sert d'un double bloc en bois dur à charnières, s'ouvrant comme un livre. Une partie de ce bloc offre le camée en creux, l'autre en relief. Les surfaces de contact se font quelquefois en cuivre. L'épreuve, placée dans ce bloc, est soumise à la pression dans une presse (copie de lettres), et y prend le relief désiré.