SECTION II. — PAPIER NITRO-GLUCOSE
§ 339. Avantages du papier nitro -glucose. — L'invention de ce procédé est due à l'auteur de cet ouvrage : il en a publié la première description en 1865 à la Société française de photographie.
Le papier nitro-glucose a sur les papiers salés ordinaires un trèsgrand avantage. C'est qu'on peut arrêter l'insolation à un moment quelconque de sa période, en continuant l'épreuve par développement. Pourvu que l'image soit légèrement visible sur le papier, elle peut être entièrement développée, et sans difficulté. L'épreuve développée est aussi belle de ton que les épreuves obtenues sur les beaux papiers salés.
Nous avons déjà parlé du nitro-glucose page 82. Pour préparer les papiers on dissout 50 grammes de nitro-glucose dans un litre d'alcool. La solution est abandonnée 2 ou 3 mois à elle-même dans une étuve chauffée à 30'', jusqu'à ce qu'elle précipite abondamment le nitrate d'argent, ce que l'on essaie préalablement dans une éprouvette.
Les papiers sont immergés dans cette solution alcoolique. On les y laisse une minute, puis on les sèche par suspension.
§ 340. Salage. — Le salage s'opère à l'aide de la formule indiquée page précédente. Mais nous le faisons en immergeant un grand nombre de feuilles dans le bain, afin qu'elles soient bien pénétrées par le liquide. Malgré cela, l'image est tout à fait à la surface des papiers, et non dans leur texture. Le salage des deux côtés donne plus de profondeur aux images, rend le papier plus sensible à la lumière, parce qu'il contient une plus grande quantité de sels, et n'expose pas
PAPIER SALÉ
l'operateur à se tromper, s'il a oublié de marquer l'envers au crayon, comme cela a lieu dans les procédés ordinaires.
§ 341. Méthode de sensibilisation. — La sensibilisation des feuilles entières de 45 cent, sur 55, s'opère dans des cuvettes ordinaires. Mais la sensibilisation des feuilles de 90 cent, sur 132, ou de 132 cent, sur 2 mètres, telles que celles que nous préparons fréquemment, se fait plus commodément à l'aide du procédé suivant.
La cuvette, au lieu de se trouver comme à l'ordinaire, sur une table horizontale, est placée sur deux pivots (fig. 155) supportés par un pied en bois. Sur le côté, se trouve un châssis sur lequel repose la cuvette lorsqu'on l'incline. Alors tout le liquide s'amasse de ce côté. Du côté opposé, se trouve un châssis semblable, mais qui n'est pas représenté sur la figure.
Cette cuvette, fond et parois, est en glaces brutes non polies. Ces glaces sont enchâssées dans un fort cadre de bois sur lequel on les colle avec de la glu marine.
Un trou, fermé par un bouchon de verre, est percé sur la glace du
Fig. 1 55. — Cuvette pivotante pour les feuilles de grande dimension.
fond, à un de ses angles, pour permettre au liquide de s'écouler, après qu'on s'en est servi.
Avant de sensibiliser une grande feuille, nous en faisons un rouleau de 5 cent, de diamètre ; puis, ce rouleau est pris vers le milieu dans les deux mains, et immergé dans
le bain amassé sur le côté de la cuvette légèrement inclinée. Une fois immergé, nous déroulons le papier au sein du liquide même. On fait cette opération très-aisément seul; au
besoin on peut se faire assister par un aide.
ÉPREUVES POSITIVES SUR PAPIER
Les bulles ne peuvent pas se former, puisque l'on déroule le papier dans le liquide même. Il est bon, si la feuille est de très-grande dimension, d'incliner à peine la cuvette CD, de sorte à n'immerger que la partie inférieure du rouleau B, dont l'extrémité A est constamment poussée en avant par une brosse tenue de la main droite, alors qu'on favorise le déroulement du rouleau B en le tournant de la main gauche dans un sens convenable.
En opérant comme nous venons de le décrire, un bain d'argent n'occupant dans la cuvette qu'un demi-centimètre de hauteur est suffisant. Une fois que la feuille est immergée, et cela doit durer tout au plus 20 secondes pour une feuille de 120 centimètres sur 135, on imprime à la cuvette un très-léger mouvement de bascule. Il se forme ainsi de petites vagues qui enlèvent toutes les bulles, et qui empêchent le papier de se trouver quelque part à sec, ce qui produirait évidemment des taches.
Quand le papier a séjourné 5 minutes dans le bain, il s'agit de l'enlever. Si l'on s'y prenait de la manière ordinaire, en enlevant la feuille par ses angles, on risquerait fort qu'elle ne retombe par son poids en se déchirant.
Mais on applique une règle de bois sur un des bords de la feuille qu'on replie autour de la règle. Elle y adhère, dès qu'on l'enlève prudemment du bain. Une fois hors du bain, règle et bord de la feuille adhèrent fortement, et on peut soulever seul et sans aide toute la feuille sans risque de la déchirer. On serre la règle entre deux pinces américaines et on la suspend pour sécher.
Pour les feuilles de 120 cent, sur 135, la règle aura une longueur de 125 centimètres, une largeur de 2 centimètres et une épaisseur de 8 millimètres.
Les opérations qui se font dans la cuvette de verre sont celles de la sensibilisation, du développement et du virage. Mais jamais cette cuvette ne doit servir au bain d'hjposulfite de soude, ni à laver les épreuves après le fixage.
§ 342. Bain sensibilisateur.
Eau distillée 5 litres.
Nitrate d'argent 250 à 400 grammes.
Acide critique 20 jj
Ce bain d'argent est, comme on le voit, fortement acide. En tous cas, l'acide citrique ne peut pas se remplacer par l'acide acétique, sinon le liquide coulerait en veines grasses sur le papier. De là des taches irréparables.
Il se précipite lentement au fond du flacon contenant ce bain, un corps gommeux contenant de l'argent. Aussi faut-il lui ajouter de
PAPIER SALE
temps à autre, au fur et à mesure qu'on s'en sert et qu'il s'épuise, 50 grammes de nitrate d'argent et 10 d'acide citrique.
§ 343. Conservation du papier nitro-glucose. — Quand le papier est complètement sec, on le roule et on le met dans un cylindre fermé en carton. Il se conserve très-bien 3 jours en été et 15 jours en hiver.
Il faut éviter de toucher le papier sensibilisé, parce que, si les mains ne sont pas très-sèches, elles laissent une tache qui se traduirait, plus tard, en noir sur l'image.
§ 344. Insolation. — Le papier nitro-glucose peut donner des images par noircissement direct, soit dans le chàssis-presse, soit dans l'appareil solaire à agrandissements.
Mais on peut encore, dès que l'image est légèrement visible à la surface du papier, arrêter l'insolation et procéder par voie de développement.
La première méthode est évidemment la meilleure, puisqu'elle est la plus directe.
Le papier nitro-glucose n'a pas d'envers ; on peut donc imprimer l'image sur tel côté de la feuille que l'on désire.
Ce papier exige des clichés plus durs (mais pas voilés, cependant) que le papier albuminé pour le tirage ordinaire ou les agrandissements, sinon les épreuves seraient grises, ternes et sans vigueur. Mais il a, pour les clichés durs, un avantage immense sur le papier albuminé : c'est de ne pas se solariser.
On sait, en effet, que si un cliché est dur, l'épreuve sur papier albuminé est dure aussi, parce que l'on ne peut pas pousser l'insolation si loin, que tous les détails viennent dans les blancs de l'image positive, sans que les noirs se métallisent.
Il n'en est pas ainsi avec le papier nitro-glucose, qui permet de pousser l'insolation aussi loin qu'on le veut. Les noirs, une fois qu'ils ont atteint leur intensité, ne foncent plus, tandis que les demiteintes ou les détails dans les blancs s'accentuent en proportion de la durée de l'insolation.
C'est cette propriété, combinée avec celle de pouvoir produire de belles épreuves par développement, qui rend le papier nitro-glucose si précieux pour les agrandissements.
§ 345. Virage et fixage de l'épreuve imprimée directement. — Préparez le bain suivant :
Eau de pluie . . . . .
Hyposulfite de soude . . .
Chlorure d'or et de potassium,
5 litres.
1 kilogramme.
2 grammes.
ÉPREUVES POSITIVES SUR PAPIER
En été, on peut doubler la quantité d'eau indiquée par cette formule.
Le chlorure d'or et de potassium est dissous à part dans un peu d'eau, et versé dans la solution d'hyposulfite que l'on secoue vivement.
La solution d'or colore d'abord l'iiyposulfîte en rouge, mais cette coloration disparaît par l'agitation.
Ce bain, qui se conserve très-bien plusieurs jours dans un endroit frais, peut servir à un très-grand nombre d'épreuves.
Ce bain est versé dans une cuvette de bois verni ou même de zinc. L'épreuve est roulée comme nous l'avons indiqué précédemment et puis rapidement déroulée dans le bain de virage, où elle doit rester 10 à 15 minutes en été, et 15 à 20 minutes, en hiver. L'épreuve prend dans le bain un ton rouge, qui deviendra violet par le séchage. Si elle prenait, dans le virage, un ton Ueio, il faudrait arrêter l'action du bain, en plongeant l'épreuve dans l'eau. Le fixage est d'ailleurs complet, dès que l'épreuve a séjourné 5 ou 6 minutes dans le bain.
Redressant la cuvette de manière à faire écouler tout le liquide, le papier reste collé sur le fond. Puis, on remplit entièrement la cuvette d'eau, que l'on renouvelle fréquemment pendant 3 ou 4 heures. Ou bien, l'épreuve est enlevée à l'aide de la règle comme nous l'avons indiqué, placée sur une toile à larges mailles tendue sur un châssis de bois, lavée à l'arrosoir, retournée et séchée. Mais mieux vaut l'éponger après la dernière eau de lavage, et la coller humide, ainsi que nous le verrons plus loin.
§ 346. Développement de l'image. — Si l'on a arrêté l'insolation de l'image à une période quelconque, on peut toujours la développer, pourvu que l'image soit visible à la surface du papier. Mais plus l'image est marquée, plus rapide sera le développement, pour lequel deux méthodes peuvent être adoptées.
Méthode. — Préparez les deux solutions filtrées suivantes, qui se conservent d'ailleurs très-bien :
^) Acide gallique 100 grammes.
Dans la grande cuvette pivotante (fig. 155), si les épreuves dépassent la feuille de 45 cent, sur 55, ou la cuvette ordinaire de porcelaine, pour les feuilles plus petites, (mais en tous cas dans une cuvette bien nettoyée) mettez autant de litres d'eau distillée qu'il en faut pour recouvrir le fond de la cuvette d'une couche liquide d'un demi-centimètre d'épaisseur.
Pour chaque litre d'eau, versez dans la cuvette 2 1/2 centimètres
Alcool
1 litre.
B] Acétate de plomb Eau distillée .
100 grammes.
1 litre.
PAPIER SALÉ
d'acide gallique (A) suivi de 10 cent, cubes d'acide acétique cristallisable, et imprimez à la cuvette un mouvement de bascule pour bien mélanger les liquides. Après quoi vous y ajouterez, toujours par litre d'eau employé, 2 1/2 cent, cubes de la solution de plomb B. Agitez de nouveau le liquide, qui doit, si l'on a opéré convenablement, rester absolument clair, et ne point devenir laiteux.
Le papier insolé ne doit pas être lavé. Mais on en fera un rouleau si c'est une grande épreuve, et on l'immergera dans la cuvette, comme nous l'avons indiqué page 257, en ayant bien soin d'imprimer constamment un léger mouvement de bascule à la cuvette, afin que la feuille soit constamment baignée dans le bain, sinon, il se formerait de grandes taches locales.
Au bout d'un temps qui varie de 10 à 40 minutes, suivant le degré d'insolation du papier et la température, l'image est développée avec un ton magnifique. On laisse alors écouler le liquide, on le remplace par de l'eau dans laquelle l'épreuve doit séjourner tout au plus deux minutes.
L'épreuve est alors enlevée (avec la règle si elle est de grande dimension (i)) et immergée dans le bain fixateur à l'or, comme nous l'avons décrit à l'alinéa précédent.
Avec un peu d'habitude, on arrive à développer l'image avec un ton si beau que personne ne peut la distinguer d'une épreuve imprimée directement. La condition essentielle pour cela est de se servir de ctixeltes ahsokment propres, nettoyées à l'acide nitrique. Si le bain se trouble, les blancs de l'épreuve seront sales. Le liquide doit rester absolument clair et limpide comme de l'eau. Le mieux est de faire quelques essais sur des épreuves de petite dimension, que l'on imprime à des degrés divers, dans le cliàssis-presse, à l'aide d'un négatif ordinaire.
2^ Mètliode. — Immergez l'épreuve après l'exposition à l'appareil, et toujours sans la laver préalablement, dans :
Eau distillée 2 litres.
Acide pyrogallique 1 gramme.
Acide citrique 10 "
L'image apparaît d'abord très-lentement, mais ne tarde pas à se renforcer. Dès qu'elle a atteint le ton voulu, on l'immerge dans l'eau
(1) Il est indispensable de posséder des règles pour le bain d'argent, d'autres pour le développement, d'autres encore pour les bains d'hyposulfîte ou de lavages. En tous cas, il est bon de recouvrir les règles d'un vernis épais à la gomme-laque, à laquelle on communique une certaine couleur, pour reconnaître facilement les règles.
ÉPREUVES POSITIVES SUR PAPIER
pendant quelques secondes seulement, et de là dans le bain fixateur à l'or dont nous avons donné plus haut la formule.
Quelle que soit la méthode de développement employée, il est bon, si les épreuves dépassent la dimension de la double feuille de 55 cent, sur 90, de n'immerger qu'une seule épreuve à la fois dans le bain.
Mais si les feuilles ne sont pas grandes, on peut en immerger un grand nombre. D'habitude, en nous servant de la première méthode (à l'acide gallique), nous employons 4 litres d'eau distillée pour développer à la fois quatre épreuves de 45 cent, sur 55, ou deux de 55 cent, sur 90. Mais dans ce cas, il est indispensable d'imprimer constamment un mouvement de bascule à la cuvette, sinon les papiers arrivent en certains endroits en contact l'un avec l'autre, et le développement est inégal en ces endroits.
§ 347. Montage des épreuves. — Il est indispensable de mouiller entièrement les épreuves séchées avec une éponge imbibée d'eau, avant de les enduire de colle. Sinon, cette dernière pénètre l'épreuve, en occasionne l'altération rapide et la fait jaunir.
Le mieux est de coller les épreuves alors qu'elles sortent de la dernière eau de lavage, après qu'on en a enlevé l'excès d'eau avec une éponge mouillée bien exprimée.
II. n'existe point de cartons pour les épreuves de grande dimension. On peut se servir de châssis rentoilés, sur les bords desquels on colle du papier à dessin, et pendant que ce dernier est encore humide, on y fixe l'épreuve dont l'envers est enduit de colle d'amidon. Puis, à l'aide de l'éponge, on favorise l'adhérence.
§ 348. Vernissage du papier. — Pour encadrer les grandes épreuves, il n'existe pas de verres assez grands. On y supplée en les couvrant (avant ou après la retouche) d'une solution de gomme arabique. Lorsque la couche est bien sèche, on la vernit comme un tableau. Elle peut alors, si on le désire, très-facilement être peinte à l'huile, rien que par l'application de quelques glacis transparents.